‹ De l'aphasieChapitre 13 sur 15 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nousavons réuni dans cetle dernière partie quelques types d’aphasie établissant; la réalité clinique de la plupart, de ceux que nous avons rapportés précédemment. :

4° Aphasie par ramollissement, dû à la thrombose;

3° Aphasie par ramollissement, dû à une embolie;

3° Aphasie par ramollissement avec hémianesthésie;

•4° Aphasie par hémorrhagie ou ramollissement,;

5° Aphasie incomplète pour la parole, complète pour la lecture;

6° Deux cas d’aphasie pendant l’état puerpéral 7° Aphasie dans la variole;

8° Aphasie nerveuse ;

9° Deux cas d’aphasie par migraine.

Aphasie par ramollissement cérébral sans hémiplégie droite. — Hémiplégie gauche. — Gangrène du pied gauche. — A utopsie. (Extrait d’une observation recueillie dans le service deM. Charcot parM. Bourneville, publiée dans le Progrès médical, 1874.)

La nommée Fa..., 70ans, admise à la Salpêtrière en juin 1873, entre à l’infirmerie, service de M. Charcot, le 15 octobre.

Dans la matinée do oo jour, ollo ost devenue subitement aphasique, sans attaque apn|)lcelique, sans vertige.

Celte femme est sujette à des douleurs rhumatismales depuis longtemps, iules accès d’étoulTements et iule l’oedème des jambes.

— Elle avait déjà eu en juillet 1873 la parole embarrassée pendant quelques semaines.

16 oct. Il n’existe aucune trace de paralysie, soit de la face, soit des membres. — La malade parait saisir difficilement lésons des questions qu’on lui adresse; la parole est très-modifiée :

F entremêle les mots et même les syllabes; la langue est

libre. On remarque un désordre non moins considérable dans l’écriture : les lettres, mal formées, ne composent aucun mot. Pouls irrégulier, fréquent; impulsion cardiaque faible, battements lointains, les deux bruits ne sont pas très-distincts, il n’y a pas de souffle. — Infusion avec 0 gr. 40 de digitale, lavement purgatif, vésicatoire à la région précordiale.

18 oct. L’intelligence est plus nette. F s’occupe dans la

salle, elle comprend très-bien ce qu’on lui dit de faire et l’exécute avec soin. Elle se sert presque aussi bien des deux mains (37 à droite, 40 à gauche, au dynamomètre). Lorsqu’on s’approche d’elle, sa physionomie porte l’empreinte d’une certaine

frayeur. La parole est relativement moins défectueuse : F

hésite toujours au commencement de sa phrase qui s’échappe subitement, dont les premiers mots sont souvent corrects; puis elle s’arrête et prononce des paroles qui ne répondent nullement à ce qu’on lui demande. En voici des exemples.

Voyant qu’on cherche à ausculter son cœur, elle dit : « Attendez que j’ôte mon fusil. » Or, c’est de ses lunettes qu’il s’agit; le commencement de la phrase est exact, la fin mauvaise. Comme on lui parle un peu haut, elle dit: Ce n’est pas la peine pour la; ces deux derniers mots remplacent sans doute (le parler si haut.

— Ecoutez-moi bien. R. Oui. — Quel âge avez-vous? U. Mon père

qui s’appelle — Votre nom? R. Mon nom? — Rites-le. R. Je

vais le dire au père... Plagier (Elle s’appelle Farnier). — Quel jour? R. Fontesangendre. — Quel mois? R. Oui.... fanfan.... derrière..... S’apercevant qu’elle se trompe, elle s’impatiente et pleure.

20 oct. et jours suivants. A un nouvel examen nous obtenons les réponses suivantes: — Bonjour, madame. R. Bonjour, monsieur.

(On voit que quand, dans la question, il y a dos mots qui peuvent servir à la réponse, celle-ci est plus régulière.) — Comment vous portez-vous? U. Je voudrais le voir, mais je ne le puis encore. — Quel Age avez-vous? IL Je suis Jeanne-Marie... Eugénie (Ce sont ses prénoms.) — Comptez. IC 2, 3, èze. G, D, ette... • — Avezvous bien dormi? Oui... si je le pouvais. — Votre nom? H. Je voudrais pouvoir vous le faire croire, je ne le puis encore.... Ce peuple.... Mon Dieu comme c’est malheureux.

La malade comprend très-bien tout ce qu’on lui dit. Elle se rend nettement compte des fautes de langage qu’elle commet.

