OF THE OF
rence dans ce même amphithéâtre où avaient maintes fois parlé mes plus célèbres maîtres. Je devais exposer quelques-unes de mes recherches sur la physiologie du sommeil. A mesure que Vheure approchait, ma crainte augmentait. J'avais peur de me troubler et de rester bouche béante et muet. Mon cœur battait avec force, j'éprouvais Tangoisse de celui qui regarde au fond d'un précipice.
» Enfin huit heures sonnèrent, je voulus alors jeter un coup d'oeil sur mon discours et me recueillir; mon effroi fut grand en m'apercevant que j'avais perdu le fil de mes idées et que je ne parvenais pas à relier les fragments de mon discours. Des expériences que j'avais répétées cent fois, de longues périodes que je savais par cœur, tout s'était évanoui comme si je n'y eusse jamais songé.
» Cette absence de mémoire fut pour moi le comble de l'inquiétude. Je vois encore l'appariteur prendre le bouton de la porte et ouvrir, puis, la porte à peine ouverte, je sens un frisson dans le dos et un bourdonnement d'oreilles. Je me trouve enfin près de la table, au milieu d*un silence terrifiant. Il me semblait que j'avais fait un plongeon dans une mer orageuse et que, sortant la tète de l'eau, je me fusse jeté sur un récif, au milieu de ce vaste amphithéâtre.
» Mes premières paroles produisirent sur moi une singulière impression. Il me semblait que ma voix se perdait dans une immense solitude, où elle s'éteignait aussitôt émise. Après quelques paroles prononcées presque machinalement, je m'aperçus que j'avais déjà terminé mon exorde et je restai effrayé de ce que la mémoire avait pu me trahir à ce point sur les passages où je me croyais le plus sûr. Mais il n'était plus temps de retourner en arrière, et je poursuivis tout confus.
» L'amphithéâtre m'apparaissait comme un grand nuage. Peu à peu l'horizon s'éclaircit, et, dans la foule, je distinguai quelques visages bienveillants et amis, sur lesquels mes yeux se fixèrent comme le noyé à une planche qui flotte; puis, à côté, des personnes attentives qui approuvaient de la tète et rapprochaient leur main de l'oreille pour mieux recueillir mes paroles.
» Enfin je me vois dans rhémicycle, isolé, infime, chétif,hum^ ble comme si je me confessais de mes fautes. La première et la plus vive émotiQn était passée; mais quelle sécheresse à la gorge et quelle flamme au visage! Gomme ma respiration était entrecoupée et ma voix éteinte et tremblante ! L'harmonie des périodes était souvent suspendue par une rapide inspiration et j'arrivais péniblement à trouver assez d*halcine pour prononcer les dernières paroles qui achevaient ma pensée. Malgré tout, le discours se déroulait assez régulièrement et j'étais heureux de voir que les idées se présentaient d'elles-mêmes, Tune après l'autre, comme liées par un fil sauveur que je suivais en aveugle, sans retourner en arrière, et qui devait me conduire hors du labyrinthe. Ce qui disparut en dernier, ce fut le tremblement des mains qui me faisait secouer les instruments et les dessins que je montrais de temps à autre. Enfin j'éprouvais un accablement dans tout mon corps, mes muscles me paraissaient ratatinés et mes jambes pliaient sous moi.
» Vers la fin, je sentis de nouveau le sang circuler, puis quelques minutes d'inquiétude s'écoulèrent encore. Ma voix, qui tremblait beaucoup, avait pris le ton persuasif de la conclusion. J'étais essoufflé et tout en nage; les forces étaient sur le point de m'abandonner. En regardant les gradins de l'amphithéâtre, il me sembla que la gueule d'un monstre s'ouvrait peu à peu pour m'engloutir dès que j'aurais prononcé mes dernières paroles ».
Francisque Sarcey nous conte aussi ses angoisses avant sa première conférence.
« Le cœur ne commença sérieusement à me battre que le matin du grand jour. Je fus pris d'une inquiétude qui alla jusqu'au malaise. La peur me galopait plus furieusement à mesure que s'avançait l'heure. Je sentais toute l'impertinence de ma conduite, j'en voyais le danger qui était là, ouvert, béant sous mes yeux. J'avais à peine touché au déjeuner le matin, il me fut impossible de rien manger le soir; mon estomac se serrait et les morceaux me croissaient à la bouche ; j'étais dans un état pitoya-^ ble... Et de quelle ardeur j'eusse souhaité que les cataractes du
ciel s^ouvrissent et qu'il en tombât une épouvantable averse ou même cette neige propice qui m'avait sauvé déjà d'un premier échec !
» Mais non ; la nuit s'annonçait sereine. J'avais voulu me rendre à pied au théâtre ; les rues étaient pleines de monde, et à chaque voiture qui passait, filant du côté où je me dirigeais moi-même, je pensais avec tremblement qu'il y avait peut-être derrière ces vitres fermées un de ceux devant qui j'allais tomber : « Ave Cœsar, morituri te salutant ». La soirée se partageait en deux conférences. C'est moi qui étaiis le second sur le programme. J'avais donc une bonne heure à attendre dans le salon du foyer, où m'avait mené Eugène Yung. J'étais si pâle, si défait, qu'il avait pensé que tout encouragement serait inutile. Il m'avait, après quelques mots sur les bonnes dispositions que manifestait le public, laissé seul à mes réflexions. Elles étaient fort tristes. J'imagine que le condamné à mort que l'on va con^ daire à la guillotine n'éprouve pas d'autres sentiments que ceux dont j'étais agité : c'était tour à tour un accablement sans pensée, comme un tournoiement dans le vide, et tout de suite après un pétillement de sang et une inquiétude qui ne me permettaient pas de rester en place. Je tirais ma montre à chaque instant : finissons-en vite, pour l'amour de Dieu ! C'était un supplice into^
iérable. » « Je parlais tous les Jeudis : avec quelle émotion
je voyais revenir ce jour fatal ! 'J'avais toute la semaine roulé dans ma tète cette malheureuse conférence, et quand je touchais à l'heure de la produire devant le public, c'étaient des transes et des affres dont je sens encore le frisson, rien que d'y penser. J'étais tourmenté de toutes les angoisses de l'incertitude, ne sachant si jamais je réussirais à empaumer le public, ou si JQ tomberais à plat devant lui. C'est qu'avec mon système qui s'aggravait de mon inexpérience, il n'y avait pas de milieu : c'était un succès à tout casser ou une chute sans fond. Et je ne pouvais rien en prévoir. Succès ou chute dépendait... de quoi? Je ne saurais le dire au juste; de tout et de rien, d'une première phrase froidement accueillie, d'une dame qui se levait pour s'en aller, d'un vent coulis me soufflant à l'improviste sur la nuque.
du moindre incident qui, les jours où j'étais mal disposé, les jours marqués d'un caillou noir, suffisait à me démonter et me frappait le cerveau d'une sorte de paralysie.
