OBSERVATION IV
(Bazin, de Cormeilles, Gazette des Hôpitaux, 1871.)
Aphasie hystérique,
Le 20 mars 1870, la femme P..., âgée de 40 ans, enceinte de 7 mois, était occupée à coudre devant son feu quand, tout à coup, elle s’aperçgut que son aiguille n’obéissait plus à sa volonté. Elle éprouvait, en même temps, comme un étourdissement qui la rendait toute drôle, Elle se leva, ordonna à sa fille d'aller chercher du monde; puis, elle perdit complètement l'usage de la parole. Elle voyait, entendait, com= prenait tout ce qui se faisait ou se disait autour d’elle; mais elle tentait vainement d'exprimer verbalement sa pensée, Elle faisait des signes pour répondre aux questions qu'on lui adressait. Elle ressentait, en même temps, de l'oppression dans la région épigastrique, des bâillements, des éructations. Les voisins la délacèrent et la placèrent devant le feu; mais elle fit comprendre que la chaleur l’incommodait, Elle demeura sans parler pendant une heure; puis, survint un tremblement général suivi de froid analogue au frisson qu'éprouvent, avant le vomissement, les personnes atteintes d’indigestion; et, chose singulière, aussitôt la parole revint. Je me trouvai par hasard devant la porte; on me fit entrer.
Je trouvai la femme P.., en état de frisson et capable de m’exposer ce qui venait de lui arriver, Pendant que je l'interrogeais, le frisson s'arrêta court et aussitôt, d'une manière aussi tranchée que possible, Ja parole redevint embarrassée. La malade se déshabilla, et, pendant qu’elle se mettait au lit, le frisson reparut encore et avec lui un plus grande facilité de parole. Je ne constatai pas de paralysie; la femme P... était montée sans aide dans son lit. Le pouls n'était pas fébrile,
Diagnostiquer l’aphasie était chose facile : mais à quelle cause l’attribuer ? La femme P... était grosse depuis 7 mois; il se pouvait que
David.
= de
les troubles constatés fussent dus À l'albuminurie, Le moyen d'en faire la preuve immédiate me manquait. Comme la malade habite dans le voisinage immédiat d’un marais, j'étais fondé à croire à un accès de fièvre pernicieuse se larvant sous cet appareil insolite de symptômes,
Il y avaiteu, au début, difficulté de tenirl’aiguillle; mais cette difficulté ne pouvait être attribuée à une paral}sie consécutive à une. hémorrhagie cérébrale, dont la fugacité avait été telle qu'il n'en restait plus de trace une heure après,
S’agissait-il d'une congestion cérébrale très faible ? Ce n'était pas vraisemblable. Navais-je pas affaire à une apbasie purement nerveuse ? Nous verrons plus loin l'importance d’une pareille hypothèse,
J’instituai comme traitement : 1 gramme de sulfate de quinine associé à { gramme de scammonée ; sinaspisrnes aux extrémités; potion éthérée. L’embarras du diagnostic causal explique ce traitement polypharmaque. ;
Le soir, le pouls était à 75. Parole embarrassée par moment.
L'urine analysée ne contenait ni sucre, ni albumine, Précipité d'urates colorés en rose par de l’hémaphéine. Posphates et carbonates terreux.
21 mars. Nuit assez bonne. La parole est un peu plus libre que la veille. Les mots « Ah! oui!» reviennent à tout propos au commencement de chaque phrase. L'intelligence est un peu affaiblie; la malade est apathique, indifférente. P. 85. Céphalalgie; partie droite du front et de la joue douloureuse et sensible au froid,
Le 22. La malade a dormi toute la nuit : alternatives de gêne et, de plus grande facilité dans la parole. P. 70.
Le 24. Je trouve la malade occupée aux soins de son ménage. Engourdissement dans les deux bras. Voulant me rendre compie de l'état de ses facultés intellectuelles, je la fis écrire. Elle éprouve une certaine difficulté à tenir Ja plume, et à force d'attention, écrit Mare pour Marie.
Elle me dit qu’elle ne sait plus compter à haute voix. Je lui fais écrire une série de neuf chiffres, Après avoir recommencé plusieurs fois, en brovillant les chiffres, elle ne peut dépasser le chiffre 7. Cette attention la fatigue.
