SA HAINE
« Dieu est esseoliellement amour, Deus chantas est (I). B Le démon qui s’est constitué l’adversafre de son Créateur a pour fond la haine. Or l'Antéchrist sera son image vivante et parfaite. L’esprit de haine habitera en lui comme en son séjour le mieux approprié. H infectera d’un mortel venin 'ses sentiments et ses actes. H se manifestera contre toutes choses, mais premièrement contre Dieu le père ; secondement contre Jésus-Christ, son Fils, et enfin contre les hommes quhls ont daigné créer et racheter avec tant de miséricorde.
Contre Dieu d]abord. A l’exemple de l’esprit de ténèbres, son inspirateur, l’Antéchrist concevra une effroyable jalousie vis-à-vis de ce grand Dieu, Créateur et Maître du ciel et de la terre. Il enviera son éternité, son infinie grandeur, sa science, sa toute-puissance. Ce ne sera que de sa justice et de sa bonté qu’il n’aura point souci d’être jaloux. Car ces deux ineffables attributs, son âme perverse en concevra instinctivement une si étrange aversion qu’il n’aura pas même l’idée de les envier ; il ne songera qu’à les haïr
(I) 1” EpUrc de saint Jean, chap. iv, v. 16.
DE l’aNTECHRIST
et détester de tontes ses forces. Cependant, contraint de reconnaître qu’il ne pourra jamais atteindre à ces autres perfections divines et incommunicables qu’il envie, « il entrera alors en fureur, il grincera des dents, il séchera de rage, peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet (1); » et il vouera en même temps une haine farouche à cet être infini, placé à une si grande hauteur au-dessus de lui.
Nous empruntons ici les paroles du psaume cxi*; car, selon quelques auteurs, c’est l’Antéchrist ou l’Homme de péché qu’avait en vue le prophète royal, lorsqu’il décrivait l’état forcené du pécheur en révolte ouverte contre le Seigneur et follement jaloux de l’éclat de sa gloire. .
Veut-on avoir une véritable idée de celte haine extravagante de l’Antéchrist contre Dieu? Qu’on descende quelquefois en esprit dans l’enfer et qu’on prête l’oreille durant quelques instants, s’il est possible, aux blasphèmes et aux imprécations des démons et des damnés contre le souverain Maître dont la main les enchaîne dans un supplice affreux et éternel.
C’est cette passion de haïr, encore plus peutêtre que son orgueil, qui excitera « le fils de
(J) Pg. m, V. 12.
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perdition » à travailler avec une activité inconcevable à détruire le culte, l’aniour, le service et le nom même de Dieu sur la terre.
Haine contre Jésus, Fils de Dieu. Que le lecteur veuille bien encore jeter un regard en arrière sur Thistoire de l’Eslise vers la dernière moitié du quatrième siècle ; il y verra le court règne de Julien l’Apostat, l’un des plus fameux précurseurs de l’Antéchrist.
Qu’est-ce qui animait et inspirait les paroles et les actions de cet astucieux persécuteur di> cathoücisme ? C’était une haine implacable contre Noire-Seigneur, contre son nom , son Evangile, sa croix, son culte, ses amis et surtout contre sa personne sacrée ; haine qui par contre lui faisait aimer et protéger de toutes manières et en toute occasion ce qui était le plus radicalement opposé à Jésus-Christ, le culte des idoles, la magie, la superstition, les faux philosophes, les Juifs et les pa’iens.
Le siècle dernier a produit un autre homme en qui cette haine de Notre-Seigneur n’était pas moins vive. Par son infatigable pluoie, continuellement trempée dans le fiel et le blasphème, il a fait à l’empire de Jésus-Christ encore plus de mal et de ruines que Julien l’Apostat. Car si
celui-ci posséda la puissance matérielle, il ne put l’employer longtemps au service de sa haine, son règne ayant été heureusement fort court.
Et cet ennemi acharné de Jésus, dans ces derniers temps, c’est Voltaire, comme le lecteur l’a déjà nommé ; Voltaire qui était ridiculement jaloux de la renommée et de la célébrité du Christ, qui bafouait ses ministres, travestissait sa parole sainte, profanait son plus auguste sacrement, qui raillait, mentait, écrivait dansl’uuique but d’anéantir son culte et sa morale, sa religion et son Eglise qu’il osait qualifier d'infâmes. S’il avait eu dans sa main la moitié ou le quart seulement de l’empire de Julien, son prédécesseur et confrère en rage anti-chrétienne, il aurait certainement exterminé le catholicisme, au cas où la justice de Dieu ne l’eut point arrête dans sa guerre déloyale et atroce ; et il n’aurait laissé rien à faire à ses dignes fils et disciples, les grandioses scélérats de 93.