Parfois elle parle assez correctement, surtout avec les personnes du service. A la visite, en raison de l’émotion, les incorrections sont plus nombreuses. « Si vous saviez combien j’ai eu mal à la tète hier, » dit-elle spontanément. Elle compte jusqu’à vingt sans se tromper. Sous ce rapport, il y a un amendement incontestable. Mais le plus souvent ses phrases finissent mal; elle prononce des mots tantôt sans signification, tantôt ne s'appliquant pas à ce qu’on lui demande. En nous voyant prendre un livre pour la faire lire, elle dit: « J’ai déjà essayé, et je ne puis y parvenir. »

Elle épèle ainsi le mot revue : A, E, I, C, F. Lui fait-on remarquer qu’elle a pris l’R pour un A, elle réplique c’est vrai. — Au dynamomètre, 55à gauche, 40 à droite. (Le octobre, nous enregistrions 40 pour les deux côtés.) Les symptômes cardiaques sont les mêmes.

Du 20 au 30 novembre. D. Avez-vous mal à la tête? — R. Si j’ai mal à la tête? Oui, j’ai mal à la tête. — D. Quel est votre Age?

— R. 70 ans... J’ai 70 ans. — D. Avez-vous des étourdissements?

— R. Des partial ions, je n’ai plus. — Ou lui montre différents objets, et elle appelle lardon un porte-plume, déi m doigt, etc. — Elle énumère les noms des jours de la semaine, sauf celui du dimanche. — Elle compte exactement de 1 A 15. Nous la faisons partir de 30, elle continue : 31, 33, 34, 37, trente-dix. On voit, par ces exemples, qu’elle laisse des lacunes. Voici encore comment elle épèle et prononce quelques mots :

Alphabet = a b g e d h d f.

République = h r h c h e h l h t — qu’olle lit grnr.limerftte.

Française « c lu c a ni li l a g ; — qu’ello lit chauturale.

Kilo imli(|ii(' bien, tir mémoire, 1rs leltres jusqu’à. I’; il partir tir là, elle se trompe. S’aperçoit-elle de ses erreurs en causant, elle se lamente.

Nous avons reproduit res détails afin de faire voir les différentes modifications produites par la maladie sur des points trèsdifférents du langage (conversation, lecture, chiffres, etc.). Quant à sa signature que nous lui avons fait écrire un grand nombre de fois, elle est constamment défectueuse.

La malade demande à travailler. Tout ce qu’on lui dit défaire, elle l’exécute bien. Elle est toujours mise très-proprement. Les bruits du coeur, le, pouls conservent les mêmes caractères. Au dynamomètre, nous notons un jour 42, un autre 50 des deux côtés. Sur sa demande, F... retourne dans son dortoir.

30 décembre. Ce matin, à Tl heures, F... était assise sur une chaise, lorsqu’on s’aperçut qu’elle penchait la tête et qu’elle allait tomber. On est arrivé à temps pour la soutenir. Elle n’a pas perdu connaissance, mais elle était incapable de parler. Conduite à 2 heures à l’infirmerie on a remarqué alors les symptômes suivants : F... ne peut pas encore parler; elle semble ne reconnaître personne et ne se rend pas compte de ce qui se passe autour d’elle. Ses yeux sont hagards; le bras gauche est tout à fait paralysé.

Les jours suivants, on constate une hémiplégie gauche, de la somnolence, de la rougeur, puis des ulcérations aux fesses et à la région sacrée, ce qui fait présumer une mort prochaine. Les lésions trophiques de la peau du siège s’étendent. L’assoupissement augmente. Le 0 janvier on s’aperçoit (pic la jambe gauche est violacée, froide et qu’il s’est fait une oblitération de l’artère fémorale et poplitée. La malade meurt le 9 janvier.

Autopsie faite te 10 janvier. — Le cuir chevelu, le . vos, la duremère et les sinus, le cervelet, la protubérance et le bulbe ne présentent rien de particulier. — Des artères de la base, les unes sont peu athéromateuses (tronc basilaire, communicante antérieure, cérébrales antérieures en avant de la communicante, cérébrale post. gauche, artère vertébrale droite); — les autres sont moyennement athéromateuses (communicante post. gauche, cérébrale post. dr.); — enfin les dernières sont notablement athéromateuses (vertébrale gauche, terminaison des carotides

internes, sylviennes). — La pie-mire, modérément injectée, se détache avec facilité.

Hémisphère droit. — 1° Foyer de ramollissement récent occupant la face interne, c’est-à-dire interhémisphérique, de la circonvolution du lobe frontal répondant au nerf olfactif. Ce foyer a environ 2 centimètres de diamètre et 1 d’épaisseur. La cérébrale antérieure correspondante, dans sa portion comprise entre le foyer et la communicante antérieure, est oblitérée par un caillot long de 15 millimètres, volumineux en arrière, effilé en avant, adhérent au:: parois du vaisseau et d’une coloration rouge brunâtre; 2° foyer ancien de ramollissement (plaque jaune) situé sur la circonvolution pariétale postérieure accessoire, ou, en d’autres termes, sur la partie de la circonvolution pariétale postérieure qui se dirige vers le lobe occipital. L’artériole qui aboutit à cette circonvolution offre, au niveau d’un défilé athéromateux, une obstruction ancienne.

