‹ De l'animal à l'enfantChapitre 16 sur 33 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

de la « persuasion )) comme procédé d'éducation animale

La faculté d'apprendre, n'est pas nécessairement une preuve de raisonnement ; mais il y a une façon de s'instruire que nous considérons, au contraire, comme un critère de l'intelligence. Nous voulons parler de l'obéissance à la persuasion ; et nous laissons à ce mot la valeur du latin « persuadere », c'est-à dire convaincre.

La persuasion est un procédé fort complexe dont on ne peut donner une idée nette en peu de mots. Ce qui la caractérise essentiellement, c'est qu'elle n'est pas uneaction directe, une contrainte du dresseur, et qu'elle exige, chez l'animal, des dissociations volontaires et rapides d'impressions, suivies de nouvelles associations. En résumé, l'animal qui se laisse persuader est ' celui qui, sans y être forcé, s'adapte presque immédiatement à une circonstance éventuelle, ce qui ne peut se faire par le mécanisme de l'instinct pur, mais seulement par l'intervention de l'intelligence. Dans ce dres-

sage on s'efforce « d'expliquer», de faire comprendre par gestes à l'animal ce qu'il doit faire, sans cependant chercher à ce qu'il imite des mouvements que l'on ferait soi-même ; ce qui pourrait ne mettre en activité que l'instinct seul. La persuasion agit donc par l'intermédiaire de signes qui doivent produire sur l'animal un effet analogue à celui qui se manifeste chez un spectateur lorsqu'il regarde un mime décrivant des lieux, des mouvements, des situations, des états d'âme.

Quand une expérience de persuasion réussit, il faut bien admettre qu'elle renferme un critère objectif de l'intelligence puisque son succès suppose une adaptation immédiate à un cas particulier et nouveau dans la vie de l'animal, une adaptation différente de l'association simple. Quand, par exemple, un chien se trouve placé en équilibre instable sur une boule, à quelques mètres du dresseur, et que celui-ci, tout en lui faisant signe de rester sur l'appareil, lui intime cependant l'ordre de se rapprocher, le chien, pour faire rouler sa boule vers le maître, doit comprendre qu'il est nécessaire de reculer peu à peu sur cette boule pour que V appareil avance; or, il est bien rare qu'il ne le comprenne pas du premier coup. L'animal, a, ici, un certain intérêt à obéir au maître, à le contenter; il n'est cependant pas contraint par lui d'agir ; il faut remarquer, de plus, que le maître explique seulement son désir par le geste et par la voix ; et qu'enfin il faut que ranimai trouve lui-même le moyen de réaliser ce désir. Comme il y arrive très vite, il donne

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