)) Au moment où se levait le rideau qui me séparait des spectateurs, la bouche se séchait instantanément et il m'était impossible, même en avalant gorgée par gorgée, d'y trouver une goutte de salive; la langue devenait épaisse et lourde et c'était un efiPort des plus pénibles pour la remuer. La voix montait dans la tête; je l'entendais haute et perçante comme si c'eût été une autre voix que la mienne. J'étais stupéfait et déconcerté de ce timbre qui m'était étranger; il me semblait que les mots, difficilement articulés, se dévidassent d'euxmêmes en dehors de ma volonté, et je cherchais en vain à ressaisir mes phrases qui s'enfuyaient. C'était un état extrêmement douloureux... Je continuais de parler, car il n'y avait pas moyen de s'arrêter, ni de fuir; mais j'entendais des mots se dévider et tomber de mes lèvres sans que j'y eusse part et il me semblait qu'ils n'avaient point de sens, et je suais, à en voir l'écoulement, de honte et de pitié.
» Ces soirs-là, je rentrais chez moi désespéré et furieux. Je me couchais et ne pouvais dormir. Jamais je n'ai mieux compris qu'en ces occasions la force de cette locution populaire : « Son sang ne fait qu'un tour ». Je sentais, en effet, le mien tourbillonner dans tout mon être; avec une sorte de grondement sourd, et battre impétueusement, à larges coups, mes artères. La fièvre me tenait éveillé jusqu'au jour : cette conférence manquée se levait du fond de l'aube et tous les développements s'en présentaient à mon esprit, qui jouissait alors d'une lucidité merveilleuse. Les mots accouraient abondants, justes et pittoresques; c'était çà qu'il fallait dire! Où avais-je la tête? Et justement il y avait toujours — les soirs de désastre — des auditeurs de marque dans la salle, des auditeurs qui avaient été attirés par le bruit de ma réputation naissante. Que vont-ils penser de moi? J'avais des envies folles de leur crier : « Çà ne compte pas! revenez jeudi prochain ».
» Je me levais, après ces nuits d'insomnie, horriblement fati-
gué, les yeux battus, aussi moulu de tout le corps que si j*eusse reçu vingt coups de bâton... Et je me remettais à préparer la conférence suivante ».
L'émotion de ceux qui se donnent en représentation au public se manifeste donc par les symptômes énumérés plus haut. Mais cette émotion est toute physiologique, du moins tant qu'elle ne dépasse pas certaines limites.
Nous ferons seulement remarquer que ces symptômes normaux peuvent s'aggraver et affecter un caractère morbide, quand ils éclatent dans un organisme affaibli, en état de dépression nerveuse et surtout entaché de dégénérescence ou de tares héréditaires.
Dans leur étude sur Téreuthophobie, MM. Pitres et Régis ont insisté sur ce point, que tous les sujets atteints d'éreuthophobie qu'ils ont examinés étaient, soit des neurasthéniques, soit des dégénérés plus ou moins caractérisés, et nous savons quelle place importante occupent l'hérédité et la dégénérescence dans Tétiologie de la névrose anxieuse.
Anxiété pathologique. — Avant de parler des diverses névroses et psychoses où l'anxiété intervient soit comme épiphénomène, soit comme phénomène fondamental, nous dirons quelques mots de plusieurs maladies d'ordre général, qui peuvent dans certains cas provoquer chez les sujets qui en sont atteints un état anxieux plus ou moins intense.
En général, toutes les maladies où il y a de la dyspnée sont accompagnées d'un état d'angoisse d'autant plus pénible que la difficulté de respirer est plus grande.
Dans le croup, la laryngite striduleuse, la laryngite œdémateuse, la respiration est entrecoupée, haletaûte, l'oppression, l'anxiété sont quelquefois excessives, le visage est congestionné, les yeux expriment une profonde terreur. Il survient parfois des accès terribles de suffocation pendant lesquels, dit Trousseau, <( le patient, la face livide, la bouche ouverte, les narines béantes, l'œil humide et saillant, la peau ruisselante de sueur », cherche à s'accrocher à tout ce qui peut offrir un point d'appui à ses muscles inspirateurs accessoires.
Dans la coqueluche, au moment de la quinte, le malade, les yeux injectés et larmoyants, les lèvres violacées, le visage bouffi^ est dans un état d angoisse voisin de Tasphyxie.
L'asthmatique, en période d'accès, est en proie à une vive oppression ; il éprouve à la poitrine une constriction angoissante, sa respiration est pénible et sifflante. Espérant faciliter la respiration, il prend les positions les plus variées, mais en dépit de ses efforts, l'oppression persiste et augmente, Tangoisse est extrême, et, à voir le malade la face bouffie et couverte de sueur, les yeux saillants, les lèvres violacées, on croirait que Tasphyxie est proche.
Les palpitations du cœur, qu'elles soient purement nerveuses ou qu'elles soient symptomatiques de lésions matérielles, sont accompagnées d'oppression et d'anxiété précordiale. Dans les accès violents, le cœur « bat à rompre la poitrine ». Les mouvements sont quelquefois tumultueux et désordonnés, la douleur cardiaque est angoissante, le malade étouffe, sa parole est entrecoupée, son visage est pâle et couvert de sueur, ses mains sont glacées : il est sous le coup de défaillance et de syncope.
