ANXIÉTÉ PHYSIOLOGIQUE. ANXIÉTÉ PATHOLOGIQUE
ANXIÉTÉ PHYSIOLOGIQUE. — L'anxiété peut être physiologique ou pathologique. Nous entendrons par anxiété physiologique tout accès survenant chez un individu, sous Tinfluence de circonstances extérieures diverses mais qui ne laisse pas de traces dans la conscience et ne tend jamais à revêtir un caractère morbide.
D'un autre côté, nous verrons Tanxiété intervenir soit comme épiphénomène, soit comme symptôme fondamental dans certaines névroses et psychoses. Dans ce dernier cas, Tanxiété fait donc partie à juste titre du domaine pathologique. Elles sont innombrables les causes qui, dans la vie, provoquent en nous un accès plus ou moins intense depuis l'émotion simple jusqu'à la crise aiguë qui paralyse et anéantit.
Les artistes, les conférenciers, etc., en un mot ceux qui affrontent le grand public éprouvent une émotion se traduisant par les symptômes que nous avons énumérés et qui sont justement ceux de l'anxiété : palpitations, sueurs froides, tremblement, confusion mentale, etc.
M. Hartenberg a fait sur ce sujet une étude vraiment ï^emarquable et pleine d'intérêt; il s'est adressé à des personnalités artistiques qui lui ont communiqué leur propre observation. L'émotion se manifeste différemment suivant les personnes. Voici quelle forme elle affecte chez certains artistes. L'émotion anxieuse « chez M"® Bartet est caractérisée par la constrîction thoracique et épigastrique, des palpitations, de la sueur froide, du tremblement et surtout par la sécheresse de la gorge. Elle n'a jamais eu de vomissements.
contraire, les vomissemenls constituent le malaise domi-
t^^^t de M*' Pierson : elle est connue pour cette particularité au
^ , ^tre, et il lui est arrivé déjà de souiller sa robe au moment
^^^tirer en scène. Elle éprouve encore des frissons et de la
^^^ueresse de la peau, du tremblement. Peu de battements de
^Ur, La voix n est jamais altérée.
^> Chez M. Worms, c'est une sécheresse rapide de la bouche ^^ du pharynx extrêmement gênante et un spasme de la gorge pouvant compromettre Tusage de la voix : battements de cœur, tremblement musculaire localisés surtout dans les jambes.
» Chez d'autres artistes, d autres symptômes prédominent, tels que la sueur froide, le ténesme vésical, etc. Bouffé était obligé, en sortant de scène, de changer de chemise, dès le premier acte, les soirs de « première » : il était trempé de sueur froide. Faure avait les mains glacées et ruisselantes de sueur, au point qu'il lui arrivait d'asperger le souffleur en passant devant son trou...
» Enfin la terreur enlève à l'artiste presque tous ses moyens.
Elle est assez rare et devient alors presque pathologique. À cause
de cela, plusieurs artistes de talent, comme Rose Dupuy, par exem.
pie, ont dû quitter la scène en pleine carrière et en plein succès ».
Chez les conférenciers, mêmes symptômes.
« Celui, dit Mosso, qui écrira un livre sur la physiologie de
Toraleur, rendra quelque service k la société qui paie cher
u cette idolâtrie forcenée de nous-mêmes » qui nous entraîne à
parler en public.
» Mais que ce soit un traité complet où chacun puisse se reconnaître comme dans un miroir et sentir le ridicule auquel il s'expose et le châtiment qui l'attend quand il aborde la tribune sans y être convenablement préparé ; qu*ii voie sa pâleur, son visage décomposé, son agitation fébrile, qu'il sente tout son corps trembler comme secoué par une tempête intérieure et qu'il s'essaie d'avance à vaincre Tangoisse, la contraction de la vessie, la soif inextinguible et le vertige^ enfin qu'il éprouve tous les degrés de cette pitié, de cette commisération que cause au public l'embarras de celui qui parle.
» On comprend mieux Tinfluence des émotions sur l'organisme quand on se représente le rude apprentissage qu'ont dû faire les plus grands orateurs, leurs études, leurs efforts, les épreuves par lesquelles ils ont passé avant de parvenir à se posséder et à conserver en face du public le ton de voix, le geste, la parole persuasive qu'ils ont dans une réunion d'amis ou en famille.
» J'ai vu des hommes intelligents et d'un esprit vif et alerte rester pétrifiés, ahuris, avec les mains pendantes comme un conscrit, les yeux fixés sur le sol, balbutiant leur discours comme un chant plaintif. D'autres, gais conteurs, qui n'osaient lever les yeux, quand, dans une circonstance solennelle, ils se trouvaient courts au milieu d'une période, répétant quatre ou cinq fois les mêmes paroles, puis restant bouche béante, à court d'haleine, saisissant convulsivement la table ou la chaîne de leur montre, comme s'ils cherchaient une ancre de salut. Il en est qui vont à un repas dont ils troublent la gaieté dès le début, parce qu'ils ne goûtent à rien, sont inquiets et préoccupés, tourmentés par la crainte que la mémoire ne leur fasse défaut; ils ont leur toast sur l'estomac. Le moment venu, ils se lèvent pâles, tremblants à faire pitié, brisés par Témotion, les yeux grands ouverts, et balbutient quelques paroles sans suite.
)> Un de mes vieux maîtres, qui fut professeur d'éloquence sacrée à T Athénée de Turin, ne pouvait parler s'il n'était assis, tant ses jambes tremblaient, et, en dernier lieu, il dut renoncer aux triomphes qu'il devait à son éloquence parce que, le discours terminé, il ne pouvait plus se lever de la chaire, ni en descendre, ni marcher ».
Et le professeur Mosso nous dépeint ses angoisses, lors de sa première conférence.
« Je me souviens toujours de ce soir, et je m'en souviendrai longtemps ! Je regardais derrière le rideau d'une porte vitrée qui donnait dans le grand amphithéâtre bondé d'auditeurs. J'étais nouveau venu dans la chaire, je me sentais humble et presque repentant de m'être exposé à l'épreuve d'une confé-