‹ De l'anesthésie produite par injection intra-veineuse de chloralChapitre 7 sur 8 · gr · texte numérisé non relu

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7 gr. .

Dès que l'aneslhésie eut été obtenue, M. le docteur Bouqué chef de clinique chirurgicale appliqua avec beaucoup de soin et d'habileté l'appareil d'Esmarch sur le bras droit. Dès son apparition dans la science, M. Soupart avait compris les immenses avantages de cette méthode hémostatique et l'avait vulgarisée par sa pratique et son enseignement; depuis lors un grand nombre de chirurgiens de Gand, parmi lesquels nous nous rangeons, l'ont employée dans leurs opérations,

A 11 heures? m., l'appareil d'Esmareh est en place; M. Soupart prend le couteau et taille, ai-je besoin de le dire, par sa méthode elliptique, un lambeau externe; la section du bras est pratiquée à quatre travers de doigt au dessus de l'ar^ ticulalion; à 11 h. 9 m., l'amputation est terminée. 11 h. 7 m. Pouls 16.

M. Soupart, sans desserrer la corde de caoutchoucqui étreint le bras au niveau du creux de l'aisselle, fait la ligature de l'artère humérale. On ne trouve aucune autre branche importante à lier. On enlève le lien de caoutchouc, une trèslégère hémorrhagie en nappe se produit, mais aucune artériole ne laisse échapper du sang.

11 h. 12 m. Pouls 15. Il est plus plein, il est meilleur qu'au début de l'opération.

41 h. 13 m. Pouls 13.

11 h. 21 m. Toux spasmodique, mâchoires très-serrées. H h. 22 m. 30 s. Pouls 40 très-fort.

11 h. 25 30 s. Toux. Mâchoires serrées. Frémissements fibrillaires dans les muscles.

11 h. 27 m. Pouls 28.

11 h. 30 m. » 27. Le pouls est meilleur qu'au début.

A ce moment M. Soupart termine le pansement ouaté de Guérin.

11 h. 30 m. 30 s. Pouls 25. Toux spasmodique. 11 h. 32 m. » 33.

21 h. 34 m. » 27. La sensibilité des cornées se

réveille, mais très-faiblement.

A 11 h. 34 m. 30 s., M. Burggraevepique le tragus, des mouvements réflexes se produisent.

Jusque là le malade était resté insensible comme un cadavre.

A midi 45 m., le pouls est à 100 à la minute, de légers mouvements se produisent.

AI h. 10 m., le pouls est à 84 à la minute, à 2 h., il est à 90.

A 2 h. 45 m., il esta 106.

A 3 h. 45 m., il est à 120. (Toujours à la minute).

A 2 h. 45 m., le malade est complètement réveillé.

Pendant l'opération la respiration n'a guère été troublée; les notes recueillies montrent qu'il y eut de 24 à 30 respiralions par minute.

Ainsi donc en dix minutes l'anesthésie absolue fut obtenue par l'injection de six grammes de chloral. Sept grammes injectés en douze minutes et demie produisent une insensibilité complète des cornées pendant une demi-heure. Puis le malade reste profondément endormi pendant trois heures; puis il atteint le lendemain matin, au milieu d'alternatives de sommeil et de réveil plus ou moins complet.

Les premières urines expulsées par le malade ne renfermaient pas de sang. Aucune trace de phlébite ou de caillots ne fut constatée du côté des veines.

La situation du malade est aujourd'hui aussi bonne que possible.

Observation XVII. — Marie De Vogelaere, âgée de 28 ans, atteinte d'une déchirure complète du périnée et de la cloison recto-vaginale se trouve à la clinique chirurgicale. Cette lésion s'étendant jusqu'à une hauteur de six centimètres dans le vagin devait nécessiter une opération autoplastique longue et laborieuse. Prévoyant toutes les diiïicultés de l'opération qu'il allait entreprendre, M. Soupart nous prie d'anesthésier, par injection veineuse de chloral, cette malade que le moindre examen, que la moindre manœuvre chirurgicale épouvantait.

Le lundi 9 novembre, à 9 h. 57 m., le pouls battait à 23 au 1/4.

9 h. 58 m., ponction de la médiane basilique gauche*

136 ANESTHÉSIB PAR INJECTION.

9 h. 5J m., l'injeclion commence.

9 !i. o9 m., 30 s., 50 centigr. de chloral ont pénétré. i) h. 4 gr.

40 h. 4 m. 1.50 gr.

40 h. 4 m. 15 s., 2 gr.

40 h. 2 m. 2.50 gr. Pouls à 27 au 1/4. 40 h. 2 m. 30 s., 3 gr. Respiration bonne, la patiente dit qu'elle éprouve un malaise dans la tête. Pouls 20. 40 h. 3 m., 3.50 gr. Pouls 45.

40 h. 3 m. 30 s., 4 gr. Pouls 44.

40 h. 4 m. 45 s., 4.50 gr. Pouls 44. Bâillement. 40 h. 5 m., 5gr. Pouls 14.

10 h, 5 m. 30 s., 5.50 gr. P. 43. Cornées peu sensibles. 40 h. 6 m., 6 gr. Pouls 13. Aneslhésie des cornées.

M. Souparl commence immédiatement son opération.

10 h. 9 m., pouls 48 au 4/4. Un peu d'irrégularité dans la respiration.

10 h. 12 m., pouls 48 au 1/4.

40 h. 43 m., pouls 42 au 1/4.

10 h. 15 m., pouls 38.

10 h. 15 m., P. 38. Pupilles contractées, resp. normale.

10 h. 19 m., pouls 24.

10 h. 20 m., pouls 26.

40 h. 24 m., pouls 27.

10 h. 26 m., pouls 27. L'avivement est terminé, M. Soupart commence la suture.

10 h. 30 m., pouls 25.

40 h. 36 m., pouls 22.

40 h. 40 m., pouls 21. Très-faible sensibilité des cornées, dont l'anesthésie avait été complète jusqu'alors.

A partir de 10 h. 40 m., le pouls ne présente plus rien de

particulier, il était faible pendant l'injection et toute la; durée de l'opéralion, mais il l'était également auparavant.

A parlir.de 10 h. 40 m., la sensibilité renaît peu à peu, on voit quelques mouvements réflexes se produire ; vers 11 heures et un quart la malade se réveille. La partie la plus douloureuse de l'opération était terminée. Ainsi en 7 minutes l'injection de six grammes de chloral a produit une aneslhésie de plus d'une heure.

Les premières urines retirées de la vessie au moyen de la sonde renfermaient du sang. Nous nous sommes demandés si nous nous trouvions bien devant un de ces cas d'hématurie rénale signalés par M. Vulpian ou si ce sang ne provenait peut-être pas de la vessie elle-même?

La femme se trouvait encore dans l'époque menstruelle la veille de l'opération, sa vessie était donc encore congestionnée, or pendant deux heures à peu près elle avait été pressée par un spéculum de Sims relevant, pour la facilité de la manœuvre opératoire, la paroi supérieure du vagin. Evidemment ce traumatisme pouvait avoir déterminé l'hémorrbagie vésicale.

Notre XVIIl» observation ne nous permet peut-être plus d'accepter, au moins d'une façon complète, cette interprétation.

La malade va très-bien; aucun accident ne s'est produit du côté de la veine piquée, ni phlébite, ni caillots.

Observation X/III. — Dans une étude que M. Warlomont a consacrée aux injections veineuses, publiée dans la dernière livraison de son journal, l'éminent rédacteur des Annales d'oculistique disait : « l'anesthésie absolue et le sommeil qui la suit après l'injection intra-veineuse, seraient pour l'extraction de la cataracte d'un très-grand avantage

en procurant, pendant l'opération, une immobilité complète à l'abri des vomissements, et après elle un repos dont la cicatrisation ne manquerait pas de profiter pour établir ses premières et précieuses assises. »

Dans les opérations ordinaires, les nausées, les vomissements, les changements de position qu'il faut faire subir au malade pendant les soulèvements de l'estomac, gênent l'opérateur, retardent la marche de l'opération, mais ne compromettent pas ses résultats. Mais il n'en est plus de même dans la chirurgie oculaire. Les opérations y sont mathématiques, et s'il faut soulever le malade quand le couteau est dans l'œil, ou pendant l'un ou l'autre des temps si délicats, si importants de l'extraction de la cataracte ou de la pupille artificielle, tout peut être perdu. C'est pour cela que tant d'opérateurs refusent à leurs malades le bénéfice de l'anesthésie. Nous pensons donc avec M. Warlomont, que ce serait rendre un très-grand service à la chirurgie oculaire que de la doter d'une méthode capable d'aneslhésier les yeux sans provoquer de vomissement. Que l'on ne croie du reste pas qu'il soit bien aisé d'obtenir au moyen du chloroforme, l'insensibilité absolue des cornées. Bien des fois nous avons vu la sensibilité de la cornée persister au milieu de l'insensibilité générale et résister aux inhalations les plus prolongées. Il y a quelques mois nous devions opérer avec M. le docteur Van Wesemael, un très-haut personnage de Gand, atteint de glaucome aux deux yeux. Après la première opération, il exigea d'être chloroformé pour subir la seconde. Pendant plus d'une heure nous lui fîmes respirer les vapeurs de cet anesthésique, tout le corps devint insensible, mais la cornée sentait toujours et c'est dans ces conditions qu'il nous fallut opérer.

L'anesthésie par injeclion intra-veineuse de chloral comble les vœux des oculistes, avec elle leur idéal est atteint: insenbilité rapide, absolue des cornées et sans vomissements, sans nausées, sans mouvements réflexes. On opère comme sur le cadavre.

Déjà M. Oré avait fait pratiquer une opération de cataracte par son élève et son ami, M. le docteur Poinsot, sur un homme anesthésié par une injection intra-veineuse de neuf grammes de chloral (observation X); mais nous avons cru devoir répondre au vœu exprimé par M. Warlomont et nous avons dirigé nos recherches vers le but qu'il nous indiquait.

Pierre de Wispelaere, de Lovendeghem, âgé de 40 ans, est atteint d'une cataracte lenticulaire dure à l'œil gauche. C'est un homme athlétique.

Le 13 novembre, l'opération est pratiquée par M. Van Wesemael, selon le procédé de Von Graefe. MM. Dechange, médecin en chef de l'armée, Bouqué et Leboucq, assistent à cette opération faite à la clinique en présence des élèves.

A 8 h. 15 m., le pouls est à 18 au 1/4.

8 h. il m. Ponction de la médiane basilique droite. Pouls 20.

8 h. 47 m. 30 s., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.

8 h. 18 m., Igr. Pouls 23.

8 h. 18 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls 23.

8 h. 19 m., 2 gr. Pouls 23.

8 h. 19 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls 23.

8 h. 20 m., 3 gr. Pouls 23.

8 h. 21 m., 3.50 gr. Pouls 19.

8 h. 21 m. 15 s., 4 gr. Pouls 20.

8 h. 22 m., 4.50 gr. Pouls 22.

8 h. 22 m. 30 s., 5 gr. Pouls 23.

On arrête pendant une minute est demie. Pouls 20.

8 h. 24 m., 5.50 gr. Pouls 20.

8 h. 25 m., 6 gr. Pouls 21.

L'aneslhésie cutanée est complète, mais les cornées sentent encore.

8 h. 26 m. 30 s., 6.50 gr. Pouls 24.

8 h. 27 m. 7 gr. Pouls 23.

8 h. 28 m. 30 s., 7.50 gr. Sommeil profond. Pouls 22.

8 h. 29 m. 30 s., injection de 8 gr. Pouls 23.

8 h. 30 m., 8.50 gr. Cornées presque insensibles. P. 23.

8 h. 31 m., 9 gr. Cornées insensibles. Pouls 23.

8 h. 31 m. 30 s., 9.50 gr.

8 h. 32 m., 10 gr. Pouls 24.

A 8 h. 33 m. l'opération commence, à 8 h. 34 m. 30 s., elle est terminée. L'insensibilité des cornées était absolue.

8 h. 37 m., pouls 19.

8 h. 40 m., pouls 17.

8 h. 42 m., pouls 23.

8 h. 51 m., pouls 20.

8 h. 55 m. On fait le pansement, les cornées sont encore insensibles.

A 9 h, 30 m., le malade est porté dans son lit. Au quart de 10 heures nous allons le visiter, le pouls est à 22 au iJA.

Le malade dort jusqu'à midi et demi, il s'éveille alors un moment, urine et se rendort jusqu'à trois heures. Il se réveille alors définitivement. A une heure et quinze minutes nous visitons le malade, le pouls est à 22. Le soir nous le revoyons à 7 heures 30 m., le pouls e^t à 20 ; le malade est éveillé, il ne souffre pas, il se sent très-bien, il a encore l'envie de dormir.

Ainsi donc en 13 minutes 30 s,, 10 gr. de chloral ont été

injectés dans les veines du patient. Nous l'avons dit, c'était un homme athlétique, et son poids ainsi que la force dont il était doué expliquent la haute dose de chloral que nous avons dû atteindre pour produire l'anesthésie des cornées.

L'insensibilité absolue a duré plus d'une heure, car à 9 h. 30 m. aucun mouvement réflexe ne se produisait quand nous enfoncions une épingle dans le tragus ou la joue ; pendant six heures et demie le patient est resté plongé dans un sommeil profonds'accoinpagnantd'une sensibilité fortobluse.

Nous avons à faire à propos de la solution dont nous nous sommes servis, une remarque fort importante. M. Oré a remarqué dans ses nombreuses expériences sur les animaux, que plus le liquide injecté est épais, plus sa consistance est sirupeuse, plus il engoue les capillaires des poumons et trouble la respiration et la circulation. Après s'être servi de solution à parties égales de chloral et d'eau, M. Oré a conseillé les solutions au quart et au cinquième, M. Poinsot a même employé la solution au sixième. Jusqu'à présent nous nous étions servis de solution au quart, cette fols nous l'avions un peu allongée, elle était plus fluide, et nous devons dire que la respiration et la circulation nous ont paru plus physiologique que dans les autres opérations pratiquées avec des solutions plus concentrées.

A midi et demi le malade, nous l'avons dit, se leva pour uriner. Cette urine me fut présentée bientôt après, lors de ma visite, elle était légèrement teintée de rouge; on voyait flotter au milieu de la masse liquide un nuage rougeàtre. Nous envoyâmes l'urine à notre honorable ami, M. Leboucq, qui la soumit aux réactifs chimiques et au microscope. Elle renfermait un peu d'albumine et quelques corpuscules rouges du sang.

Une légère hématurie s'étail|^donc produite. Le malade urina vers trois heures et une fois encore vers sept heures du soir; j'ai examiné allentivemcnl les deux vases, l'urine était parfaitement limpide.

Le malade interrogé sur ses sensations, déclare qu'il est très-bien et qu'il n'éprouve ni gêne, ni malaise dans la région rénale ou vésicale. Il a sommeil. Aucune irritation, aucune douleurn'existe du côté de la veine piquée. Le pouls est à 20au 1/4.