Enfin l'accès d'angine de poitrine, quand il est violent, s'accompagne de douleurs, d'une sensation épouvantable de constriction, d'angoisse, de dyspnée; le malade, pâle, atterré, couvert d'une sueur froide, est serré comme dans un étau ou écrasé par un énorme poids; la suffocation et la syncope paraissent imminentes, et le malheureux, ne pouvant ni parler ni bouger, mais conservant sa connaissance tout entière, éprouve cette inexplicable sensation de la vie qui s'éteint. C'est, dit EIsner, « comme une pause de la vie ».
Névroses. — L'anxiété intervient comme épiphénomène dans certaines névroses.
Neurasthénie : Dans la neurasthénie, elle occupe une large place, et Bouveret considère l'angoisse comme un des principaux symptômes de la neurasthénie. « Le caractère commun de tous les états d'anxiété neurasthénique, c'est le développement soudain d'une angoisse plus ou moins prononcée, et qui d'ailleurs, à un certain degré, se manifeste toujours par des signes exté-
rieurs très appréciables dès que le patient se trouve dans une certaine situation, ou en présence d*un certain objet, la cause de Tétat d'anxiété étant en général toujours la même pour le même malade. Son état est parfois lamentable ; il pâlit, le pouls et la respiration s'accélèrent, la tête tourne, une sueur froide apparaît à la face et aux extrémités, les jambes tremblent et fléchissent, puis survient un état nauséeux très pénible, souvent accompagné de crampes stomacales.
» La voix est entrecoupée par des inspirations profondes et difficiles, les pupilles sont souvent dilatées, parfois inégales. Il existe une sensation d'oppression au creux épigastrique. La sensation de dérobement des jambes, d'anéantissement de toutes les forces, peut être poussée si loin que le patient, affreusement tourmenté, est incapable de faire un pas en avant, que son trouble ne peut être dominé par le plus grand- effort de sa volonté et qu'il est irrésistiblement entraîné à se soustraire à l'objet de sa crainte. Si l'accès se prolonge, il aggrave les troubles digestifs, provoque l'anorexie, la constipation ou la diarrhée nerveuses et augmente encore l'iusomnie si commune chez la plupart des neurasthéniques.
» L'accès est plus intense s'il survient pendant la nuit ou bien si le patient prolonge la lutte et fait des efforts persévérants de volonté pour surmonter ses sensations pénibles. Dans certains cas il suffit, pour faire apparaître les premiers symptômes de l'accès, que le malade fixe son attention avec quelque insistance sur le souvenir d'une crise antérieure, ou se représente par la pensée les conditions dans lesquelles il est le plus habituellement frappé.
» Il faut encore insister sur ce point, à savoir que l'accès, du moins s'il atteint un certain degré, ne se compose pas seulement de sensations subjectives pénibles, mais aussi de phénomènes objectifs très appréciables, qui s'aggravent si l'accès se prolonge, parmi lesquels dominent les troubles gastro-intestinaux et circulatoires et qui peuvent aller jusqu'au vomissement et à la syncope. C'est un témoignage extérieur et irrécusable du retentissement considérable que peuvent avoir des troubles exclusivement
psychiques sur rinnervation des centres bulbaires et sympathi* ques qui président aux fonctions de la vie organique ». Kaan, Heckerconsidèrent même Tangoisse comme le symptôme capital de la neurasthénie. Nous verrons plus loin que ce symptôme est dans quelques cas tellement capital qu'il y a lieu de le séparer nettement de la neurasthénie et d*en faire un syndrome bien défini, une névrose spéciale, la névrose anxieuse.
Dans la neurasthéniç, Tesprit souffre de très bonne heure et le sentiment anxieux deTimminence d'une grave maladie s'empare du malade. Les symptômes qui se manifestent encore de bonne heure sont : symptômes vaso-moteurs de pléthore sanguine qui change de région (tête serrée, fluxion au cerveau, palpitations de cœur, sensation d'oppression, etc.). Une source principale d'émotions provient du sentiment qu'on est malade et les images mentales peuvent prendre le caractère de véritables représentations obsédantes.
Ce qui est digne de remarque, c'est l'effet produit par ces conceptions : sur la pensée (confusion), sur la volonté (incapacité pour les efforts), sur le système vasculaire (crampe vasculaire, pftleur, palpitations de cœur), sur les appareils sécrétoires (diarrhée, spasme de la vessie, diminution de la sécrétion salivaire, sueurs), sur le tonus musculaire (flageoUement des jambes, tremblements), sur le moral (oppression, angoisse).
Le malade est las, abattu, pris de palpitations, de sueurs et de sentiments d'angoisse.
Observation I
(Von KnAFPT-EBiNG).
Etat d'angoiise transitoire à base neurasthénique.
L..., 34 ans, célibataire, a été arrêté par la police au moment où il voulait se jeter dans la rivière et a été ensuite amené à la clinique. Le malade est confus, délirant ; il a i*air bouleversé. Il déclare qu*il éprouve de Tangoisse. Il prétend voir continuellement un homme
noir, qui le suit partout. Voilà pourquoi il est toujours plein d'angoisse ; enfin il n'a pu trouver d autre moyen de se tirer de là que de se jeter à Teau. Pour le moment, on ne peut pas tirer autre chose de ce malade peureux, confus, qui ramène la couverture de son lit par dessus ses oreilles pour ne plus voir le monstre noir ; il passe la nuit dans cette position, sans dormir, mais en restant tranquille. Le endemain encore (8 janvier], le malade est anxieux, bouleversé, il se cache dans son lit. Le 9, après une nuit blanche, sa mimique devient plus dégagée ; il s'aperçoit qu'il n'est pas chez lui et cherche à s'orienter. Le fantôme a disparu, mais il sent sur sa tète et sur sa poitrine coi|ime un poids énorme. Il voit tout comme à travers un brouillard. Le 10 janvier, le malade devient lucide, il se plaint de pression et d'oppression sur la poitrine et que sa tète est comme prise dans un étau. Les souvenirs lui reviennent peu à peu.
