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La somm^ nominale ne fut pas changée

Elle resta toujours la même, rien n'eut lieu, si ce n'est que M. Peel et le Parlement changèrent la valeur de la sommCf et demandèrent que la dette fût payée en une espèce d'argent représentant cinq schellings, qui ne peuvent être obtenus que par un

travail ou des objets en nature équivalents à quinze schellings de la valeur à laquelle les ie»**^ furent contractées, ''P

23. — De 1819 à aujourd'hui, fa nation vécut ainsi dans la situation la plus désolante ; elle fut dévorée par ses créanciers, qui, d'ordinaire, sont des juifs, ou pour mieux dire, des chrétiens qui agissent comme des juifs, et qu'il ne serait pas facile d'engager à tomber moins avidement sur leur proie.

24. — Mainte tentative a été faite pour mitiger les conséquences du changement de 1819 dans la valeur de l'argent; mais ces tentatives ont échoué : on aurait bientôt fait sauter le système tout entier.

25. — Il est impossible ici de chercher un correctif dans la diminution de la rente annuelle de la dette de l'État, et de celle du dead weight; pour abaisser ainsi la dette, pour imposer au pays une réduction semblable, pour empêcher qu'elle ne produise de grands bouleversements, et ne fasse mourir de faim, à Londres et dans les environs, un demi-niillion d'hommes, il est nécessaire de faire ailleurs de bien autres réductions , avant de tenter

celle des deux dettes susdites^ ou de leurs intérêts.

26. — Comme nous l'avons vu, les victoires furent achetées dans l'intention d'empêcher en Angleterre des réformes parlementaires, et de maintenir debout les privilèges de l'aristocratie et les dîmes de l'Église ; ce serait donc une abomination criante de soustraire leurs rentes légitimes à ces gens qui nous ont prêté de l'argent, ou leur solde à ceux qui nous ont loué leurs bras, pour obtenir nos victoires ; ce serait une infamie qui appellerait sur nous la vengeance divine de faire une chose semblable, tandis que les dignités lucratives de l'aristocratie, ses pensions, sinécures, donations royales/ récompenses militaires, et enfin les dîmes du cîergé resteraient intactes !

27. — Ici, ici donc, gît la difficulté : celui qui devient ministre, devient ministre d'un pays qui a eu une grande passion pour les victoires, qui s*en est largement approvisionné , et s'est acquis une gloire militaire inouïe, mais qui malheureusement n'a pas payé encore ces splendeurs, et laisse au ministre le soin de solder les comptes, sans que celui-ci sache où prendre l'argent. »

Voilà des choses qui peuvent mener un ministre

au toiftbeau, ou tout au moins lui ôter la raison. L'Angleterre doit plus qu'elle ne peut payer. Qu'on ne dise pas qu'elle a tes Indes et de riches colonies. Les derniers débats du Parlement ont montré que rËtat anglais ne tire par un denier de revenus effoétifs de ses immenses possessions des Grandes* Indes, et même qu'il doit y envoyer un supplément de quelques millions. Ce pays rfest utile à l'Angle» terre que parce qu'un certain nombre d'Anglais qui s'y enrichissent favorisent, par leurs trésors, l'industrie et le commerce de la mère patrie, et que la Compagnie procure à des milliers d'autres du paio et un ëtablisseiioent. Les colonies, de même, ne donnent pas non plus de revenus à l'État ; elles ont aussi besoin de subsides, et servent à développer le commerce et à enrichir l'aristocratie, dont les neveux y sont envoyés comme gouverneurs et employés. Le payement de la dette nationale retombe ainsi tout ejitier sur la Grande-Bretagne et l'Irlande. Mais, ici encore, les ressources ne sont pas aus^ considérables que la dette même. Laissons encore parler Cobbett :

