‹ De l'Antechrist, recherches et considérations sur sa personne, son règne, l'époque de son arrivée et les annonces qu'en font les événements actuelsChapitre 57 sur 66 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Conclusions relatives aux événements religieux actuels.

L’Eglise est persécutée dans son chef et, le contre-coup de cette persécution se fait sentir jusqu’aux dernières extrémités de son corps.

Quand la tête est frappée, il y a nécessairement douleur en tous les membres.

Toute persécution contre l’Eglise, personne ne l’ignore, lui vient de ce qu’elle a la charge et le devoir de soutenir et propager le bien à l’encontre du mal, de ce qu’elle a été fondée par Jésus-Christ pour opérer le salut du monde, de ce qu’elle est la cité de Dieu en guerre ouverte avec la cité du démon, la cité bâtie sur la ferme espérance du siècle futur, en lutte continuelle avec la cité construite uniquement sur les intérêts du siècle présent. En un mot, l’Eglise est perpétuellement en butte aux coups des persécuteurs, parce que c’est Jérusalem la ville sainte que hait et Jalouse Babylone la ville coupable et l’éprouvée, parce que c’est l’épouse de Jésus-

Christ le prince du ciel, la nourrice et l’éducatrice de ses enfants bien- aimés, et que Lucifer, le prince du monde, est l’adversaire implacable du Dieu fait homme, comme de tous ceux qui portent son nom et se réfugient dans son bercail.

Outre cette raison générale et fondée sur les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne, il y en a une autre non moins solide et forte, qui s’appuie exclusivement sur le sens spirituel et mystique des saints livres.

Au moment même où la justice de Dieu, irrité par la désobéissance d’Adam, prononçait la sentence redoutable qui le condamnait avec toute sa postérité à la servitude et à la mort, sa bonté s’interposant entre sa colère, car — « Dieu se souvient de sa miséricorde jusque dans son courroux, cum iratus fueris, misericordiœ recordaberis (1), » — fit entendre la promesse d’un rédempteur qui nous rappellerait à une vie nouvelle. Il dit au serpent : « je jetterai l’inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne. C’est elle qui t’écrasera la tête, et toi, tu essayeras en vain de la mordre au talon^ ou, comme porte le texte hébreux, tu lui briseras le talon (2). »

(I) Prophétie d’Habacuc, ch. ni, v. 2.

(2| Genèse, ch. ni, v. 15

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On ne peut douter, disent les saints docteurs, à la tête desquels se place naturellement saint Augustin, que le serpent à qui furent adressées ces paroles ne soit le Démon, et que la femme dont il est fait l’éloge ne soit la bienheureuse Vierge Marie, Marie est mère du Dieu incarné ; elle a été la coopératrice de son Fils dans la grande œuvre de notre rédemption ; elle est la protectrice, le refuge, l’avocate, la reine et la mère de la grande famille catholique. Elle a donc été vraiment la femme entre laquelle et le serpent il y a eu la séparation la plus absolue d’intérêts et d’intention, l’opposition la plus directe de désirs et de conduite, l’inimitié la plus profonde et la plus irréconciliable, c’est-à-dire une inimitié éternelle. De même^ entre sa postérité, qui est le peuple saint et élu, et la postérité du démon, qui est le peuple mauvais et réprouvé, il y a la même opposition invincible de pensées, de sentiments et d’actions ; il y a la même inimitié, la même guerre implacable qui durera jusqu’à la fin du monde.

Le Démon a essayé en vain d’employer, à l’égard de Marie, ce qui lui avait autrefois réussi auprès d’Eve; tous les artifices dont il a usé pour l’entraîner dans ses voies sont demeurés sans

succès. Elle est restée toujours pure et immaculée, toujours « pleine de grâce et de vérité » à la ressemblance de son divin Fils.

Qu’a fait alors ce méchant esprit pour se venger d’elle ? il a substitué la fureur du lion à l’astuce du serpent. De même qu’il a persécuté à outrance le Fils né de ses entrailles, qui est Jésus-Christ^ il a résolu aussi de ne laisser ni paix ni trêve à la famille née de son cœur au pied de la croix du Calvaire, c’est-à-dire à tous les membres de la véritable Eglise, qui est l’Eglise catholique. Et ainsi s’est réalisée la prophétie antique ; inimicüias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illins, et tu insidiaberis calcaneo ejus (1).