Devant moi, elle dit à sa fille : « Va donner à boire à la v pour dire à manger. Elle dit qu’elle parlerait bien si elle S ne peut plus lire mentalement, ni À haute voix, J'ouvre un livre d'en fant, intitulé : Trois mois sous la neige; elle lit seulement : SOUS la neige. Elle commence une page d’évangile par ces mots : « En ce temps-là », qui justement ne s’y trouvaient pas. |
* Lo 5 septembre 1871, J'allai visiter cette mal
ache », avait. Elle
ade que j'avais eu l’oc-
casion de rencontrer plusieurs fois, et qui se disait guérie. Klle me raconta que, lorsqu'elle était très fatiguée, elle éprouvait encore, il y à quelques temps; un léger embrrras de parole; qu’en 4870, voulant écrire à son fils, elle avait éprouvé beaucoup de peine pour (rouver les mots. Aujourd'hui, elle ne se plaint plus de cette fatigue temporaire que nous avons signalée: Plus de céphalalgie ; les deux côtés du corps sont aussi forts. Je la fis écrire et compter suivant le même ordre qu’à mon premier examen. Elle s'en acquüitta très bien.
L'auteur fait suivre cette observation de réflexions sur la valeur de son diagnostic. Après avoir éliminé sommairement l’albuminerie et la grossesse comme causes de l’aphasie, il écarte, peut-être un peu trop vite, la possibilité d’une congestion cérébrale. Il conclut à la nature hystériqne de l’aphasie, parce que dans l'épilepsie il y a perte de connaissance, et que « l'absence de ce symptôme, jointe à la nature toute hystérique des symptômes qui ont marqué le début de l'accès chez cette malade, suffit à faire attribuer l’aphasie à une attaque d'hystérie non convulsive. Dans cette forme, tout se borne à des vertiges, des troubles de la vue, des serrements de poitrine, des bâillements, des éructations. N'est-ce pas ce qui a lieu chez notre sujet”?
L'attaque commence par un vertige, maïs le sujet ne perd pas connaissance : ses doigts cessent de pouvoir fonctionner, mais la femme P... s'aperçoit de ce qui arrive et peut appeler sa fille. C’est alors que survient l'oppression dans la région épigastrique (boule hystérique), les bâillements, les éructations. Sous l'influence de cet état hystérique, la parole est supprimée, l'intelligence restant conservée. Survient un friseon, phénomène convulsif pendant lequel la parole redevient facile. Le frisson cesse, l’aphasie reparaît.
Ces alternatives sont bien dans le caractère de l’hystérie névrose, si remarquable par la mobilité de ses localisations nerveuses et leur mutuel remplacement. »
L'auteur conclut à une aphasie hystérique ; il ect regrettable que les antécédents du sujet n’aient point été élucidés au point de vue de l’hystérie et de la syphilis et que l’hypothèse d'une congestion centrale n’ait pas éte plus longuement discutée. Toutes ces raisons nous font considérer le diagnostic de l'auteur comme très douteux.
OBSERVATION V (James Tyulaison).
Obsei vation de mutisme hyslérique chez un enfant.
(The obstetrical Journal, n° 62,7 septembre 1876.)
Petite fille de 10 ans 1/2, entrée à ‘l'Infirmerie de l'Ouest, en mai
Sa mère, morte phthisique, avait été sujette à des attaques d’hystériesaus forme d'évanouissements. Cette enfant n’avait naturellement pas encore ses règles, mais s'était très bien portée jusqu’à la fin de février 1876. Quoique n'ayant jamais été une écolière bien studieuse, elle était agitée à propos d’un examen et, deux jours après, en revenant de l’église, elle eut une attaque de nerfs, se démenant de tous côtés et frappait les murailles et ses amies, etc. Ceci finit au boutde trois jours; pendant ce temps-là, elle mangeait peu, ne parlait pas et or supposait qu’elle n’entendait pas. Un mois plus tard, elle eut une attaque semblable qui dura également trois jours, et fut moins violente.