Que l’on suppose fondus en un seul homme ces deux fameux renégats de la foi chrétienne, l’un si puissant par la force matérielle dont il disposait, et l’autre par l’influence de l’esprit infernal qui l’obsédait ; et alors l’on pourra se for-
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mer une idée des proportions monstrueuses de la haine qui dévorera l’âme de l’Antéchrist par rapport à Jésus, le fils de Dieu. Cet^iomme vraiment possédé du démon réunira et condensera en son cœur tous les poisons haineux qui ont fermenté et bouillonné depuis dix-huit siècles chez les ennemis innombrables de No.tre- Seigneur.
Voilà pourquoi il s’acharnera principalement à l’extermination de la religion et de l’Eglise catholique qu’il saura fort bien être la seule vraie religion et la seule véritable Eglise du divin Rédempteur. Il ne fera pas autrement que tous les impies qui l’ont précédé. Divisés entre eux le plus souvent jusqu’à s’entre-dévorer, ils ont néanmoins montré toujours le plus touchant accord à maudire et à persécuter le catholicisme, et principalement son auguste chef, notre Saint-Père le pape, le vicaire de Jésus-Christ et la pierre fondamentale de son grand édifice spirituel en cette terre.
Ceux de nos jours, ces révolutionnaires qui lèvent si fièrement la tête et font de si ridicules parades de leur amour prétendu de la liberté, nous exibent une curieuse reproduction de leurs devanciers, en mettant cliaque semaine, pour
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ne pas dire chaque jour, en pratique leurs systèmes surannés d’outrage et d’oppression. Tous ces fauteurs de désordre, tous ces suppôts de l’enfer, de quelque nom qu’ils s’appellent et en quelque pays qu’ils aient pris naissance. Anglais, Français, Italiens, Allemands, Turcs et Chinois, faux catholiques, hérétiques, schismatiques, rationnalistes, idolâtres et fétichistes, tous semblent obéir au même mot d’ordre, pour ébranler, avilir et bafouer les dogmes, le culte, la hiérarchie, la tête du catholicisme ; parce que le catholicisme, c’est la plus pure doctrine de Jésus, l’unique religion qu’il a apportée du ciel, la seule véritable société spirituelle qu’il a établie pour perpétuer le salut des âmes jusqu’à la consommation des siècles. A l’exemple de leurs ancêtres de si triste mémoire, se combattant quelquefois entre eux en adversaires implacables, ces esprits dévoyés et pervertis ne s’accordent ^ ordinairement que sur ' un seul point : attaquer la personne adorable de Jésus en s’efforçant de ruiner par tout moyen la foi de ses disciples.
Nous disons que l’Antéchrist ne suivra pas un autre plan de conduite que le leur, parcequ’ils sont ses représentants, ses éclaireurs^
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ses pionniers et probablement, ses prédécesseurs immédiats. II sera donc le chef des révolutionnaires ; il les organisera, les comblera' de richesses et d’honneurs, comme nous l’avons déjà dit, leur promettant en outre la destruction et le pillage de tout ce qui appartiendra au parti de la justice et de l’ordre, qui est uniquement celui de Jésus-Christ. Courbés sous la main de fer de leur élu jusqu’à ramper devant son trône et lui lécher les pieds, ils l’aideront de toutes leurs forces, parce qu’ils apercevront en lui concentrée et armée d’un pouvoir immense leur haine diabolique « contre le Seigneur et contre son Chrisl, advei'sus Dominum et adversusChrislum ejus (i). »
Sa haine vis-à-vis des hçmmes. L’amour du prochain a son fondement et sa base sur l’amour de Dieu et de son fils inéarné.. Celui qui aime Jésus descendu des cieux. pour sauver les hommes, aime aussi les hommes rachetés de son sang. Celui, au contraire, qui hait Jésus fait semblable aux hommes, hait aussi les hommes devenus par sa grâce ses frères et ses enfants.
Les impies et les révolutionnaires prêchent bruyamment la fraternité ; ils se vantent d êlre
(1) Pc. Il, T. 3.