‹ De l'animal à l'enfantChapitre 12 sur 33 · L* ABSTRACTION CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

L* ABSTRACTION CHEZ LES ANIMAUX

« Huit ! », ils allaient directement au 8 même si les cartons chiffrés étaient remplacés par des cartons sans inscription.

Wos singes avaient-ils donné la preuve d'une faculté de calculer de façon abstraite ? Ou bien se rappelaientils seulement qu'un certain aspect fourni, par exemple, par trois cases, correspondait au mot « trois » ; que l'aspect d'un groupe de 5 cases, correspondait au mot « cinq » etc ? Des expériences compliquées sont commencées depuis quelques années à notre Institut pour tâcher d'apporter quelques éclaircissements dans ce domaine.

Nous devons mentionner les exhibitions retentissantes de chevaux calculateurs faites récemment en Allemagne. Voici un extrait d'une enquête sur le célèbre cheval de M. Von Osten, due à M. Fred. Streisler, correspondant de V Institut de psychologie zoologique à Leipzig :

« Le cheval Hans montrait les connaissances qu'on trouve en moyenne chez les enfants de 10 à 12 ans. Il effectuait tous les calculs de tête qu'un enfant de cet âge ne fait que difficilement, lorsqu'il les fait. Le cheval indiquait, par des coups de pied frappés sur le sol, le résultat du calcul proposé. M. Von Osten avait imprimé les lettres de l'alphabet sur des morceaux de carton. Hans savait lire et désignait les lettres en frappant le sol. Pour A, il frappait une fois, pour B, deux fois, G, trois fois, etc... Il épelait également, de la même façon, les mots prononcés devant lui, avec l'orthographe exacte, sans jamais se tromper.

De prime abord, la trop grande finesse du cheval excita la méfiance, et fit penser que l'esprit d'un homme et non celui d'un animal était en jeu. Par exemple, l'un des invités prononça devant le cheval un nom de noblesse prussienne : « PluskoAV ». En allemand, le w à la fin d'un mot ne se prononce pas. Comment le cheval pourrait-il donc connaître l'orthographe exacte de ce nom prononcé devant lui pour la première fois ? On prononça donc « Plusko » — Le cheval épela exactement Pluskow ! Aucun homme sensé ne pouvait croire à ce miracle. On nomma une commission de savants, qui devait appronfondir ce phénomène. Le résultat des recherches très difficiles fut tout à fait surprenant. On reconnut que le cheval, en aucun cas, ne savait lire, ni compter. Si on lui demandait, par exemple, combien font 7 fois 9 moins 45, il frappait exactement 18 fois le sol. Pendant qu'il frappait ces coups, régnait, naturellement, le plus grand silence; chaque interrogateur ou spectateur se penchait inconsciemment, un peu en avant, comptait en lui-même, et lorsqu'on arrivait au nombre exact, 18, faisait, involontairement, et sans s en douter, un léger mouvement de /é/e,la surprise et la satisfaction se peignaient sur ses traits. Le cheval attendait ces signes légers et inconscients et cessait de frapper le sol, sitôt que le nombre indiqué par ces signes était atteint. »

M. J. Soury a bien voulu faire à notre Institut une intéressante communication à propos du cheval Hans. « Il s'agit, a-t-il dit, d'un cheval savant. Il faut traduire Klug par intelligent, habile, etc., comme on le

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dit de tout animal plus ou moins bien dressé. Dénommer autrement ce cheval, c'est créer ou entretenir une confusion fâcheuse. On peut discuter sur la portée des mots « instruit », et « dressé » ; mais si M. V. 0. a jamais cru pouvoir prouver qu'un cheval, à la suite d'une instruction appropriée, peut faire preuve d'une intelligence absolument humaine, il est inutile de discuter avec un psychologue aussi dénué de connaissance des fonctions et des structures encéphaliques d'un pachyderme solipède... Il appert que ce cheval réagissait simplement à certains signes extérieurs conventionnels comme tant d'autres animaux dressés de ce genre. Je veux bien croire que son maître n'était qu'un ignorant et un naïf... » M. J. Soury est plutôt indulgent pour M. Von Osten. Le cheval Hans a pu, exceptionnellement, trouver le signal dans certains mouvements involontaires du public ; mais il est impossible d'admettre qu'il agissait toujours ainsi et M. Von Osten ne pouvait ignorer que lui-même avait dressé ce cheval (comme on dresse tous les chevaux prétendus calculateurs), en l'habituant à gratter le sol tant qu'on ne lui faisait pas un signal d'arrêt imperceptible pour le public, ce qui lui permettait de répondre à toutes les questions, mais ce qui n'a aucun rapport avec l'enseignement de l'arithmétique.

En résumé, les animaux, à part quelques espèces de singes, ne semblent avoir aucune idée du calcul. On a pu dire à priori qu'ayant besoin à chaque instant de mesurer des distances, ils doivent être plutôt géomètres qu'arithméticiens.

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11 est fort probable cependant que la plupart n'ont qu'une connaissance concrète de l'espace et que cette connaissance doit varier beaucoup d'une espèce à l'autre, car, comme M. Th. Ribot l'a fait remarquer: « l'animal qui dévore l'espace d'un bond rapide peutil en avoir la même notion que celui qui le parcourt lentement » ?

Il est assez malaisé de déterminer s'il existe oui ou non, au sommet de l'échelle, des animaux ayant une notion abstraite de l'étendue? C'est pour envisager ce problème que des études expérimentales ont été faites à Y Institut de psychologie zoologique, sur les sauts, au point de vue de leur adaptation à des distances nouvelles et à des conditions nouvelles : « Tant qu'un saut, écrivions-nous dans un précédent travail, se produit dans des conditions naturelles et ordinaires, on peut se demander s'il n'y a pas, chez l'animal, des adaptations purement matérielles opérées à la suite d'expériences successives dans la vie de l'espèce et dans celle de l'individu. Le cas échéant, celui-ci [ne choisirait pas un élan en rapport avec une distance, mais la vue de telle distance à franchir déterminerait directement tel effort musculaire, adapté une fois pour toutes à une condition donnée. En revanche, quand les circonstances naturelles sont entièrement modifiées, si l'acte physique s'adapte encore immédiatement aux conditions extérieures, il semblera permis de supposer que ranimai a profité d'une notion générale de l'étendue, c'est-à-dire qu'il en a une connaissance intellectuelle, et qu'il proportionne mentalement la quantité

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