Mais la persécution intentée par l’enfer redouble parfois d’acharnement et de furie. Il y a des temps où les hostilités se ralentissent, et des temps où elles reprennent avec une vivacité formidable.

Or, ces attaques redoublent de violence en trojs principales circonstances :

Premièrement, lorsque par le sage gouvernement de son chef, par l’enseignement de ses docteurs, ouïe zèle de ses apôtres, ou la vigilance de ses pasteurs, l’Eglise vient d’obtenir un consi-

(1) Voyez ci-dessus, p. 235.

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dérable progrès dans la propagation quelle s’efforce de faire de la vérité dans le monde, et par là même une éclatante victoire dans la lutte perpétuelle qu’elle soutient et doit soutenir contre l’erreur et le mal; secondement, lorsque la trèssainte Vierge, ou immédiatement et d’un coup de sa puissante main maternelle, ou indirectement par son incessante intercession auprès de Jésus son Fils, a opéré certains actes prodigieux, éclatants de protection et de tendresse pour la grande famille catholique; et troisièmement, lorsque la catholicité, se levant tout entière, témoigne par une démonstration unanime, extraordinaire et durable, sa profonde vénération et son amour à toute épreuve envers son incomparable Mère, la Vierge bénie qui règne au ciel.

11 serait facile de prouver ce que nous avançons, en jetant un coup d’œil rétrospectif sur les dix-huit siècles du christianisme. Mais ce serait nous abandonner à une digression trop longue. Cette preuve n’aurait d’ailleurs que peu d’utilité pour le lecteur qui a réfléchi aux causes secrètes de l’éveil et de l’action des persécuteurs de l’Eglise. Il est évident que l’agrandissement du bien, la propagation du culte de Marie et l’effusion de ses miséricordes, doivent immanquable-

ment exciter la rage de l’enfer et allumer ses vengeances.

D’après ces données, il est facile de deviner d’où viennent à l’Eglise et à son vénérable chef les violents assauts dont nous sommes actuellement les spectateurs.

H est certain que depuis le commencement du XIX® siècle, le catholicisme a fait de grands progrès dans le monde. A la suite de sa victoire sur l'impiété de 93, l’Eglise a vu une foule de préjugés contre elle, tomber devant le bon sens des peuples. L’Evangile a été prêché à des peuplades sauvages et dans des îles jusque là inconnues ; une multitude d’hérétiques au cœur droit est revenue à l’ancienne foi ; le schisme, lui-même est ébranlé et aspire à s’unir de nouveau à l’Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises ; nous en avons la preuve dans le merveilleux retour de ces milliers de Bulgares dont les feuilles publiques nous ont apporté tout récemment la consolante nouvelle.

D’autre part, quel siècle fut, plus que le nôtre,, favorisé de la protection de Marie ? Que de miracles n’a-t-elle point faits en notre faveur ! Que de grâces et de bénédictions ne nous a-t-elle point obtenues de Dieu le Père ? Que dejconver-

siona éclatantes qui viennent d’elle? Combien de fois a-t-elle étendu visiblement sa main bénie pour consoler l’Eglise, fortifier ses enfants contre la séduction et l’aider à vaincre ses mortels ennemis ! Qu’on me permette de ne citer aucun de ces faits miraculeux, connus certainement du lecteur.

Mais maintenant, à ces inappréciables faveurs, la terre a répondu par un concert de louanges et d’actions de grâces* Elle s’est ingéniée, pour ainsi dire, de mille manières à témoigner sa reconnaissance envers la Reine des anges et des hommes. Jamais, peut-être, en aucun siècle, le culte de Marie n’a été plus répandu, plus exalté, plus aimé, plus populaire. Jamais on ne vit autant de fêtes, de cérémonies, de monuments établis en son honneur. Nous serions encore fort embarrassé s’il nous fallait en faire une énumération détaillée. Citons seulement ce grand fait qui domine tous les autres, les efface ou plutôt les sanctionne et les couronne tous : la promulgation solennelle et à jamais mémorable du dogme de l’Immaculée-Conception, qui fut acclamée avec tant de joie chez tous les peuples du monde.