Depuis lors, elle avait eu plusieurs de ces crises qui duraient un jour, moins violentes, mais accompagnées, à ce que pensaient sesamis, de surdité et de mutisme absolus. Ges accidents nerveux étaient toujours passés après une nuit de repos,
Mais, le 28 avril, elle eut une attaque plus violente et qui dura huit jours. Conduite à l’infirmerie le 4 mai, pendant une attaque, elle présentait un état d’agitation et de turbulence très grand, devenant de la violence quand on la contrariait. Quand son père voulut la quitter, elle s’attacha à lui et poussa des cris. Mais lorsqu'il fut parti, elle devint tranquille. Le jour suivant, elle répondit sur une ardoise à plusieurs questions qu'on lui avait écrites en ayant j’air d'y prendre un grand intérêt,
On ne pouvait pas voir d’une façon certaine si elle entendait ou non ; mais mon impression est qu’elle n’entendait pas. Le jour suivant, on essaya de la faire parler en écrivant un mot, en le criant dans son oreille et en lui faisant imiter le son. Elle articula plusieurs sons de cette manière, dont on pouvait de temps en temps reconnaître les mots.
En l’examinant avec soin, on ne peutrien constater d’anormal dans son état physique. Quand nous eûmes complété l'examen du cœur, du foie, etc., la gardienne l’embrassa dans son lit en la priant de se tenir tranquille et on fut très amusé de voir l’'empressement de l’enfant à embrasser les personnes qui se trouvaient autour d'elle.
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Le traitement, outre les essais à la faire parler, consistait à continuer la dose de dix grains de bromure de potassium qu'elle avait déjà pris chez elle. Le lendemain, purge de scammonée,
Le matin suivant, à son réveil, elle ditbonjour à la gardienneet, àla visite qui eut eu lieu une ou deux heures après, elle répondit facilement aux questions qu'on lui adressait. Elle lit aussi à plusieurs reprises, plusieurs pièces de vers et récita quelques lignes de poésie par cœur, Pendant un mois qu’elle passa à l’infirmerie, elle n’eut pas d'attaques. J'ai appris ensuite qu'elle se portait très bien et n’avait paseu de nouvelles crises.
Il n'est pas difficile de voir dans cette malade une hystérique, ainsi que Fynlaison le dit lui-même. Il est plus difficile peut-être de rapporter à l’aphasie et non au mutisme la perte de la parole. A-t-on affaire ici à de l’aphasie motrice compliquée de surdité verbale? Nous ferons remarquer tout d’abord que l'examen physique très complet de la malade n’a rien fait constater d’anormal dans son état physique. On peut donc en conelure que très vraisemblablement les organes phonateurs avaient conservé leur intégrité. La malade n’était pas davantage aphone, et l’on ne peut guère penser en lisänt l’observation à du mutisme simulé. L'enfant fait du reste tous ses efforts pour parler, et de temps en temps, parvient à articuler à peu près quelques mots. Cette particularité, la rapidité du début et le retour complet du langage, tout cela rentre bien dans les descriptions d’aphasie motrice que nous avons pu lire.
De plus, on peut se demander si l’enfant n'était pas atteinte de surdité verbale. Fynlaison croit que la malade n’entendaitpasdutout, etqu'on avait affaire, parconséquent, à un trouble-passager plus ou moins accentué de l’organe de l’ouïe, comme cela arrive assez souvent dans l’hystérie. Comme la surdité verbale était à peine connue à cette époque, on est en droit de se demander si l’auteur n’a pas conclu de ce que l’enfant ne comprenait pas le sens des mots à la perte de l'ouïe. L'observation
ee manquant de détails, on comprend que nous ne puissions rien conclure à ce sujet.
OBSERVATION VI (Lecorché at Talamon. Etudes médicales, 1881.)
Hystérie. — Paralysie du bras droit. — Anesthésie et analgésie, —
Aphasie passagère,
- M.…., 32 ans, entrée au mois de mars 1879, femme nerveuse, excitation cérébrale continue; fait un abus excessif de café dont elle boit un pot par jour; travaillant jusqu'à une heure,deux heures de la nuit, Il y a deux ans elle a eu le bras droit paralysé, avec gêne de la parole pendant quatre ou cinq jours, à la suite d’une vive contrariété. Elle se porte bien actuellement. Jamais d'attaques de nerf, mais elle continue à faire les mêmes excès de café et de travail.
