‹ De l'Aphasie HystériqueChapitre 8 sur 14 · DA · texte numérisé non relu

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Le 13, Nouvelle attaque convulsive d’un quart d'heure; nuit agitée, vomissements bilicux, La malade reste complètement aphasique pendant deux jours. Elle comprend très bien les questions qu’on lui adresse, mais, malgré ses efforts, nepeut que prononcer ti, ti, ta, ta.

A un moment, comme nous tâchions de lui faire prononcer les lettres de l'alphabet, elle s'écrie : « Je ne sais pas », mais avec une difficulté extrême. Nous lui ordonnons de chanter. Elle ne peut que pousser un cri sans émettre aucune parole. L'expression de la pensée par le geste et l'écriture est toujours conservée. Les mouvements de la langue sont un peu paresseux. La malade prononce avec efforis quelques monosyllabes, oui, non, et quelques lettres, a, b, c, très difficilement. Les choses restent en l’état, la malade toujours très affaiblie, jusqu’au 19 octobre; le soir, la malade a une attaque d’aphasie d’un quart d'heure. Le lendemain, perte absolue de la parole.

Le 21, La malade recommence à pronuncer quelques monosyllabes. Céphalalgie, douleurs à l’épigastre un peu calmées. Douleur à la pression au niveau de la fosse iliaque gauche. Leucorrhée abondante. Vomissements persistants depuis le 18.

Le 23, Nouvelle attaque d’hystérie. Céphalalgie violente, surtout à gauche; insomnie, face vultueuse, Fréquence du pouls. Vomissements.

Le 25, Amélioration considérable; sauf quelques légères difficultés de prononciation, la faculté de la parole est entièrement recouvrée,

Le 30. Sensation de la boule. Anorexie, douleur, à la région temporale gauche. Douleurs dans le bas-ventre.

Examen au spéculum, très douloureux; col ulcéré, écoulement muco-purulent. Plaques muqueuses.

L'état syphilitique n'ayant pas été soigné, ne s’est nullement amélioré. Reprise du traitement mercuriel.

En somme, la malade, avec des alternatives en bien ou en mal, arrive au 4 novembre. L'écoulement menstruel, quoique douloureux, n’a provoqué ni crise d’hystérie ni aphasie. L'état général s’améliore lentement ;'les lésions utérines et syphilitiques tendent à disparaître.

7 janvier. Avec les règles apparaît un léger embarras de la parole qui disparaît le 12 avec les règles. Le 30 janvier la période menstruelle s'effectue sans provoquer d'accidents d'aucune sorte et, le 7 février, la malade sort de lhôpital en apparence complètement guérie.

Deux faits principaux dominent dans l’histoire de cette malade. L'existence d’une syphilis secondaire d’un côté; de l’autre, des manifestations diverses d’un état

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hystérique auquel l’auteur attribue la perte de la parole. |

«Il n'est pas douteux, dit-il, que nous n’ayons eu affaire à une véritable aphasie, avec conservation du geste et de l'écriture. On pourrait peut-être faire des objections sur la nature et penser qu’il s’agit de ces aphasies syphilitiques intermittentes avec hémiplégie droite, décrites par Mauriac. D'abord, il n’y avait point de paralysie musculaire chez notre malade. De plus, si l’on réfléchit que la première attaque a précédé la syphilis, que les accidents d’aphasie apparaissent à une époque relativement tardive dans la syphilis, nous croyons devoir écarter cette objection.»

« Nous voyons, d'autre part, la perte momentanée de la parole apparaître au moment de la menstruation, coïncidant avec d’autres phénomènes hystériques ; et à mesure que les lésions guérissent, que l’état général devient meilleur, les accidents nerveux se calmer et les crises d'aphasie s'éloigner pour ne plus reparaître.»

Nous devons à l’obligeanc: de M. le D' Legrand du Saulle les trois observations suivantes :

OBSERVATION VII (inédite. — Legrand du Saulle).

Aphasie hystérique transitoires

Mme B..., 22ans, récemment, mariée, était en voyage à Paris lorsque, à la suite d'une coutrariété, elle fut prise de désordres convulsifs, d'accès de suffocation. et de phénomènes nerveux tellement violent qu'un médecin, qu’on avait appelé, crut devoir m'envoyer chercher aussitôt.