Ainsi donc 18 cas, 18 succès ! Au milieu de ces roses, trouverons-nous quelque jour une épine, c'est possible, mais jusqu'à ce jour du moins, nous n'avons pas vu poindre un accident. Notre confiance va grandissant. Elle sera trompée» nous crie-t-on de toutes parts ; encore une fois c'est possible ; mais ce n'est ni avec des craintes, ni avec des espérances qu'on éclaire une question scientifique, c'est avec des faits. Ces faits nous continuerons à les produire et à les étudier ; nous vous en ferons l'exposé loyal, et nous n'abandonnerons cette méthode des infusions veineuses, qui a déjà eu dans le passé des fortunes si diverses, qu'après l'avoir vue sombrer entre nos mains, ou sortir rayonnante des préjugés dont on l'entoure.

Nouveaux cas d'anesthésie par injection intra-veineuse de chloral (i).

Depuis la dernière réunion de l'Académie la nouvelle méthode d'anesthésie a reçu quatre fois encore la sanction de l'expérience. Deux fois dans notre clientèle particulière, une fois à la clinique de notre cher maître le professeur Soupart, une fois à Bordeaux dans le service de M. Oré.

Quatre fois encore le succès le plus complet a couronné rinjeclion intra-veineuse de chloral.

Observation XIX. — Mademoiselle Pélagie C...., âgée de 35 ans, est atteinte d'un polype fibreux qui s'insère sur la paroi latérale gauche de l'utérus un peu au-dessus de l'orifice interne du col.

Le 16 novembre 1874, accompagnés de M. le docteur Bouqué, nous nous rendîmes près de M"" C...., au Refuge Notre-Dame.

AH h. 40 m., ponction de la veine médiane basilique droite.

La patiente d'un tempérament très-nerveux est fort effrayée, le pouls bal à 30 au quart.

11 h. 41 m., 0.50 centigr.de chloral ont pénétré. Pouls 27.

11 h. 42 m., 1 gr. Pouls 27.

11 h. 42 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls 27.

11 h. 43 m. 2 gr. Pouls 24.

11 h. 43 m. 30 s., 2.50 gr. Sommeil commence, parole embarrassée. Pouls 17.

(i) Extrait du bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgigue, 3nie série, n» 12, t. VUI, p. 1053.

11 h. 45 m., 3 gr. Pouls 16.

11 h. 46 m., 3.50 gr. Pouls 16.

11 h. 47 m., 4 gr. La peau devient insensible. Pouls 19.

11 h. 48 m., 4.50 gr. Cornées presque insensibles. Pouls 21.

11 h. 49 m., 4.75 gr. Cornées insensibles. Pouls 19.

11 h. 50 m., 5gr. Pouls 21.

A 11 h. 49 m., l'aneslhésie des cornées était absolue; à 11 h. 52 m., l'opération commence, l'anse métallique de l'écraseur de Meadows est poussée jusqu'au pédicule de a tumeur, peu à peu on la resserre, elle étrangle bientôt le pédicule, et à midi la tumeur tombe. Pas la moindre quantité de sang ne s'écoule, l'opération est terminée.

11 h. 54 m. Pouls 26.

11 h, 55 m. Pouls 26.

11 h. 56 m. Pouls 24.

11 h. 58 m. Pouls 28.

12 h. 2 m. Pouls 21.

12 h. 15 m. Pouls 24.

12 h, 29 m. Pouls 24, Les cornées commencent à sentir.

A 11 h. 30 m., nous sondons la patiente; les urines sont limpides.

L'opérée dormit profondément jusqu'à 3 heures de l'après midi, elle se réveille alors pour se rendormir bientôt. De temps en temps ce sommeil s'interrompt pour quelques minutes puis reprend. A 7 heures du soir nous visitons M"* C... elle est encore très-somnolente et n'a pas repris complélement connaissance. Le pouls esta 24 au quart. Ce ne fut que 36 heures après l'opération que la malade revint complètement à elle, que le réveil fui absolu et que toute influence chloralique eut disparu.

Ainsi donc par 5 grammes de chloral injectés en 10 minutes on obtint une aneslhésie absolue qui dura 39 minutes. Cette insensibilité fut suivie pendant 36 heures d'un sommeil de temps en temps interrompu; pendant toute celte période la sensibilité était assez obtuse.

Pendant toute la durée de l'opération, la respiration était normale, physiologique. Les urines restèrent toujours limpides ; aucune irritation ne se produisit du côté de la veine piquée. Ainsi donc : ni phlébite, ni caillots, ni hématurie,

La patiente peut être considérée comme guérie. Elle se promène dans les jardins du Refuge Notre-Dame.

Analyse microscopique de la tumeur, par M. le docteur Leboucq, — On y trouve les éléments du fibro-myôme.

Observation XX. — Il y a quatre ans nous nous rendîmes à Zèle pour y opérer d'un cancer du sein droit Mad. R... âgée de 60 ans. Nous pratiquâmes cette opération avec nos honorables confrères MM. Rubbens de Zèle et Van Brabandt d'Eecloo. Nous cherchâmes tout d'abord à anesthésier la patiente au moyen des inhalations de chloroforme ; nos tentatives échouèrent complètement, la malade resta absolument réfractaire à l'action de cet agent; l'insensibilité ne se produisit à aucun degré. Fait étrange et dont nous restions tous frappés. A quoi tenait-il? Le chloroforme dont nous nous sommes servis était-il altéré? Mais il provenait de trois sources : nous en avions apporté de Gand, M. Van Brabandt en apportait d'Eecloo et M. Rubbens nous fournit celui de sa pharmacie. Quand le chloroforme de Gand fut épuisé, on employa celui d'Eecloo, puis celui de Zèle. Ces trois liquides ne nous ont paru rien laisser à désirer. Les inhalations ontelles été continuées assez longtemps? Nous les avons pro- - longées pendant deux heures. La chloroformisation a-t-elle

io

élé bien faite? Nous l'avons pratiquée comme nous la faisons d'habitude, au moyen d'une éponge enveloppée dans un cornet de papier fort, ou dans une compresse. Ce procédé nous réussit toujours; cette fois il échoua complètement et la patiente dut être opérée alors qu'elle jouissait encore de toute sa sensibilité.

Quatre ans se sont passés Mad. R... nous est revenue; elle est manifestement en proie à la dialhèse cancéreuse, dont la cause réside dans quelque organe interne, nous le croyons bien. La bonne dame est aveugle, et c'est là ce qui l'amène auprès de nous. Elle voudrait voir encore. Elle est atteinte à chaque œil d'une cataracte lenticulaire dure, complète, dont nous lui proposons l'extraction. Une seule chose l'arrête dans sa décision de se laisser opérer, elle craint de souffrir et elle sait par expérience qu'elle ne peut compter sur le chloroforme. Nous la rassurons, en lui faisant entrevoir qu'un autre moyen pourra la rendre insensible. C'était une magnifique occasion d'établir, sur la même parsonne, un parallèle entre l'anesthésie par inhalation et l'anesthésie par injection intraveineuse.

Nous allions constater sur le même sujet la puissance des deux méthodes.

Le lundi 23 novembre, nous nous rendons auprès de Mad. R..., en ce moment à Gand chezsafille, nous étions accompagné de notre honorable ami M. le docteur Van Wesemael.

A 11 h. 49 m., ponction de la médiane basilique droite. Pouls 24 au quart.

11 h. 49 m, 30 s., O.SOcenligr. de chloral ont pénétré.

11 h. 50 m., 1 gr. Pouls 24.

11 h. 51 m., 1.50 gr. Pouls 25.

H h. 52 m. 15 s., 2 gr. Pouls 25.

dl h. 53 m., 2.50 gr. Pouls 25.

11 h. 53 m. 30 s., 3 gr. Pouls 25.

11 h. 54 m. 15 s., 3.50 gr. Pouls 24. 11 h. 55 m. 30 s., 4 gr. Langue s'embarrasse. Pouls 24. 11 h. 56 m., 4.50 gr. Pouls 24.

11 h. 56 m. 30 s., 5 gr. Sommeil commence. Pouls 24. 11 h. 57 m., 5 50 gr. Pouls 24.

11 h. 58 m. 15 s., 6 gr. Dort profondément. Pouls 24. 11 h. 58 m. 30 s., 6,50 gr. Anesthésie des cornées commence. Pouls 24.

11 h. 59 m., 7 gr. Pouls 24.

11 h. 59 m. 30 s., 7.50 gr. Anesthésie cornéenne presque complète. Pouls 24.

12 h. 1 m., 7.75 gr. Aneslhésie cornéenne complète. Pouls 24.

12 h. 1 m. 45 s., 8 gr. Pouls 24.

L'aneslhésie est absolue, la respiration est physiologique, le sommeil calme, le pouls régulier. A 12 h. 4 m., l'opération commence, nous extrayons les deux cristallins par la méthode de Von Graefe. A 12 h. 5 m. 30 s., l'opération est terminée.

12 h. 5 m. Pouls 24 au quart.

12 h. 7 m. Pouls 24.

12 h. 10 m. Pouls 26.

12 h. 12 m. Pouls 19.

Le pansement est fail, il consiste en un mince gâteau de charpie sur chaque œil, une légère couche d'ouate et une bande.

A midi et 16 m., on pique le lobule de l'oreille gauche, mouvements réflexes légers dans le bras correspondant. La sensibilité renaît. A 12 h. 40 m., la patiente est éveillée et parle, elle reste dans cet étal pendant plus d'une heure, puis

se repdort pendant une heure et demie, le réveil est alors définitif.

A 4 h., nous visitons la malade, elle est parfaitement éveillée. Pouls à 20 au quart, on nous montre les urines expulsées par Mad. R,..., elles sont limpides.

A 9 h. du soir, le pouls est à 20. Tout va bien. La malade passe une bonne nuit.

Ainsi donc en 12 minutes et 45 secondes huit grammes de chloral injectés dans les veines de cette dame, si rebelle à raclion du chloroforme, ont produit une anesthésie absolue qui a duré 15 minutes. Tout commentaire nous paraît superflu.

L'insensibilité de l'œil était absolue, nous opérâmes comme sur un cadavre. Le sommeil se produisit au milieu du calme le plus parfait; rien ne le trouble, ni nausées, ni vomissements, ni période d'excitation ; la respiration resta toujours normale.

Les suites de l'opération furent des plus heureuses, notre malade retrouvera ses deux yeux.

Le lendemain de l'extraction des cataractes, Mad. R.... était levée quand nous vînmes la visiter; la veine piquée ne fut le siège d'aucune irritation.

Pendant les vingt-quatre premières heures qui suivirent l'opération la malade se trouvait dans un état de somnolence qui fut remarqué par toutes les personnes de sa famille.

Observation XXI. — Il y a quelques jours un jeune homme de 17 ans se présentait à la clinique chirurgicale; il portait à la partie interne et supérieure du bras droit, à deux travers de doigts au-dessous de l'aisselle une tumeur de la grosseur d'un œuf de poule, dure et résistante, comme de l'os. Ce garçon venait demander à M. Souparl de le délivrer

d'une affeclion qui le gênait el l'inquiétait beaucoup. L'honorable professeur, diagnostique une tumeur osseuse et se prépare à l'enlever malgré les difficultés qu'il s'attendait à rencontrer. La tumeur se trouvait sous le plexus nerveux et vasculaire du bras, c'était la présence de ces organes importants, qu'il fallait ménager à tout prix, qui rendait l'opération si délicate. M. Soupart ayant pris toutes ses dispositions, nous pria d'anesthésier le patient au moyen d'une injection inlra-veineuse de chloral. MM. les professeurs Burggraeve, et Du Moulin, ainsi que MM. les docteurs Leboucq et Terlynck assistent à l'opération.

Le 26 novembre à 10 h. el 15 m. du matin, le pouls bat à 19 au quart.

10 h. 26 m., ponction de la médiane basilique gauche. Pouls 21.

10 h. 26 m. 30 s., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.

10 h. 27 m., 1 gr.

10 h. 28 m., 1.50 gr. Pouls 24,

lO.h. 29 m., 2 gr.

10 h. 29 m., 30 s., 2.50 gr. Pouls 24.

10 h. 30 m., 3 gr. Pouls 22.

10 h. 31 m. 3.50 gr.

10 h. 31 m. 30 s., 4 gr. Pouls 26.

10 h. 32 m., 4.50 gr. Pouls 26.

10 h. 33 m., 5 gr. Les yeux sont fermés. Pouls 22.

10 h. 34 m., 30 s. 5.50 gr.

10 h. 35 m. 30 s., 6 gr. Sommeil profond. Pouls 26.

10 h. 37 m., 6.50 gr.

10 h. 37 m. 30 s., 7 gr. Un peu d'agitation. Pouls 28.

10 h. 39 m., 7.50 gr. » Pouls 28.

10 h. 40 m., 8 gr. L'anesihésie des cornées commence.

10 h. 41 m. 30 s., 8.50 gr. Pouls 42.

10 h. 42 m,, 9 gr. Aneslhésie des cornées presque absolue.

10 h. 43 m. 9.50 gr.

10 h. 44 m., 10 gr. L'anesthésie des cornées est complète. Pouls 33.

M. le professeur Du Moulin a vérifié la température du patient pendant la durée de l'injection et une grande partie de l'opération. A 10 h. 15 m., elle était à 36°; à 10 h. 34 m. 30 s., elle était à 36^3^ à 10 ti. 43 m., à 36",1; à 10 h. 52 m., à 36°,2.

M. le docteur Bouqué chef de clinique chirurgicale applique l'appareil d'Esmarch sur le bras droit du patient et à 10 h. 52 m., M, Soupart commence son opération. Toutes les difficultés prévues par l'honorable professeur se présentèrent, il dut disséquer les nerfs et l'artère qui recouvraient la tumeur afin de dénuder celle-ci, manœuvre dangereuse s'il en fût; mais la dextérité du maître sut la rendre inoffensive et quelques minutes ne s'étaient point écoulées que M. Soupart montrait à la nombreuse assistance la tumeur complètement dégagée de toutes les parties voisines. Le diagnostic était exact, c'était une tumeur osseuse. M. Soupart en enlève la plus grande partie au moyen de la scie à chaîne, détruit le reste par la gouge et le maillet et cautérise au moyen du fer rouge la portion de l'humérus qu'elle recouvrait.

A 11 h. 23 m., l'opération est terminée. Quel avait été pendant tout le temps l'état de l'opéré? Le sommeil et l'anesthésie étaient profonds, mais l'insensibilité n'était pas toujours identique : à certains moments elle était absolue et les cornées ne sentaient plus, à d'autres moments et pendant des intervalles variables dans leur durée, le malade était agité par des mouvements réflexes. Mais qu'on veuille remarquer la

richesse en nerfs de la région qui était le siège de la manœuvre opératoire. Qu'on se représente cette dissection du médian, du cubital, du radial, des cutanés, les tiraillements, les pressions qu'on leur fît subir pendant une demi-heure, afin de dénuder, d'isoler complètement cette tumeur qu'on allait enlever par la scie et la gouge, et l'on comprendra que, si profonde que fut l'anesthésie, des mouvements réflexes devaient inévitablement se produire. A 11 h. 27 m., on enlève l'appareil d'Esmarch, une veine et une arlériole donnent seules du sang, M. Soupart en fait la ligature. A 11 h. 33 m., le pansement est terminé.

