‹ De l'anesthésie appliquée à l'art des accouchementsChapitre 8 sur 9 · MODE D’ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

MODE D’ADMINISTRATION

La position à donner à la malade n’est pas indifférente; elle devra toujours être horizontale, afin de mieux prévenir la syncope. Duncan ajoute à ce conseil celui cie faire prendre, comme on le fait en France, le décubitus dorsal de préférence à la position sur le côté, habituelle en Angleterre. Il pense que l’administration est ainsi plus facile que quand les femmes ont le visage dans les oreillers et les couvertures; j’ajouterai que l’air pur arrive aussi plus facilement dans la première que dans la deuxième position. Mais, à mes yeux, le plus grave inconvénient du décubitus latéral est celui qui résulte de la gêne apportée par cette position aux mouvements respiratoires. L’ampliation de la poitrine par l’élévation des côtes est en effet plus ou moins gênée.

J’ai déjà parlé du moment le plus opportun de l’application de l’anesthésie, je n’y reviendrai pas.

L’instrument dont on se sert pour administrer le chloroforme en inhalations ne me paraît pas avoir autant d’importance que Font dit certaines personnes; je crois que le plus simple est le meilleur et, pour ces raisons, je préfère la compresse ou le mouchoir, qu’on trouve partout à sa disposition. Une bonne précaution à prendre pour éviter l’évaporation trop rapide du chloroforme, consiste à n’en verser que sur la moitié du linge qui répond à la face, en laissant sèche l’autre moitié qu’on rabat par-dessus la première. Éviter avec soin de toucher, soit le nez soit les lèvres, avec le linge humecté, ce qui ne manquerait pas de produire une irritation variable des points touchés, irritation qui, chez les personnes à peau

fine et délicate, ne manquerait pas de produire de la vésication, quelquefois même de petites eschares superficielles. La compresse doit être toujours assez éloignée du nez et de la bouche pour laisser un libre passage à l’air.

Quant au mode d’administration proprement dit, deux manières de faire sont conseillées par les différents auteurs.

Les uns, avec M. Simpson, conseillent de débuter par une forte dose (a full close ) et une ample inhalation ; on se propose, en agissant ainsi, de produire d’emblée une anesthésie complète, ce qui évite l’agitation et la loquacité du début. Ce conseil me paraissait bien plus motivé pour l’éther que pour le chloroforme, et, même en supposant qu’il le fût autant pour ce dernier, cela ne suffirait pas pour me le faire accepter, car je le crois très dangereux et contraire au principe de thérapeutique, qui veut qu’on mesure l’importance du but à atteindre avec les graves accidents auxquels on expose les malades. Je me range donc complètement à l’avis de ceux qui, avec MM. Snow, Ilouzelot et la plupart des accoucheurs, donnent le chloroforme à très petites doses à la fois, surtout au début; on aura bien plus de chance d’éviter ainsi ces syncopes si graves qui, dans un bon nombre de cas, n’ont été que le prélude de la mort. Je suis donc d’avis de proscrire, de la manière la plus complète, cette méthode d 'inhalation brusque , recommandée par M. Simpson.

Pendant toute la durée des inhalations, le plus grand silence doit régner autour de la femme; le bruit augmente parfois l’excitation générale et la loquacité.

Ne jamais omettre la surveillance la plus attentive et la plus constante du pouls et de la respiration.

J’ai à peine besoin de dire, en terminant, que les médecins seuls doivent administrer les agents anesthésiques. L’usage doit en être interdit aux sages-femmes, au même titre que celui des médicaments dangereux.

Beatty, après avoir dirigé lui-même les inhalations, confie bientôt le mouchoir à la femme qui le porte sous le nez quand elle sent venir la douleur et qui l’abandonne quand les sens se troublent. 11 n’a jamais, dit-il, observé d’accidents. Néanmoins je conseille très fort de ne pas suivre son exemple.

Comme l’a conseillé Braun, les femmes qui seront accouchées pendant l’anesthésie devront être surveillées avec attention jusqu’à ce que l’influence de l’agent anesthésique ait complètement cessé.

Le même auteur rappelle que Y anesthésie locale a été conseillée contre les névralgies utérines, mais que, dans plusieurs circonstances, elle est restée sans effet.

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