Hémisphère gauche. — La partie postérieure de la troisième circonvolution frontale est considérablement atrophiée et répond à peine au cinquième du volume de la partie correspondante de la troisième circonvolution frontale droite. Elle a une coloration un peu jaunâtre.

L’atrophie, ainsi qu’on peut le voir dans la figure ci-jointe, porte sur toute la hauteur de la circonvolution; toutefois, elle est un peu moins marquée au niveau du sillon intercir convolutionnaire. La branche de la sylvienne qui se rend à la partie ramollie est oblitérée par un caillot résistant long de 5 à 6 millimètres et presque décolorée. — Il existe un second foyer, également ancien, répondant à la circonvolution sphénoïdale située immédiatement au-dessous de l’angle de réflexion de la circonvolution d’enceinte de la scissure de Sylvi us. La circonvolution, atrophiée sur une longueur de 2 centimètres, n’a guère plus de 2 ou 3 millimètres d’épaisseur.

Thorax. — Poumon droit, plusieurs ecchymoses sous-pleurales correspondant à des infarctus périphériques dans le parenchyme. Poumon gauche, sain.

Cœur. — Parois du ventricule gauche épaissies. — Les deux oreillettes contiennent un caillot noir. — Valvules auriculovcntriculaires saines.— Légères opacités des valvules sigmoïder de l’aorte.

Foie muscade, grenu.

Vésicule biliaire, deux calculs assez gros.

Rate petite. — Infarctus anciens.

Athéromes artériels très-étendus dans l'iliaque externe et la fémorale droite. L’iliaque externe gauche est très-athéromateuse et oblitérée par un caillot fibrineux.

Inutile de s’étendre davantage sur les autres lésions trouvées à l’autopsie, lesquelles se rattachent moins directement à l’aphasie.

M. Bournevillû l'ait suivre cette observation de réflexions dans lesquelles il insiste sur l’état des artères du cerveau et sur l’origine des loyers de ramollissement. Pour lui, ces foyers se sont produits à la suite de thromboses successives, et ils expliquent très-exactement les phénomènes observés pendant la vie : l’un d’eux devait correspondre à l’aphasie transitoire observée en juillet 1873, un autre plus récent expliquait l’aphasie sans hémiplégie du mois d’octobre 1871, enfin le troisième, tout à fait récent, et siégeant sur le lobe frontal droit, avait causé l’attaque apoplectique de décembre suivie de l’hémiplégie gauche.

M. Bournevillo-a soin de différencier les deux attaques d’aphasie de juillet et d’octobre 1873 de l’abolition de la parole consécutive à l’ictus apoplectique du 30 décembre.

quence d’un ramollissement dû à une oblitération artérielle par athérome. L’observation suivante est un exemple de lésion cardiaque ayant donné naissance à des embolies multiples, à des gangrènes périphériques, à des infarctus viscéraux et en même temps à une aphasie avec hémiplégie par embolie cérébrale.

Affection organique des deux cœurs, probablement d'origine rhumatismale.— Hémiplégie droite. — Aphasie par embolie cérébrale. — Embolie de l'artère crurale gauche et gangrène consécutive. — Infarctus pulmonaires. — Mort : autopsie, (Observation prise par M. le T)1' Dtjguet, professeur agrégé, médecin des hôpitaux.)

Le 13 octobre 18(38, est entrée à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Antoine, n° 27, dans le service de M. le professeur Grisolle (M. Bucquoy, suppléant), la nommée C...,néeà Craonne (Aisne), âgée de 30 ans, exerçant la profession de culottière. Cette femme, an dire de son mari, eut chez ses parents, à Craonne, en 1856, un rhumatisme qui a nécessité le séjour au lit pendant un certain temps. Eu 1860, elle se plaignait déjà de palpitations très-fortes et de suffocations. Elle avait eu un enfant avant son mariage, elle n’en eut pas depuis.

C... travaillait très-bien de son état de culottière, etne se plaignait pas d’autre chose, quand un soir, en 1867, tandis qu’elle faisait ses emplettes chez l’épicier son voisin, elle fut prise subitement, eu causant, d’une perte absolue de la parole, sans paralysie, sans perte de connaissance. Le lendemain matin, elle avait complètement recouvré la parole.