« Il y a des gens qui, pour indiquer une espèce de remède, parient des ressowees du pays. Ce sont

des écoliers de feu Golquhoun \ un preneur Je voleurs, qui à écrit un gros livre pour prouver que notre dette ne doit pas nous donner la moindre inquiétude, puisqu'elle est minime en comparaison des ressources de la nation; et, pour que ses judidicieux lecteurs pussent se faire une certaine idée de rincommensurabilité de ces ressources, il dressa un inventaire de tout ce qui se trouvait dans le pays jusqu'aux tepm, et parut regretter même de ne pouvoir y comprendre les souris et les rats. Il estima la valeur des chevaux, vaches, breWs, cochons de lait, volaille, gibier, lapins, poissons ; la valeur des ustensiles dfe ménage, vêtements, combustible, sfticre^ épices, bref de toutes choses dans te pays; et puis, après avoir additionné le tout, en y ajoutant la valeur des fonds de ferre, arbres, maisons, mines, le revenu dé Therbe, du grain, les navets et le lin, et être arrivé à une somftie. Dieu sait de combien de

I, L*Écossais Patrick CoTqnhoun. après avoir fait en Amérique et en Angleterre une fortune considérable^ fonda d Londres plusieurs cfablissements philanthropiques. L'appelLiliou singulière que lui donne Cobbett, Tient de ce qu'il avaif rempH des fonctions de judicature, et écrit, outre son ouvrage sur la Pa» pulaiion, la Puissance et les Hessources de Vempîrc brilannique, un traité sur la Police de Londrt». (.T. dn T.)

mille millions, il éclate comme une pintade en un fin ricanement de jactance écossaise, et, riant d'un air moqueur^ il demande à des gens de ma sorte : « Avec des ressources comme celles-là, avez-vous » core peur d'une banqueroute nationale? »

» Cet homme ne songeait pas qu'il faut des maisons pour y vivre, des terres pour fournir de la nourriture, des habits pour couvrir sa nudité, des vaches qui donnent du lait, pour étancher la «oif ; du bétail, des moutons, des porcs, de la volaille et des lapins, afin qu'on les mange ; oui, que le diable emporte cet absurde Écossais ! Ces choses ne sont pas là pour qu*on les vende afin de payer les dettes nationales. Vraiment, il a compté encore parmi les ressources de la nation le salaire des journaliers ! Ce sot endiablé de Golquhoun, que ses frères d'Ecosse ont coifie d'un bonnet de docteur parce qu'il avait écrit un aussi excellent livre, semble avoir complètement oublié que les journaliers ont euxmêmes besoin de leur salaire, pour se procurer quelque chose à manger et à boire. Il pouvait tout aussi bien estimer la valeur du sang dans nos veines comme bon à faire des boudins ! »

Ainsi parle Cobbett. Pendant que j'écris ses pa-

coles, il reparaît lui-même en personne dans ma mémoire, comme l'année dernière au bruyant dîner de Crown-and-Anchor-Tavern ; je le revois avec son rouge visage injurieux, et son rire radical, où une haine mortelle empoisonnée se mêlait sinistrement à la joie railleuse d'entrevoir avec certitude la ruine prochaine de ses ennemis.

Que personne ne me blâme de citer Gobbett I On peut l'accuser tant qu'on voudra de déloyauté, d'envie et de vulgarité ; mais on ne saurait nier qu'il ne fût singulièrement éloquent^ et que trèssouvent, et surtout dans le pamphlet qui précède, il n'ait raison. C'est un chien à la chaîne, se jetant avec une égale fureur sur tout individu qu'il ne connaît pas, mordant souvent les mollets du meilleur ami de la maison, qui aboie toujours, et, précisément à cause de ces abois continuels, n'est plus écouté quand il hurle après un véritable voleur. Aussi ces voleurs de bon ton, qui grugent l'Angleterre, ne croient pas même nécessaire de jeter un os à ce Gobbett hargneux, pour lui fermer la gueule. C'est encore là ce qui le met le plus en colère, et il grince ses dents affamées.

Vieux Cobbettî chien d'Angleterre ! je ne t'aime

pas, car toute nature vulgaire m'est antipathique; mais je te plains du plus profond de mon âme quand Je vois que tu ne peux t'arracher à ta chaîne, et atteindre ces voleurs qui, tout ^n riant, emportent leur butin sous tes yeux, et se raillent de tes bonds inutiles, de tes hurlements impuissants.

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