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LES GOÛTS ESTHÉTIQUES DES ANIMAUX

Plusieurs biologistes ont étudié les arts chez les animaux ; M. Groos, surtout, a apporté à l'examen de cette question une importante contribution.

L'animal peut rechercher les éléments de ce qui, pour lui, est le beau, dans la nature vivante, chez l'individu du sexe complémentaire, ce qui déterminera une sélection des représentants de l'espèce les plus beaux et accusera leur caractère esthétique : c'est la sélection sexuelle de Darwin. Les goûts de beaucoup d'oiseaux se sont ainsi, en quelque sorte, matérialisés au point de vue des formes, des couleurs et aussi des sons, chez l'un des sexes, par le fait du choix que les femelles ont fait des mâles présentant les caractères qui les charmaient le plus (1).

(1) On peut constater à ce propos que les goûts de ces animaux sont les mêmes que les nôtres sur certains points du moins, puisqu'à notre tour nous trouvons <« beau » leur rêve d'espèce matérialisé.

IUghet-Souplet, 7.

Plus curieuses peut-être et, à coup sûr, moins connues sont les manifestations individuelles de tendances artistiques. Quelques naturalistes avaient remarqué que des singes de toutes espèces prenaient plaisir à tracer des lignes sur les murs ou sur les livres dont ils s'étaient emparés. Pour vérifier le fait, nous avons mis à la disposition de plusieurs singes de grandes feuilles de carton appliquées sur le sol au moyen de baguettes. De cette façon ils n'étaient pas trop tentés de les déchirer ; et il était toujours possible de découper rapidement les parties du carton sur lesquelles un dessin avait été ébauché. Quand nos artistes se décidaient au travail, ils se mettaient à quatre pattes, saisissaient vivement leur pinceau ou leur crayon à pleine main, à la manière de certains peintres japonais, comme s'ils voulaient poignarder quelque confrère (beaucoup plus rarement, ils prenaient l'instrument entre le pouce et l'index), puis ils traçaient rapidement leur dessin. On les observait à travers une petite fenêtre. C'était, alors, un spectacle fort curieux; ils couraient sur trois mains, en traînant le pinceau ou le crayon, et s'amusaient à voir la trace qu'ils laissaient derrière eux; puis ils faisaient des hachures, des lignes courbes, et quelquefois, s'arrêtant longuement sur un même carré de carton, s'ingéniaient à produire des formes bizarres. Dès que Ton s'apercevait du fait, on se précipitait, on enlevait le singe, on lui donnait une collation et l'on détachait soignement le carré de carton qui paraissait intéressant à étudier.

Nos singes se rendaient-ils compte de la forme de

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