‹ De l'aphasieChapitre 2 sur 15 · ÉTYMOLOGIE ET SYNONYMIE. — DÉFINITION · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIE ET SYNONYMIE. — DÉFINITION

Je n’entrerai pas dans la discussion tant de fois reproduite qu’ont soulevée les termes dlalie, paralaliéj laloplérjie 4 aphémie, aphasie, employés pour désigner la perte de la parole. Le mot aphasie, de privatif, et </>«?(?, parole, a prévalu dans l’usage; il a passé dans notre vocabulaire médical, sous le patronage de M. Littré et de Trousseau. D’ailleurs le mot a une origine très-ancienne, ainsi qu’on peut s’en convaincre en lisant les HypotyposeS, ou Institutions Pinhoniennes de Sextus EmpiMcus (500 ans après J.-C., traduction du grec de Iluart. Amsterdam, 1725, p. 93). Dans le style des philosophes grecs, il signifiait la situation d’un homme qui reste coi, ou qui volontairement ne se -prononce ni pour ni contre tel ou tel sujet.

Le mot aphémie (<*, privatif, et y-ntu, je parle), composé par M. Broca, est à fout prendre aussi correct que le mot aphasie (voy. Gaz. des hôp.,9iê jttnv. 1804), et ils Sont, tous deux préférables au mot alalie, défendu par M. Jaccoud, et qui a comme inconvénient d’avoir été employé par les anciens auteurs, Sauvages, Swédiaur, Cullen, les deux Frank, comme terme générique indiquant tous les troubles

de la parole, quelle qu’en soit la cause: aphonie, mutisme, idiotie, etc.

Au reste, le mot aphasie a été adopté par la plupart des médecins, et ce serait vouloir perpétuer la confusion que de discuter encore sur sa valeur philologique.

Je ferai remarquer seulement que sa signification s’est peu à peu écartée du sens strictement étymologique : d’abord appliqué aux troubles du langage articulé seul, il désigne aujourd’hui la perte complète ou incomplète de la faculté du langage en général, qui n’est due ni à une lésion de l’intelligence, ni à l’altération organique ou fonctionnelle des appareils périphériques qui servent à l’expression des signes représentatifs des idées. On ne dira donc pas qu’un individu frappé de mutisme, d’idiotie, de crétinisme, et qui ne parle pas parce qu’il ne pense pas, est un aphasique, pas plus qu’on ne tiendra pour aphasique un malade paralysé de la langue ou du larynx. En ayant égard à cette' distinction capitale, on sortira de la confusion où sont restés les anciens auteurs.

Si l’on voulait donc définir l’aphasie par une formule pouvant s’appliquer toti et soli, je crois que l’on pourrait dire que l’aphasie est un caractérisé par la diminution ou la perversion de la faculté normale d'exprimer les idées par des signes conventionnels ou de comprendre ces signes, malgré la persistance d'un degré suffisant d'intelligence et malgré l'intégrité des appareils sensoriels, nerveux et musculaires qui servent à l' expression ou à la perception de ces signes.

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