Les cornées sont insensibles, le malade dort profondément, la respiration est normale, comme elle l'avait été pendant tout le cours de lïnjection et de l'opération.

A 12 h. 15 m., la température est à 36°,6. Le pouls à 88 à la minute, les cornées sont sensibles, le malade pousse de temps en temps un gémissement.

A 12 h. 30 m,, il dort paisiblement. Température 36^8. Pouls à 92 à la minute.

A 12 h. 45 m., agitation. A 1 h., sommeil paisible, pouls 96.

Al h. et demie, pouls 84 à la minute. Vomissement de matières bilieuses.

Ce n'est que vers deux heures que le malade s'éveilla et répondit aux questions qu'on lui posait. Pendant tout l'aprèsdiner et la soirée, il se plaignit vivement de son bras opéré, il soufî'rait, et ces douleurs l'agitaient. A sept heures du soir, l'appareil qui entourait le bras fut enlevé et replacé plus lâchement. Le malade fut soulagé et redevint calme; on lui fit prendre deuxcentigr. d'acétate de morphine, il goûta pendant une grande partie de la nuit un sommeil calme. Vers

minuit le patient urina pour la première fois, l'urine renfermait un peu de sang. A sept heures du matin le malade urina une seconde fois, celle fois le liquide était parfaitement limpide, il l'est resté depuis.

Le lendemain, la situation du patient est satisfaisante, la respiration est bonne, le pouls est à 100 par minute, faible, mais régulier. Le malade souffre beaucoup dans le bras opéré; M. Soupart prescrit une potion au chloral, et le calme et le sommeil se produisent aussitôt.

Dans la soirée du 27, nous visitons le patient, il se réveille un instant pour nous dire qu'il est bien, qu'il ne souffre plus, le pouls est à HO.

Le Iraumatisme que les nerfs importants du plexus brachial ont éprouvé pendant une assez longue opération, explique et les mouvements réflexes, dont le malade était agité pendant qu'on énucléait sa tumeur et les souffrances et l'agitation qui ont suivi celte manœuvre.

Nous ferons remarquer la haute dose de chloral que ce jeune homme de 17 ans, d'une petite taille, maigre et d'une constitution qu'on ne saurait dire robuste, a pu recevoir impunément dans ses veines.

Pour la troisième fois sur vingt-deux opérations pratiquées sur l'homme, nous avons constaté du sang dans les premières urines expulsées. Pour la troisième fois ce phénomène, sans gravité d'ailleurs, se produit à l'hôpital civil de Gand. Singulier rapprochement. Jamais M. Oré ne l'a constaté chez ses opérés, jamais nous ne l'avons rencontré chez les malades que nous avons traités dans notre clientèle particulière. Mais M. Oré opère sous le chaud climat du Midi, et nous, nous avons opéré pendant l'été, et depuis que la température s'est refroidie nous avons toujours pris la précaution de faire

chauffer la chambre de nos malades. Or dans ces conditions de température pas d'hématurie. A l'hôpital civil de Gand, au contraire, les patients sont opérés dans des salles froides, mal chauffées; là, nous les avons vu pris de frissons que nous n'avons pas rencontrés chez nos malades de la ville ; or quand dans de telles conditions l'hématurie se produit, ne pourraiton l'expliquer par le refroidissement de la peau ?

En résumé, un jeune homme de 17 ans a reçu eu 17 minutes 10 grammes de chloral dans les veines; l'aneslhésie absolue a duré plus d'une heure, aucun accident n'a suivi cette injection. Ni phlébite, ni caillots (i).

Observation XXII. — Le 23 septembre 1874, M. le docleur Poinsot, chef interne de M. Oré, à l'hôpital St-André de Bordeaux, désirant enlever au moyen de la gouge et du maillet une portion cariée d'un des tibias d'un homme de 38 ans [Observation XI) , l'anesthésia en lui injectant 9 grammes de chloral dans les veines.

Celte opération n'ayant pas procuré une guérison complète, M. Oré a de nouveau évidé ce tibia malade après avoir une fois encore anesthésié le patient au moyen d'une injection veineuse. Il était très-affaibli depuis sa dernière opération, aussi la dose de chloral injectée ne dut-elle pas être aussi considérable que la première fois. 8 grammes de chloral suffirent pour produire une anesthésié qui dura pendant quarante minutes. Dix jours se sont écoulés depuis lors, aucun accident ne s'est produit, ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Ainsi donc vingt-deux cas, vingt-deux succès. Les faits s'accumulent, et nous ne voyons pas poindre encore ces phlébites adhésives ou suppurées, ces coagulations du sang

(i) Un pelil accident survenu à notre seringue a ralenti la marche de l'injection et prolongé sa durée.

que la méthode de M. Oré devait si évidemment produire. Ces craintes chimériques s'évanouissent devant l'expérience, comme les fantômes devant la lumière. Le respect absolu du cercle circulatoire, la défense de rien y introduire directement, n'étaient qu'un préjugé. Encore une étoile qui file!

Noaveaax cas d'aneslhésie par injection intra-veineuse de ciiloral (])

Ouvrir le cercle circulaloire pour y inlrocluire des substances médicamenteuses, paraît aux yeux d'un grand nombre de médecins une énormité si grande que quelques-uns croient même fermement que c'est une monstruosité. C'est le sort de toute idée neuve d'exciter la méfiance des uns, les récriminations des autres. Les plus belles découvertes ont traversé la phase des luttes; nous ne nous étonnons donc pas si les injections veineuses, qui rompent avec toutes les traditions scientifiques, ne soulèvent pas l'enthousiasme autour d'elles.

Qu'on les traite de monstruosité et d'autres épithètes encore, nous nous en consolons en pensant que le même jugement a été porté sur les plus belles conceptions du génie humain ; ne disait-on pas, en 1819, que la plus brillante découverte de notre siècle, le chemin de fer, n'était qu'une absurdité, qu'une chose risible.

On peut voir en effet, au Kensington Muséum à Londres, sous un verre qui le protège, un exemplaire curieux de la Quaterley Review de l'année 1819. La livraison ex'posée contient une appréciation du projet formé à celte époque, de construire un chemin de fer sur lequel on ferait circuler les wagons à l'aide de la vapeur et au moyen duquel on marcherail deux fois plus vile que dans les voitures de poste et les diligences. Voici celte appréciation : « Nous ne sommes pas partisans des projets fantastiques qui ont rapport aux insti-

(i) Kxlraii du thiUetin de l'Académie royale de médecine de Eelr/ifjuc, 3«>f série, n" 4, i. iX, p. 5il8.

lulions iililes et nous rions, comme d'une idée impralicable, de celle qui consiste à conslruire un chemin de fer sur lequel on pourrait nous faire voyager à la vapeur. Y a-l-il quelque chose de plus absurde el de plus risible qu'un wagon Irainé par la vapeur el qui doit marcher deux fois plus vile que nos diligences? Mieux vaudrait regarder comme possible le voyage de Wooiwich à l'arsenal, à l'aide d'une fusée à la congrève. »

Il suffît de regarder autour de nous, pour s'assurer que la vérité survit à de pareilles appréciations. N'y attachons donc pas trop d'importance et poursuivons tranquillement noire œuvre.

L'introduction directe des médicaments dans ie torrent circulatoire est-elle une pratique si condamnable que le croient la plupart des méd»>cins? Mais oublienl-ils donc que toute substance dont ils alleiideiit une action sur l'organisme, doit d'abord pénétrer dans le sang, el il ne suffît même pas qu'elle entre dans le sang veineux, il faut, dit Claude Bernard, qu'elle arrive dans le sang artériel. C'est là une condition indispensable. Le sang, dit l'illuslre physiologiste français, est le milieu intérieur général dans lequel se produisent toutes les actions physiologiques el l'on ne peut atteindre les tissus ou leurs éléments qu'en passant par ce milieu.

Ce n'est donc plus Tintroduction des médicaments dans le sang que l'on discute, mais bien le procédé d'introduction; ce n'est donc plus une question de principe qui est en cause, mais une simple question de modus faciendi.

Longtemps, trop longtemps peut-être, les médecins ont introduit les médicaments dans le milieu intérieur par l'intermédiaire (les voies gastro-intestinales. C'eslunevoie naturelle, facile, mais c'est la plus infidèle de toutes. Mais laissons la parole à Claude Bernard :

AÎSESTHÉSIE PAR mjECTlO'^. 157

«Rien n'est plus infidèle (|iie rabsorplion par la surface gaslro-inleslinale, selon que Tanimal sera à jeun ou qu'il viendra de faire un abondant repas, les liquides introduits dans l'estomac seront rapidement ou lentement absorbés. La surface du tube digestif est moins absorbante pour les poisons pendant la digestion, c'est ce qui explique pourquoi un certain nombre de substances Irès-toxiques avalées pendant cet état, ne manifcslent point leur efTet, c'est ainsi que le curare peut être avalé impunément pendant la digestion, tandis qu'à jeun, il occasionne des accidents quand la dose est assez forte. Il y a outre cela, pendant la [)ériode de digestion, un autre phénomène qui diminue l'activité des substances ingérées, c'est leur dilution dans une grande quantité de liquide. Or la même dose médicamenteuse dissoute dans une petite quantité de liquide est plus active que quand sa solution est très-étendue, parce que dans un même temps elle passe en plus grande proportion dans le sang.

«En résumé, on ne peut doncsavoir, lorsqu'on introduit une substance dans l'estomac, si elle pénétrera toute dans le sang. D'ailleurs cette quantité même n'est pas la seule donnée du problème; il faudrait savoir en combien de temps elle pénétrera, car si l'absorption se fait très-lentement, comme l'élimination se produit au fur et à mesure, il pourrait arriver que le sang n'en contînt jamais que des proportions inactives et en tout cas impossibles à déterminer d'avance. Or, ce qu'il nous importe surtout de connaître, c'est la quantité de substance toxique ou médicamenteuse qui se trouve, à un moment donné, dans le milieu intérieur; c'est de cetlequantité que dépend la possibilité de l'action de la substance en question sur les éléments analomiques au contact desquels elle produit son effet. Nous en rappellerons ici un exemple

158 ANESTHÉSiE l'AU INJECTION.

bien connu, (;'esl celui du curare. Ce poison violent peut être absorbé par la surface inleslinale, sans produire aucun effet. Cela tient à ce que celte absorption est très-ienle et que le rein élimine très-rapidement le curare. Il en résulte que ce poison introduit par celte voie, ne se trouve jamais dans le sang à une dose suffisante pour agir sur les nerfs moteurs : d'où il résulte que de fait, le curare ingéré dans l'estomac n'est pas un [)oison. Cet exemple suffit pour montrer combien peu on pourra compter sur l'absorption stomacale. Encore ne voulons-nous point parler ici des étals pathologiques de la membrane muqueuse digestive, états qui peuvent modifier d'une manière imprévue l'absorption inleslinale et amener par suite la plus grande discordance dans les effets thérapeutiques que l'on recherche. Aussi les médecins renoncent-ils de plus en plus aux voies digeslives pour l'adniinislralion des médicaments exactement dosés et donl l'action doit se produire au plus vile, tels que les sels de morphine, de strychnine, d'atropine, même de quinine. »

Renonçant à l'absorption gaslro-inlestinale, les médecins ont tenté de faire pénétrer dans l'organisme, les agents médicamenteux en les faisant absorber par le tissu cellulaire souscutané. Ces tenlalives furent couronnées du plus grand succès et l'expérience journalière démontre aux médecins comme aux physiologistes la rapidité d'action et l'efficacilé des injections sous-cutanées médicamenteuses ou toxiques. Mais le mol injection sous-cutanée, n'esl-il pas un Irompe l'œil? N'est ce pas injection vasculaire qu'il faudrait dire?

Si l'on réfléchit un instant au mécanisme des injections que ■ nous faisons sous la peau au moyen de la seringue de Pravaz, on s'aperçoit bien vite qu'elles n'ont de sous-cutané que le nom et l'apparence. En cheminant dans le lissu cellulaire si

riche en capillaires sanguins el lymphatiques, l'aiguille dont la seringue esl armée, déciiire plus d'un vaisseau, et ce n'est plus seulement par imbibilion ou endosmose que le liquide injecté pénétrera dans le torrent circulatoire, ce sera direclenienl aussi par les trouées que l'aiguille aura produites. Selon M. le professeur Du Moulin, une colonne liquide circulant avec une certaine rapidité dans un conduit perforé, attire vers elle, par ces trouées, les liquides ambiants. Il est facile de faire aux injections sous-cutanées l'application de ce principe. Mais le traumatisme ne porte pas seulement sur les capillaires artériels et veineux, il atteint aussi les vaisseaux lymphatiques.

On a longtemps cru que les lymphatiques apparaissaient à leur origine sous forme de canaux terminés en cul-de-sac et qu'ils ne communiquaient avec les vaisseaux sanguins ni directement, ni à l'aide de conduits très-minces interposés. Les belles recherches de M. Sappey viennent contredire «.'es notionsanalomiques. Selon l'éminent professeur delà faculté de Paris (i) : « 1" Les vaisseaux lymphatiques naissent d'un système de lacunes et de capillicules auxquels succèdent les capillaires, â" Les capillaires lymphatiques ne sont à leur origine que cies séries de lacunes. 3» Les vaisseaux lymphatiques communiquent à leur origine avec les capillaires sanguins. »

Parlant de ces données, nous sommes forcés d'admettre que l'aiguille pénétrant dans les lacunes y verse le liquide de rinjection et que celui-ci esl immédiatement emporté dans la circulation lymphatique. Le liquide injecté pénètre donc directement dans les vaisseaux lymphatiques, comme dans

(i) Leçons sur le système lymphalique faites à la faculté de médecine de Paris et reproduites i)ar la Gazette des hôpitaux des 31 décembre 1874; 11 janvier et 'i février 1875.

les capillaires artériels el veineux ; des lymphatiques il passe fatalement clans les vaisseaux sanguins soit par les communications qui existent entre ces deux systèmes à leur origine, soit tout au moins par le canal Ihoracique et la grande veine lymphatique.

L'opinion que nous exprimons est, partagée par Claude Bernard: « Les substances injectées sous la peau, dit l'illustre physiologiste, sont, d'après les résultats récents de l'histologie, introduites dans les racines du système lymphatique, puisque les mailles du tissu cellulaire sont en communication avec les réseaux d'origine des vaisseaux lymphatiques. »

Tout en admettant que l'imbibition et l'endosmose jouent encore un rôle dans l'absorption des substances introduites sous la peau par la seringue de Pravaz, nous n'en considérons pas moins comme évident, que les liquides injectés pénètrent directement dans le torrent circulatoire par les ouvertures pratiquées par l'aiguille, dans les vaisseaux artériels, veineux el lymphatiques.

Ce que l'on appelle injection dans le tissu cellulaire souscutané, est tout au moins, pour une part, une injection inlravasculaire.