Trois mois plus tard, en dînant, elle fut prise d’une nouvelle perte de la parole, accompagnée cette fois d’hémiplégie droite complète et de perte de connaissance ; la fourchette qu’elle portait à la bouche tomba, et elle fut renversée elle-même de sa chaise. On la transporta sur un lit; la connaissance revint au bout de quelques instants ; mais la parole et l’usage des membres droits ne revenant pas à leur tour, on se décida à la transporter à l’hôpital de la Pitié, dans le service de M. Empis; elle y resta trois mois, au bout desquels elle demanda sa sortie. Elle traînait la jambe droite qui n’était plus aussi paralysée, et conservait complète la paralysie du bras. Rentrée chez elle, C... fut désormais inlirme, se plaignant de palpitations et n’ayant à sa disposition que les mots : Oui, non, ah! quel malheur! Toutes les autres fonctions s’exécutaient parfaitement.

Un soir, en se couchant, elle ressentit tout à coup une violente douleur dans la jambe gauche. Cette douleur était si vive, qu’elle*

se plaignait continuellement et ne pouvait ni manger ni dormir. Alors, à bout de patience, son mari, quatre jours après le début de ces accidents, la transporta à l’Hôtel-Dieu, où elle fut placée salle Saint-Antoine, n° 27 ; et, à la visite du soir, nous trouvâmes une femme assez bien développée, un peu maigre, ayant les traits légèremenKirés et sous le coup d’infirmités multiples.

Lorsqu’elle parle, on est frappé de la difficulté qu’elle éprouve à s’exprimer; répondant par des monosyllabes, et presque toujours par le mot : Non, aux questions qu’on lui adresse. Lui présenle-t-on un objet, elle lui donne un tout autre nom que celui qui lui appartient, appelle un couteau une cuiller, et réciproquement. Si, en lui présentant un objet, on lui demande si cet objet s’appelle d’un nom tout autre que celui qui lui convient, elle fait avec la tète un signe de négation, et enfin si l’on donne à l’objet le nom qui lui appartient, elle dit : Oui, et prononce le nom qu’on vient d’indiquer. Il est impossible d’entretenir avec elle quelques phrases de conversation sur le moindre sujet, bien qu’elle paraisse très-intelligente.

D’un autre côté, quand elle parle ou qu’elle rit, on voit la commissure labiale droite s’étaler un peu, tirée qu’elle est par la commissure gauche; la déviation de la face est très-manifeste; la langue n’est déviée en aucun sens. Le bras droit est complètement paralysé et dans la demi-flexion; il a subi une sorte d’atro. pliie relative dans toute son étendue, les ongles se sont recourbés comme chez les phthisiques, ce qui n’existe pas à gauche, et si l’on cherche à étendre les divers segments de ce membre qui est fléchi, on voit (pie l’extension est difficile et douloureuse. Le membre inférieur droit n’est le siège d’aucune paralysie, il a conservé son volume et la liberté de tous ses mouvements. 11 n’existe du côté gauche aucune paralysie, et si la douleur ne mettait pas obstacle k l’étendue des mouvements, la jambe gauche jouirait de la même liberté que la droite. Du côté de la sensibilité, on ne constate point d’anesthésie, mais une hyperesthésie très-prononcée de tout le membre inférieur gauche, lequel présente, en effet, une lourdeur et une tuméfaction du mollet toute particulière. Mais, à la main, on ne peut pas constater de changement de température.

La malade attire, elle-même l’attention sur des palpitations qu’elle a depuis très-longtemps, antérieurement à son hémiplégie.

LKC.ROUX.

On trouve au cœur, en effet, des signes qui révèlent une affection profonde. A la palpation, il existe un frémissement cataire trèsintense, étendu depuis la pointe jusque sous le sternum. A la percussion, on ne peut pas exactement limiter le cœur; la pointe est un peu basse et en dehors. A l’auscultation, les battements sont tumultueux, irréguliers, inégaux, très-fréquents, presque toujours assez clairs, sans qu’on puisse distinguer d’une façon bien nette un bruit de souffle à l’un ou à l’autre temps. Le pouls est petit, irrégulier, intermittent, incomptable.

Rien du coté des poumons, du foie, de la rate et du ventre en général. La malade ne tousse ni necracho; la langue est humide, pas de soif, pas d’appétit. Il existe un peu de constipation et une incontinence d’urine qui ne permet pas d’examiner ces dernières. Les règles apparaissent périodiquement. La vue et l’ouïe sont excellentes.