M. le Dr Legrand du Saulle, qui trouva la malade en proie à une crise de larmes telle, qu'il fut pendant plus d’un quart d'heure sans pouvoir l'interroger. Elle sortit fde cette crise absolument aphasique,

Mme B... qui, malffré tous ses efforts ne pouvait articulerun mot, comprenait parfaitement toutes les questions, ainsl que sa mimique l'indiquait, Elle ne poavait pas davantage écrire, ettoutes les tentatives d'écriture demeurèrent infructueuses. Les organes des sens et

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les facultés intellectuelles avaient conservé tonte leur intégrité, La sensibilité etla motilité étaient intactes. Il n'existait aucune paraly-+ sie ou contracture de la langue pouvant expliquer cette perte de la parole. |

C'était bien une aphasie hystérique du type Bouillaud-Broca, et M. Legrand du Saulle porta tn pronostic favorable.

Le lendemain matin, rien n'était changé du côté de la parole. Mme B... essaya d'écrire. Elle traça quelques lignes, mais se trompa sur les mots qu'elle employa. Ainsi, elle écrivit : « Je veux mon tablier me donne » pour « mon mari me pardonne ». Maïs le même jour, à 9 heures du soir, la parole revint tout à coup, et lorsque Mme B... vint à la consultation de M. Lesrand du Saulle,elle parlait et écrivait parfaitement. La crise d’aphasie n'avait duré que lrente-six heures.

Douze jours après la sortie d’un théâtre, à la suite d’une disputeavec son mari et d’une scène de jalousie, elle eut des attaques d’hystérie pendant toute la nuit et retomba de nouvauu aphasique. M. Legrand du Saulle la vit le lendemain matin, à 7heures, et porta un pronostic d'autant plus affirmatif et d'autant plus favorable qu'il était davantage fixé sur la nature hystérique de la maladie. La malade, en effet, ne resta aphasique que jusqu’au soir ; la crise n'avait duré que dixhuit heures.

Mme B... partit de Paris quelques mois plus tard, et ce n’est que quelques années plus tard qu’elle revint voir M. Legrand du Saulle, avec son jeune enfant de 4 an 1/2, Elle avait eu un accouchement très facile, sans aucune trace de convulsions, d’éclampsie. Mais elle raconta que deux ou trois fois par an, à la suite de contrariété, d'émotion, d’une menstruation difficile, elle était prise de crises d’aphasie qui, quelquefois, ne duraient que deux ou trois heures et quin’avaient jamais dépassé vingt-quatre heures. Elle avoua du reste qu’elle était toujours aussi impressionnable, aussi jalouse, quelqu’effort qu’elle eut fait pour se corriger.

OBSERVATION IX (inédite).

Louise Migaud entre dans le service de M. Legrand du Saulle, comme hystérique.

Le 30 novembre 1880, à la suite d’attaque d'hystérie très violente, elleest atteinte d’aphasie hystérique. Elle présente de l'excitation intellectuelle. Anesthésie cutanée. Contractures par intervalles.

Le 29 novembre, attaque d'aphasie; contractures; anesthésie cutanée: | a:

Pendant l'intervalle .de ées deux crises, la malade, qui présente au plus haut point l’état mental des hystériques (excitation intellectuelle, supercheries, simulation, délire passager), a plusieurs fois simulé le mutisme. RE AE

OT :. Elle restait deux ou trois jours sans proférer aucun son, refusant - de faire aucun effort pour parler, fermant hermétiquement la bouche. Toutes les tentatives pour la faire parler restaient infructueuses. Il n’était pas douteux, ainsi que l’affirme M. Legrand du Saulle, que la malade simulait. l Il en était tout autrément pendant les crises d’aphasie. La malade faisait alors de violents efforts pour parler, et, de temps en temps, elle parvenait à articuler un mot ou deux. Elle avait dela paraphasie. Mais, lorsqu'elle disait un mot pour un autre, par sa mimique qui était parfaitement conservée, elle indiquait alors très bien qu’elle -avait conscience de son erreur.