Quel abîme existe-t-il donc entre l'injection sous-cutanée et l'infusion veineuse, pour que l'une soit pratiquée tous les jours, sans éveiller la moindre crainte et que l'autre soit repoussée avec effroi comme une monstruosité? L'une se pratique dans les origines des vaisseaux, l'autre dans des troncs vasculaires, mais au fond la substance injectée n'en pénètre pas moins directement dans le torrent circulatoire.

Nous devons laisser au temps le soin de calmer les appréhensions qu'inspirent les injections intra-veineuses. Ne rien introduire directement dans le torrent circulatoire est une

tradilion devant laquelle s'inclineront encore longtemps bien des médecins. Sur quoi repose-t-elle ? Les résultats favorables obtenus par les injections veineuses dans le choléra, la rage, le tétanos, les morsures des animaux venimeux, l'aneslhésie, le disentassez. Que de traditions scientifiques se sont déjà, sous nos yeux, évanouies au souffle de l'expérience! N'avonsnous pas tous été élevés dans la crainte de l'introduction des gaz dans les veines; n'avons-nous pas tous regardé comme un article de foi que la pénétration de quelques bulles d'air dans le torrent circulatoire provoquait des accidents mortels?

Après les expériences de notre éminent collègue, M. le professeur Thiernesse et de M. le docteur Casse, que resle-t-il de celte croyance? Ce ne sont pas quelques bulles gazeuses que ces savants ont injecté dans les veines, ce sont des rnèlres cubes d'oxygène, et bien loin d'être mortelle, cette étrange pralitjue rendait la vie à des animaux empoisonnés par le phosphore.

Dans noire art, on se heurle partout aux traditions; ce sera l'honneur de notre siècle d'avoir démontré l'inanité d'une foule d'enirc elles; mais l'œuvre est loin d'être complète. En publiant aujourd'hui nos nouvelles recherches sur les injections inlra-veineuses de chloral, nous n'avons d'autre but que de nous associer à ce mouvement scientifique qui fait de l'expérience la base des études médico-chirurgicales.

Observation XXII I. — Le 4 décembre 1874, nous nous rendons au Refuge Noire-Dame, où nous trouvons M""" Sophie Cuvelier, de Deulémont (France), âgée de 66 ans, accompagnée de son médecin, M. le D' Marhemme, fils, de Warnelon. Celle dame est allcinle aux deux yeux de cataracte lenticulaire dure, incomplète à gauche, à peu près complète à droite. L'opération étant sollicitée par la malade,

11 Paroi, délirantes

11 Toux.

nous opérons l'œil droit avec l'aide de M. le docteur Van "Wesemael et en présence de MM. Souparl elBouqué. A 10 h. 37 m., le pouls bat à 22 au i/î.

10 h. 41 m., ponction de la médiane céphalique droite.

10 h. 41 m. 30 s. 0.50 centigr. de cliloral ont pénétré.

îO h. 42 m. 1.00 gr. » »

10 h. 42 m. 30 s. 1.50 » Pouls 18 au i/4.

10 h. 48 m. 30 s. 5.50 » Sommeil comnience

10 h. 49 m. 5.75 » Pouls 18

10 h. 50 m. 6.00 » Sommeil profond.

10 h. 51 m. 6.25 » Aneslh. corn, s'accentue, j

10 h. 52 m. 6.75 )> Pouls 18. L'aneslhésiecor-

néenne est absolue.

A 10 h. 52 m. 30 s. l'opération commence, elle est pratiquée par le procédé de Von Graefe, mais modifié. A 10 h. 54 m., elle est complètement terminée. Le procédé de Von Graefe se compose de quatre temps : 1° ouverture de la chambre antérieure ; 2» iridectomie ; 3° incision de la capsule cristalline; 4° expulsion du cristallin par pression.

L'irideclomie et l'incision multiple de la capsule cristalline devant s'exécuter alors que la chambre antérieure est ouverte, il peut arriver, si le malade est indocile, que le

AiNESTHÉSIE PAR INJECTION. 163

contenu de l'œil s'échappe en parlie par la plaie béante. L'irifleclomie et l'incision de la capsule constituent deux temps Irès-délioats de l'opération et que l'indocilité du patient rend parfois d'une exécution fort difficile. Noire honorable collègue, M. Bribosia, de Namur, a depuis plusieurs années fait disparaître à la fois l'un des temps de l'opération et l'une de ces difficultés en pratiquant l'iridectomie et l'ouverture de la chambre antérieure à la fois. Voici comment agit M. Bribosia : quand la ponction et la contre-ponction de la cornée sont faites, il incline un peu le couteau linéaire, de façon à faire bâiller la plaie, aussilôt l'humeur aqueuse s'échappe et l'iris se jette sur le tranchant du couteau. Celui-ci continuant sa marche sectionne à la fois et l'iris et la cornée; on fait donc à la fois et l'iridectomie et l'ouverture de la chambre antérieure.

Il y a deux ans environ, deux jeunes chirurgiens lyonnais, fort distingués déjà, vinrent visiter noire clinique oph- Ihalmologique, c'étaient MM. Mollière et Jullien. Dans l'entrevue que nous eûmes avec eux, ces honoi-ables confrères nous apprirent que M. le docteur Gayel, l'éminent oculiste de Lyon, ne faisait pas dans l'opération de la cataracte, un temps distinct pour l'incision de la capsule cristalline. Après avoir fait la ponction de la cornée, M. Gayet porte la pointe du couteau dans la pupille, ouvre la parlie toute supérieure de la capsule, fait ensuite la contre-ponction, puis achève l'incision de la cornée. Ainsi donc M. Bribosia supprime un des temps de l'opéralion, l'iridectomie, et M. Gayet eo, supprime un autre, l'incision de la capsule.

Combinant la pratique de MM. Von Graefe, Bribosia et Gayet, nous avons réduit l'opération à deux temps. Voici comment nous agissons.

1t:4 ANESTHÉSIE PAR LMECTION.

Après avoir ponctionné la cornée, nous portons le couteau dans la pupille dilatée et nous ouvrons ia capsule cristalline horizontalement et aussi haut que possible, puis nous faisons la contre-ponction; inclinant alors le nnanche du couteau, nous faisons bailler la plaie cornéenne, l'humeur aqueuse s'échappe, l'iris se jette sur le couteau et nous le coupons en achevant l'incision de la cornée. Il ne nous reste plus alors qu'à pre>s<îr légèrement la partie inférieure de l'œil et le cristallin s'échappe aussilôl.

Tel est le procédé que nous avons adopté à la clinique ophthalmologique et que nous suivons toujours avec notre honorable ami, M. le docteur Van "Wesemael. Nous le trouvons d'une exécution plus rapide et plus facile que celui de Von Graefe. La pupille artificielle pratiquée de celle manière est aussi régulière que celle que l'on exécute par un temps spécial.

A 10 h-, 54 m., l'opération était terminée, le pouls battait à 17 au î/4.

10 h. 58 m. Pouls à 14.

11 h. 15 m. » 16. L'anesthésieestencore absolue.

11 h. 25 m. M, le docteur Bouqué pique les tragus, quelques légers mouvements réflexes se produisent.

Nous faisons immédiatement le pansement, nous remettons la malade au lit et nous nous relirons. Elle dormait profondément.

A midi M"" C... se réveille et adresse à M. le docteur Marhemme quelques paroles incohérentes, puis se rendort. Elle dort pendant toute l'aprè.s-midi, nous la visitons à 7 heures du soir; le pouls est h 20 au i/f, le sommeil est profond. Nous interrogeons la patiente, elle nous répond avec lucidité.

ANESTHÉSIK PAR JNJIECTION. J65

mais se rendort immédiatemenl. Elle dort ainsi jusqu'à minuit, à ce moment, le réveil est définilif.

Vers minuitM"»* C... lâche pour la première Ibis des urines fort limpides.

Ainsi donc Tinjection de 6.75 grammes de chloral, faite en H minutes, a produit une aneslhésie absolue qui a duré 33 minutes et un sommeil profond accompagné d'une sensibilité très-obtuse pendant 13 heures.

L'opéralion s'est faite comme sur le cadavre; l'anesthésie de l'œil était absolue; rien ne vint troubler la manœuvre opératoire, ni sensibilité, ni mouvements réflexes, ni nausées, ni vomissements, ni agitation. C'était perindè ac cadaver.

Les suites de l'opération furent des plus heureuses; ni phlébite, ni caillots, ni hémalurie.

Quant à l'extraction de la cataracte ses résultats sont des plus beaux ; le succès est complet.

Observation XXIV. — Le lundi 7 décembre, nous opérons, à la clinique ophlhalmologique, la nommée Marie Van Overbeke, de Mouscron, âgée de 40 ans. Celle personne nous est " adressée par un de nos anciens élèves M. le docteur Vindevogel. Elle porte sur la partie supérieure de l'œil droit une tumeur, de la grandeur d'une pièce d'un centime, partant du limbe cornéen de la conjonctive et s'élalant sur la moitié supérieure de la cornée, masquant la pupille d'une façon presque complèle. Dure, bosselée, d'un aspect noirâtre, cette tumeur fait un relief de 2 à 3 millimètres au-dessus de la conjonctive et de la cornée. Elle a débuté sans cause connue, depuis près de dix ans; son développement a été ti'ès-leul, elle ne fait pas souffrir la malade. L'aspect extérieur de la tumeur nous fait diagnostiquer un cancer mélanique de la conjonctive, sous la réserve toutefois de l'examen microsco-

pique qui sera confié aux soins de M. le docteur Leboucq. Il nous esl impossible de fournir celle fois une description détaillée de l'opération, l'injection n'a pas été faite avec la précision habituelle. Il y avait un peu de jour entre la pièce intermédiaire et la canule de la seringue sur l'exlréiiiilé de laquelle elle s'applique, c'est là un résultat bien naturel de l'usure du métal assez tendre, l'argent, avec lequel ces pièces sont fabriquées. Cette altération de l'instrument nous avait échappé, et tandis que nous pensions pousser goutte à goutte la solution de chloral dans la veine médiane basilique guiche, goutte à goutte le chloral tombait sous la table, filtrant à noire insu entre la pièce intermédiaire et la seringue. Nous avons employé toute la solution (hydrate de chloral 10 grammes, eau 30, puis on ajoute quantité suffi-;ante d'eau distillée pour faire 40 grammes), mais il nous est ditïieile de dire ce qui s'en est perdu, ce qui a pénétré dans la veine. Nous croyons pourtant ne pas nous tromper de beaucoup en disant que nous avons injecté de 4 à 5 grammes de chloral. Au moment ou l'injection se terminait, la patiente n'avait pas perdu connaissance, et nous pensions que l'aneslhésie ne se produirait pas. Nous nous trompions. Pendant que nous préparions nos instruments, le chloral complétait ses effets et la dissection de la tumeur, ainsi que la cautérisation par le perchlorure de fer de la portion conjonctivale et cornéenne sur laquelle elle s'insérait, se firent au milieu d'une anesthésie absolue. Pas une |)lainte, pas un mouvement rétlese ne se manifesta. L'opération fut rapidement terminée, rien ne vint enrayer sa marche. Les adhérences de la tumeur à la coriiée et à la conjonctive n'étaient pas très-solides; après avoir emporté ce néoplasme par dissection, nous raclâmes au moyen d'un petit couteau, à tranchant très-convexe, les points sur

lesquels elle s'insérait, puis nous les caulérisâmes par le perclîlorure de fer. L'auesthésie elait complèle, mais elle fut Irèscourle, elle ne dura pas dix minutes, à peine l'opération élail-elle terminée que la malade se réveillait. On la remit au lit, elle se rendormit immédiatement pour se réveiller une heure après. Le réveil fut alors définitif.

Aucun accident ne suivit cette opération; ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

L'analyse de la tumeur fut faite par M. le docteur Leboucq. L'examen microscopique a démontré que nous nous trouvions en présence d'un sarcome globo-cellulaire, alTection très-dangereuse au point de vue de la récidive.

Observation XXV. —Le 12 mai 1874, 31. le professeur Soupart ampute la cuisse droite du nommé Auguste De Roose, âgé de 29 ans, atteint de tumeur blanche du genou. Bien que la portion cariée du fémur eût été coinplétemenl enlevée, cet os ne tarda pas à s'altérer dans le moignon, la carie l'attaqua de nouveau. Celte lésion ne cédant, ni au traitement général, ni au traitement local qui furent institués, M. Soupart se décide à réséquer l'extrémité fémorale malade. L'opération se pratique le 8 décembre. M. Soupart nous charge d'anesthésier le patient.

M. le professeur Du Moulin, MM. les docteurs Bouqué et Van Wesemael assistent à l'opération.

A iO h. 40 m. Ponction de la radiale gauche. Pouls 30 au 1/4. Température 3o° 8.

10 h. 40 m. 30 s. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.

10 h. 41 m. 1 gr. Pouls 30.

10 h. 42 m. 20 s. 2 » » 30. Température 36»:

Î68 ANESTHÉSIË PAR INJECTION.

10 h. 43 m. iO s. 3 grammes.

<0 h. 43 m. 30 s. 5.50 » Pouls 30. Temp. 36»2.

10 h. 44 m. 85 s. 4,50 » » 26. Le malade parle, demande à voir un élève, .<;e plaint de ce qu'un étudiant rit.

10 h. 45 m. 05 s. 5 gr.

10 h.. 45 m. 35 s. 5.50 » Temp. 36"'4. Un peu de subdélire.

10 h, 46 m. 04 s. 6 » P. 25. Langue s'embarrasse.

10 h. 47 m. 05 s. 6.50 » d 27. Sommeil.

10 h. 47 m. 58 s. 7.50. Aneslh. cornée, commence.

10 h. 48 m. 28 s. 8 gr. Pouls 28.

10 h. 49 m. 8 25 gr. Aneslh. cornée, est complète.

10 h. 49 m. 30 s. 8.50 gr. Pouls 41.

A 10 h. 52 m. M. Soupart commence son opération, par une longue incision, il met à nu toute In portion malade du fémur, la sépare de ses attaches musculaires et la résèque.

10 h. 52 m. Pupillles conlraclées.

10 h. 53 m. Pouls 32. Température 360 2.

Nous constatons en ce moment un phénomène qui ne s'était pas encore présenté jusqu'ici : c'est une abondante transpiration, la peau était chaude et ruisselait de sueur.

10 h. 55 m. Pouls 37.

10 h. 57 m. » 48. Température 35° 8.

10 h. 59 m. 0 38. La transpiration reste abondante.

11 h. 2 m. Tempérât. 35°8. Le malade ronfle. 11 h. 4 m. * 32.

La transpiration diminue, la lace est rouge.

ÂNESTHÉSIE PAR INJECTION. 169

H h. 9 m. Les cornées sont absolument insensibles.

11 il. 10 m. Toux, M. Du Moulin fait remarquer qu'une grande quanlité de salive remplit la cavilé buccale; la toux que nous avons quelques fois remarquée sur d'aiilres sujets lie provienilrail-elle pas de ce qu'un peu de salive s'est introduite dans les voies respiratoires?

H h. 13 m. Toux. La salivation reste abondante.