' En sorte que, d’un côté, les grands signes de

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protection spéciale qu’a donnés la sainte Vierge, et de l’autre, les nombreux témoignages de respect et d’amour qu’elle a reçus en échange, ont déjà valu et assureront à notre siècle le glorieux surnom de Siècle de Marie^

Les trois principaux motifs de persécution existent donc de nos jours contre l’Eglise de Dieu. Elle se réalise évidemment, vis-à-vis d’elle, la prophétie de l’Apocalypse : « Le dragon s’est irrité contre la femme, et il est allé faire la guerre aux enfants qui lui restent, qui gardent les commandements de Dieu et rendent témoignage à Jésus-Christ ; iratus est draco contrà mulieremet abiit facere prœlium {ï), » etc. Les puissances infernales sont sorties de l’enfer et se déchaînent contre la société catholique qui met le plus puissant obstacle à l’universalité de leur empire sur la terre. Comme toujours, leur tactique est savante ; elles ont recours tantôt à la ruse et tantôt à la violence, elles cherchent à ébranler tantôt le dogme et tantôt la morale en créant des principes et des droits nouveaux. Par leurs innombrables suppôts, elles persécutent l’Eglise ici dans son chef et là dans ses membres. Aujourd’hui, c’est son pouvoir temporel que l’on

(]} Apocalypse, cb. xii, v. 17.

DE l’aNTECHRIST

conteste et que l’on essaie de lui ravir; demain ce sera la souveraineté spirituelle. Nous sommes convaincu que cette persécution de l’enfer n’est pas près de finir ; elle s’accroîtra encore jusqu'à ce qu’elle atteigne son apogée sous le règne de l’Antéchrist, dont la fin sera aussi celle de la domination de l’esprit de ténèbres sur le monde. Le prince des démons le sait. Aussi son dépit et sa rage s’augmentent-ils chaque jour d’une manière visible. Ce qui nous amène encore à l’accomplissement de ces autres paroles mystérieuses : « Et j’entendis une grande voix dans le ciel qui dit : malheur à la terre et à la mer, parce que le Diable est descendu vers vous, plein d’une grande colère, sachant qu’il lui reste peu de temps. Væ terrœ et mari, quia descendit diabolus ad vos, habens iram magnam, sciens qubd modicum iempus habet (t). »

Pendant ces jours de tristesse et de malice, il ne faut pas que les vrais serviteurs de Dieu, qui sont aussi les fidèles enfants de son Eglise, se découragent et se laissent abattre. Qu’ils prennent confiance, au contraire, et qu’ils persévèrent dans l’énergique résolution d’accomplir tous leurs devoirs, en ayant soin de s’appliquer cet avis de

(1) Apocalypse, cb, xii, v. 12.

ÉVÉNEMENTS RELIGIELX ACTUELS

l’Esprit-Sainl : « Bienheureux ceux qui lavent leurs vêlements dans le sang de l’Agneau, afin qu’ils aient droit à l’arbre de vie et qu’ils entrent dans la ville par les portes; » c’est-à-dire bienheureux ceux qui purifient constamment leurs âmes par l’application des mérites de la passion de leur Sauveur, afin qu’ils puissent voir sur la terre le règne de Jésus-Christ, l’arbre véritable de la vie et entrer un jour avec lui dans la cité céleste ! Beati qui lavant stolas suas in sanguine Agni ut sit potestas eorum in Ugno vitœ et per portas intrent in civitatem (l). »

J’ai dit le règne de Jésus-Christ sur la terre, comme nous en faisons si souvent la demande par ces expressions qu’il nous a* enseignées luimême : «Que votre royaume arrive, adveniat regnum tuum; que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel, fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. » Pourquoi ? Parce que, encore une fois, nous avons de justes motifs de croire que la persécution actuelle contre l’Eglise se terminera par un grand triomphe pour elle; que les succès présents de l’impiété, auxquels viendront s’ajouter ceux de l’Antéchrist, son dernier représentant, seront suivis de plusieurs années de

(1} Apocalypse, ch. xxn, v. li.