Le 5, il fut pris d'anxiété pendant son travail. Il lui sembla qu'il était forcé de se sauver. 11 passa la nuit du 6 sans dormir. Le 6 au matin, il se rendit de nouveau au travail. La peur ne le laissait plus tranquille. Vers 10 heures, il rentra chez lui, fit sa toilette et alla en ville. 11 se sentait poussé en avant par une force irrésistible. Il rôda dans les rues et, le soir, il entra au théâtre. Il ne put y rester par peur. Il passa la nuit dans un hôtel. Le 7, il fut hanté par la vision de l'homme noir qui le poursuivait. Des faits du 8, il n'a gardé aucun souvenir. Le malade faisait un travail très dur, et, en outre, avait eu beaucoup d'émotions morales. Depuis trois semaines, il tremblait facilement, se sentait fatigué le matin à son réveil, transpirait même par une température fraîche, éprouvait une pression insupportable sur la tète, des battements de cœur, de l'oppression précordiale ; huit jours avant son accès, il avait eu une contrariété violente.
Le malade nie avoir jamais pratiqué la masturbation. Il est maintenant lucide et n'a plus peur> 11 présente comme auparavant des symptômes neurasthéniques qui s'améliorent avec un traitement tonique.
Le 8 janvier, le malade est renvoyé guéri.
Il n'y eut pas de rechute.
Observation II
(D» Pitres et Régis).
Anxiété diffuse ayeo phobies obsédantes momentanées.
M. X..., 47 ans. Neurasthénique.
IL a de la céphalée, la sensation de vide dans la tête, troubles de Testomac avec dilatations, des alternatives de diarrhée et de constipation, des douleurs dans le dos, la mémoire paresseuse, de ladifficulte à se mettre au travail et à faire un effort quelconque, une impressionnabilité extrême.
Signes d'artério-sclérose ; artères dures et rigides, temporale très accusée. Cœur arythmique. Bourdonnements et diminution de Tacuité auditive dans Foreille gauche. Pollakiurie. Vertiges.
X... a eu à 20 ans la phobie obsession de la tuberculose. Cette phobie a duré 4 ou 5 ans. Après une période assez longue d'accalmie, nouvelle phobie, celle de la rage provoquée par une circonstance fortuite. Durée 3 ou 4 ans. Actuellement, le malade est depuis quelques mois dans un véritable état d'anxiété diffuse, sans obsession fixe et systématique. Il est sujet à des crises d'angoisse essentiellement caractérisées par de Toppression, de la constriction à la gorge, des palpitations, des bouffées de chaleur et de sueur, des empourprements subits du visage.
Lorsque ces crises surviennent, la moindre chose devient chez lui le point de départ d'une idée obsédante tout à fait passagère, remplacée par une autre et ainsi de suite.
Si on parle d'un événement quelconque, d'un incendie, d'un vol, il s'obsède là-dessus. Si un fait se produit dans son entourage, il se met à y penser malgré lui ; si, comme il le dit lui-même d'une façon très pittoresque, une émotion un peu vive a lieu autour de lui, il « rencaisse ».
Il s'agit là manifestement d'un état neurasthénique avec anxiété diffuse, se systématisant pour un instant au hasard des circonstances, pour déterminer une obsession passagère et momentanée.
Observation III
(D' Féré) Agoraphobie ches un neuraithénique à troubles gastriques.
Description du malade : « Voici comment procèdent chez moi les troubles nerveux qui se manifestent surtout le matin, à jeun, et vers quatre heures du soir, quand le travail de la digestion est complètement terminé.
» Aussitôt que je suis dans la rue j'éprouve, dès les premiers pas, une grande anxiété; les extrémités deviennent brûlantes, des douleurs sourdes se font sentir aux tempes, aux bas des reins, aux pieds et aux mains; les jambes, comme paralysées, peuvent à peine se mouvoir, et le sol semble se dérober sous moi ; le cœur bat avec violence, la respiration devient haletante, Tanxiété s'accroît et arrive jusqu'à la terreur. Si, à ce moment, je puis entrer dans une maison ou si je me sens un soutien, surtout un appui humain, le malaise disparaît k peu près complètement, et il n'en reste qu'une grande lassitude avec légères douleurs dans les fesses et les cuisses, semblables à celles qu'on ressent le lendemain d'une marche forcée.
» Je traverse très difflcilement les places désertes et les rues où je me sens plus en vue qu'ailleurs. En pleine campagne, les plus grands espaces ne m'afTectent nullement parce que, sans doute, je ne me sens pas observé. L'impressionnabilité est très grande.
» L'appétit est bon, la digestion est rapide, mais suivie de flatulence excessive contre laquelle tous les remèdes ont été impuissants ».
Hystérie : La folie hystérique, dans sa forme mélancolique, peut donner lieu à un accès d'anxiété très intense. Chez certaines malades, on remarque une sorte de stupeur ou d obtusion intellectuelle accompagnée de larmes et de plaintes. D'autres sont en proie à des scrupules, s'accusent de crimes qu'elles n'ont pas commis. Des hallucinations et des illusions pénibles accompagnent parfois la mélancolie hystérique.
Girard 4
Certaines hystériques d'ailleurs, en dehors de tout délire, éprouvent des hallucinations isolées de nature pénible ou terrifiante dont elles ont pleine conscience et qui les jettent dans un malaise des plus pénibles.
Il existe une variété clinique de Thystérie analogue au petit mal des épileptiques.
Cette variété est caractérisée par de violents états d'angoisse avec conscience obnubilée.
Les malades se trouvent dans une angoisse mortelle, vagaboudent, envisagent les gens de leur entourage sous un aspect terrifiant et se défendent désespérément contre eux.
Episodiquement des hallucinations peuvent faire ^leur apparition : figures diaboliques, chiens qui aboient après le malade, mains glacées qui veulent le saisir, etc. Le souvenir est sommaire.
Ajoutons que la sphère vaso-motrice, qui est probablement toujours en jeu dans Thystérie, donne souvent lieu à des accès d angoisse et surtout d'angoisse précordiale.
Epilepsie : L'épilepsie peut avoir eu comme symptômes précurseurs des troubles de rémotivité ainsi qu'en témoigne l'observation suivante.