11 h. 15 m. Pouls 40 au 1/4. T. 36° 4. Transpirât, a cessé.

11 h. 17 m. L'opération est terminée. M. Soupart commence le pansement. Cornées absolument insensibles.

11 h. 19 m,Lespupillessonttoujourscontrdctées.T.3o"'8.

Il h. 24 m. La salivation reste abondante. T. 36°.

41 h. 26 m. 30 s. Les cornées commencent à sentir le contact du doigl. Léger mouvement de l'avant bras gauche.

H h. 28 m. T. 3C"4. Pouls 32. On arrête l'héinorrliagie en couvrant la plaie de perchlorure de fer. Le malade reste absolument insensible.

M h. 32 m. T. 36-2. Pouls 40. La contraction des pupilles diininue.

11 h. 40 m. La sensibilité renaît. Le malade avale une cuillerée de vin.

12 h. T. 35" 8. Pouls 45 au 1/4.

12 h. 15 m. Le malade donne des signes d'intelligence, répond par oui et non aux questions qui lui sont posées.

12 h. 30 m. T. 36''6. P. 48 au 1/4. Un peu de subdelire. 1 h. T. 3608. Pouls 44 au 1/4. Le malade, quoique

très-somnolent, reconnaît les assistants.

1 h. 30 m. T. 36°6. P. 30 au 1/4. Tendance au sommeil.

2 h. Pouls 25 au 1/4. Le malade dort paisiblement.

Vers quatre heures le patient est complètement réveillé.

170 AiVËSTHESIE PAR INJECTION.

Nous le visitons h six heures du soir, sa silualion est des plus salisfaisanles. La circulalion est normale, le pouls est à 20 au 1/4, rinlelligence est Irès-lucide, le malade ne souffre pas.

Ainsi en 9 minutes on a injecté 8.50 grammes dechloral. Quand 6 grammes ont pénétré le malade s'endort profondément, à 8 grammes les cornées sont insensibles, l'aneslhésie absolue a duré 38 minutes et l'inlluence chloralique se traduisant par le sommeil ou la somnolence a duré cinq heures.

La respiration n'a rien présenté de particulier, parfois elle était un peu plus fréquente, parfois un peu plus profonde.

M. Du Moulin a cherché à diverses reprises si l'air expiré ou la transpiration exhalait l'odeur du chloral, ses recherches ont été négatives.

Aucun accident ne se présenta du côté de la veine piquée, les urines furent toujours limpides. Ainsi donc ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Observation XXVL — Une jeune femme de 35 ans est atteinte d'un kyste multiloculaire de l'ovaire droit, à contenu colloïde et hémalique. Le 9 décembre M. le docteur Durodié de Sauveterre pratique l'ovariotomie avec l'aide de M. le docteur Durodié de Sauveterre père, MM.Dclille de la Réole, Dudon et Lande. M. le docteur Lande, un des élèves les plus distingués de M. Oré, pratique l'anesthésie par injection inlra-veineuse de chloral. (20 gr. de chloral pour 80 gr. d'eau.)

12 h. 20 m. Poulsl20. Respiration 28-30.

12 h. 20 m. 30 s. 30 centigr. de chloral ont pénétré.

12 h. 21 m. 30 s. 90 » La malade dit qu'elle voit passer un léger brouillard devant ses yeux.

WESTHESIE PAU INJECTION. Hl

42 h. 22 m. 1.20 gr. Le brouillard augmente.

12 h. 22 m. 30 s. 1.50 » Les yeux se ferment. Somnolence.

12 h. 23 m. 1.80 gr. Si on parle à la malade, elle ouvre les yeux. La somnolence s'accentue.

12 h. 24 m. 2.40 gr.

12 h. 25 m. 3 gr. La malade dort; elle n'a pas fait le moindre mouvement, elle n'a accusé aucune douleur, aucune sensation désagréable. Pouls et respiration physiologiques.

12 h. 27 m. 3.30 gr.

12 h. 28 m. 3.60 » Sommeil profond. La cornée n'est pas complètement anesthésiée.

12 h. 33 m. 5 gr. Sommeil profond. Insensibilisé absolue de la cornée. Pouls à 100. Respiration à 25. Calme parfait.

Nos confrères qui voient pour la première fois le sommeil produit par l'injection intra-veineuse de chloral, ainsi que les personnes qui assistent à l'opération sont émerveillés.

L'opération est commencée à 12 li. 36 m. Le kyste ayant été ouvert, M. le docteur Durodié le vida en grande partie (20 kilogr. environ de substance colloïde), en rompant avec la main les cloisons qui le divisaient en un nombre extrêmement considérable de loges. Les adhérences du kyste aux organes voisins s'opposaient à un autre procédé opératoire. Cette partie de l'opération dura jusqu'à 1 h. 10 m. A ce moment la malade qui n'avait pas fait le moindre mouvement était un peu pâle. Malgré cette perte de sang le pouls était

172 ANESTHÉSÎE PAR INJECTION.

toujours à 100, mais un peu f.iiblu. La respiralion calme et régulière, à 25 par minule. On rapproche les lèvres de l'incision fuile au kyste de façon à la fermer e\ à l'atlirer peu à peu au deliors en évilai.t de répandre son contenu dans la cavité périlonéale. A I h. 15 m. par suite de l'iiémorrhagie qui continue, la respiration semble se ralentir, le pouls faiblit. A ce moment M. le docteur Lande essaye de réveiller par les courants l'action du cœur dont les mouvements se ralentissent et faiblissent, mais c'est en vain. Malgré l'électricité, la respiration et la circulation s'éteignent à 1 h. 48m. La femme est morte.

L'autopsie démontre qu'il n'y a pas de caillots dans le sang.

Pour tous ceux qui ont assisté à l'opération, la mort de l'opérée est évidemment due à la perle de sang, perle relativement considérable pour une malade anémiée et épuisée par le développement rapide d'un kysledes plus volumineux. Malgré noire insuccès, dit M. Lande, parlant au nom de ses confrères, nous pensons que si jamais opération doit être pratiquée avec l'aide de la méthode aneslhésique que vous avez imaginée, c'est bien celle de l'ovariotomie (i).

Observation XXVI I. M"»« Amélia W..., âgée de 64 ans, est atteinte d'un cancer du sein gauche; plusieurs des ganglions axilluires correspondants sont envahis par celle affection, dont le siège se trouve surtout dans le tiers moyen de la région externe de la glande. Cédant au désir de la malade et

(i) Peu de jours auparavant M. Lamle opérait à Taide du galvano-cautère, un homme de i'-J. ans, atteint d'un cancer de la verjje.

L'anesliiésie fut produite par les inhalations de chloroi'ornie, à peine le patient en avait-il inspiré Jûjrammes qu il miiirait. [l^'oir Gazelle méiicaU de liofikaux, 5 novembre 1674). C'est le ciniiuièmo cas de mort par le chloroforme survenu de|)uis huit ans dans la chiruigie boi-deiaise.

de sa famille, nous nous décidons à extraire la lumeur et les ganglions dégénérés.

L'opération est pratiquée le 16 décembre avec l'aide de nos honorables amis i\IM. les docteurs Bouqué et Leboucq.

Un instant avant l'opération M™" W... est émue et son pouls bat à 29 1/4.

A 11 h. 56 m. 30 s. Ponction de la veine médiane droite.

11 h. 57 m, 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls 25 au 1/4.

11 h. 58 m. 1 gr.

11 h. 58 m. 30 s. 1.50 gr. Pouls 25.

11 h. 59 m. 30 s. 2.50 gr. » 24.

12 h. 3 gr. » 24. Somnolence. 12 h. 1 m. 3.50 gr.

12 h. 1 m. 30 s. 4 gr. Sommeil.

12 h. 2 m. 4 50 gr. Pouls 18. Toux.

12 h. 3 m. 5 gr. Sommeil profond, calmCjanes-

thésie des cornées presque complète.

12 h. 4 m 5.50 gr. Toux.

12 h. 5 m. 6 gr. Anesthésie absolue des cornées.

A midi et six minutes l'opération commence. Toute la portion de peau malade est circonscrite par une incision elliptique faite au moyen du bistouri. La lumeur cancéreuse est alors emportée par deux écraseurs linéaires fonctionnant à la fois; les ganglions axillaires sont enlevés par arrachement au moyen des doigts. En quatorze minutes l'opération est terminée, sans hémorrhagie. Désirant tenter la réunion immédiate, nous passons six points de suture métallique, mais nous ne les serrons pas, nous laissons la plaie au contact de l'air, afin d'éviter les hémorrhagies consécutifs.

Î74 A>it.STHÉME PAU I^JECTIO^.

Pendant (oiile la durée de ropération ie jiouls se maintient à 15 au 1/4, il est régulier, la respiration est physiologique.

A 12 h. 23 m. la sensibilité apparail très-faiblement aux cornées, mais le reste du corps est absolument insensible. A midi trente-cinq minutes, l'hémorrhagie ne se produisant pas nous fermons les points de suture et faisons le pansement. A une heure nous quittons la malade, les cornées sont légèrement sensibles, et l'on produit quelques faibles uiouvements réflexes dans les muscles du visage quand on pique les tragus.

La malade dormit profondément jusqu'à deux heures, alors elle s'éveilla ; dix minutes après elle se rendormit. Quand nous vînmes la visiter à 5 1/2 h. du soir, elle dormait toujours, nous la réveillâmes un instant, mais en notre présence elle se rendormit. Le pouls battait à 21 au 1/4. 31™^ W... dormit jusqu'à deux heures du matin, puis s'éveilla, un quart d'heure après elle dormait de nouveau.

Le i7 décembre, nous la visitons à 10 1/2 h. du matin, l'étal de somnolence est des plus uianifestes encore ; la malade dort plutôt qu'elle ne vei'Ie. Le pouls est à 24 au 1/4.

A partir de midi, d'après les personnes qui entourent la patiente, M™'' W... reprit pleinement connaissance, mais l'état de somnolence persista, il existait encore à notre visite du soii-, vers 7 heures. A ce moment le pouls était à 22 au 1/4, la face était inerte, les 3'eux à demi clos, l'intelligence pai'esseuse encore, vers onze heures de la nuit l'état chloi'alique cessa, l'intelligence était dans l'étal normal, la somnolence avait disparu.

Ainsi donc 6 grammes de chioral injectés en 8 minutes ont produit une anesihesie absolue des cornées qui dura 18 minutes, le corps resta insensible pendant près de 45 mi-

AiNESTHÉSIE PAR l.NJECTlU.N. 175

nules, le sommeil dura 24 heures, il fui suivi d'nn élat de somnolence qui se prolongea encore pendant douze heures.

La première urine expulsée renfermait un peu de sang et une certaine quantité d'albumine; elle a été soumise à l'examen de M. le professeur Du Moulin. Ni phlébite, ni caillots. M. le docteur Leboucq ayant fait l'analyse microscopique de la tumeur a trouvé tous les éléments du squirrhe.

L'opération a pleinement juslifié les espérances de la malade et de sa famille, La guérison semble parfaite. La cicatrisation a été obtenue par première intention.

Observation XXVIII. — H y a quelques semaines Bleys, Emile, âgé de 17 ans, fut frappé à la face par les éclats d'une chaudière faisant explosion. Notre vénéré maître M. le professeur Biirggraeve reçut ce malheureux enfant dans son service, combattit les accidents généraux qui menaçaient de prendre une gravité extrême, restaura la face déchirée, puis nous adressa le jeune malade à la clinique ophlhalmologique, nous chargeant de réparer le délabrement de* la paupière supérieure gauche. Bleys, Emile, est un enfant chétif, exsangue, son pouls est à peine perceptible. Nous l'opérons le 21 décembre avec le concours de M. Van Wesemaei en présence de M. le professeur Van Gauwenberghe, de MM. les docteurs Bouqué et Leboucq et des étudiants.

A 8 h. 25 m. le pouls bat à 25 au 1/4.

8 h. 46 m. Ponction de la veine médiane basilique droite.

8 h. 46 m. 30 s. L'injection commence.

8 h. 47 m. 0.50 centigr. de chlora! ont pénétré.

Pouls à 32 au 1/4.

8 h. 47 m. 30 s. I gr.

8 h. 48 m. 30 s. 1.50 gr. Pouls 20.

176 AIMESTHESIE PAR INJECTION.

8 h. 50 m. 2.50 gr. Pouls 28.

8 h. 50 m. 30 s, 3 gr. » 28. Bâillement.

8 h. 51 m. 30 s. 3.50 gr. » 30.

8 h. 52 m. 3.75 gr. « 29.

8 h. 52 m. 30 s. 4 gr. » 29. Ronflement. Somm.

8 h. 53 m. 4.25gr.P. 33. Anesihésiecornéennecommence.

8 h. 53 m. 30 s. 4.50 gr. Pouls 32.

8 h. 54 m. 4.75 gr. P.32.Anesthésiecornéenne absolue.

L'opéralloQ commence immédialemenl, les adhérences anormales de la paupière avec le globe oculaire sont détruites, des traînées cicatricielles qui allèrent la direction du bord palpébral sont enlevées à coups de ciseaux, puis six points de sulure réunissent les lambeaux avivés de la paupière. A 9 h. 7 m. l'opération est complètement terminée.

Pendant l'opération, la respiration reste normale, mais la circulation s'accélère vivement, en 13 minutes le pouls oscille entre 30 et 52 battements au 1/4. A 8 h. 54 m. il bal à 35j ; de 8 h. 54 m. à 9 h. 7 m. il bal successivement à 30, 40, 36, 52 au 1/4. La tertsion artérielle pendant tout ce temps est beaucoup plus forte qu'au début.

La salivation est abondante, nous enlevons le liquide qui remplit la bouche, au moyen d'une éponge promenée de temps en temps dans la cavité buccale. Nous évitons ainsi que la salive ne s'introduise dans les voies respiratoires et ne provoque la toux que nous avons rencontrée à différentes reprises dans les mêmes circonstances.

A 9 h. 10 m. la sensibililé des cornées commence à se réveiller.

Ainsi donc en 7 m. 30 s. l'injection de 4.75 gr. de chloral produisent une aneslhésie absolue des cornées cjui dure pendant 16 minutes; jusqu'à une heure de relevée le malade dort

ANESTHESIË PAU INJECTION, ITT

profondément, de 1 h. à 4 li. son sommeil est agité, depuis 4 h. jusqu'au lendemain malin le |)alient(lorl paisiblement, pendant toute la journée du lendemain, le malade est somnolent.

La première urine expulsée est limpide, il n'y eut ni hématurie, ni phébite, ni caillots.

Observation XXIX. — Auguste l'immerman, 28 ans.— La jambe droite broyée à la suite d'un accident de chemin de fer, s'est gangrenée dans toute son étendue et malgré tous les soins dont M. Burggraeve avait entouré ce malheureux, l'honorable professeur dut se résigner à faire l'amputation de la cuisse au dessus du genou. L'opération fut pratiquée le 28 décembre 1874, par M. Lucien Colson, élève interne du service, en présence de M\L les professeurs Burggraeve, Soupart et Kluyskens, de MM. les docteurs Bréinonl (de Paris), Lesseliers, Van Wescmael el des élèves attachés à l'hôpilal et aux cliniques universitaires.