DE l’aMECHRIST

consolation et de gloire pour le catholicismé, seul vrai royaume du Christ en ce monde.

C’est en effet là, immédiatement après la chute de « l’Homme de péché, » qu’il faudrait placer la réalisation complète des prophéties qui annoncent, vers la fin des temps, une ère admirable de justice et de sainteté parmi tous les peuples et conséquemment une époque de paix et de bonheur pour l’Eglise catholique.

Il est inutile de répéter nos paroles ; nous ajouterons seulement qnelques autres raisons tirées exclusivement de la théologie et de l’histbire.

La première, c’est que nous voyons dans les annales de l’histoire la réaction du bien suivre constamment le triomphe éphémère du mal.

Ne recourons pas aux faits historiques qui précèdent la venue du Rédempteur, arrêtons-nous aux siècles du christianisme.

Voyez d’abord cette épouvantable persécution, longue de trois cents années, qui suivit la prédication de l’Evangile. Le génie du mal eut recours à tous les artifices, à toutes les séductions, à tous les supplices, pour entraver le progrès de l’Eglise catholique, pour l’anéantir et l’étouffer dans le sang. Mais, vains efforts ! L’enfer fut

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vaincu ; le Chrit triompha ; et survint alors une ère de bonheur et de prospérité pour le catholicisme, qui gouverna le monde pendant plus de mille ans consécutifs. L’hérésie protestante vient elle ensuite à séduire les peuples ? Vient-elle allumer en Europe la torche des guerres civiles et relever les échafauds de la persécution en Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Angleterre ? Cent ans plus tard, sa marche est suspendue tout à coup. Le bien se redresse de nouveau contre le mal. L’orthodo.xie fait reculer l’hérésie et le schisme ; des missions catholiques se forment et se répandent jusqu’aux extrémités du monde ; et l’Eglise, en peu de ' temps, répare ses pertes précédentes. Arrive la Révolution française ; le gouvernement de la Terreur commence son œuvre de démolition contre tout ce qui tient de près ' ou de loin à la religion véritable. Mais à peine dix ans se sont-ils écoulés, que l’impiété se voit contrainte de se taire ou de fuir devant cette Eglise même, qu’elle avait espéré radicalement détruire, mais qui de nouveau se relève radieuse et triomphante.

Nous ne citons ici, comme on voit, que les principales crises par lesquelles s’est signalée dans le monde la vie du catholicisme ; il serait

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facile (le montrer le retour du même phénomène réactionnaire du bien contre le mal dans des circonstances très-nombreuses, mais beaucoup ^ moins importantes.

Or, ce que Dieu a fait si souvent pour la consolation de ses élus^ il le fera encore; car son bras n’est ni raccourci ni affaibli par le laps des siècles. 11 le fera prochainement, et il le fera une dernière fois avec une solennité et un éclat extraordinaires. Son amour pour ses enfants ne varie jamais. Les déchaînements actuels contre l’Eglise vont se prolonger probablement encore durant quelque temps ; mais ils cesseront ensuite totalement. L’enfer succombera et ses suppôts périront jusqu’au dernier. Après leur ruine, l’Eglise reprendra, en souveraine, le sceptre du monde civilisé, qu’elle gardera jusqu’à la fin. La puissance de réaction du bien sera en proportion des envahissements du mal. Ce mal en était venu jusqu’aux dernières limites; il avait régné, il s’etail étendu par toute la terre. H sera donc juste que le catholicisme, seule véritable formule du bien, étende sa domination jusqu’aux extrémités du globe, qu’elle illumine tous les esprits et règne dans tous les cœurs; et de la sorte, la persécution qui aura été la plus furieuse et la

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plus générale, aura pour résultat définitif, de propager en tous lieux la connaissance et l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de sa sainte Eglise : la mort engendrera une dernière fois la vie.

Oui, nous le disons avec la plus complète confiance, à quoi servent principalement ces attaques si indécemment dirigées aujourd’hui contre notr® saint père le Pape ? Elles n’ahoutiront, en vérité, qu’à faire mieux connaître sa personne et apprécier son autorité par toute la terre, qui sem ble exclusivement occupée à parler de lui.

