‹ De l'anxiétéChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ETIOLOGIE. CAUSES PRÉDISPOSANTES. CAUSES OCCASIONNELLES

Nous allons maintenant examiner les diverses causes qui favorisent ou provoquent Tanxiété. Elles sont prédisposantes et occasionnelles.

Causes prédisposantes. — Age : Les émotions sont ressenties plus vivement par les enfants que par les vieillards. Chez les enfants, les mouvements des organes respiratoires et circulatoires subissent des variations énormes sous les influences les plus légères; la rougeur du visage ou la pâleur apparaissent & la moindre irritation. Le vieillard au contraire est réfractaire même à des excitations violentes ; son visage ne rougit ni ne pâlit ; chez lui, les réflexes vasculaires sont en général peu marqués.

Mais c'est surtout entre 15 et 30 ans que l'organisme réagit le plus. Vers Tépoqûe de la puberté, Timpressionnabilité du jeune sujet s*exagère. Il s'opère, en effet, à ce moment dans I organisme et le caractère des transformations importantes.

<( Chez le jeune homme à la puberté, écrit Antonio Mario, du côté psychologique on remarque la prépondérance du champ émotif sur Tintellectif. Les impressions, au lieu d'être reçues simplement comme des élément idéatifs, prennent une forme directive et sont suivies d'effets vaso-moteurs, viscéraux, acquérant plus de puissance dans les déterminations de la volonté. Dans ce tumulte affectif, nous remarquons, chez le jeune homme, un sentiment plus complexe, plus élevé de sa propre personnalité et une plus grande énergie de réaction contre le monde extérieur. En cherchant la cause de toutes ces diverses modifications qu'on observe chez l'homme, nous ne sommes pas loin du

vrai eu admettant comme cause biologique primaire Tactive et intense dilatation vasculaire qui, dans Torganisme, accompagne le développement pubéral...

» Non moins remarquables que chez Thomme, sont les modifications apportées dans l'organisme physique biologique et psychologique de la femme à Tépoque de la puberté...

» Du côté psychologique, l'élément émotif devient prépondérant sur rintellectif encore plus chez la femme que chez Thomme. Il en naît une plus grande mutabilité des états de Tesprit, une moindre consistance, et une moins complète élaboration des déterminations de la volonté ».

A cet âge, rémotion n'est plus simplement perçue, elle est analysée, discutée, enregistrée dans la mémoire. Et TémotioD primitive se double ainsi d'un état mental correspondant, qui va jouer, comme nous l'avons vu, un si grand rôle dans la production de toute nouvelle crise.

Sexe : Le sexe exerce quelque influence sur l'émotivité et sur riniensité de ses manifestations diverses. La plus petite cause provoquera chez la femme certains troubles ; mais chez elle l'émotion le plus souvent ne prendra pas un caractère pathologique. Ainsi la femme rougit plus facilement que l'homme, mais chez elle cette éreuthose simple, si elle va jusqu'à Téreuthose émotive, aboutira rarement à Téreuthophobie.

Tempérament, Race : Les sujets nerveux sont certainement plus impressionnables, et chez eux les caractères de la crise sont plus accentués.

Le tempérament joue un rôle qu'il ne faut pas méconnaître, car ce tempérament que nous tenons de nos ascendants fait partie de notre organisation innée, de notre hérédité.

Les dispositions qui constituent les tempéraments sont surtout organiques. Ce qui est dans notre tempérament n'est pas seulement dans notre âme, c'est aussi dans notre chair et dans notre sang; par suite, nos dispositions dépendent moins de nos pensées, de notre volonté; elles sont plus stables, plus permanentes, plus difficiles à modifier ou à détruire.

Mais, s'il y a des tempéraments individuels, il y a aussi des

tempéraments collectifs, ethniques. Nous portons en nousmêmes, non seulement un groupe de dispositions individuelles, physiques et morales, mais encore un autre groupe de dispositions plus générales, plus stables, plus invétérées, qui font que nous sommes des hommes de notre pays, de notre race.

La race constitue donc un ensemble de dispositions léguées par les ascendants.

Les Anglo-Saxons, les Germains sont moins impressionnables que les Latins; en tous cas, ils réagissent moins, tandis que chez ces derniers les états de conscience se traduisent plus fidèlement par des troubles extérieurs.