M. Burggraeve nous avait prié d'anesthésier le patient au moyen d'une injection veineuse de chloral, M. le docteur Bouqué nous assistait.

A 9 h. 30 m., ponction de la veine médiane basilique gauche. Pouls à 30 au 1/4.

9 h. 30 m. 15 s. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls à 30.

9 h. 31 m. 1.00 gr. Pouls à 30.

9 h. 31 m. 15 s. 1.50 gr. » 30,

9 h. 31 m. 30 s. 2.00 gr. » 30,.

9 h. 32 m. 30 s. 2.50 gr. .30.

9 h. 33 m. 3.00 gr. » 30.

9 h. 33 m. 30 s. 3.50 gr. Le sommeil commence.

9 h. 34 m. 4.00 gr.

9 h. 35 m. 4.50 gr. Pouls à 33.

9 h. 36 m. 5.00 gr. Sommeil profond.

9 h. 36 m. 30 s. 5,50 gr, L'anesthésie des cornées est incomplète.

9 h. 37 m. 6.00 gr. Pouls à 36.

9 h. 38 m. 6.25 gr. » 34. L'anesthésie cor-

néenne est complète.

9 h. 41 m. 30 s., application de l'appareil d'Esmarch. Pouls à 37.

9 h. 43 m. M. Colson commence l'opération.

9 h. 46 m. Pouls à 30.

9 h. 53 m. L'opération est terminée. Pouls à 31.

La gangrène de la jambe n'a pas permis d'appliquer la bande élastique depuis les doigts du pied jusque sur la cuisse, la compression n'a pu commencer qu'au dessus du genou, aussi le malade a-l-il perdu un peu de sang. L'amputalion a été faite par la méthode circulaire, avec conservation d'une manchette de périoste.

L'aneslliésie cornéenne resta absolue pendant vingt minutes environ, puis l'œil reprit peu à peu sa sensibilité, mais le reste du corps ne sentait pas et le sommeil était profond. M. Van "Wesemael observa que les pupilles ne perdirent pas leur conlraclililé.

A iO h. 45 m. le pouls est à 40 au 1/4.

Il h.

A partir de midi le malade reprend connaissance, il répond avec intelligence aux questions qui 'lui sont posées par

M. Coîson, ii boit avec avidilé el se rentlorl immé'iiateiiîeiit.

Les prt^mières urines expulsées tians la soirée sont lin)pides, pas la moindre trace d'hcmalurie.

A cinq heures du soir, nous visitons le malade, il sommeille paisiblement. Il répoml aux questions que nous lui posons, mais se rendort immédialement. Le pouls est à 28 au 1/4, le patient ne se plaint pas. Le sommeil de temps en temps interrompu se prolongea jusqu'au lendemain malin.

Ainsi l'injection de 6.25 grammes de chloral faite en huit minutes produisit une aneslhésie absolue de la cornée qui dura vingt minutes; le sommeil se prolongea pendant deux heures et demie, le malade reprit alors connaissance, puis se rendormit jusqu'au lendemain, se réveillant de temps en temps, ayant retrouvé sa lucidité d'esprit, répondant nettement aux questions, mais somnolent et peu sensible.

Aucun accident ne fut la suite de cette injection ; ni caillots, ni phlébite, ni hématurie.

Observation XXX. — François-Pierre Verhaegen, âgé de 45 ans, se présentée la clinique ophlhalmologique. Il est atteint d'une cataracte lenticulaire double.

Nous nous préparons à l'opérer, le 30 décembre 1874. Nous l'examinons soigneusement, le pouls est normal, la respiralion est bonne, l'auscultation ne nous révèle aucun désordre du côté du cœur ou de la poitrine. C'est un homme de taille moyenne, mais au teint pâle, ne paraissant pas doué d'une grande énergie vitale.

A 8 h. 1/2 du matin, le pouls bat à 2% au 1/4.

8 h. 48., ponction de la médiane basilique gauche.

8 h. 48 m. 30 s. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls à 17.

8 h. 49 m. I.OO gr. Pouls 20.

ibO ANESTHÉSIE PAU INJECTION.

8 h. 50 m. 1.50 gr. Pouls 22.

8 h. 50 m. 30 s. 2.00 gr. .. 22.

8 h. 51 m. 2.50 gr. » 22.

8 h. 51 m. 30 s. 3.00 gr. .. 25.

8 h. 52 m. 3.50 gr. » 25.

8 h. 52 m. 30 s. 4 00 gr. >. 25.

8 h. 52 m. 45 s. 4.50 gr. » 25.

8 h. 53 m. 5.00 gr. Somnolence. Pouls à 28.

8 h. 53 m 45 s. 5.50 gr. Sommeil, ronflement. Sensibilité disparait. Pouls à 28.

8 h. 54 m. 15 s. 6.00 gr. Cornées insensibles. Pouls à 28.

8 h. 55 m. Pouls à 33.

M. le docteur Van Wesemael opère l'œil droit par le procédé de Von Graefe, à 8 heures 57 min. l'opération est terminée, le pouls bat à 40 au 1/4. Ju.'^que là la respiration n'a rien présenté de particulier. Au moment où notre honorable confrère va opérer l'œil gauche, MM. Bouqué et Leboucq qui nous assistaient et surveillaient attentivement la circulation et la respiration nous disent (8 h. 58 m.) que ces deu.x fonctions viennent de s'arrêter. Immédiatement nous faisons approcher l'appareil électrique de l'iiôpilal et un des réophores est appliqué sur l'épigastre, l'autre sur le traji't des pneumogastrique et phrénique. Aussitôt le pouls repanît et le malade respire, la figure se colore, nous croyons que l'accident est conjuré, mais le courant électrique faiblit tout à coup, il devient à peu près nul et la syncope reparait. Le pouls redevient filiforme puis n'est plus perçu, la re.-jpiralion cesse et la pâleur envahit de nouveau le visage de l'opéré. La machine électrique ne fonctionnant plus, nous nous sentons désarmés et nous comprenons que tout est perdu. Cependant l'insufflation d'air bouche à bouche est pratiquée, les

ANESTHÉSIE PAU INJECTION. 18t

parties géniUiles sont flagellées avec une compresse trempée dans l'eau froide, le fer rougi à blanc est appliqué en différents points de la base de la poitrine, la langue est attirée en avant, de l'ammoniaque est introduit dans les narines. Tout reste inutile. L'homme est mort.

Autopsie. — Vingt-quatre heures après le décès, MM. les docteurs Bouqué et Leboucq font l'autopsie en présence de M. le docteur Van Wesemael.

Poumon droit. — Adhérences en arrière. Congestion trèsaccentuée.

Poumon gauche. — Fortes adhérences.

Le tissu pulmonaire est congestionné des deux côlés. Les ramifications de l'artère pulmonaire sont gorgées de sang. Le sang est noiiâlre, il présente sa fluidité ordinaire. Pas le moindre caillot.

Cœur droit. — Gorgé de sang fluide, pas de trace de caillot, pas de lésions organiques.

Cœur gauche. — Les cavités sont pleines de sang, pas de caillot, pas de lésions organiques.

Organes abdominaux. — Congestion veineuse partout. Les veines mesenlériques sont gorgées de sang. Il en est de même du tronc de la veine-porte et de tout son système. Foie assez congestionné. La veine splénique et la rate sont pleines de sang. Les reins sont congestionnés. Vessie modérément distendue par une urine claire.

Centres nerveux. — Congestion de l'aponévrose péricrànienne, de la dure mère, arborisation forle dans la pie-mère. Injection du cerveau, de la moelle et de la pie-mère médullaire.

Veine médiane basilique. — Celte veine, comme toutes celles du bras sont vides de sang, jusqu'à l'axillaire. Nulle part on ne trouve trace de caillot.

L'épine pressentie par noire honorable ami, M.Warlomont s'est donc rencontrée.

On s'accoutume si vite aux succès, et nous avions été jusqu'ii'isiparticulièremenlheureuXjla voieque nous parcourions était si douce et si facile que nous ne redoutions plus rien. Le moindre accident n'avait jamais paru, jamais nous n'avions songé à nous servir de la machine électrique qui pourtant était toujours là à notre portée. Nous l'avions essayée il y a deux mois, elle marchait à merveille et ne songeant pas à l'usure des acides qui l'animent, nous la pensions toujours aussi puissante. Ceux qui s'en servaient chaque jour ne nous prévinrent pas que son coui'ant était devenu presque nul, l'accident qu'il devait conjurer se produisit, nous étions absolument désarmés. La syncope que l'électricité aurait dissipée, devint mortelle. L'anesthésie par injection intra-veineuse de chloral compte donc une première victime. Mais si quelqu'un connaît un anesthésique qui n'a pas tué, qu'il nous jette la première pierre.

Depuis le protoxyde d'azote, ce premier né des anesthésiques, jusqu'au bichlorure de méthylène et l'oelhyliden chloride, ces derniers venus de la série, lequel est indemne d'accidents mortels ?

Le protoxyde d'azote a tué, l'éther a tué, le chloroforme a souvent tué, parce qu'on s'en est très-souvent servi (i), les mélanges d'élher et de chloroforme ont tué, l'amylène a tué,

(i) Dans ces dernières années IfS cas de rnorl par le chlorofoi'nie so sont inuliipliés d'une fiiçon m(|uiclanle en Angleterre et en Anit^rique. Le /Irilish médical Journal du -ijnillei 187:) en relatait dix-.se|il nouveaux cas liu U'"' jan- ▼ier 1889 au 30 juin 1870. Il n'est pas «le mois ou la presse médicale nenre' gistre r|uolque cas de tnori par le chloroforme.

ANESTHÉSIE PAR INdECTIO«. ÏSr,

le kérosolène a lue, le bichlorure de méthylène a tué (i), rœlhylitlen chloricle a lue, cl voilà que le chloral lue à son tour.

Ce n'est pas l'agent anesthésique qu'il faut accuser, mais l'anesthésie elle-même; elle rend l'homme pareil à un cadavre, et de l'apparence à la réalité il y a si presque certaines nalures ne su|)portenl pas cette proximité de la mort, elles succombent. A quel signe reconnaître ces natures que l'anesthésie foudroie? On le cherche encore. Il y a là une grande inconnue que physiologistes et pathologisles cherchent vainement.

L'accident qui nous est arrivé ne saurait être mis à charge de l'injection veineuse ; la manière dont la mort s'est produite et l'autopsie faite par MM. Boi;qué et Leboucq démontrent à toute évidence que le chloral a tué parce qu'il a été introduit dans l'économie, mais non parce qu'il a été injecté dans les veines. La veine piquée était intacte, aucun gaz n'y a pénétré, aucun gaz n'y a été renconiré, pas le moindre caillot n'a été trouvé dans aucun organe, dans aucun point du système circulatoire ; partuut un sang fluide et noirâtre.

Qu'on lise la relation des autopsies pratiquées sur les personnes mortes pendant l'anesthésie par inhalations et l'on verra les mêmes caractères, les mêmes altérations que ceux qui ont été signalés par MM. Bouqué et Leboucq. La mort s'est produite au milieu des phénomènes ordinaires de la

(ij Tke Boston médical and chirurgical journal (21 janvier 1875) dit : un cas de mort pendant l'administration du l)ichloruie de méthylène vient de se produire au Royal London ophthalmic Hospital. Le malade souffrait d'une affeciion des voies lacrymales. Au moment de faire l'opération M. Bulleranesthébia le patient au moyen des inhalations de biciilorure de méihylène. Trois drachmes furent mhalés en deux minutes ; tout à coup le pouls faiblit, la respiration cessa. Tous les moyens emjjloyés pour ranimer le patient restèrent inefficaces. Nous pourrions citer plusieurs autres cas de mort, produits par ce même agent.

184 ANESTHÉSIE PAIi ÏNIECTION.

syncope, n'est-ce pas toujours ainsi que cela se passe clans l'anesthésie par inhalations?

Dans les leçons qu'il vient de publier sur « les anesthésiques et l'asphyxie », Claude Bernard attribue la mort qui survient jiendanl l'anesthésie provoquée par le chloroforme, l'éther lechloral à une ménne cause : l'arrêt du cceur.

Pour'que l'accident survenu à la clinique de Gand pût être imputé à l'injection intra-veineuse, il faudrait que la mort se fui produite par une cause, par un mécanisme inhérent à celle méthode et dont les aulres modes d'aneslliésie sont indemnes. Or, c'est précisément l'inverse. L'apparition brusque et la marche foudroyante de l'accident ont été en tout comparable à celles que nous décrivent si souvent les chirurgiens, qui ont vu périr entre leurs mains les malades auxquels ils faisaient respirer les anesthésiques. L'autopsie n'a rien, absolument rien révélé qui pût être mis à charge de l'injection veineuse, ni altération des veines, ni gaz, ni caillots, le sang en tout semblable à celui que l'on trouve chez ceux que l'anesthésie par inhalation a fait périr.

Donc l'injection intra-veineuse doit être mise hors de cause. Le chloral a tué, non pas parce qu'il a pénétré directement dans le sang, mais parce qu'il a été introduit dans un organisme qui n'a pas présenté une résistance sulfisanle. Avons-nous besoin de rappeler que le chloral introduit à trop haute dose dans l'estomac a fait déjà plusieurs victimes? Tout récemment l'un de nous a été témoin d'un accident, qui pour ne pas avoir été mortel, n'en montre pas moins que lechloral, introduit par la voie rectale, présente les mêmes dangersque s'il pénètre dans l'économie par les veines ou l'estomac.

Une demoiselle présentant de graves accidents nerveux, prend chaque soir un lavement au chloral. Successivement la

dose est augmentée e( l'on arrive à injecter dans le rectum tin lavement composé de : eau, 60 grammes, chloral, 5 gr. Il est parf;iilomenl supporté et provoque un sommeil de quelques heures. Un soir le lavement est rejeté immédiatement après son injection. La famille ne s'inquiéta pas de savoir s'il avait été évacué en totalité ou partiellement, on prja !e pharmacien de préparer la même solution de chloral et on l'injecta aussitôt. L'opération n'était pas terminée que la demoiselle roulait à terre comme une masse inerte, ne donnant plus signe de vie. Ou la mit au lit, on l'entoura des soins que l'on donne habituellement dans les cas de syncope, lamalade revint doucement à elle et dormit profondément jusqu'au lendemain. Le danger avait été imminent.

Quelle que soit donc la voie suivie par le chloral pour arriver dans le sang, que ce soit par les veines, l'estomac ou le rectum, il pourra foudroyer certains organismes.

L'injection du chloral dans les veines est-elle plus dangereuse que l'inhalation des aneslhésiques, au point de vue de la syncope mortelle ? Il serait peut-être téméraire de faire à celte question une réponse définitive, mais le nombre de cas où la méthode de M. Oré a été employée devient pourtant déjà assez considérable pour qu'on puisse pressentir du moins qu'elle ne tuera que les individus doués d'une idiosyncrasie toute spéciale.