Observation IV
(D"- Féré)
M. P..., Agé de 54 ans, a depuis quatre ans des attaques d'épilepsie généralement nocturnes... Le débuta été précédé de modifications du caractère qui ne sont pas sans intérêt. Cet homme, qui parait avoir hien mené ses affaires, avait toujours été d'un caractère calme, supportant avec sang-froid les tourments de la vie de famille et de son industrie; il a changé graduellement de caractère cinq ou six ans avant le début de ses crises convulsives; il est devenu facile à émonvoir; une perte matérielle de peu d'importance, une discussion avec un client ou un employé le mettait hors de lui, et ces émotions si facilement provoquées s'accompagnaient encore de troubles physiques qui lui étaient inconnus autrefois, tels qu'oppression, batte-
înents tumultueux du cœur avec angoisse précordiale extrêmement pénible, sans trace de lésion organique. Les crises sensationnelles qui persistent ont précédé de plusieurs années les autres troubles.
Les accès d*aiixiété ne sont point du tout rares chez les épileptiques, bien que cette circonstance n'ait été que peu observée jusqu'ici.
C'est seulement il y a quelques années que M. Féré a indiqué plusieurs cas d'épilepsie où Tangoisse a agi comme cause. Dans trois cas, les crises anxieuses se lient à n'en pas douter à des idées fixes. Ainsi, chez une des malades de M. Féré, les crises épileptiques consistaient en une crise anxieuse se rapportant à la représentation des peines éternelles.
Chez le deuxième malade, malgré la diminution de fréquence des attaques épileptiques, Tangoisse surgissait tout à coup à la pensée de découvrir les parties sexuelles.
Le troisième malade, un onaniste, éprouvait en même temps que le vertige épileptique la sensation d'être écrasé par une charrette.
Le professeur Bechterew a observé que chez une certaine catégorie d'épileptiqués, des crises d'angoisse involontaire, indéfinissable et très douloureuse, se produisent de temps en temps, indépendamment des symptômes habituels de l'épilepsie, crises dans lesquelles la connaissance n'est pas perdue et tout au plus faiblement troublée.
Un de ses épileptiques décrit de la manière suivante ses crises d'angoisse :
Observation V
(Bechterew)
« J'ai lu une fois que Thomme éprouve une sensation particulière au moment d'un tremblement de terre. Lorsqu'il voit et sent que la terre tremble sous lui, celle terre que pendant toute sa vie il était habitué à considérer comme inébranlable, un effroi sans bornes et tout particulier le saisil, un effroi comme on ne peut en éprouver
dans aucune autre circonstance. Une angoisse tout aussi pénible et tout aussi particulière doit certainement envahir Thomme, quand un personnage étranger pénètre dans sa tète, où il est habitué à régner seul, et se met à y gouverner suivant son bon plaisir.
» Cette comparaison me vient presque toujours à Tesprit, au moment où me saisit cet inexplicable effroi, cette production angoissante et journalière de ma tête malade.
» Pendant un entretien bruyant, tout aussi bien que dans les moments de complète solitude, je m'abandonne soudain à ce grand et irrésistible effroi ; je m'en éveille comme d'un profond sommeil, je me tords et me jette d'un côté sur l'autre; j'emploie toute ma force de volonté h me délivrer de ma frayeur, et pourtant je ne trouve aucun soulagement avant que la terrible apparition n'ait cédé d'ellemême, le plus souvent sans laisser de traces, et quelquefois après m'avoir occasionné une attaque plus ou moins forte d'épilepsie ».
Chez un autre cpileptique, le professeur Bechterew a constaté que les crises d'angoisse se produisaient comme symptômes précurseurs de Tattaque épileptique, et que sous Tiniluence du traitement les crises d'épilepsie ayant disparu, le malade était resté néanmoins sujet à des accès anxieux. Dé ces observations, M. Bechterew conclut que les accès d'angoisse ne sont pas rares chez les épileptiques ; qu'ils peuvent se présenter comme prélude de Tépilepsie, ou comme accès complètement indépendants et alternant avec les attaques épileptiques, et qu^habituellement les accès d'angoisse épileptique se déroulent sans perte de connaissance.
Enfin ces accès se distinguent par une grande ténacité et restent réfractaires au traitement employé contre l'épilepsie.
11 se produit dans Tépilepsie, à la suite des accès et dans les intervalles qui séparent une attaque de l'autre, un certain état psychique, qu'on appelle état crépusculaire, c'est-à-dire un état de conscience où les représentations n'arrivent pas à l'esprit avec une clarté parfaite, et où la notion du temps et de l'espace ainsi que de la propre personnalité est considérablement ternie. Dans l'épilepsie, ces états crépusculaires s'accompagnent quelquefois d'angoisse.
Le malade éprouve comme une profonde douleur intellectuelle avec angoisse, de la confusion dans les idées, de l'obsession limitée à quelques groupes de conceptions anxieuses. Sous l'influence de cette obnubilation anxieuse et de celte oppression, le malade devient vagabond, chassé par la terreur d'un endroit à un autre. Il a souvent une perception hostile de son entourage, ce qui fait qu'il s'irrite contre lui. Souvent il se produit des actes impulsifs destructifs dirigés contre sa propre pei*sonne et motivés par la peur et par des idées obsédantes.
Observation VI
(Von Krafft-Ebing) Etats crépusculaires èpilaptiques avec angoisse.
S..., 29 ans. Mère névropathe, atteinte de convulsions, a souffert lui-même de convulsions jusqu'à l'ùgc de 5 ans. A partir de cette épo* que jusqu'à Tàge de 9 ans, on a observé chez lui des étals de somnambulisme. Dans la période qui suivait, le malade était très nerveux, irritable et facile à épouvanter. A partir de 16 ans, il eut de violents maux de tète, des tristesses habituelles, un caractère morose, une grande irritabilité émotive.
Jusqu'à Tàge de !25 ans, il eut souvent des accès d'angoisse et d'oppression sans motif, accès pendant lesquels il errait de tous côtés et était profondément troublé intellectuellement. Ces accès duraient quelques heures. Pendant une certaine période, le malade souffrit annuellement d'accès de vertige ; tout devenait alors noir devant ses yeux et son intelligence s'obnubilait.
