‹ De L'Antisepsie Des Voies UrinairesChapitre 6 sur 22 · ENS EE · texte numérisé non relu

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jours bien efficace. Les auteurs se sont succédé, et chacun est venu préconiser des substances qui ont dû être abandonnées.

En 1878, M. Guyon commença à donner aux malades de l'acide borique à l'intérieur. |

Cet acide ne paraît pas avoir d'action toxique sur l’organisme. [l passe rapidement dans les urines et s’y métamorphose en plusieurs combinaisons salines qui ne détruisent nullement ses propriétés antifermentescibles. Administré par l'estomac à la dose de 2 à 3 gr. par jour, il a donné des résultats excellents.

Le biborate de soude où borax est impunément supporté, au moins pendant quelque temps, à la dose de 4 à 8 gr. par jour.

Terrier n'oublie jamais de modifier la composition de l'urine avant de pratiquer une opération sur les voies urinaires. Il annonçait, en 1887, à la Société de chirurgie qu'il ne faisait aucune urétrotomie interne sans faire préalablement l’antisepsie de l’urètre avec le borate de soude. « Grâce à cette précaution, dit-il, je n'ai jamais vu survenir de frisson chez mes opérés, bien qu'on ne leur donne pas du sulfate de quinine. »

On a prétendu que cette antisepsie n'était qu'’apparente et que, lorsqu'il y avait des lésions rénales avancées, l'acide borique cessait d'être éliminé. Cette assertion est fausse, car même dans ce cas, on a observé la présence de l'acide borique dans les urines quelques jours avant la mort.

Le seul défaut de ces médications estleur difficile tolérance par l'estomac.

Gosselin et Robin, s'inspirant des notions que leur avaient fournies les travaux de Ure et de Golding-Bird, pensèrent que l’acide benzoïque étaitle plus inoffensif et le mieux indiqué des agents propres à faire perdre à l'urine son caractère ammoniacal.

En général, 1l faut débuter par une dose de 1 à 2 gr. par jour et arriver rapidement à 3 et 4 gr. L’acidité ou tout au moins la neutralité de l'urine ne se produit pas immédiatement. Ce n’est qu'après 7 à 8 jours de traitement que l’on constate une modification.

L’acide benzoïque se transforme dans notre économie en acide hippurique ; celui-ci augmente l'acidité des urines normales. Dans les urines ammoniacales, en s’emparant de l’ammoniaque pour donner naissance à l’hippurate d’ammoniaque, ilempêche la formation des dépôts phosphatiques. Sans cette combinaison, l'ammoniaque formerait, avec les phosphates de magnésie contenus dans l'urine, un phosphate ammoniaco-magnésien insoluble et par suite des calculs.

L'acide salicylique s’élimine rapidement ; mais lorsque la sécrétion rénale est entravée, quand il existe une lésion quelconque del’appareil urinaire, ce médicament s’accumule dans l'organisme et l’on voit survenir des phénomènes d'intoxication.

Chez les goutteux, les gravelleux, les albuminuriques, des doses de 2 gr. pendant quelques jours ont pu amener un véritable empoisonnement.

Le permanganate de potasse peut être employé sans inconvénient à l'intérieur à des doses journalières de 0.50 à 1 gr. Son action est très énergique, mais elle est peu durable.

Les balsamiques, administrés depuis si longtemps d’une façon empirique contre les suppurations urinaires, agissent très probablement comme antiseptiques. La térébenthine paraît avoir eu, dans certains cas, une action efficace. En 1872, M. Constantin Paul. chargé du service médical à Bicëtre, remarqua combien la salle des gâteux, à l'infirmerie, était infecte, malgré tous Îles soins rigoureux de propreté : 1l fit ajouter aux aliments des malades, chaque jour, à chaque repas,

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une pilule de térébenthine cuite, à la dose de 20 centig. L’infection disparut bientôt complètement et l’on s’assura que l'urine rendue résistait dès lors, pendant 24 heures, à la fer-

mentation.

M. Pezzer, en 1886, donna avec succès la naphtaline à des malades atteints d’affection des voies urinaires. À la dose quotidienne de 1 gr. s0 à s gr., l'urine, primitivement trouble, purulente, alcaline, devient limpide, neutre ou acide, et la quantité de pus diminue rapidement ou disparaît. Son seul inconvénient est de ne pouvoir être supporté par les malades arrivés à un certain degré de cachexie.

M. Bouchard croit que pour obtenir une désinfection* permanente de l'urine, il faut administrer la naphtaline à des doses qui produiraient des accidents sion les prolongeait. Il pense qu’elle agit en se décomposant en naphtyl-sulfite de soude, qui estun puissant antiseptique.