28 avril. Après la lecture d’un article de journal qui la vivement contrariée, elle a été prise de céphalalgie, puis, au bout de quelques heures, d’une faiblesse du bras droit qui l'empêche de Esoulever sa main gauche jusqu’à la bouche, d'écrire. En mêmetemps gêne dela parole, Elle ne trouve passes mots, ellene peut nommer les objets qu’elle désire el ne peut que les indiquer avec un geste d’impatience. Quand nous la voyons le soir, l’aphasie légère a déjà disparu; elle raconte sans difficulté ce qui lui est arrivé ; mais elle dit que par moment encore le mot lui échappe. La parésie du bras droit persiste. Elle le soulève avec peine et ne peut porter sa main jusqu'à sa bouche. Elle remue ses doigts, mais n’a plus de force pour serrer. Elle ne peut écrire. Anesthésie et analgésie complètes jusqu'à l’épaule. On lui enfonce une épingle à travers le bras sans qu’elle s'en aperçoive. Elle ne sent ni la douleur ni le contact de l'épingle. Rien au membre inférieur.
5 mai. La parésie du bras droit s’est en partie dissipée sous l’influence de quelques frictions, La main reste pourtant un peu faible. L’analgésie persiste. Cette analgésie ne disparaît que le 20 mai, à la suite d’une amygdalite aiguë avec fièvre qui dura cinq ou six jours.
OBSERVATION VII (résumés).
(D' St-H. Serre, professeur agrégé à la Faculté de Muntpellier.) Aphasie hystérique.
R, A..., née à Toulouse, 17 ans, est envoyée de Béziers au dépôt de Montpellier.
Rien de particulier à noter au point de vue de l'hérédité pater-
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nelle. Sa mère, très impressionable est sujette à des attaques de nerts,
de même qu’une de ses tantes. La malade est d'une constitution dé-
bile, Réglée à 11 ans:
s'est adonnte de bonne heure à Ja prostitution,
Eu 1877, elle a eu avant terme (7 mois) un accouchement pénible; des lésions graves ont accompagné cet accouchement, Il aété malheureusement impossible d'en déterminer exactement la nature; R, A... raconte seulement qu’elle a été malade du mois de novembre 1877 à avril, C’est pendant ce temps qu’elle a eu pour la première fois une crise d’aphasie; subitement, elle a senti quelque chose de lourd qui partait de l'estomac, montait au gosier et l’étouffait ; elle avait de la difficulté à respirer et ne pouvait prononcer un seul mot. Elle resta ainsi deux mois et demi: au bout de ce temps, d’une façon aussi subite qu’elle avait disparu.
Une fois rétablie, elle se livre de nouveau à la prostitution et contracie la syphilis vers juin 1878.
22 août. Le jour de son admission, elle est trèspale, très amaigrie. Elle nous fait signe qu’elle ne peut parler; elle ne peut, qu'avec de grands efforts, émettre les monosyllabes « ti, ti, ta, ta ».
L'expression dela pensée parle geste etpar l'écriture est intacte. Elle nous apprend par l'écriture que depuis quinze jours, époque de l’apparition de ses règles, elle ne parle plus,et {ous les renseignements
la parole est revenue
précidents : Céphalalsie assez intense ; dysphagie ; douleur à l'épi-
gastre ; langue recouverte d’un enduit saburral ; nombreuses plaques muqueuses-sur la langue, les piliers, le voile du palais ; ulcérations aux grandes lèvres; leucorrhée; granulations au col de l’utérus.. Prescript. 2pil. de protoïodure de mercure. Bains. Injections vaginales.
Au bout de quelques jours, la malade recouvre l'usage de la parole, mais le 28 août elle sent comme une boule qui, de l'estomac, lui monte à la gorge et la suffoque.
Ciphalalgie. Malaise, En même temps, elle perd subitement la parole. Cette fois encore, l'écriture et la mimique sont conservées. Pas de troubles de l'intelligence. On suspend le traitement mercuriel. Douches froides et bains.
12 septembre. L'état général paraît amélioré.
Le 15. Subitement, dans la nuit, l'embarras de la parole a disparu; la malade s'exprime comme si elle n'avait jamais éprouvé aucun mal. |
8 octobre. Apparition de règles très abondantes, Douleurs à l’épigastre.
Le 12, Cessation de l'écoulement menstruel: le soir, douleurs à l’6pigasire, boule hystérique, attaque convulsive qui dure vingt minutes, Après l'attaque, la malade a complètement perdu la parole,