Encore un peu de patience, et nous le verrons.

Lorsque les persécutions du paganisme cessèrent, l’univers entier se trouva chrétien par les effets même de propagation et de vie que Dieu, qui se rit des méchants et de leurs complots, attache, comme dons et vertus, aux injus tes persécutions faites à ce qu’il aime et protège. Jésus l’avait prédit à ses Apôtres, quand, après leur avoir annoncé qu’ils seraient toujours pour le monde un objet de mépris et de haine, il leur disait : mais prenez courage; j’ai vaincu le monde, confîdite,ego vici mundim\ votre tristesse se changera en joie, tristitia vestra vertetur in gaudium; et je serai avec vous jusqu’à la con-

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sommation des siècles ; vobiscuth sim tisque ad consommationem sœculi.

C’est pourquoi nous avons l’intime conviction' qu’il arrivera, par les mêmes voies providentielles, que, durant la persécution actuelle et celles qui la suivront, la foi catholique, pourchassée de toutes parts, fera pénétrer ses dogmes, ses lois, sa morale, son esprit vivifiant chez tous les peuples, comme un arbre qui ne fortifie et n’étend jamais mieux ses racines que durant les secousses violentes de la tempête. En sorte que, après la chute de l’Antéchrist, le monde entier se trouvera chrétien et catholique, c’est-à-dire totalement dévoué à Jésus-Christ, irrévocablement attaché aux maximes de son Evangile, plein d’obéissance et d’amour envers notre saint père le Pape, son représentant et son vicaire.

Le second motif, sur lequel nous appuyons fortement notre espérance de voir arriver prochainement ce définitif triomphe de la plus juste des causes, c’est la certitude de la protection de la sainte Vierge.

Elle a été depuis dix-huit siècles le secours continuel des chrétiens, Auxüium christianorum. Elle s’est constamment montrée « terrible

comme une armée rangée en bataille » contre les ennemis de son Fils; Terribilis ut castrorum acies ordinala. Il n’y a pas eu une seule hérésie qu’elle n’ait combattue et détruite ; cunctas hœreses interemisti, chante l’Eglise en sa louange. On n’a jamais ouï dire qu’elle ait refusé son assistance à qui que ce soit, mais surtout à l’Eglise qui l’invoquait au milieu des combats et des orages.

Or, Marie oublierait-elle, de nos jours, sa tendresse de mère pour nous qui ne sommes pas moins ses enfants que nos ancêtres ? Fermerait-elle son oreille aux supplications qui lui sont adressées aujourd’hui comme autrefois ? ■ Serait-elle devenue indifférente aux blasphèmes vomis contre le culte de son Fils, à la détresse inouïe de ses serviteurs, à l’insolent triomphe que proclame l’impiété de toutes parts ? Auraitelle l’intention de déroger à son antique sollicitude pour la gloire de Dieu et l’extension- de son règne sur la terre ?

Non, nonl cela n’est pas possible. Loin de nous celte triste pensée ; elle est trop injurieuse pour Marie, pour ses divins privilèges, pour son cœur toujours tendre et maternel. Marie sera donc indubitablement de nos jours, pour l’Eglise

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catholique, aussi bonne et aussi puissante protectrice que dans les siècles passés. 11 est vrai que le siècle présent a étrangement abusé des grâces qu’elle lui avait obtenues ; mais cependant il faut espérer fermement qu’elle ne se rebutera point devant notre indignité, qu’elle intercédera pour nous avec une nouvelle énergie, qu elle relèvera le bras pesant de son Fils qui, nous ayant frappés déjà, s’apprête à nous frapper encore avec plus de rigueur.

Nous avons de cela une croyance d’autant plus inébranlable, que, outre les traditions et les coutumes du cœur extraordinairement miséricordieux de Marie, nous estimons pouvoir dire que cette auguste Mère a contracté, depuis quelques années, une certaine obligation de secourir avec plus d’empressement que jamais l’Eglise et ses chers enfants.