La thalline, expérimentée par Robin, a une action antiseptique passagère et insignifiante. D'ailleurs, sa propriété retardatrice de l'élimination de l’urine l’interdit dans l’immense groupe des affections urémiques.

Dans des cas de cystite tuberculeuse, M. Guyon a administré l’iodoforme à la dose de 0,40 centigr. par jour. Aucun symptôme ne s’est modifié, et les urines, examinées au microscope, n'ont cessé de contenir des bacilles en aussi grande quantité qu'auparavant.

Au point de vue théorique, un antiseptique des voies urinaires doit répondre aux conditions suivantes : être peu soluble, n’avoir pas d'action toxique: n’être ni un antithermique, niun antiseptique général, ni un antiseptique intestinal, et doit réserver toute son action pour les organes urinaires.

M. Ferdinand Dreyfous, dans sa communication du 26 novembre 1889, à la Société médicale des hôpitaux, mon-

tra que le salol répondait à tous ces desiderata.

Le salol est un composé formé par la combinaison du phé- nol et de l'acide salicylique. On lui a donné par abréviation le nom de salol pour rappeler sa double origine à l’aide de ces deux syllabes. On l’a appelé aussi salicylate de phényle, éther phénylsalicylique.

Il offre l’aspect de très minces cristaux qui donnent au toucher la sensation d’une résine. Insoluble dans l’eau, la glycérine et les huiles lourdes de pétrole, il est”soluble dans l'éther, le chloroforme, la benzine, les huiles fines et volatiles. À 100 parties de salol, correspondent 40 parties de phénol et 60 d’acide salicylique.

M. Bouchardinsistait, dans son enseignement, sur l'utilité de l'emploi simultané de plusieurs antiseptiques. Ici les deux éléments phénol et acide salicylique se trouvent naturellement réunis.

Administré à la dose de 6 gr. par jour, le salol est très bien supporté, mème par les estomacs les plus délicats et les plus rebelles. Il est exceptionnel d'observer de l'intolérance gastrique. |

Ce médicament ne s’élimine pas en nature par les reins. D'après Nenki, ilse décompose en ses acides, en présence du suc pancréatique contenu dans l'intestin. Cette action est tellement vraie que le dédoublement ne se fait pas chez les fébricitants, où la sécrétion du suc pancréatique est suspendue.

Il suffira de verser quelques gouttes de perchlorure de fer dans les urines pour y déterminer la coloration violette caractéristique de l'acide salicylique.

La présence de l'acide phénique se reconnaît à la coloration noire des urines.

L'élimination se fait en général le premier jour, mais elle

peut attendre 24 heures. Il faudra songer à ce retard possible

quand on voudra pratiquer des opérations dans un milieu préalablement aseptisé.

C'est après un temps plus ou moins long que le salol paraît exercer une action modificatrice sur le ferment ammomacal. Sahli, dans sa communication du 7 avril 1886, se demande : « Si l’on ne pourrait pas profiter de ce que les deux décomposants du salol sont éliminés du corps par les urines pour l'essayer dans le catarrhe de la vessie. » — «Je n'ai pas encore, ajoute-t-1l, d'expérience là-dessus ; mais j'ai laissé une fois l’urine d’un malade traité par le salol, pendant plusieurs semaines, dans la couveuse, à une température de 39", sans que l'urine se décomposât le moins du monde... En tout cas, l'urine des malades prenant du salol devient absolument aseplique. »

Le pus ne disparaît des urines qu'à la longue. Aussi, dans les cas de catarrhe purulent de la vessie, il ne faudra pas compter sur le salol administré seul. On agira plus vite et plus sûrement en employant, concurremment avec lui, les antiseptiques directs que nous avons étudiés dans le chapitre précédent.

M. le professeur Tédenat obtient des résultats excellents par l'emploi simultané du salol (2 à 4 gr.) et du sulfate de quinine (0,50), qu'il répète pendant plusieurs jours avant de pratiquer une opération.

Nous avons vu des malades atteints de frissons à chaque cathétérisme et menacés d’accès de fièvre urineuse, n’avoir plus à redouter ces graves complications après quelques jours

de ce traitement.

