‹ De l'animal à l'enfantChapitre 21 sur 33 · NOTIONS DE « RÉCOMPENSE » ET DE « CHÂTIMENT » US · texte numérisé non relu

NOTIONS DE « RÉCOMPENSE » ET DE « CHÂTIMENT » US

Dans presque tous les cas qui se peuvent présenter au cours de l'éducation d'un jeune enfant, le maître (comme le dresseur) a le choix entre deux voies : le sujet retiendra ce qu'on prétend lui enseigner parce qu'il y rattachera une sensation affective; mais cette sensation pourra être agréable ou désagréable et l'éducateur aura donc à adopter soit la méthode de la douceur comme attirante, soit la méthode forte comme impérative.

C'est par la prédominance du plaisir que Ton fait les bonnes éducations. Voyez ces petits chiens qui accourent joyeusement d'une coulisse sur les pattes de derrière : quelle obéissance joyeuse, quelle exactitude dans leurs exercices, comme ils ont l'air daller audevant des désirs de leur maître qu'ils entourent gaiment ! Et regardez maintenant ces malheureux chiens qui rampent, la queue dans les jambes : « Viens ici ! » crie durement leur maître, l'animal hésite ; et s'il trouve une porte ouverte, en profite pour s'échapper. Il n'y a cependant entre ces troupes d' « artistes » qu'une différence dans le procédé d'éducation ; le premier des deux dresseurs mène ses élèves par l'attrait du plaisir, le second les pousse par la peur et si vous voyez ce dernier à l'ouvrage dans son officine, vous penserez au tableau du mauvais pédagogue tracé par Montaigne: « Arrivez-y sur le poinct de leur office, vous n'oyez que cris, et d'enfants suppliciez et de maistres Hachet-Souplet. 9

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enyvrez de leur colère... » Il faudrait au contraire, s'ingénier à créer autour de l'enfant une atmosphère de gaîté et ne lui demander jamais qu'une obéissance joyeuse. M. Ch. Richet a appelé le rire « l'exaltation du sentiment de la vie ». C'est à coup sûr une très juste et très belle définition.

Ce n'est pas assez que les locaux dans lesquels l'enfant grandit soient vastes, aérés et éclairés, il faudrait qu'ils fussent gais ! C'est ridée de Rousseau :

« Il serait plus important, Monsieur, que vous ne pensez, d'avoir une chambre raisonnable pour y faire son étude et son séjour ordinaire; je tâcherais de la lui rendre aimable parce que je pourrais lui présenter de plus riant, et ce serait déjà beaucoup de gagné que d'obtenir qu'il se plût dans l'endroit où il doit étudier. » (Projet pour l'éducation des enfants de M. Bonnot de Mably).

Le bon maître doit commencer par faire un large crédit et supposer que l'élève a toutes les qualités: « Bravo ! Bravo 1 » s'écrient les dresseurs pour encourager l'animal avant d'avoir obtenu de lui aucune concession. Tout ce que nous avons dit de la voix de celui qui instruit les bêtes s'applique aussi à celle du pédagogue, qui doit être pénétré de l'importance de ses intonations et savoir commander à ses propres impressions.

Se contenter de petits progrès, tolérer d'abord des erreurs si, en revanche, quelques résultats sont obtenus, est de bonne politique. Il convient même, dès que l'enfant retient une leçon, de faciliter ses succès en

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supprimant des difficultés afin de lui donner l'encouragement de la réussite. Il y a surtout grande nécessité d'être clair, précis, de ne pas multiplier inutilement des ordres trop divers : « Si Ton fatiguait, écrivait Richter, un adulte de sermons et de condamnations, il ne pourrait parvenir à la véritable activité, ni à la liberté morale. Comment un faible enfant y arriverait-il en entendant dire à chaque pas : « iVrrête ! Cours ! Cesse ! Fais cela ! Qu'est-ce autre chose que d'entasser semence sur semence ? Ainsi le champ peut devenir grenier, mais le grain y meurt sans rien produire. » Ni dans la sphère des instincts, ni dans celle de l'intelligence proprement dite, il ne faut montrer à l'enfant un « âpre chemin », une côte dure à gravir... On doit craindre de lui donner l'effroi des besognes qui semblent n'avoir point de fin ; il convient de lui ménager, chaque fois que cela est possible, la satisfaction d'avoir franchi un degré; c'est à ce prix qu'il trouvera l'énergie d'en gravir un autre.

Sans gâteries exagérées, un maître arrive vite à être aimé de ses élèves. En effet, puisque, à mesure que l'instruction se confirme, l'enfant s'adapte de plus en plus intimement aux exigences du maître et éprouve une satisfaction chaque fois qu'il le contente, il finit par désirer lui être agréable ; lui obéir devient donc un plaisir. M. Latour a finement analysé, dans un livre récent (1), le passage de la soumission à l'amour :

(1) Premiers principes (Tune 1/iéorie générale des émoi ions. F. Alcan.

« La non-exécution de la volonté du maître, le mal du maître est le mal du serviteur ; l'exécution de la volonté du maître, le bien du maître, est l'absence de mal pour le serviteur. Tout se passe déjà comme si le serviteur aimait le maître... » Il en est de même pour l'enfant.

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