Si nous récapitulons tous les cas où le chloral a été injecté dans les veines, nous pouvons déjà mettre sous les yeux du lecteur le tableau suivant :

Tétanos, M. Oré, 9 injections.

Tétanos, M. Oré, 5 »

Tétanos, M. Labbé, I »

Telanos, M. Ttliaux, 4 »

1S6 ANESTHÉSIE PAR !>',IFXT10N.

Tétanos, M. Cruveilhier, 5 injecUons.

Tétanos, M. Lannelongue, 4 »

Télanos, M. Willième (i), 1 »

Rage, M. Bucquoy, 5 »

Aneslhésie, M. Oré, 6 »

Aneslhésie, M. Poinsot, 2 »

Aneslhésie, M. Lande, 1 injection.

Aneslhésie, MM. Deneffe et Van Welter, 25 injeclions. Ainsi donc 65 fois le chloral a été injecté dans les veines, une seule fois seulement il a produit une syncope mortelle.

(i) Notre honorable collègue, M. le docteur Willième, chirurgien de Thôpital de Mons, a pratiqué dans les veines d'un tétanique une injection de chloral. Il a bien voulu nous transmettre les principales circonslaucesde cette opération dont il publiera ultérieurement la relation complète.

0 Le malade a^ail été amputé de la jambe le 18 novembre 1874, tout alla bien jusqu'au 26; mais ce Jour même le trismus apparaît, et ])ientôt la dysphagie s'y joint. Le moignon placé dans le pansement ouaté de Guérin est pourtant insensible. On fai' prendre au patient 6 grammes de bromure de potassium. Le 28 novembre trismus, dysphagie. contracture des muscles de la nuque. Respiration 32, pouls 88, température dans l'aisselle 57" 2/5 Chloral 10 grammes dans 150 gr. d'eau- Le 29, sous l'influence de celte médication, un léger relâchement se |)ioduit dans la contracture musculaire; on continue l'usage du chloral le 29 et le 30, l'amélioration obtenue se soutient sans augment, le pouls devient plus fréquent, la lempéi'ature s'élève. Le I^i" décembre la situation s'est aggravée, un ordre mal compris avait fait suspendre l'emploi du chloral, les mâchoires sont serrées, la respiration stertoreuse, le cou rigide, le pouls filiforme à loi. La situation était désespérée; je résolus d'injecler le chloral dans les veines; je n'avais à ma disposition que la seringue de Dieulafoy. Plus d'une heure s'écoula avant qu'on ap|)or(âi la solution de chloral {chloral 10 gr., eau 30 gr.) (|ue j'avais prescrite L'état du malade s'était encore emi)iré, il agonisait. L'injection se fit dans la veine médiane cé|ihali(|ue. A peine le tiers de la solution avait-il pénétré dans le torrent circulatoire, qu'une détente se manifesta dans la contracture musculaire, la respiration devint plus libre, la teinte cyanosée de la peau disparut pour faire place à une coloration rosée naturelle. Quand la moitié de la solution eut pénétré dans la veine, le relâchement musculaire fut com|)lel, la respiration était large, le pouls reprenait de ram|>leur. Les cornées étaient encore sensibles. Je continuai l'injection ; les quatre cinquièmes de la solution péné- Irèrent dans la veine en 18 minuits, à ce moment l'insensibilité des cornées éiait absolue. Mais bientôt apiès la respiration s'affaiblit de nouveau et le malade ex[»ira une heure et demie après ([ue l'injection eut été faite.

i> L'injection inlra-veineiise de chloral n'a pas sauvé ce malade, mais celle méthode a produit sur l'interne de service et sur moi l'impression la plus

ANESTHFSIE PAR !NJECT!ON. J87

Quant aux caillots, ils ne sont plus à redouter, puisque le chirurgien pourra neutraliser le chloral au moment de l'opération. Quelques gouttes d'une solution de carbonate de soude versées dans la solution de chloral neutraliseront complètement son acidité !

Quant à la phlébite elle ne s'est pas encore présentée jusqu'aujourd'hui.

Quant à l'hématurie que nous avons parfois rencontrée, nous pouvons dire que ce phénomène n'a jamais pris les proportions d'un accident, il a toujours été d'une grande innocuité.

Un peu de sang dans la première urine expulsée, voilà ce qu'il faut entendre par l'hématurie chloralique.

Le malheureux accident qui nous est arrivé ne saurait nous empêcher de poursuivre nos études sur les injections inlra-veineuses. Devant la science comme devant la justice Testis unus, testis nullîis. Ce\WA\d-ànt calle mort sur laquelle nous avons tant réfléchi renferme une leçon qui ne doit pas être perdue.

\° A l'avenir nous serons muni d'une machine électrique qui fonctionnera puissamment, et nous aurons vérifié nousmêmes, avant l'opération, l'intensité de ses courants.

2° Jusqu'à la production du sommeil, nous injecterons un gramme de chloral parminute.Ge sera notre première étape. Nous nous arrêterons alors quelques instants laissant au chloral injecté le temps de développer tous ses effets. Nous continuerons alors l'injection, mais avec plus de lenteur, nous

favorable. Le malade élail agouisanl, et pourlaDt tous les phiinomèiies tétaniques ilispai uienl, mais l'asijhyxie était ttéjà trop avancée et c'est elle qui a causé la mort liu patient.

u I/autppsie nous a permis de constater riatégrité de lu veine. Le san^ ue contenait aucun caillot. »

ferons pénéIrerO SOcenfigrammes par minnle, nous arrêlant encore de tennps en lemps pour examiner la sensibilité de la peau el celle des cornées. En injeclanl avec plus de lenteur, laissant au chloral injecté le tennps de produire ses effets avant d'en faire pénétrer une nouvelle quantité, nous nous mettrons à l'abri de toute surprise.

En un mot nous lâcherons de mieux doser l'aneslhésie.

Qu'on n'oublie pas du reste que toute nouvelle méthode thérapeutique ou opératoire doit d'abord parcourir une phase de tâtonnement el d'apprentissage.

Nous n'avons pas eu la prétention de dire le dernier mot sur les injections de substances médicamenteuses dans les veines. Nous les étudions el c'cU déjà quelque chose.

3° Nous ne regarderons plus comme une chose nécessaire de pousser l'anesthésle, jusqu'à l'insensibilité absolue de la cornée el de la conjonctive. G est la limite extrême de l'aneslhésie, el il est rarement utile d'aller jusque-là. Nous nous arrêterons quand la douleur ne se manifestera plus sous l'influence des irrilalions périphériques. Nous laisserons s'écouler quatre minutes, puis nous opérerons. Pendant ce temps le chloral aura développé tous ses effets, et l'aneslhésie est alors plus profonde el plus durable.

Observation XXXI. — Liévin Diest, âgé de 40 ans, est alteinl d'une carie de l'articulation fémoro-libialo droite. Ce genou a été contusionné il y a quatre ans, el c'est depuis ce moment que l'arthrite a débuté. Il est amené à la clinique chirurgicale. Après avoir soigneusement examiné ce patient pendant quelques jours, M. le professeur Soupirl se décide à faire la résection (les extrémités articulaires malades. Le brillant succès qui avait récemment couronné une autre résection du genou, pratiquée par M. Souparl, engageait

ANESTHÉSIE PAU IiNJECTlOiN. 189

aussi l'honorable professeur à préférer celle opération à i'amputalion de la cuisse. La résection fut pratiquée à la clinique chirurgicale, le 2 février, en présence de MM. le professeur Burggraeve, Dechange, médecin principal de la garnison, Van Wesemael, chirurgien de l'hôpilal, Leboucq el Teyriinck. Tous les élèves sont présents.

A 10 h. 22 m. Température 37°o. Pouls 20 au 1/4. Ponction de la veine médiane céphalique gauche.

10 h. 23 m. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls i3 au î/4.

10 h. 23 m. 30 s. 1.00 gr. Tempér. 37°7. Pouls 28.

10 h. 24 m. 30 s. 1.50 gr. Pouls. 28.

10 h. 25 m. 2.00 gr. » 27.

10 h. 25 m. 30 s. 2.50 gr. Tempér, 37-9. Pouls 21 .

10 h. 27 m. 3.50 gr. Pouls 24.

JO h. 27 m. 30 s. 3.75 gr. Tempér. 38°.

10 h. 28 m. 30 s. 4.00 gr. » 38". Pouls 22.

10 h. 29 m. 30 s. 4.50 gr. Pouls 24.

10 h. 30 m. 4.75 gr.

10 h. 30 m. 30 s. 5 00 gr. Tempér. 37<'9. Pouls 22.

10 h. 32 m. 5.50 gr. Pouls 28.

10 h. 33 m. 5.75 gr.

10 h. 33 m. 30 s. 6.00 gr. Tempér. 38°. Pouls 25,

10 h. 34 m. 30 s. 6.2o gr. » 38°.

10 h. 35 m. Pouls 28.

10 h. 35 m. 30 s. 6.50 gr.

10 h. 36 m. 30 s. 6.75 gr. Pouls 28.

10 h. 37 m. 7.00 gr. Tempér. 38°.

10 h. 38 m. 7.25 er. « 38°. Pouls 26.

190 AKESIHÉSIK PAJi I.NJECUUN,

10 h. 38 m. 30 s. 7.50 gr. >. 38». » 18. 10 h. 40 m. 7.75 gr. » 38°. .- 15.

10 h. 40 m. 15 s. 8.00 gr. » 38°. » 18.

Ace moment le sommeil est profond, la respiration est calme, régulière, la cornée n'est [)as insensible, mais toute la surface du corps jouit d'une aneslhésie absolue. On peut mouvoir sans la moindre précaution cette jambe droite qu'on ne pouvail regarder autrefois sans faire crier le malade; il ne la sent plus. M. le professeur Soupart entoure la racine du membre avec la corde en caoutchouc de l'appareil d'Esmarch et commence à 10 heures 42 min. la résection du genou. Aidé par M. le docteur Bouqué, chef de clinique chirurgicale, M. Soupart conduit cette délicate opération avec une grande rapidité, en treize minutes tout est terminé, la rotule, la partie inférieure du fémur, la supérieure du tibia sont eniporlées.

Quelle était pendant ce tem|)S la situation du patient?

10 h. 44 m. T. dm P. 21 j

10 h. SO m. » 38°0 » » (

.Al VA oA o- A ; Respiration normale.

M. Soupart s'occupe alors d'arrêter l'hémorrhagie qui se produit en nappe, et d'appliquer un pansement et un appareil qui immobilise les os après les avoir rapprochés.

11 h. 15 m. Temp. 38° Pouls 15.

. . , r.^ ^^ ^ ^ I Le pouls est de temps

. . , ^^ ^^ . \ en temps irrégulier, fai-

,,, ^^ ^^ . ble, mais généralement

il h. 40 m. ï. 38"8 j

11 h. 41 m. » SO^O f Le pouls devient régulier, il

11 h. 43 m. » 39'1 | bat à 21 au ^}i.

A 11 heures 44 miniiles, le pansement est coniplétement terminé, l'opéralion esl absolument achevée. — La situation du malade est bonne, le pouls bal à 21 ou 22 au 1/4, il est faible, régulier, la respiration est normale. La cornée est un peu plus sensible qu'au début de l'opération, mais le corps est encore profondément aneslhésié. L'insensibilité est encore presqu'absolue.

Le malade est transporté dans son lit, peu à peu la sensibililé renaîl, mais le sommeil resie profond, ce n'est qu'à sept heures du soir, que le patient s'éveille, jusque là la sensibilité était restée très-obtuse.

Pendant toute la durée de l'opération, les sécrétions n'ont j)as été augmentées ; à différentes reprises nous avons constaté l'augmentation de la sécrétion salivaire, plusieurs fois une sécrétion très-abondante de larmes, une fois une forte transpiration. Rien de semblable ne s'est produit dans ce cas.

Vers la fin du pansement, alors que la température de l'aisselle était à 38° et 39°, que toute la surface cutanée était bien chaude, le malade fut pris d'un frisson très-prononcé et qui persista pendant plusieurs minutes.

Ainsi donc une injection de 8 grammes de chloral faile en 18 minutes, a produit une aneslhésié absolue qui a duré plus d'ure heure, suivie pendant 9 heures d'un sommeil profond pendant lequel la sensibilité était très-obluse.

Pendant la nuit qui suivit l'opération le malade dormit peu. Le lendemain nous accompagnâmes M. Sou part à la première visite qu'il rendit à son opéré. La situation du

192 ANESTHÉSIË PAR INJECTIOM.

palientélailbonne,la température normale, le pouls, à23au i/i. Il n'y eut. ni phlébile, ni caillots, ni hématurie. Observation XXXII. — Jules De Hoose, de Heusclen, âgé de 18 ans, porte depuis le commencement de l'été dernier, une tumeur à la région sternale. Elle s'est développée spontanément, sans cause connue, elle adhère au sternum, elle a le volume du poing, elle est semi-fluctuante. Une ponclion exploratrice suivie de l'aspiration au moyen de l'appareil de Dieulafoy, montre que la tumeur est solide. M. le professeur Soupart en fait l'extirpation à la clinique chirurgicale, le 4 février 1875.

10 h. 21 m. 30 s. Tempér. 37». Pouls 27 au i/4. Ponclion de la médiane basilique droite.

10 h. 24 m. 050 cenligr. de chloral ont pénétré. Température 37''4. Pouls 27 au i/4.

10 h. 25 m. 1.00 gr. Temp. 37»5 P. 27 au (/*

10 h. 26 m. 1.50 gr. » 37°5 » 25 »

10 h. 27 m. 2.00 gr. » 37''6 » 30 »

10 h. 27 m. 30 s. 2 50 gr. » 37''6 1/2. » 26 » 10 h. 28 m. 30 s. 3.00 gr. » 37.7 » 26 »

10 h. 29 m. 3.50 gr. » 37.7 » 21

10 h. 30 m. 4.00 gr. » ST8 » 25

10 h. 32 m. 4.25 La vue se trouble. Temp. 37o8 i/î.

Pouls à 26.

10 h. 32 m. 30 s. 4.50 gr. Temp. 3708 l/2. Pouls 29 10 h. 33 m. 4.75 gr. id. » 27

10 h. 33 m. 30 s. 5.00 gr. id. » 27

10 h. 34 m. 5.25 gr. id. » 27

10 h. 34 m. 30 s. 5.50 gr. id. » 27

10 h. 35 m. 5.75 gr. id. * 27

iO h. 36 m. 6.00 gr. Somnolence. T. 37*8 l/2. P. à 29. 10 h. 37 m. 30 .«5. 6.50 gr. Temp. 37''8 l/2. PouU; 25. 10 h, 38 m. 6.75 gr. La langue s'enibarrasse. Température 37''8 j/2. Pouls 26.

10 h. 38 m. 30 s. 7.00 gr. Temp. 37"8 1/2. Pouls 27 10 h. 40 m. 30 s. 7.25, Sommeil. Temp. 37"8 1/2. P. âl \0 h. 41 m. 7.50 gr. Temp. 37"8 l/i. Pouls 34 .