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inflammatoire. Pour eux, le contact des liquides leucorrhéi-

ques du sang des menstrues avec la muqueuse uréthrale, les excès vénériens où alcooliques, suffisaient pour déterminer habituellement la blennorrhagie. « Pour une blennorrhagie È résultant de la contagion, dit Fournier, il en est trois au |

moins où cette cause ne joue aucun rôle. »

Mais, disent les adversaires de cette théorie, Gosselin, A. Guérin, Diday, etc., sile flux leucorrhéique peut aussi facilement provoquer des See « les hommes seraient

forcés de renoncer à se marier, car c’est par milliers que l’on

compte les jeunes filles qui ont de la leucorrhée au moment où elles se marient, et combien y en a-t-il qui donnent la chaudepisse 4 leur mari ? » (A. Guérin). D'un autre côté, l'observation de chaque jour démontre que le sang menstruel

-et les écoulements du vagin et de l'utérus n’ont aucune action

nuisible sur l’urètre de l’homme.

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Les recherches récentes de Hallier, en 1872, montrentque le pus de la blennorrhagie contient une grande quantité de. microbes appelés coccus.

Bouchard, en 1878, observe ce microbe etle montre à ses élèves.

Enfin, en 1870, Albert Neisser, assistant à la clinique de Breslau, fait paraître un mémoire important où 1 précise les caractères des micrococcus blennorrhagiques.

Depuis ce moment, MM. Max Brochart, Spillmann, Jullien, Constantin Paul, ont repris cette même question, sans beaucoup y ajouter.

Voici la description du micrococcus, telle que la donne Eckland en 1882 :

« Ces micrococceus sont blancs comme la nacre ; ils se présentent pèle-mêle, en nombre infini. dans le liquide intercellulaire, et la plupart des cellules rondes, dites de pus, en sont infiltrées.

» Ils sont doués de mouvements vifs, soit rotatoires, soit osciliaätoires. On les observe souvent 2 à 2, soudés l’un à l’autre, sous forme de 8 de chiffre, ce qui démontre, selon Neisser, que leur pullulation se fait par bifurcation. »

Pour déterminer exactement la part qui revenait au microbe dans l’apparition et le développement de la blennorrhagie, il fallait cultiver ce microbe, puis faire des inoculations. Après de nombreux insuccès, Bockoï, expérimentant avec divers liquides de culture remplis de gonococcus, réussit à: développer sur trois étudiants des blennorrhagies aiguës typiques. Constantin Paul détermina, de la mème façon, une urétrite blennorrhagique sur une jeune fille.

Il n'y a donc plus de doute : la blennorrhagie est une maladie de nature infectieuse et parasitaire. Quelle que soit la voie par laquelle pénètre le virus, la blennorrhagie ne reconnaît qu'une seule cause efficiente : la contagion. Ainsi se

LES trouve justifié le mot de Gosselin : « L'on ne gagne jamais la chaudépisse, quoi qu'on fasse, avec une femme qui n’a pas la chaudepisse. Les faits contradictoires sont des faits mal observés où l’urétrite de la femme a été méconnue. »

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Ces discussions vers la nature dela blennorrhagie n'avaient pas seulement un intérêt théorique. Elles avaient pour but de diriger le praticien vers la nature de leurs agents thérapeutiques.

Les modes de traitement communément encore suivis aujourd'hui, ont tous été inspirés par la théorie de l’inflammation de l’urètre. À la 1° période : les tisanes d'orge, de chiendent, de guimauve, de graine de lin, la suppression des aliments et des boissons stimulantes, du vin rouge, du café, du thé, de la bière; les grands bains, les bains locaux. L'usage à l'intérieur des opiacés, du camphre, du bromure de potassium, n’a qu'un but: atténuer l’inflammation de Éurétrez «

A la période d'état, les balsamiques, par leur mélange avec les urines, diminuent les propriétés irritantes de ces dernières. Enfin, lorsque le médecin termine le traitement de la blennorrhagie par des injections .substitutives, astringentes, résolutives, il s'adresse encore à une méthode thérapeutique qu’il emploie à la dernière période de l'inflammation des autres muqueuses.

Les balsamiques sont bien souvent impuissants à soulager les malades. S'ils ne sont pas maniés avec beaucoup de prudence, ils déterminent des accidents graves du côté des voies digestives et des reins. Quant aux injections, ou elles n'ont

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aucun effet, ou elles amènent des complications. « Je voudrais bien savoir, dit Gosselin, combien de sujets parmi ceux qui y ont été soumis ont échappé plus tard au rétrécissement urétral. »

Malgré ces objections sérieuses, ce mode de traitement compte chaque jour des milliers de succès. « Succès lents, péniblement acquis par le chirurgien et surtout par le malade, mais enfin indiscutables. » Doit-on pousser le respect de la tradition jusqu’à dédaigner la recherche de procédés qui ‘permettent d'obtenir le même résultat d’une façon tout aussi certaine, mais plus expéditive ? [l ne viendra à l'esprit de personne de le penser.

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