Jusqu’au 17 octobre, il ne se fait aucune amélioration; mémo insomnie à cause des douleurs, même anorexie. La soif, ce jourlà, devient plus intense; le faciès s’altère, et les règles apparaissent. Le pied gauche elle mollet ont subi un abaissement notable de température, en même temps que leur teinte est devenue plus pâle. En piquant avec une épingle la plante du pied, la malade ne sent rien, et il ne s’écoule aucune goutte de sang; les battements de l’artère crurale au niveau de l’aine ne sont pas perceptibles. La température prise à la malléole, dans la soirée, est, à droite, de 32°, 2, à gauche, 24°, 5.

Le lendemain, légère aggravation; la température comparative des deux jambes est la suivante : vers le milieu de la cuisse, à droite, 33°, 8, à gauche, 32n,3;au milieu de l’anneau du troisième adducteur, à droite, 32", 4, à gauche, 30°, 4 ; à deux doigts audessus du pli du jarret, à gauche, 27", 8; à la malléole, à droite, 28", 6, à gauche, 24°, 8; aux bras, à droite, 31°, à gauche 31", 0. Température du vagin, 39°, 5.

La respiration, très-fréquente, est à 72; le pouls, toujours irrégulier et inégal; toux légère; la malade expectore deux crachats sanguinolents. Le 19, à la teinte pâle des parties refroidies succède une teinte lie de vin des orteils et de la plante du pied.

Le lendemain, cette teinte s’est étendue aux mollets, et la malade commence à se plaindre des mêmes douleurs dans la

jambe droite, t|iii est devenue le siège d’une hyperesthésie intense et d’une tuméfaction œdémateuse notable.

Le '21, une teinte verdâtre a succédé à la teinte livide; la peau conserve encore une certaine chaleur au-dessous du genou, bien qu’il y ait un abaissement notable.

Le 22, aggravation de tous les symptômes. La soif devient plus vive, la malade se met à tousser, et l’on perçoit dans la poitrine quelques râles sous-crépitants disséminés; elle n’a pas la force de cracher. La gangrène répand une odeur de plus en plus infecte. La malade profère toujours cette plainte : Ah! quel malheur! quel malheur!

Le 23, l’aspect de la jambe ne change pas notablement; ou constate un empâtement manifeste du mollet ; la face se cyanose.

Enfin, le 24 dans l’après-midi, la malade tombe dans l’assoupissement; la cyanose s’étend à toute la surface du corps, ainsi que le refroidissement, et la mort arrive à dix heures du soir.

Autopsie. — 1 " Cœur et ruisseaux. — Le cœur se présenteavec un volume exagéré et est enveloppé étroitement par le péricarde, qui n’offre aucune altération appréciable, ni liquide, ni fausse membrane, ni plaque laiteuse. Au niveau de l’union de l’oreillette droite avec le ventricule du même côté, se voit seulement un groupe de granulations un peu villeuses, reposant sur un péricarde un peu épaissi et blanchâtre. À la pointe du ventricule gauche, existe une plaque large comme une pièce d’un franc, sur laquelle on trouve des filaments qui réunissent en ce point les deux feuillets du péricarde.

A l’ouverture du ventricule droit, on trouve une grande quantité de caillots cruoriques noirâtres, sans consistance, se continuant d’une part avec un caillot d’agonie qui occupe l’artère pulmonaire, et d’autre part avec une masse cruorique semblable, grosse comme le poing, qui occupe l'oreillette droite. L’orifice de l’artère pulmonaire offre les caractères de l’état normal; les valvules sont souples, libres et suffisantes. L’orifice auriculoventriculaire est le siège d’une altération profonde; au lieu de laisser passer trois doigts comme à l’état normal, c’est à peine si l’extrémité du petit doigt peut y être introduite. La valvule représente un diaphragme circulaire percé à son centre d’un orifice régulier. La face ventriculaire de ce diaphragme montre

l’insertion des cordages se faisant k l’aide d’un tissu induré, épaissi, blanchâtre. L’intérieur de l’oreillette n’offre rien de particulier; cependant vers l’auricule, on trouve un caillot cruorique qui se continue par l’un de ses bords, avec un caillot semblable, qui se bifurque en se rendant dans les deux veines caves.

Le ventricule gauche est petit relativement au ventricule droit; il contient, lui aussi, un caillot cruorique d’agonie, qui se continue d’une part dans l’aorte, et d’autre part dans l’oreillette. L’orifice auriculo-ventriculaire est considérablement altéré; la valvule mitrale se présente sous la forme d’une tumeur faisant saillie dans le ventricule gauche et offrant à sa partie inférieure une ouverture cachée au centre des cordages épaissis. Cette ouverture représente un bec de carpe, dont les deux mâchoires antérieure et postérieure appartiennent aux deux valves altérées de la valvule. Cet orifice ne permet pas d’introduire l’extrémité du petit doigt. Les cordages insérés sur la face ventriculaire sont épaissis et rétractés, formant autour de l’orifice une sorte de chevelu qui représente les racines d’un arbre. Du côté de l’oreillette, on trouve un infundibulum qui va en s’évasant et présente cinq ou six végétations verruqueuses. Sa cavité contient un caillot qui se continue dans les veines pulmonaires; la tète de ce caillot fait saillie au-dessus de l’orifice mitral, présentant trois bosselures secondaires sur lesquelles est moulé le caillot cruorique dont j’ai parlé.

