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CHAPITRE IV

Ce qu'enseigne le dressage.

A priori, l'étude du dressage, qui est Fart d'apprendre aux animaux des réactions précises constituant des instincts dérivés souvent fort complexes, semble, plus encore que l'apprivoisement, devoir donner à l'observateur des indications sur le psychisme animal.

« Le dressage, écrivions-nous dans une communication au Congrès de psychologie de Genève, est l'instruction que l'homme donne à l'animal. Mais tandis que le pédagogue, après avoir assujetti l'enfant à un apprentissage mécanique des notions élémentaires qui ne s'adressent qu'à la mémoire et aux réactions motrices (lecture, écriture, etc.), s'attache, en cultivant la raison de son élève, à développer en lui une indépendance morale relative, le dresseur se contente d'un enseignement rappelant seulement la pre-

mière partie de l'œuvre du pédadogue. Sa tâche consiste à habituer l'animal à se rappeler que dans telles circonstances déterminées, il doit agir de telle façon; et cela place l'élève sous la dépendance du maître. Toutefois, ce serait trop de dire que le dressage crée « l'obéissance » ; car, en dehors des quelques exercices qu'il connaît, l'animal dressé serait la plupart du temps bien empêché de satisfaire aux exigences de son maître; celui-ci lui inculque non l'obéissance, mais des « obéissances » particulières. »

Tout acte enseigné par le dressage est une dérivation, plus ou moins éloignée, d'actes relevant soit de la faim, soit de la peur ou des deux ensemble. Ce qui le caractérise c'est qu'il est relié à des excitations (geste ou voix de l'homme), substituées à celles qui, à l'état dénature, font agir les animaux.

Le premier pas dans le dressage est la lutte contre la paresse. Un caractère frappant de la bête capturée à l'état sauvage et vivant depuis quelque temps dans un endroit tranquille est son inertie. Certains lions captifs, par exemple, sont si paresseux que, si on n'y remédie, on est bientôt forcé, pour les faire passer d'une cage dans une autre, d'employer des leviers ou de les traîner par la queue. On a pensé à tort que la paresse est naturelle. De ce que « la nature » agit avec la plus grande économie possible, emploie les moyens les plus simples, on a conclu que l'animal vivant libre ou tenu enfermé accomplit toujours le moindre effort musculaire possible. Sans doute, toutes choses étant égales au point de vue de la sensibilité,

l'animal adopte la voie du moindre effort musculaire; mais cette condition est loin d'être toujours réalisée. Il faut, certes, tenir compte des sensations qui déterminent l'action. Pour économiser la douleur ou pour rechercher le plaisir, qui est la tendance même à la vie, l'animal ne peut pas, en toutes circonstances, économiser l'effort musculaire. Il n'est donc pas naturellement paresseux. Chez les animaux récemment importés, la paresse est le mal des déracinés qui ne connaissent rien de leur nouvelle patrie.

L'être qui vit à l'état de nature se meut parce qu'il est stimulé par les excitations sensorielles produites par le milieu où s'est développée son espèce ; si vous le transportez dans une cage ou dans un parc où il ne trouve rien de pareil, il reste inerte pendant de longues périodes: il est paresseux.

Pour lutter contre la paresse on a d'abord recours à des mouvements imposés. Cette gymnastique est indispensable à la santé physique comme à la santé morale. (C'est là une impérieuse nécessité que l'on a perdue de vue dans les vivaria.) Le mouvement est aussi indispensable à la vie que la nourriture ellemême et il est facile d'organiser des promenades quotidiennes pour les captifs d'un jardin d'essai. C'est une simple question d'installation et de gardiennage intelligemment compris. Un système de portes, de cloisons mobiles poussant le nouveau venu d'un parc dans un autre, lui donne viteThabitude d'un parcours qu'il exécutera bientôt de lui-même, sans y être forcé.

Ces promenades seront une bonne préparation au

dressage proprement dit, qui, lui, est une lutte systématique et complète contre la paresse.