En effet, y eut-il un siècle plus pieux que le nôtre envers elle ? Quelle est l’époque où l’on a chanté ses louanges et proclamé ses prérogatives avec autant de ferveur et d’amour ! Quel est l’âge de l’Eglise où les populations chrétiennes se soient adonnées avec plus d’universalité et d’élan à son culte, à l’imitation de ses vertus, à l’avancement de sa gloire ?

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Et d’ailleurs, si l'Eglise souffre tant de persécutions surtout dans son chef, ne le doit-elle point, en partie, au dépit furieux qu’a causée aux puissances infernales la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception ? Cette solennelle décision sera à jamais l’honneur de la dernière moitié du xix® siècle.' En la proclamant, notre saint père le Pape a foulé aux pieds tout respect humain, il a bravé le monde et ses mépris. Il n’a eu qu’une seule pensée et qu’un seul désir en son cœur, c’était de plaire à Marie, et par Marie à Jésus ; c’était de les honorer comme ils le méritent ; c’était d’accomplir leur sainte volonté. L’Eglise ejt son chef ont donc, aujouid’hui plus que jamais, le droit d’espérer de la bonté de Jésus et de Marie, pour une époque peu éloignée, la plus éclatante protection, le plus puissant secours, le plus solennel triomphe, la plus durable paix.

Nous lisons dans la Cité Mystique de la vénérable mère Marie d’Agréda, un admirable récit des premiers combats dirigés par les esprits mauvais contre l’Eglise naissante, et des grandes victoires que remporta sur eux la Reine des anges et des hommes. 11 se termine ainsi :

« Pour achever sa victoire dans le Cénacle,

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quoique Lucifer eti eût été chassé et se trouvât au dehors attaché à la chaîne que tenait notre victorieuse Reine, cette grande dame connut qu’il était temps et que c’était la volonté de son très-saint Fils, de le précipiter dans les cavernes de l’enfer ; et, en vertu de celte puissance divine, elle lâcha le grand Dragon et tous ses démons, et leur recommanda avec empire, de descendre à l’instant dans l’abîme. Aussitôt que la bienheureuse Marie eût fait ce commandement, ils tombèrent tous dans les plus profonds gouffres de l’enfer, où ils restèrent quelque temps à exhaler leur rage dans des hurlements effroyables, pendant que les saints anges chantaient de nouvelles hymnes de louanges au Verbe incarné pour ses victoires et pour celles de son invincible Mère (1). »

Ainsi en arrivera-t-il des assauts actuellement livrés contre l’Eglise catholique. Ainsi triomphera-t-elle de tous ses ennemis par la protection de la Vierge invincible et immaculée. Ne nous troublons donc pas au milieu de la tempête.

Combattons vigoureusement, puisque telle est la volonté du Seigneur. Ne soyons ni lâches, ni oisifs, ni insouciants, ni fatalistes au milieu des

(1) La Cité mystique, part. 111, liv. vni, ch. vu.

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épreuves que nous envoie sa Providence. Mais soutenons, à chaque heure, noire courage par la pensée de la certitude d'être prochainement secourus d’en haut et de recevoir les palmes d’une magnifique victoire.

Oui, bientôt, les enfants de l’Eglise pourront répéter, avec leur Mère, les chants de triomphe dont il est parlé dans la citation précédente. Saint Jean, dans l’Apocalypse, en a tracé le mode et le ton à l’avance. Ce sont les applaudissements, les acclamations et les réjouissances de l’Eglise militante sur la ruine de Babylone, la grande capitale de l’Antéchrist et sur l’avénement du règne parfait de l’Agneau sans tache : « Alléluia, salut, gloire et puissance à notre Dieu, parce que ses jugements sont véritables jet justes ; qu’il a condamné la grande prostituée qui a corrompu la terre par sa prostitution, et qu’il a vengé le sang de ses serviteurs qu’elle a répandu par ses mains. Alléluia, Ainsi soit-il. Louez votre Dieu, vous tous qui êtes ses serviteurs et qui le craignez, grands et petits. Le Seigneur, le Tout- - Puissant a établi son règne; réjouissons-nous, soyons dans la joie et rendons-lui gloire, parce

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que le moment des noces de l’Agneau est venu et que son épouse s’y est préparée. Et il lui a donné de se revêtir d’un lin pur et blanc ; et ce lin est la justice des saints (1). »

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