‹ De l'AngleterreChapitre 54 sur 60 · PUNITIONS CORPORELLES · texte numérisé non relu

PUNITIONS CORPORELLES

Je ne puis exprimer avec assez de force combien, en général, je suis prévenu contre les coups, et, en particulier, à quel point mon cœur se révolte quand je vois battre ceux qui sont hommes comme moi. L'orgueilleux seigneur de la terre, qui domine les mers et qui scrute les lois des étoiles, n'est à coup sûr aussi profondément humilié par rien autan que par les châtiments corporels. Les dieux, pour rabaisser et éteindre l'orgueil démesuré des hommes, inventèrent les coups. Mais les hommes dont l'esprit inventif fut aiguisé par une sourde colère, créèrent en échdingele point d'honneur. Français, Japonais, brahmines de Tlnde, et le corps d'officiers

du continent, ont perfectionné au mieux cette invention ; ils ont mis en paragraphes. la vengeance de l'honneur par le sang, et le duel, bien que condamné par les lois civiles, la religion et même la raison^ n'en est pas moins le produit du développement humain dans sa fleur.

Mais, chez les Anglais, où d'ailleurs toutes les inventions sont perfectionnées jusqu'au dernier raffinement, le point d'honneur n'a pas encore reçu son dernier poli. Encore aujourd'hui, l'Anglais n'estime pas que les coups soient un aussi grand mal que la mort, et, pendant mon séjour en Angleterre, j'ai assisté à mainte scène qui me faisait penser que, dans ce libre pays, les coups n'ont pas pour ^honneur personnel un aussi fâcheux effet que dans la despo* tique Allemagne. J'ai vu rosser des lords, et ils ne semblaient sentir que l'effet matériel de cette oC* fense. Aux courses de chevaux d'Epsom et de Brighton, j'ai vu des jockeys, pour faire faire place aux cavaliers qui disputaient le prix, courant çà et là, écartant à coups de fouet lords et gentlemen. Et que faisaient ces messieurs? Ils riaient en faisant la grimace.

Mais, si les châtiments corporels, en Angleterre,

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ne sont pas aussi dégradants que chez nous, cela ik veut pas dire qu'ils méritent moins le reproehe de cruauté. Ce reproche pourtant n'atteint pas le peuple anglais, mais Taristocratie, qui^ par le bien de l'Angleterre, n'entend pas autre chose que la sdreté de sa propre domination. Cette bande despotique ne pourrait se fier à des hommes libres, animés du libre sentiment de riionneui'; il lui faut l'obéissance aveugle d'esclaves battus. Le soldat anglais doit être tout à fait une machine^ un autoinate qui marche et tire au commandement. Il n'a donc pas besoin d'être commandé par des chefe d'une personnalité considérable. Il en fallait de tels à de libres Français, guidés par l'enthousiasme, et qui, un jour, enivrés par l'âme de feu de leur grand général, conqûiront le monde comme d^ns l'ivresse. Des soldats anglais n'ont pas besoin d'iin générsilissiifne, pas même d'un bâton de maréchal, mais seulement de celui d'un caporal, qui exécute exactement et tranquillement les instructions ministérielles, comme on peut l'attendre d'un morceau de bois. Et, puisqu'il faut enfin que je célèbre une fois sa gloire, j'avoue qu'un bâton tout à fait excellent dé cette espèce est... Wellington, ce mannequin

anguleux, qui suit tous les mouvements des ficelles que tire l'aristocratie, ce vampire de bois du peuple, avec son regard de bois (tvooden look, comme disait Biron), et je voudrais ajouter : avec un cœur de bois. Vraiment, la vieille Angleterre peut se mettre au nombre de ces murailles de bois, dont elle ne cesse de se faire gloire.

Le général Foy, dans son histoire de la guerre de la péninsule pyrénéenne , a décrit avec une frappante justesse le contraste du militaire français et du militaire anglais, et de leur discipline ; et cette peinture nous montre ce que le sentiment de Thonneur et les coups peuvent faire du soldat.

Il est à espérer que le cruel système suivi par Taristocratie anglaise ne se maintiendra plus longtemps, et que John Bull cassera en deux son bâton de caporal. Car John est un bon chrétien ; il est doux et bienveillant, il soupire de la dureté de ses k)is nationales, et dans son cœur habite l'humanité. Je pourrais là-dessus raconter une jolie histoire.

Une autre foisi

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