10 h. 42 m. 7.75 gr. ici. » 35

10 h. 42 m. 30 s. 8.00 gr. ici. » 33

10 h. 43 m. ici. » 31

10 h. 44 m. 8.25 gr. id. » 31

10 h. 45 m. 8.50 gr. id. » 32

A ce moment, l'insensibilité du malade est absolue, mais les cornées senlent encore, leur aneslhésie n'est pas complète. M. Souparl ne juge pas qu'il soit nécessaire d'aller jusque là et commence immédiatement son opération. La peau qui recouvre la tumeur est incisée crucialemeni, le tissu morbide apparaît alors à nu, M. Soupart croit y reconnaître les éléments du sarcome et l'extirpe complètement au moyen du bistouri.

L'éminenl professeur reconnaît aussitôt que la tumeur pénètre profondément dans l'épaisseur du sternum et qu'il faut la poursuivre jusque bien près du médiastin. Dans la remarquable leçon clinique faite quelques jours auparavant sur ce cas, M. Souparl avait exprimé ses craintes sur la nature de la tumeur et fait entrevoir qu'il serait peut-être amené à réséquer une portion du sternum pour atteindre les dernières racines du mal. Ces appréhensions n'étaient que trop fondées ; au moyen d'un fort bistouri, M. Soupart évida le sternum dans loule l'étendue de .son tiers moyen, ne laissant intacte qu'une mince pellicule osseuse au devant du

médiastin antérieur. Manœuvre délicate et dangereuse. On craignait à chaque instant de voirie bistouri pénétrer dans le médiastin, il n'en fut rien et à 11 heures 6 minutes, l'exlirpalion de la tumeur et la résection du sternum étaient terminées. Quel avait été pendant ce temps l'état du malade. 10 h. 47 m. Temp. STQ. Pouls 33 au i/^.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

Temp. 37»8

id.

id.

La respiration a toujours été calme et régulière, le pouls est faible, quehjuefois un peu irrégulier. Les sécrétions n'ont pas été augmentées.

Désirant détruire les dernières racines du sarcome, M. Soupart éteint une série de cautères éleclriques dans celle plaie profonde et ani'ractueuse, puis on fait le pansement. Pendant toule la durée de l'opération, c'est-à-dire de 10 heures 45 min. à 11 heures 6 min., l'insensibililé du malade fut absolue, mais quelquefois quand le cautère électrique était plongé dans la plaie, quelques mouvements réflexes se manifestaient légèrement.

Le malade dormit profondément jusqu'à une heure de relevée, puis pendant le reste de la journée et de la nuit il resta fort somnolent, tantôt il était endormi, tantôt plus ou moins éveillé.

ANESTHÉSIE PAR INJECTION. Hiô

Les urines excrétées par le malade ne renfennaienl ;hicune Irnce de sang. Ainsi doiic ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

8 gr. 50 cenligr. de chloral injeclés en 21 minutes ont donc produit une anesihésie absolue qui a duré 21 minules (10 heures 45 min. à 11 heures 6 min.), un sommeil profond avec sensibilité très-obtuse qui se prolonge pendant deux heures et plus, et l'état chloralique persista jusqu'au lendemain.

La tumeur ayant été soumise à l'examen de M. le docteur Leboucq, l'habile micrographe n'y découvrit que les éléments de l'osléo-sarcome.

Observation XXXIII. — Van Peteghem, Charles, âgé de 30 ans, est atteint d'une carie des os du pied gauche. Celte affection date d'une année, une entorse a été son point de départ. Le traitement institué à la clinique chirurgicale par M. Soupart n'ayant pas donné de résultats satisfaisants, l'honorable professeur se propose de réséquer les os cariés. Malgré des recherches très-attentives, les limites de la carie ne sont pas connues, il est donc impossible d'établir d'avance ce qu'il faudra sacrifier de ce pied malade et ce que l'on pourra en conserver.

M. Soupart inventeur de remarquables procédés, aujourd'hui classiques, d'amputations partielles du pied (modes losangiques et en Y) désire n'enlever que les os absolument cariés et garder de ce pied la plus grande étendue possible. Il prévoit qu'une série d'incisions destinées à mettre successivement à nu de plus larges surfaces osseuses devront sans doute être pratiquées. Il importe donc que le patient soit plongé dans une anesihésie profonde et prolongée, aussi l'honorable professeur nous invite-l-il à produire l'insensibilité

au moyen de l'infusion veineuse de chloral. L'opération est pratiquée le U fiivrier 1875 devant un grand nombre de médecins el, d'éludiatits.

10 h. 22 m. T. 37° 9. P. 25 au 1/4 faible.

10 h. 25 m. Ponction de la médiane céphalique droite.

10 h. 26 m. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. T. 38». P. 27 au 1/4.

10 h. 26 m. 30 s. 1 gr. T. 38^ P. 28.

10 h. 27 m. 1.50 gr. T. 38°2. » id.

10 h. 27 m. 30 s. 2 gr.

10 h. 28 m. 2.50 gr.

10 h. 29 m. 3 gr.

10 h. 29 m. 30 s. 3.50 gr.

10 h. 30 m. 4 gr.

10 h. 31 m. 4.50 gr.

10 h. 31 m. 30 s. 5 gr.

commence.

10 h. 32 m. 30 s. 5.50 gr.

s'embarrasse.

10 h, 34 m, 6 gr.

10 h. 35 m. 6.50 gr.

10 h. 38 m. 7.75 gr.

10 h. 39 m. 8 gr.

10 h. 40 m. 8.50 gr. id. » 27.

10 h. 41 m. 8.75 gr.

10 h. 42 m. 9 gr. id. » 29.

10 h. 42 m. 30 s. 9.25 gr.

10 h. 43 m. 9.50 gr.

tO h. 45 m. 9.75 gr.

id.

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Le sommeil

id. » 20. La langue

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ANESTHESrE PAft li\JECTlO«. Î97

10 h. 46 m. \0 gr. T. 38»3 P. 30.

10 h. 48 m. 10.25gr. id. » id.

10 h. 49 m. lO.SOgr. id. » id.

10 h. 49 m. 80 s. 11 gr. id. » id.

10 h, 50 m. n.25gr. id. » id.

L'aneslhésie du corps est absolue, les cornées sentent encore, mais" Irès-faiblement, trois minutes après, l'œil est complètement insensible.

M. le docteur Bouqué applique l'appareil d'Esmarch. A 10 h. 52 m. M. Souparl commence l'opération.

Une première incision fut faite dans le sens longitudinal entre les deux premiers métatarsiens, comme pour désarllcuU'r le premier métatarsien, puis le second étant trouvé malade, une seconde incision fut faite dans le second espace inlermétalarsien. Une incision horizontale pratiquée au niveau de l'arliculation cunéo-mélatarsienne avait rejoint la première. (En somme, mode losangique pour l'amputation des deux premiers métatarsiens.) Les deux cunéiformes et les deux métatarsiens sont alors extraits.. L'articulation du 3« métalarsien avec le 3« cunéiforme étant malade, on prolonge l'incision horizontale pratiquée au niveau de l'articulation tarso-métalarsienne, on taille le lambeau plantaire de l'amputation de Lisfranc et l'on emporte le 3" métatarsien avec le 3* cunéiforme. Mais l'articulation du cuboïde avec les deux derniers métatarsiens est malade, le cuboïde et le scaphoïJe sont ramollis, M. Soupart les emporte et de sacrifice en sacrifice on en arrive ainsi à une amputation médio-tar- .>iienne de Choparl.

Opération remarquable .s'il en fût ; à la faveur d'une hémostase absolue et d'une aneslhésie profonde M. Soupart, agissant comme sur un cadavre, mil successivement .à nu,

19S ANESTllÉSIE PAR rNJECTlOiN.

tous les OS, toules les arlicuiations du pied, les fxainiiia à son aise el ne livrant rien an hasard, fidèle au programme qu'il s'élait tracé, enleva ce qui était malade, tout ce qui était malade et rien que ce qui était malade. Il était 10 h. 60 m., l'opération avait donc duré huit minutes. On enleva l'appareil d'Esmarch.

Quelle était pendant ce temps la situation du patient?

La respiration était calme, physiologique, le pouls battait de 30 à 33 au 1/4. La température restait à 38° 2.

L'hémorrhagie fut difficile à arrêter. Il fallut lier une série d'artérioles qui se dérobaient aux recherches, il fallut arrêter une hémorrhagie en nappe assez abondante. L'opéré perdit une certaine quantité de sang et nous vîmes la circulation s'accélérer, faiblir.

A M h. 10 m. P. 27 au 1/4. T. 38° I . 11 h. 15 m. id. id.

Il h. 32 m. P. 45 au 1/4.

Nous faisons prendre au malade quelques cuillerées de vin de Porto, mais ce qui est mieux c'est que l'hémorrhagie est arrêtée, M. Soupart s'en est rendu maître.

Aussitôt le pouls se relève, la face se colore, la respiration un moment assez accélérée reprend son rhytme normal.

Ail h. 42 m. M. Soupart procède au pansement. Le pouls bat à 27 au 1/4, il est irrégulier, faible. La respiration est bonne.

L'aneslhésie absolue des cornées a duré environ 15 m., puis peu à peu la sensibilité de l'œil s'est réveillée. L'insensibilité du corps a été absolue jusqu'à 11 h. 30 tn.; à partir de ce moment on voyait à certains moments, de légers mouvements réflexes agiter les muscles de la face. A midi la sensibilité se réveillait doucement sur toute la surface du corps.

lie patient dormit profondément jusqu'à 8 heures du soir et resta somnolent pendant toute la nuit el toute la matinée du lendemain.

Ainsi donc en vingt-quatre minutes M grammes, vinglcinq centigr. de chloral ont pu être injectés dans le torrent circulatoire. Cette infusion a produit une anesUiésie complète des cornées pendant 15 m., une insensibilité absolue du corps pendant quarante minutes, un sommeil profond pendant 9 heures et une somnolence très-marquée pendant 16 h.

II n'y eut ni caillots, ni phlébite, ni hématurie. La première urine expulsée par le malade ayant été soumise à l'examen de M. le professeur Du Moulin, notre honorable collègue l'a trouvée légèrement albumineuse.

Observation XXXIV. — Le 2 février M. le professeur Soupart faisait la résection de l'arliculalion fémoro-tibiale droite du nommé LievinDiest (obs. XXXI). Pendant quelques semaines les résultats de cetle brillante opération furent des plus heureux, l'étal local et général du patient étaient des meilleurs, et tout portait à espérer une guérison prochaine. Mais vers la fin du mois de mars la situation du malade s'empira, l'état local el général devinrent chaque jour plus mauvais et bientôt il fallut renoncer aux espérances que l'on avait conçues. Dans une consultation qui eut lieu le 12 avril entre MM. les professeurs Burggraeve et Souparl il fut décidéqu'on tenterait, par l'amputation de la cuisse, de sauver les jours du malade.

Le lendemain (3 avril 1875) l'opération fut pratiquée par M. Soupart en présence de MM. Burggraeve, De Change, Du Moulin, Van Wesemael, Poirier, Gilbert, Teirlinck et des élèves de la Faculté.

Bien que le malade se trouvât dans un étal de débilité

SOO ANESTHÉSIE PAU INJîKCTïOtS.

exlrême, l'aneslhésie fut praliquée au moyei! de l'injection inira-veineuse dechloral.

A dO h. 36 m. Pouls 21 au i/i. T. 37° 4. Ponction de la médiane basilique gauche.

iO I). 37 m. 0.50 centigp. de chlopal ont pénétré.

10 h. 38 m. 30 s. 1 gr. P, 28. T. 37«4.

10 h. 39 m. l.oOgr. » 26. id.

10 h. 40 m. 2 gr. » 24. id.

10 h. 40 m. 30 s. 2.50 gr. id. » 37°5.

10 h. 41 m. 3 gr. id. i> 37''6.

10 h. 41 m. 30 s. 3.50 gr. id. » 37o7.

10 h. 42 m. 4 gr. id. Paroles déliriintes.

10 h 44 m. 4.50 gr. » 26. T. 37^8. Paroles délir.

10 II. 45 m. 5 gr. » 28. id.

10 h. 46 m. 30 s. 5.50 gr. » 28. » 37°7. Les pupillles se contractent.

10 h. 50 m. 6 gr. » 30. Le malade ne parle plus,

il dort. Linsensibilité est irès-grande, mais inconiplèle encore.

10 h. 51 m. 30 s. 6.25 gr. P. 28. T. 37" 7. Li^gère congestion de la face.

10 h. 52 m. 6 50 gr. Insensibilité presque complète.

10 h. 53 m. 6.75 gr. P. 29. Insensibilité complète.

A ce moment Tinsensibililé du corps est absolue, les piqûres ou les pincements de la peau ne réveillent plus de mouvements réflexes. La cornée n'est pas encore complètement insensible. D'accord avec MM. Soupart et Burggraeve, nous trouvons l'anesthesie suflîsante.

M. Soupart aidé par M. Bouqué, chef de clinique chirurgicale, commence l'opération. L'extrême faiblesse du malade ne permellanl pas la moindre perle de sang, M. Soupart fait tout d'abord la ligature de l'artère fémorale au soin mot du

ANESTHÉSIE PAk INJECTION. :;01

triangle de Scappa, puis, après avoir laillé un lambeau externe par la mclhode elli|tlique, il abat la cuisse au tiers supérieur. L'opération commencée à 10 h. 57 m. 30 s. est terminée à H h. 10 m. Pendant ce temps la respiration est restée physiologique, comme elle l'avait été peml.inl la durée de l'injection. Le pouls a oscillé entre 2d et 30 pulsations aui/i. La température n'a pas varié, elle reste à 5""7. Aucune sécrétion n'a auj^meiité.

L'hémostase dure vingt minutes, pendant ce temps, sous l'influence de la perle de sang le pouls faiblit et augmente de fréquence, mais à mesure que la perle de sang diminue il se relève et son rythme devient plus normal. Ail h. 50 m. il bal à 22 au 1/4, il est bon. Respiration normale. Pendant la période de l'hémostase, la température s'élève d'un degré. La contraction des pupilles a persisté.

Vers 11 h. 40 m. tout est terminé. L'insensibilité du malade est restée com[)lète, le sommeil a toujours été très-profond. Vers midi moins un quart, le malade ouvre les yeux quand on l'interpelle, mais il n'a pas conscience de ce qui se passe et se rendort aussitôt.

A une heure le malade s'éveille, divague et se rendort. Une fois ou deux pendant raprès-dîner,Lievin Diesl s'éveille pour se rendormir immédiatement. Un moment la transpiration fut abondante. A deux heures et demie le pouls bat à 22 a;» 1/4. A 6 1/2 h. même nombre de pulsations, le pouls est ban, la respiration normale, le sommeil très-profond. A 2 1/2 h. de la nuit le patient s'éveille, il a repris connaissance ; bientôt il se rendort jusqu'au matin. Le lendemain 14 avril nous visitons le malade à 9 1/2 h., sa situation est bonne, le pouls but à 2oau 1/4, la respiration est physiologique. L'influence chloraiique ne s'est pas encore dissipée, la somno-

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