L’orifice aortique est suffisant, ses valvules sont un peu rétractées, mais conservent toute leur souplesse et la liberté de leurs mouvements. D’ailleurs, si cet orifice est légèrement rétréci, ce qui est probable, il fait suite à une aorte d’un volume peu considérable et qui offre des plaques athéromateuses depuis son origine au cœur jusqu’à sa division. Ces plaques deviennent plus nombreuses dans la portion abdominale de l’aorte. A l’embouchure des deux artères iliaques, on voit, le long de la paroi gauche de l’aorte, commencer un caillot qui s’épaissit de plus en plus et oblitère complètement le vaisseau iliaque correspondant, à la hauteur même de la bifurcation.

Les veines du mollet, siège de la gangrène, sont énormément tuméfiées par des caillots fibrine-globulaires qui s’étendent depuis les radicules veineuses les plus petites jusqu’aux troncs les plus volumineux, s’accroissent au niveau de chaque nid val-

vulaire, deviennent très-gros, et contiennent à l’intérieur une houe sanguinolente. Ces caillots viennent aboutir à la veine cave inférieure par une extrémité en tète de serpent.

Les veines du membre inférieur droit sont elles-mêmes remplies par des caillots semblables qui s’étendent jusque dans la veine iliaque primitive droite où ils se terminent en tête de serpent.

2° Poumons. — Le poumon gauche présente plusieurs infarctus hémoptoïques d’une couleur rouge sombre. Il en existe un près du bord antérieur du lobe supérieur, un seconda la face externe du lobe inférieur; on en trouve deux autres du volume d’une noisette en haut et en dehors de ce même lohe. A ces infarctus correspondent plusieurs ramifications de l’artère pulmonaire oblitérées par un caillot qui commence à 0m,01 de l’infarctus, et le traverse avec ses ramifications.

Le poumon droit est retenu par quelques fausses membranes en arrière, qui ne paraissent pas dépendre d’une lésion de la plèvre pariétale. Il présente trois infarctus sur le bord antérieur du lohe supérieur, un autre sur le bord inférieur de ce même lobe. On voit aussi sur le bord antérieur du lobe inférieur deux infarctus grisâtres entre lesquels existe une tumeur fluctuante du volume d’un œuf, répondant à l’endroit où se trouvaient les fausses membranes, et renfermant un liquide fétide peu abondant. En arrière de ce même poumon, on aperçoit des marbrures dues à d’autres infarctus fibrineux, et des coagulations accompagnent les rameaux de l’artère pulmonaire qui se distribuent dans les infarctus.

3° L’estomac, les intestins, les ganglions mésentériques, le foie, ne présentent rien d’anormal. La rate et les reins présentent çii et là des enfoncements cicatriciels répondant à d’anciens infarctus.

i° Cerveau. — A l’ouverture du crâne, on constate l’intégrité parfaite de toutes les membranes et de la cavité arachnoïdienne. Les vaisseaux de la base du crâne ne semblent nullement altérés; on n’y voit pas d’athéromes. Au niveau de l’artère sylvienne du cùté gauche, la pie-mère est soulevée, distante de la masse cérébrale, et formant un feutrage semblable â celui d’une toile d’araignée dans les mailles de laquelle circulent très-librement toutes les branches de la sylvienne. Les vaisseaux rampent

bientôt à la surface du cerveau, lequel offre à ce niveau une anfractuosité profonde qui tient la place du lobule de l'insula. L’artère sylvienne gauche offre un calibre très-étroit, et il est hors de doute que cette diminution dé calibre est consécutive à la résorption du caillot embolique.

Après avoir dépouillé les deux hémisphères de la pie-mère qui les recouvre, on constate l’intégrité parfaite de toutes les parties périphériques et centrales de l’hémisphère droit. 11 en est de même pour l’hémisphère gauche, au moins à la surface et sur la coupe qui le sépare par le milieu de l’hémisphère droit. Cependant, au fond de l’anfractuosité que nous avons signalée, cet hémisphère présente une surface presque plane, un peu ramollie, qui n’offre pas même les vestiges des circonvolutions de l’insula, et cette altération, évidemment graisseuse, envahit la circonvolution marginale antérieure de la scissure de Sylvius, qui forme la racine de la troisième circonvolution frontale.