On a parfois affirmé que les dresseurs professionnels pourraient dresser uniquement par des caresses et par des dons de friandises un animal à n'importe quel exercice de cirque. Cela revient à demander à un peintre s'il ne pourrait pas faire un tableau où il n'y aurait que des « lumières » et point « d'ombres » ! Il faut bien que l'animal connaisse la douleur pour qu'il s'éloigne du fouet, comme il doit connaître le plaisir de manger des choses choisies pour qu'il vienne au maître qui les. lui a offertes ! Mais l'apprentissage de la douleur et du plaisir doit être rapide et, à l'effet direct, il faut le plus vite possible substituer celui de la voix et faire dominer le plaisir.

Il y a deux emplois bien distincts de la voix. Le premier consiste pour le dresseur à adopter un mot quelconque, le nom de l'animal par exemple, et à le prononcer sur des tons absolument différents au moment où il récompense et au moment où il punit. Il ne s'agit pas ici d'un ordre précis, mais d'une approbation ou d'une menace : « L'expression de la physionomie et surtout, par-dessus tout, l'intonation de la voix, écrivions-nous dans notre Dressage des animaux, jouent un rôle impulsif ou modérateur d'une grande importance. La voix du dresseur doit se faire entendre presque constamment au début des leçons et parcourir

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selon les besoins, toute une gamme, depuis l'encouragement gai, jusqu'à la gronderie « caverneuse » et sonore du maître. Il y a là une gradation savante à observer. La voix doit tour à tour caresser et châtier . et, pour qui sait la conduire, elle devient un instrument incomparable (1). » Le pouvoir actif de la récompense et du châtiment passent bientôt de l'appât et de la cravache à la voix. Elle est dès lors un instrument toujours prêt, le plus souple de tous, permettant de profiter des moindres progrès de l'élève, de les amplifier par un encouragement immédiat, ou d'inhiber toute incartade, au moment même où elle se produit. Ce n'est là, bien entendu, qu'un simple association d'impressions et ce serait braver la loi d'économie que de supposer ici un détour intellectuel, une sorte de délibération dans laquelle l'animal se dirait qu'il agira de telle ou telle façon pour être agréable à son maître... Nombre de dresseurs ont eu cette illusion; mais le phénomène est très suffisamment expliqué par la simple association des sensations.

Le second emploi de la voix consiste à prononcer, à articuler très nettement certains mots, toujours les mêmes, comme ordres particuliers devant déclancher les exercices. Les commandements doivent être brefs, il est bien inutile de tenir aux animaux de longs discours. Dans une circonstance donnée, avant de faire tel geste d'invitation ou de coercition, il faut toujours prononcer un mot choisi spécialement pour

(1) Le Dressage des animaux 1895.

obtenir par la suite un exercice déterminé. Plus tard le mot seul suffira à mettre la bête en mouvement. Afin d'éviter toute confusion, il convient de choisir des commandements très différents pour chaque cas particulier. Un point capital est de prononcer le mot constituant un ordre avant de déterminer une réaction par des moyens affectifs, et ceci non point parce qu'il est permis d'espérer que l'animal comprendra ce mot, mais parce que, comme nous le verrons, l'association entre les sensations affectives entraînant réaction et les sensations auditives se fera, de cette façon, beaucoup plus facilement que si ces dernières accompagnaient ou suivaient immédiatement les impressions affectives (loi de récurrence associative) (1).

Prenons immédiatement quelques faits expérimentaux pour faire comprendre en quoi consiste le dressage ordinaire.

Tout le dressage d'un cheval dit « d'École », consiste, au début, à agir avec la cravache, les éperons ou les rênes sur certains points déterminés de son corps, de façon à provoquer directement des réactions qui sont précisément les mouvements souhaités. On développe ensuite et on règle la sensibilité de ces points, — ce qui exagère les mouvements correspondants; enfin on donne par la répétition une sorte de rythme à ces mouvements en rythmant soi-même son action sur les points sensibles. Peu à peu cette action devient

(1) Chez un animal supérieur l'association est plus facile par récurrence, chez un animal inférieur, elle ne serait possible que par cette voie.

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de plus en plus légère et finit par se réduire à des indications presque invisibles pour l'observateur. Dès lors la bête est dressée.

