IV. SON PAYS ET SON PEUPLE
L’on ne peut faire là-dessus que des conjectures plus ou moins probables. Comme nous venons de le dire, l’opinion commune est que l’Antéchrist naîtra du mélange des deux races turque et juive. Mais en quel pays et chez quel peuple actuel prendra-t-il naissance ? Les Saintes- Ecritures et les pieux docteurs qui nous les ont expliquées ne nous offrent aucune donnée certaine à ce sujet. L’induction seule peut nous fournir quelque lumière.
Puisque chez « l’homme d’iniquité » le sang d’Israël se trouvera mêlé au sang de Mahomet,
DE l’aISTECHRIST
il est probable qu’il n’appartiendra à aucune nation chrétienne, et que, s’il \ient à naître au milieu d’elles, il reniera promptement son origine; qu’il fera de violents efforts, comme autrefois Julien l’Apostat, pour effacer le caractère de son baptême et qu’il se proclamera hautement l’ennemi de Jésus-Christ et de son Eglise.
Mahomet a été le plus célèbre des précurseurs de l’Anlechrist ; et l’empire de l’Islamisme est le type de celui qu’il établira sur la plus grande partie du globe. L’Arabie fut le berceau du .fils d’Abdallah ; et aujourd’hui, comme aux siècles passés, c’est dans l’Arabie que vivent ses plus ardents sectateurs. Si le sultan de Constantinople a sans cesse reculé devant les réformes qu’ont réclamées les Puissances européennes dans l’intérêt des peuples soumis à son sceptre ; il faut en chercher la principale cause dans les menaces d’excommunication et de déposition qui lui sont fréquemment adressées, dit-on, de La Mecque, de Médine, de Djeddah et d’autres lieux renommés de la terre sacrée de l’Hedjaz. En sorte que l’on se sent incliné à croire que l’Antéchrist viendra de l’Arabie, plutôt que de la Perse, de l’Egypte, de la Turquie et d’autres contrées soumises à l’islam, dans le cas plus que probable qu’il
NOTIONS DIVERSES
n’appartiendra point extérieurement aux nations chrétiennes (1).
Déjà de sourdes rumeurs, parties de ce foyer de la superstition et du fanatisme, se répandent de toutes parts, dans le but d’agiter les fils dévoués du Prophète, de les appeler aux armes et de leur faire recommencer celle guerre d’extermination que les premiers califes firent autrefois contre ceux qu’ils appelaient les infidèles, c’est-à-dire les chrétiens, nos ancêtres.
Les révoltés de l’Inde contre la domination anglaise en ces dernières années, qu’élaient-ils pour la plupart, sinon des disciples de Mahomet? Ils avaient, a-t-on dit, reçu du centre de l’Islamisme l’impulsion et le mot d’ordre pour se soulever. Mais trop impatients, ils ont devancé l’heure et ils ont succombé pour le moment sous les coups de leurs maîtres si persévérants et si habiles. Mais la main dirigeante qui réside à La Mecque n’a point du tout aban- ^donné la résolution de régénérer la nation des musulmans; et lorsqu’elle jugera que les temps propices sont arrivés, elle se relèvera tout à coup. Nous la verrons alors mettre à la tête de ses Arabes un chef énergique qui, les électrisant par sa bravoure, sa science et le fanait) Voyez la note 2 â la iiii du volume.
DE l’aNTECHRIST
li»me de son orgueil, les lancerji sur les terres voisines, y grossira leurs rangs et formera bientôt une armée immense avec laquelle il fera de rapides conquêtes. Et ce chef, le plus ardent imitateur de son ancêtre Mahomet, le plus puissant fauteur et propagateur de son culte après le sien propre, deviendra cet homme que nous nommons l’Antéchrist.
Ainsi donc, dans cette hypothèse, l’Antéchrist venu des provinces orientales de l’empire turc, en occuperait d’ahord le trône ; puis l’ayant relevé de son infirmité actuelle, il en mettrait en mouvement et en ligne toutes les forces ' pour attaquer et vaincre,' s’il est possible, la Chrétienté tout entière. C’est ce qu'enseigne positivement le vénérable Holzhauser dans son Explication vraiment frappante de l’ Apocalypse.
Après avoir, comme la plupart des auteurs ecclésiastiques, affirmé que c’est de l’union des deux races d’ismaël et de Jacob que sortira l’Antéchrist, « ce fils de perdition, » qui régnera d’abord sur elles, il ajoute des réflexions remarquables dont nous nous bornerons ici à présenter une brève analyse.
C’est afin que toutes les prophéties s’accomplissent, dit-il, que Dieu dans ses conseils se-
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crets,- permettra aux musulmans d’occuper la Palestine et les autres pays qui appartenaient jadis à Israël, et d’y maintenir leur domination jusqu’à ce que toute prévarication soit accomplie. Nous avons une preuve palpable de sa volonté à cet égard, en ce qu’il ne permet pas que cette race musulmane, formée d’Arabes et de Turcs, disparaisse entièrement et périsse, jusqu’à ce qu’elle ait produit le fils d’iniquité. Combien d’empereurs, de rois et de princes ont fait tous leurs efforts pour reprendre la Terre Sainte ! Ç’a été toujours sans succès ou du moins sans obtenir d’autres résultats que des victoires prématurées dont ils perdirent bientôt les fruits. Quelle mystérieuse chose que cette discorde permanente entre les puissances chrétiennes sur celte grande et interminable question de l’Orient! Qui, l’anéantissement total de la puissance musulmane est arrêté et entravé par nos misérables dissensions; et il le sera encore jusqu’à ce que les chrétiens, ayant comblé la mesure de leurs péchés, le Seigneur se lasse de notre ingratitude et qu’il permette « à l’homme de perdition » d’exalter son or-gueil et de fouler à ses pieds le monde.
Ainsi donc, quelque grande que doive être
DE l’aNTECHBIST
l’étendue de l’Eglise latine en son sixième âge, elle ne fera point cependant la conquête des habitants de la Palestine et d’autres contrées orientales. C’est dans ces régions réservées aux gentils que doit se former le royaume de l’Antechrist. Les Juifs, dès le commencement, le reconnaîtront pour leur roi. Ils se rassembleront de l’Orient, de l’Occident, du Nord et du Midi pour s’attacher à lui et combattre sous son étendard. Notre-Seigneur voulait probablement parler de cette circonstance, quand il disait prophétiquement aux Juifs : « Je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez point; si un autre vient^en son propre nom, vous le recevrez. Ego veni in nomine Patris mei, et non accipitis me; si alius venerit in nomine suo, ilium accipietis (1), »