Professions : Les professions ont aussi leur influence étiologique sur Tanxiété. Ceux que leur profession appelle à parler ou à agir en public sont presque toujours en proie à une anxiété plus ou moins intense. Cette anxiété, toute physiologique qu elle est primitivement, peut, dans la suite, affecter une forme morbide. Nous citerons en passant les artistes, les conférenciers, les professeurs, etc.

Hérédité : L'hérédité joue ici un rôle capital. C'est que Thérédité est une force conservatrice, accumulatrice; c'est elle qui tend à produire les dispositions constantes, les caractères permanents et essentiels; c'est elle qui relie les individus aux individus, pour constituer les espèces et pour les faire aussi invariables que possible. Ceux qui sont prédisposés aux accès anxieux ont presque toujours parmi leurs ascendants des aliénés, des hystériques, des neurasthéniques, etc. Ils font partie d'une famille névropathique. Parfois les ascendants étaient atteints eux-mêmes de névrose anxieuse, et il peut se faire que chez leurs descendants les accidents surviennent au^même âge, dans les mêmes circonstances, affectent la même forme, présentent les mêmes symptômes.

Dégénérescence : Les dégénérés se distinguent au plus haut degré par leur impressionnabilité. Ils offrent donc un bon terrain pour l'évolution de la névrose anxieuse. Les principaux stigmates psychiques de dégénérescence sont : l'irritabilité, l'instabilité du caractère, absence d'unité, changements inces-

Girard 3

sant , rexcentricité de la conduite, Tobsession douloureuse avec idées fixes, les impulsions irrésistibles ou une apathie extraordinaire. Ici, dégénérescence s'applique surtout à Télément psycho-physiologique, et en général les stigmates physiques manquent chez les malades qui nous occupent. Ils ont une conformation normale. Certaines conditions pathologiques ou accidentelles favorisent les effets physiques des excitations. L'émotivité est modifiée par la plupart des maladies, et en particulier par les maladies chroniques; les maladies du cœur, les lésions scléreuses diffuses ou systématiques du système nerveux s'accompagnent souvent d'émotivité morbide. La neurasthénie, rhystérie, Tarthritisme offrent un terrain pathologique des plus favorables à l'évolution de la névrose anxieuse. Enfin, ajoutons que les irrégularités de la fonction génitale peuvent entraîner des troubles de Témotivité. Le coït incomplet, les fraudes matrimoniales sont fréquemment, aussi bien chez Thomme que chez la femme, la cause déterminante d'une excitabilité nerveuse qui se traduit par des émotivités morbides des formes les plus diverses, et Freud attache une telle importance à ces aberrations sexuelles et à leurs conséquences, qu'il leur fait jouer le rôle principal dans Tétiologie de la névrose d'angoisse.

Causes occasionnelles. — Les individus sujets aux accès anxieux sont, pour la plupart, des émotifs. Dès leur jeune âge, ils sont inquiets, d'une sensibilité exagérée et préoccupés outre mesure par des idées ^ans importance. Peu à peu ces idées s'organisent et s'imposent à leur conscience. Elles apparaissent d'abord à l'esprit accompagnées d'émotion légère; puis, peu à peu, cette émotion devient plus forte S mesure qu'elle se répète plus -souvent, et, bientôt, ces idées envahissent le champ de la conscience, entourées d'un cortège de troubles somatiques; leur apparition est de plus en plus fréquente; la névrose anxieuse est organisée. '

La marche envahissante de la maladie peut donc être lente et progressive; mais, parfois, elle débute brusquement sous le coup d'un événement qui joue le rôle de cause déterminante,

événement parfois futile mais qui, chez un sujet prédisposé, émotif, sert de point de départ à Torganisation définitive de la névrose.

Tous les chocs émotionnels doivent donc trouver ici leur place, et ils sont multiples. Les émotions morales qui sont extrêmement variées, les circonstances extérieures, les conditions de milieu, etc. jouent un rôle étiologique important.

Mais ce qu*il faut remarquer, c*est que, parmi toutes ces causes, Thérédité surtout est la cause prédisposante par excellence. Les causes occasionnelles sont secondaires et provoquent seulement Téclosion d'un état morbide qui existait antérieurement à l'état latent.

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