11 entreprit un commerce et s'associa avec un autre individu. Ses affaires allèrent mal; son associé était malhonnête. Depuis le commencement du mois, sommeil troublé, maux de tête, rêves terrifiants, difficulté a distinguer entre ses songes et la réalité, lorsqu'il se réveillait le matin.
Une nuit, il rêva que son associé malhonnête était devant lui et le menaçait. Il se réveilla hors de lui, chercha une arme pour tuer son camarade qui couchait dans la même chambre et que, dans sacon-
fusion, il identifia avec le personnage du rêve. Pendant qu'il cherchait sans succès une arme, il reprit ses sens et reconnut dans quel danger il s'était trouvé, ayant été sur le point de tuer un innocent le lendemain matin il était déprimé, et l'après-midi, voulant se distraire, il alla se promener dans le parc de la ville.
Tout d'un coup il fut pris de vertige, tout était noir devant ses yeux, une peur terrible le saisit. Il lui sembla que les passants l'attaquaient et le poursuivaient. Pris d'une angoisse indicible, il se sauva
à toutes jambes sans savoir où. Dans cette fuite, il ne voyait plus son entourage qu'avec des contours vagues.
Il ne saurait dire combien de temps il a couru. Enfin il s'affaissa hors d'haleine et pria un gardien de la paix qui passait par là. de le protéger. Quand on l'amena à l'hôpital, ce qui eut lieu immédiatement, il avait la mine anxieuse et bouleversée ; son intelligence était visiblement obnubilée. Le soir il devint lucide et dégagé de son angoisse. Le malade nie avoir eu des accès épileptiques proprement dits.
Psychoses. — Dans certaines psychoses nous voyons les accès anxieux intervenir comme épipbénomènes.
Délire systématisé progressif : Le délire systématisé progressif dans sa période d'incubation, et surtout dans sa période d'état, plonge le malade dans une inc^uiétude des plus pénibles. Au début, la maladie est caractérisée par une période plus ou moins longue d'inquiétude, de malaise indéfinissable, de souffrance vague des centres nerveux.
Tout d'abord le malade s'étonne, puis sa défiance s'éveille. II se demande d'où lui vient tout ce qu'il éprouve, il ne peut résoudre la question. Peu à peu cependant, il en arrive à penser qu'on lui en veut, qu'il a des ennemis. Il trouve que tout est changé autour de lui, tout excite sa défiance, on ne lui témoigne que de mauvaises dispositions, on parle mal de lui, on le regarde de travers. Tout prend à ses yeux une signification défavorable, et il interprète contre lui-même les faits les plus simples et les plus insignifiants de la vie ordinaire. Le malade est inquiet, malheureux, il souffre.
Quand surviennent les hallucinations de Tôuïe, le malade est inité, obsédé par les paroles désagréables qui le poursuivent partout.
Continuant sa marche progressive, la maladie ne tarde pas à se compliquer de nouveaux symptômes. Aux hallucinations de Toule viennent s'ajouter des troubles de la sensibilité générale, et des hallucinations des autres sens. Les troubles de la sensibilité générale consistent en des sensations extrêmement nombreuses. Toutes les sensations physiologiques et pathologiques possibles sont éprouvées dans le sens de la persécution. Des états émotifs se produisent comme réaction des phénomènes morbides et hostiles qui se passent dans la conscience du malade, ce sont en général des émotions secondaires constituant une réaction naturelle et pour ainsi dire physiologique, réaction qui correspond au changement du moi et de ses rapports avec le monde extérieur; mais ces états émotifs peuvent être parfois très vifs et des accès d'angoisse se produisent alors comme phénomènes spontanés.
Observation VII (personnelle)
M"«P...,25ans, entrée à Tasile de Niort il y a trois ans. Cette malade est actuellement en pleine période du délire de persécution.
Elle est de taille moyenne, sans stigmates de dégénérescence, sans maladies des organes végétatifs. Elle se plaint de douleurs vagues, de sensations pénibles, de maux de léte sans constatations objectives. Elle aperçoit tous les jours des choses louches; elle est anxieuse et méfiante.
Elle se lient à Técart des autres, s'occupanl à relater toutes les souffrances qu'elle endure. Des malaises digestifs très légers qu'elle a par moment lui font découvrir qu'on Tempoisonne avec de l'arsenic et de l'opium. Toutes les personnes qui l'entourent et qui l'approchent lui sont hostiles : sa mère, ses sœurs, le médecin, les gardiennes du service, etc., l'électrisenl, lui donnent du chloroforme pour la faire dormir pendant 3 ou 4 jours afin de pouvoir se livrer
sur elle h des expériences multiples. Elle interprète tout dans le sens de la persécution.
Elle mange peu, examine minutieusement ses aliments avant de les porter à la bouche. La malade vit dans une angoisse perpétuelle ; elle n'ose guère s'endormir, et il est absolument impossible de lui faire prendre aucun médicament, tant sont grandes ses craintes d être empoisonnée.
Mélancolie : Dans la mélancolie simple, le phénomène prédominant, c'est la dépression générale, un état anxieux, diffus et persistant.
Le malade se sent dominé par un sentiment profond d'impuissance, de découragement, d'inertie psychique et matérielle. Il ne s'occupe plus de rien, ne répond pas aux questions qu'on lui pose, et passe ses journées dans un coin, immobile, sans parole, le visage empreint de la plus grande tristesse. Cependant le malade en proie à cette dépression conserve la notion exacte de ce qui se passe autour de lui; il se rend compte que son chagrin n'est pas motivé, mais qu'il est irrémédiable et qu'il doit y succomber.
Cependant l'attitude passive du malade peut se changer en un état d'agitation pendant lequel il se soulage de ses douleurs, par des pleurs, en se tordant les mains et même en commettant des actes de violence. Ces e.xplosions de désespoir à allures émotives, sont le résultat de la situation psychique, douloureuse, qui pour un moment s'est accentuée, au point de devenir insupportable, situation due en général aux malaises physiques, à l'angoisse précordiaje. Dans ces états d'obsession psychique, le suicide est à craindre. 11 se produit aussi très fréquemment et sous l'action impulsive de l'angoisse précordiale, des actes de destruction contre l'entourage.