En ouvrant le ventricule latéral, on trouve une légère diminution de volume du corps strié, qui paraît intact superficiellement, mais dont la consistance semble un peu ramollie. L’étage inférieur du pédoncule cérébral est considérablement diminué d’épaisseur au-dessous de la bande noire qui le sépare de l’étage supérieur; de plus, cet étage inférieur est composé d’un tissu comme feutré, d’un gris jaunâtre, et en comparant l’étage semblable de l’autre côté, on voit qu’il existe une diminution des deux tiers au moins. La protubérance présente une dépression très-évidente dans sa moitié gauche, et au niveau de son boni inférieur, on voit émerger la pyramide antérieure, dont le volume, par rapport à l’autre, a diminué d’un tiers- environ. Elle a une teinte d’un gris blanchâtre, qui tranche sur la teinte de la pyramide de droite, et s’étend jusqu’à l’entrecroisement, point où la dégénérescence secondaire semble s’arrêter.

La moelle n’a pas été examinée.

A côté de ces deux observations d’aphasie par ramollissement, nous plaçons un autre cas d’aphasie dû probablement à la même cause anatomique, mais intéressant par la répétition des accidents affectait I toujours le même siège et

le même ivpe, et curieux surtout parce que l’hémiplégie de la motilité coïncide avec une hémiplégie persistante de la sensibilité.

Aphasie avec hémiplégie et hémianesthésie droite. ( Observation

recueillie dans le service de M. Bromrdel, par M. Hirtz, interne des hôpitaux.)

Broh... (Pierre), trente ans, couvreur, entre le 23 janvier 1875 à l’hôpital Saint-Antoine. Cet individu, sans antécédents syphilitiques, est alcoolique avéré. Il a eu en 1872 une première attaque apoplectique suivie d’une aphasie absolue qui dura trois mois et d’une parésie du membre inférieur droit qui disparut également.

Au bout de ces trois mois, B.... reprit son travail et jouit d’une santé complète jusqu’en juillet 1874, époque à laquelle il a une deuxième attaque d’apoplexie suivie d’hémiplégie complète de tout le côté droit et d’aphasie. Deux mois après il était assez bien rétabli pour reprendre son métier de couvreur. L’aphasie n’avait pas disparu entièrement, et il avait souvent des difficultés à prononcer certains mots. Le langage mimique avait subi une atteinte profonde.

Au commencement d’octobre, troisième attaque d’apoplexie avec hémiplégie droite complète et aphasie. Aujourd’hui (3 mars 1875) ce malade ne parle que par monosyllabes, il répond : « oui, non ou bonjour, ® mais en s’accompagnant de gestes expressifs; il comprend très-bien tout ce qu’on lui dit.

On constate du côté des membres : une faiblesse très-marquée à droite sans atrophie des muscles; une contracture de la main droite dont les doigts sont fléchis, mais qu’on peut cependant redresser sans effort. Les mouvements réflexes sont diminués.

En explorant la sensibilité, on constate une anesthésie absolue de la peau des membres, de l’abdomen, du thorax ot de la face dans la moitié droite du corps.

Non-seulement il y a anesthésie, mais encore analgésie et thermo-anesthésie.

T. a muqueuse nasale du côté droit est également insensible.

On peut promener un crayon sur la cornée de l’œil droit sans déterminer de douleurs.

Les organes des sens sont également atteints dans une certaine mesure : le malade entend moins bien de l’oreille droite, la vue est peu nette de ce même côté, et le sens du goût est aboli dans la moitié droite de la langue.

L’examen du cœur démontre un certain degré d’hypertrophie et l’existence d’un léger prolongement du premier bruit à la pointe.

Rien de particulier à noter dans les autres organes.

La nature de la lésion anatomique qui a eu pour conséquence l’aphasie dans l’observation qui suit n’est pas absolument déterminable. Est-ce un ramollissement ou une hémorrhagie? nous l’ignorons; mais la rareté de l’aphasie par hémorrhagie doit plutôt faire accepter la première hypothèse.

Ce malade est intéressant à étudier parce que la perte de la parole, la perte de la représentation de ses idées par les signes du langage sont complètes, et cependant son intelligence est suffisamment conservée pour qu’il ait appris à écrire de la main gauche. Cette éducation a été possible, alors même que l’amnésie des signes est restée assez absolue pour ne lui permettre que de copier les lettres qu’on lui présente.

Aphasie complète avec hémiplégie droite. ( Observation communiquée par M. le professeur Hirtz, de Nancy.)