Dans les cirques, les dresseurs d'éléphants cherchent uniquement à déterminer des associations d'impressions et d'impulsions motrices par la contiguïté. Pour posséder la direction de leurs sujets ils les habituent au moyen de fourches et de fouets, à s'écarter deux et en leur montrant des aliments, ils les décident à s'approcher d'eux. Ils obtiennent de la même façon que leurs élèves s'approchent ou s'éloignent de différents appareils. L'éléphant agit en tout ceci, sans aucun raisonnement, par pur instinct. Si vous l'amenez devant un tricycle, par exemple, il n'a évidemment pas, en apercevant l'appât qui se trouve placé au-dessus, cette idée première : « Voici un petit pain4.. je vais, pbur faire plaisir à mon maître, enfourcher ce vélocipède et je mériterai ainsi de manger le petit pain ! » L'éléphant ne fait pas de si longs raisonnements. Il marche simplement vers le petit pain; et comme on s'est arrangé pour qu'il ne lui soit possible de le prendre qu'en mettant les pieds où l'on veut qu'il les mette, il réalise sans s'en douter le moins du monde, l'exercice qu'on lui demande. Quand, par la répétition, les impressions visuelles fournies par l'appât, le geste du maître et le tricycle se sont associées aux impressions si importantes du sens musculaire, l'exercice est su; la chaîne d'impressions est continue et bientôt on peut se passer de l'appât ; à ce moment Tordre du dresseur (geste ou parole) suffit pour déterminer l'exécution

de l'exercice. L'éléphant serait-il donc dépourvu d'intelligence? Non certes; mais la faculté d'associer des impressions est seule utilisée par les dresseurs professionnels pour obtenir les exercices les plus compliqués en les décomposant et en se contentant de petits progrès. Si l'éléphant peut comprendre certaines choses — assez simples du reste - — ce n'est pas à dire qu'il exécuterait, au besoin, volontairement, tout un numéro de cirque (souvent fatigant et toujours compliqué) sans avoir été plié à « ce travail » par d'invincibles associations d'impressions.

Les lions et les félins, y compris le chat, se dressent par la poursuite et par l'appât. S'il s'agit de faire sauter un chat au travers d'un cerceau, on place cet appareil entre deux tabourets ; sur le premier, on pose la bête, sur le second, un appât. Au besoin, on chasse avec la cravache, si l'appât ne produit pas l'effet désiré. La viande attiré, la poursuite pousse, au contraire, vers un point donné.

On le voit, le dressage de tous les animaux de cirque repose sur des associations simples. Il consiste généralement en des espèces d'allongements, de transformations des instincts fondamentaux: faim et peur; mais il est possible aussi d'utiliser de la même façon des instincts dérivés. C'est ainsi que l'otarie, étant très habile à poursuivre un poisson vers la surface de l'eau pour l'y acculer et l'y capturer après lui avoir barré la route de tous côtés grâce à des menaces rapides, on en profite pour faire tenir en équilibre par ce pinnipède lies objets sur lesquels on a posé des poissons, ou qu

ont simplement une odeur de poisson. En effet, empêcher un objet de tomber, c'est faire des « parades » de tous côtés en se portant vivement dans la direction vers laquelle il penche, absolument comme l'otarie coupe la retraite de tous côtés au poisson vivant qu'elle veut pousser vers la surface, où, ne pouvant aller plus haut, il sera pris.

Nous avons décrit, dans un précédent chapitre, trois modes différents de répartition de l'énergie somatique. Or, dans les exemples de dressage que nous venons de donner, l'opérateur cherche à obtenir des réactions diverses en faisant simplement passer cette énergie dans tels ou tels organes (ceux de la nutrition ou ceux qui servent dans la fuite). Il reste deux autres modes de répartition de la « force vitale » , qui tous deux comportent une sorte de décharge diffuse et peuvent être envisagés ensemble dans le dressage ; ils constituent une deuxième méthode d'éducation, le premier consistant en déplacements brusques del'éncrgie, le second en un emploi d'un excès d'énergie (Jeu)j