Observation VIU (personnelle.)
Marie G..., 41 ans, atteinte de mélancolie. Celte malade montre pour tout ce qui Tentoure une indifférence absolue; elle reste des
jours entiers assise à la même place, immobile, le regard morne et fixe sans se soucier de ce qui se passe autour d'elle. Elle a toujours refusé de s'alimenter elle-même. On est obligé de la nourrir comme un enfant. Aussi son état physique est-il très mauvais. De temps en temps, elle se montre plus préoccupée, plus tourmentée, pousse des gémissements en s'accusant d'être l'auteur de malheurs survenus dans sa famille : et cette exaspération de son état anxieux est presque toujours suivie d'une tentative de suicide. En effet, cette malade a déjà tenté plusieurs fois de se suicider, du reste sans résultats.
On voit souvent, au cours de la mélancolie sine deliriojBippeLraitre les symptômes de Tangoisse précordiale comme compli* cation épisodique, ou comme une complication de plus longue durée et qui se déclare au début de la maladie (mélancolie précordiale).
L'angoisse précordiale est un des phénomènes accessoires les plus importants et les plus fréquents des états mélancoliques. Chaque fois qu'elle se manifeste elle constitue une complication grave, en ce sens qu'elle comporte des dangers pour la vie du malade et pour son entourage, dangers qui proviennent de ce que Taccentuation tourmentante de Tétat douloureux et de la tension psychique peut entraîner l'individu à des actes impulsifs de délivrance et de salut. Aussi le malade ne doit pas être laissé seul. L angoisse précordiale est dans la mélancolie l'élément le plus important qui fasse sortir le malade de sa passivité, qui le remue et l'agite, qui le ,pousse au désespoir suivant la violence et la brusquerie de l'angoisse qui arrive à la conscience. Une explosion subite et forte d'angoisse précordiale peut entraîner une obnubilation et même une suppression passagère de l'intelligence et provoquer des actes moteurs violents comme réaction contre cette peur indicible. On appelle ordinairement raptus mélancolique cette crise motrice de la brusque tension psychique qui est devenue insupportable. Cet état peut apparaître au milieu de la passivité la plus absolue du mélancolique (Krairt-Ebing).
. Tous les processus psychiques (perception, association des
idées) sont profondément troublés et parfois même anéantis par cette panique violente. L'intelligence est profondément troublée et ce trouble peut aller jusqu'à la suppression temporaire de la concience de soi-même.
La sphère motrice présente, selon Tinlensité de l'accès, les manifestations de lemportement et du désespoir, qui ne sont motivées que par une impulsion obscure à faire cesser Tétat de tension psychique.
Avec ces symptômes psychiques, vont de pair des troubles remarquables de la respiration et de la circulation.
La respiration est superficielle, fréquente; Tactivilé du cœur est accélérée, irrégulière, le pouls est petit, rapide, la peau froide, pâle; les sécrétions sont supprimées pendant Taccès. Vers la fin du paroxysme, il se produit dans la plupart des cas une sécrétion de sueur profuse.
La cessation du raptus est brusque; Tangoisse s'évanouit, le malade respire avec soulagement comme s'il s'éveillait d'un mauvais rêve.
Observation IX
(Von Krafft-Ebing).
M""^ P..., 57 ans, mariée à Tâge de 19 ans. A eu, jusqu'à rage de 40 ans, dix enfants. Les accouchements, Taliaitement, un travail pénible, une mauvaise nourriture, la lutte pour Fexistence, l'avaient gravement atteinte au physique. Elle a eu des accès de mélancolie à la suite de terreurs et d'émotions. Voici quel était son état un an avant son entrée à TAsile.
La dépression physique habituelle était arrivée à un degré considérable. Le matin au réveil, il se produisait une angoisse terrible dans la région du coeur. Elle éprouvait la sensation d'une lourde pierre. La sueur de l'angoisse lui perlait et l'agitait en tout sens. Les accès d'angoisse matinaux devinrent de plus en plus violents au point de lui faire perdre les sens. En même temps, elle éprouvait une horrible confusion d'idées, un brouhaha confus de pensées. Pen-
dant les accès d'angoisse, il se produisait un dégoût de la vie et aussi rimpulsion aux actes destructifs. Alors, pleine de désespoir, elle traversait en courant sa chambre, mordait et frappait son entourage, brisait tout ce qu'elle pouvait atteindre et après se sentait soulagée.
L'après-midi, elle était visiblement soulagée de son angoisse et, le soir, elle se sentait le cœur tout à fait libre. A TAsile, la malade prend une nourriture substantielle et est traitée par les injections d'extrait d'opium. L'opium agit d'une manière vraiment spécifique contre Tangoisse et l'agitation anxieuse. L'angoisse ne se produit plus que le matin au réveil et se réduit bientôt à une sensation d'oppression modérée et disparait presque complètement.
La malade est renvoyée chez elle avec quelques traces à peine perceptibles d'une dépression douloureuse et avec le conseil de se servir encore de l'opium pendant quelque temps.
Les idées délirantes et les hallucinations se manifestent souvent au cours de la mélancolie et Tangoisse précordiale et en général les émotions d*attente anxieuse sont des sources particulièrement importantes d'idées délirantes. Le malade qui languit dans une émotion d'attente anxieuse, entend des voix qui lui annoncent une catastrophe imminente, la mort, la prison, la damnation de son àme. Le monde extérieur lui parait hostile.
Observation X (personnelle)
Madame L..., 43 ans, entrée à l'asile le 17 avril 1902. Névropathe, très impressionnable, souffre depuis quelques années d'une névralgie du trijumeau. Chez elle, quelque temps avant son arrivée à TAsile, elle était devenue très susceptible, très irritable. Elle s'accusait de rendre son mari malheureux, et pensait qu'elle djevait lui faire le sacrifice de le débarrasser d'elle en se suicidant.' Elle ne dormait presque pas, avait perdu l'appétit et souffrait d'angoisse précordiale avec battements de cœur très pénibles. Elle a cherché plusieurs fois à se tuer, et c'est cette crainte de la voir réussir dans ses tentatives de suicide qui a décidé son mari à conduire la malade à l'Asile
Depuis son entrée, cette malade rit dans une inquiétude pénible constante et dans une agitation anxieuse. Elle est profondément bouleversée, se nourrit très mal, les nuits se passent à peu près sans sommeil.