OBSERVATION X (inédite).

Mile Hélène C..., âgée de 22 ans, ayant été très-scrupuleusé vers l’âge de 13 ans, et s'étant reprochée amèrement d’avoir caché des péchés à confesse, au moment de sa première communion, fut atteinte d'hystérie convulsive à dix-sept ans et demi, à la suite d'une impression morale très vive: sa mère avait cru devoir la mettre en présence du cadavre de son père, qui venait de rendre le dernier soupir, et l’obliger à l’embrasser. À partir de ce moment, et à des intervalles absolument irréguliers, Hélène G... se plaignit de bouffées de chaleur, accusa la sensation d’une boule qui lui monterait à la gorge, se préoccupa de sa santé, rendit parfois des flots d'urine blanchâtre, devint anesthésique à droite, ovaralgique à gauche, et étonna sa ‘famille par son humeur chagrine, inconslante, irritable, et par son insociabilité. ;

Dans sa dix-neuvième année, après de prétendues contrariétés, Hélène C... traversa d’interminables crises de larmes, eut des attaques franches d’hystérie et perdit momentanément l’usage de la parole, à différentes reprises. ?

Elle refusa de s’alimenter régulièrement, et, dans la crainte de prendre trop d’embonpoint, elle s'imposa un régime diététique d’une sévérité exceptionnelle.

Sur ces entrefaites, Hélène C... fut amenée à Paris, ei présentée à M. le docteur Legrand du Saulle, qui diagnostiqua de l'hystérie, avec conceptions délirantes hypocondriaques, et très probablement de l'aphasie bystérique. Il pria la malade de vouloir bien lui faire par écrit un résumé général complet de toutes ses souffrances depuis plusieurs années, et voici en quels termes Hélène CG... lui rendit compte de ses troubles de la parole : | |

«., Venant d’avoir une attaque, n'ayant pas perdu connaissance une minute; je répondais tout-à-coup des choses qui n'étaient point comprises. Maman me dit une fois : « Voici ton oncle Auguste, ne

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lui dit pas de bêtises », Je le promis, ên faisant un signe de tête, et je n'ai pu que bégayer ! Mon oncle Auguste m’a demandé de mes nouvelles et il paraît que je lui ai parlé d’un tilleul, d’un mirliton et de contributions à la française. Je ne peux pas vous expliquer comment une chose aussi extraordinaire pouvait se produire. Je n'étais ni grise, ni folle; je voulais dire une chose et j'en disais une autre, En disant péniblement cette chose, car ma langue non plus n’était pas libre, Je voyais bien que je n'avais pas bien parlé, et alors je me mettais à pleurer et ne voulais plus rien dire. La première fois que j'ai été ainsi, je suis restée vingt-quatre heures comme cela. Je sentais bien que je n'étais point devenue idiote, mais il y avait en moi deux personnes : l'une, qui pensait correctement, l’autre, qui parlait comme une insensée, Vous me comprendrez, si vous le pouvez.

« La seconde fois, le médecin est venu. Il m’a défendu de parler et il a voulu que j’écrive tout ce que je voulais. Maman m'a dit que j'avais griffonné quelque chose d'absurde, que mon écriture était presque illisible et que l’on m'avait crue perdue. On craignait une méningite, on m'a mis de la glace sur la tête, et le lendemain j'ai été sauvée. »

Hélène C... suivit les traitements les plus appropriés, et, sur le conseil de M. Legrand du Saulle, fit de l'hydrothérapie pendant plus d'un an. Elle resta assez fraîche, mais maigre, et continua à ne pas s’alimenter suffisamment. Elle ne se mettait point à table, prenait environ un demi-litre de lait par jour et mangeait quelques noix. Elle résistait néanmoins à merveille et pouvait chaque jour faire de longues courses.

M. Legrand du Saulle, soupçonnant quelque chagrin profond, prit un jour la jeune fille à part et la questionna paternellement. Le soir même, Hélène C... se mit à table et dîna avec sa mère. Quatre mois après, elle épousa un jeune avoué de province.

En décembre 1882, Hélène C... eut des couches très heureuses ; depuis on n'a plus entendu parler de rien.

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