M. H... homme de soixante ans, robuste et de tempérament sanguin, d’intelligence supérieure, est pris d’une attaque d’apoplexie au printemps de 1874, après avoir éprouvé pendant quarante-huit heures des préliminaires consistant surtout dans des lacunes dans la mémoire des mots,

La perte de connaissance dure vingt-quatre heures. On constate alors qu’il y a une hémiplégie droite très-accentuée et portant sur la face et les membres.

De plus, le malade est complètement aphasique, il ne peut prononcer que : « eh. .., eh..., eh..., eh... » comme toute réponse aux questions qu’on lui adresse. Pendant les mois qui suivirent, on ne put s’assurer si l’aphasie portait également sur l’écriture, le malade étant paralysé du côté droit; mais bientôt la santé générale se rétablissant, M. H... s’appliqua à écrire de la main gauche et parvint à écrire très-finement.

Son intelligence semble intacte aujourd’hui. Il lit et comprend ce qu’il lit. Il écrit très-exactement de la main gauche, mais à la condition d’avoir un modèle sous les yeux. Il en est de même pour le dessin.

11 ne peut toujours prononcer que : « eh..., eh..., eh... » Quand on lui dit de répéter un mot, il répète : « eh... » autant de lois qu’il y a de lettres dans le mot. Sa mimique très-développée lui permet de se faire comprendre des personnes avec lesquelles il est en contact journalier.

Quand on lui met un alphabet mobile entre les mains, il ne peut constituer son nom en choisissant les lettres; mais si on lui donne son nom tout composé, il peut en dissocier les lettres et les rétablir ensuite. Il peut calculer facilement, et il l’a prouvé plusieurs fois en comptant lui-même les honoraires de son médecin.

Le malade suivant, dont M. Lasègue nous a rapporté l’histoire, présente ce caractère particulier d’avoir perdu incomplètement la parole et complètement la faculté de comprendre les signes écrits du langage. C’est un type rare, curieux à étudier, car il pourrait induire en erreur le médecin peu familiarisé avec toutes les variétés de l’aphasie.

Aphasie incomplète de la parole et complète de la lecture. (Observation due à M. Lasègue.

M. X.... âgé de 03 ans, prêtre attaché à une paroisse de l’Amérique du Sud, Français d’origine.

Fatigue générale sans malaises plus définis, se prolongeant pendant quelques mois et obligeant le malade à abandonner successivement les fonctions les plus pénibles de son ministère qu’il avait remplies jusque-là avec un zèle infatigable.

Quelques vertiges incomplets avec sensation de fourmillement dans le bras droit, sans ictus apoplectiforme, perte tlrès-ineomplète de la parole ou plutôt incapacité de retrouver les mots avec une suffisante facilité pour continuer la prédication.

Cette première partie de l’observation n’est connue que par des récits extra-médicaux très-imparfaits.

Le malade est rapatrié et il arrive à Paris supposé atteint d’un commencement d’aliénation mentale à forme dépressive. L’examen fait reconnaître alors une certaine lenteur dans l’expression des idées, attribuée d’abord à une difficulté de conception, mais qui résulte en réalité d’une difficulté dans la mémoire de l’articulation des mots. Dans le cours d’une conversation tantôt suivie, tantôt volontairement interrompue, on note des périodes d’articulation correcte et des défaillances. Le malade a, à un notable degré, ce qu’on pourrait appeler le caractère ou l’humeur aphasique. Il s’irrite doucement après chaque tentative infructueuse pour trouver le mot propre, et ne consent pas à recommencer un nouvel effort. La conversation est néanmoins possible, presque facile, et1 les lacunes passeraient inaperçues pour un observateur inexpérimenté. Il en est tout autrement quand il s’agit de la lecture. Le malade est absolument incapable, non -seulement de lire des lettres associées, mais de reconnaître la valeur conventionnelle des lettres de l’alphabet isolées. Sa vue est intacte.

11 prononce au hasard un B ou un D, en regardant un A. Le journal qu’il lisait habituellement lui est présenté. 11 sait et dit le nom, mais il essaye vainement de le lire, et son attention absorbée par l’effort stérile de la lecture ne lui permet pas d’appliquer son souvenir. Si on lui demande quel journal lisez-vous,

il répond, le Journal des Débats, si on lui présente la feuille il ne la reconnaît pas.

Les expériences les plus diverses permettent d’affirmer que la faculté de comprendre les signes écrits du langage est complètement abolie.

Le malade, après un court séjour à Paris, est retourné en province dans sa famille.

Les aphasies dont les observations suivent sont survenues dans le cours des maladies générales, état puerpéral, ou fièvres éruptives. Elles sont importantes à connaître, car si le diagnostic de la lésion qui les détermine est incertain, leur type clinique diffère complètement des aphasies avec lésions cérébrales par leur marche et par leur pronostic.

Aphasie dans l'état puerpéral. Note communiquée par le docteur

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