Les divers traitements employés successivement n*ont amené aucune détente dans l'agitation; Tangoisse, les émotions d'attente anxieuse, les idées délirantes ne sont pas atténuées. Elle va et vient continuellement en proie à une agitation anxieuse intense; elle se plaint .et s'accuse de rendre son mari et ses enfants malheureux. Les visites produisent sur elle un effet extrêmement défavorable. Quand elle est en présence de son mari ou de son fils, elle se met à crier et à pousser des gémissements entrecoupés de larmes et de sanglots. Quand elle est dans cet état, rien ne peut la calmer.
Observation XI
(Von Krafi-t-Ebing)
S...^ 52 ans, marié, né d'une mère alcoolique. Un frère est mort aliéné; un autre s'est suicidé. Le malade est alcoolique lui-même et a eu des accès de delirium Ireniens.
Chez lui, le malade était tout bouleversé ; il était hanté par l'angoisse précordiale, ne vivait que dans des émotions d'attente anxieuse, tressaillait toutes les fois que la porte s'ouvrait, croyant qu'on venait le prendre pour l'emmener devant le tribunal. Comme on craignait qu'il ne se suicidât, on l'amena à la clinique.
Le malade y entre la mine bouleversée et presque paralysé par la peur. H se plaint de son sort désespéré et du malheur de sa famille, regrette sa liberté, voit lavenir sans espoir, prend l'hôpital pour une prison préventive, les médecins pour des magistrats, avoue ses péchés et implore sa grâce. Le malade a dépéri ; il est sans appétit, sans sommeil. Sous l'influence de l'opium en injections sous-cutanées, il se produit une rémission considérable, l'appétit et le sommeil s'améliorent, l'angoisse précordiale et les émotions d'attente diminuent, et le malade semble déjà reconnaître sa maladie. Contrairement à l'avis pressant des médecins, le malade est repris par sa
femme pour être soigné au sein de sa famille ; alors il est saisi d'une angoisse terrible, fait une tentative de suicide en essayant de se briser la tète d'un coup de marteau : on le ramène en toute hâte à TAsile. A la suite de cet accident, la maladie empire considérablement et tourne k la mélancolie passive, comme état de transition vers la mélancolie «avec stupeur. Le malade passe tout Tété dans un profond état d'entrave anxieuse ; il reste assis dans un coin ; pendant une * période il laisse même couler ses excréments sous lui, a besoin d'être contraint pour tous les actes. Il dort peu et dépérit de plus en plus, malgré les meilleurs soins. Par-ci par-là l'entrave cesse. Le malade cause alors, manifeste des accusations contre lui-même. Avec les bains, l'opium, les symptômes, la dépression, la triste'sse, l'entrave s'atténuent. Le malade reprend espoir en l'avenir: il s'informe de sa famille, reconnaît sa maladie, fait acte de critique sur lui-même (sentimentalisme douloureux, traits d'ironie ou plaisanteries cyniques).
La nutrition aussi s'améliore d'une manière frappante. La convalescence psychique suit son cours sans interruption ; il y a encore pondant quelque temps un état de grande prostration physique et d'épuisement neurasthénique; mais, peu à peu, ces symptômes s'amendent et finissent par disparaître complètement.
EnHn le malade sort parfaitement guéri au physique comme au moral, après un séjour de onze mois à l'Asile.
Dans la mélancolie avec stupeur, les malades sont en proie à des hallucinations et à des délires terrifiants qui les plongent dans une angoisse extrême. Leur vie intérieure est devenue un véritable état crépusculaire pendant lequel ils n'éprouvent que d'une manière confuse, nébuleuse et hostile les impressions objectives extérieures ; une angoisse terrible, vague, sans sujet, mais paralysant toute énergie, captive la conscience et les sens, et rend impossible toute réaction motrice, en même temps que la conviction terrible de ne plus pouvoir être capable de rien, de vouloir même, décuple la terreur. Par suite de cet état de la conscience, les malades apparaissent avec une mine étonnée, anxieuse, rigide comme un masque sans réaction, et cloués comme des statues immobiles à la même place.
L action du cœur est ordinairement accélérée, le pouls petit, la peau est sèche et dure ; la respiration est ralentie, superficielle, et par conséquent insuffisante: la température est audessous de la normale, les sécrétions sont diminuées.
Soudain, au milieu de la plus profonde contrainte, ces malades peuvent se livrer à des blessures sur eux-mêmes, ou se livrer à des attaques contre leur entourage. Ces explosions se produisent ordinairement quand le malade, au milieu de sa passivité douloureuse, est troublé par Tangoisse que lui causent ses hallucinations, et parfois aussi par les exigences du traitement et de l'alimentation.
Paralysie générale. — Enfin on a observé des accès anxieux dans la paralysie générale, ainsi qu'en témoigne l'observation suivante :
Observation XII
(Bechterew)
Chez un malade alleint de paralysie générale progressive, la maladie commença à se manifester par des attaques épileptiformes accompagnées de la perte complète de la connaissance. En même temps survenaient sans aucun motif des accès d'angoisse qui duraient de deux à trois minutes. Soudain le malade devient pâle, ses pupilles démesurément élargies ne renvoient que faiblement la lumière. Il garde toute sa connaissance, répond à toutes les questions et explique lui-même qu'il éprouve une douloureuse angoisse ; il se jette d'un côté sur l'autre, portant sur son visage l'expression d'un effroi sans bornes. On constate dans ce cas un certain dérangement des battements du cœur, ainsi qu'un pouls petit et fréquent.
La crise disparaît tout à coup, comme elle est venue, et le malade est alors débarrassé de toute angoisse sans qu'il puisse s'expliquer la cause de la sensation qu'il vient d'éprouver.
Dans d'autres cas, l'accès anxieux se produisait d'une façon plus prononcée, avec perte de la connaissance, mais sans complications de convulsions.