« On peut dire d'une façon générale, écrivions-nous dans la Genèse des Instincts, que, de même qu'un statuaire à deux moyens matériels pour réaliser son œuvre : ajouter des parcelles de cire à des parcelles de cire, ou bien prendre un bloc de matière et en enlever des parcelles jusqu'à ce qu'il ait obtenu la forme souhaitée, le dresseur a, lui aussi, deux procédés à sa

disposition : il peut ajouter des mouvements déterminés à ceux qui sont naturels à ses élèves, ou bien encore provoquer, soit par la joie, soit par la peur (ne dépassant pas une limite au delà de laquelle il y a inhibition), des mouvements nombreux et diffus parmi lesquels il choisira ceux qui lui paraîtront intéressants ; il les fixera finalement en les associant seuls à des impressions agréables et à des sensations représentatives constituant des signaux-ordres, — ce qui revient à supprimer tous les autres mouvements (p. 188). » De même, en provoquant le jeu chez différents animaux, on crée une foule de mouvements incohérents parmi lesquels quelques-uns pourraient toujours être utilisés par le dresseur. Un chien, par exemple, jouant près d'un sac de toile ne manquera pas, à un moment donné, de le prendre avec les dents. Or, si le dresseur encourage seulement ces mouvements de préhension, au cours de plusieurs séances de jeu, il arrivera par ce moyen à obtenir que le chien Rapporte (1). C'est par un procédé analogue que Ton dresse les chevaux « calculateurs » : On commence par provoquer leur impatience en secouant de l'avoine devant eux, hors de leur portée et quand ils ont faim. Ils ne manquent pas, alors, de faire différents mouvements désordonnés et

(1) Pendant des années, nous avons fait du dressage tel qu'on le pratique ordinairement dans les cirques, sans employer le jeu. Nous avons encore de vieux animaux dressés par cette méthode; or la différence est frappante avec ceux que nous avons dressés depuis en les faisant jouer, les premiers savent infiniment plus de choses que les seconds.

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de gratter le sol du pied droit de devant ou du gauche. Il suffît ensuite de les récompenser dès qu'ils grattent ainsi et pour leur faire compter un nombre de coups déterminé, il ne reste plus qu'à leur apprendre à s'arrêter à un signal. Autre exemple : Voici un fox- terrier qui a été dressé à la valse ; nous l'avons ensuite fait « travailler » avec deux bull-terriers qui sautent à la corde, et nous avons voulu qu'il saute en même temps qu'eux. Le fox-terrier a pris l'habitude, sans que nous le lui demandions, de valser entre chaque saut. Et comme nous ne l'avons pas corrigé pour cela, mais au contraire récompensé, il exécute toujours ce mélange d'exercices qu'on ne lui avait pas demandés au début.

Quels qu'aient été les moyens employés pour obtenir un « dressage » les mouvements qui le constituent une fois bien appris, ont la même régularité que ceux qui font partie des instincts naturels. Il n'y a objectivement aucune différence entre un complexe enseigné et un instinct proprement dit ; on trouve chez l'un et l'autre la même constance, le même automatisme.

Une question très intéressante a été posée par M. P. Mendousse. Le dressage savant est-il jamais, au total « une diminution de l'individu qui le reçoit » ?

Un animal spécialisé dans l'exécution de certains exercices aurait une tendance marquée à perdre la ca-

pacité de vivre à l'état de nature; replacé dans son milieu originel, il serait incapable d'y trouver sa vie. M. Mendousse oppose ici « l'éducation animale » qui est pour lui, une sorte d'apprivoisement, une ébauche de dressage, au dressage savant; le second, dit-il, « équivaut si peu à l'éducation animale que, le plus souvent un chien d'arrêt parfait au théâtre, perd ses moyens dès qu'il arpente les guérets. Les concours hippiques et autres épreuves réservent beaucoup de déboires à tout dresseur qui s'attendrait à voir les sujets primés se comporter en pleine nature avec autant de savoir-faire que devant les examinateurs. » 11 est évident que plus le dressage est poussé, plus il spécialise l'individu; mais un chien dressé à l'arrêt au théâtre, apprend très facilement l'arrêt en campagne, il faut toutefois pour cela qu'on le fasse un peu « travailler » dans ce nouveau décor. Mais si vous le comparez au chien d'arrêt parfait en plaine et que Ton amène au théâtre, sa supériorité est écrasante. Il faudra que notre campagnard qui, le premier soir, fuira devant l'orchestre et les lumières, reçoive un long et pénible dressage pour jouer « à vide » le rôle qu'il jouait si bien dans la réalité... S'il s'agit de mouvements nouveaux à apprendre à un animal déjà dressé, l'ancienne éducation n'offre à ce travail aucune résistance, si, bien entendu, il ne s'agit pas toutefois, de mouvements directement opposés à ceux déjà sus et devant être déclanchés par les mêmes excitations. Bien plus, si Tinstruction qu'ils reçoivent au cirque ne permet aux animaux d'exécuter leurs exercices que d'une cer-

laine manière (c'est-â-dire fort bien), elle ne les empêche en aucune façon de manifester leur spontanéité en dehors du cercle étroit de ces exercices. Certains donnent même des preuves remarquables d'intelligence, sans y être le moins du mondre invités et simplement parce que cela peut leur être en quelque chose utile ou seulement les amuse. D'autres manifestent hautement leur mauvaise humeur et font grand scandale quand leur force le leur permet (1). Ce ne sont pas seulement les singes qui nous donnent un tel spectacle : les chiens, les chats, les éléphants, les rongeurs et même les oiseaux en sont fort capables.

« Voici, écrivions-nous dans notre Examen psychologique des Animaux, un fait observé par nous plusieurs fois : quand un cheval que Ton exerce au manège marche autour de la piste depuis deux ou trois minutes, il n'a plus qu'une idée, c'est de s'échapper et de rentrer à l'écurie. Il n'a qu'un moyen pour y arriver ; c'est, s'il le peut, de se porter brusquement en arrière au moment où il passe à la hauteur de la porte et d'entraîner le dresseur à reculons ; or, le fait s'est présenté très souvent dans notre manège. Il est vra: que la porte s'ouvrait de l'intérieur à l'extérieur, pa une simple pression, et que nos chevaux le savaient

Il est curieux de voir les chiens dressés à marche

(1) Comme par exemple, cet éléphant, admirablement dressé, très soumis sur la piste et qui, dès qu'il se trouvait dans la rue, se montrait intraitable, arrachait des arbres, défonçait des devantures de boutiques, etc. Les Journaux, 1912.

debout sur les pattes de derrière se mettre dans cette position pour voir au loin ou pour mieux flairer une nourriture placée hors de leur portée. Il y aurait cent exemples curieux à donner de l'initiative des animaux dressés. Je ne rappellerai que le fait suivant, qui s'est passé il y a vingt ans à la frontière espagnole . Un clown dresseur de chats, chiens, rats, oiseaux, etc., accusé de quelque méfait et perdant la tête, se sauva en abandonnant tout ce qu'il possédait, mais après avoir ouvert les portes de ses cages. Ses bêtes se répandirent dans le pays... Or elles y vécurent fort bien en liberté ; et Ton y rencontra, pendant des années, des rats tachetés, des chats siamois et des chiens de races diverses, tous anciens artistes.

Si les animaux dressés, abandonnés à eux-mêmes, savent se tirer d'affaire avec autant d'habileté, il est vraiment impossible de croire que le dressage soit une diminution.

En résumé, les actes enseignés ne sont pas plus « entravants » que les instincts ordinaires : ce sont de véritables instincts nouveaux qui ne masquent les anciens que quand certaines conditions sont données.

// ne peut y du reste, y avoir, pour un même animal, plusieurs manières de subir les excitations extérieures, qu elles viennent des objets d'un milieu naturel ou d'un instructeur ; et nous pourrons donc obtenir des éclaircissements sur la genèse des mœurs et des industries animales en analysant de façon plus pénétrante les associations de sensations qui sont la base

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du dressage (1). C'est ce que nous tenterons de faire dans le chapitre suivant,

(1) Nous ne doutons guère que la constitution organique ne joue un rôle dans l'ensemble des conditions que l'instinct traduit ; mais elle n'intervient pas moins dans le dressage...

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