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CHAPITRE IV Étude clinique

$ I. — Aphasie sensorielle vraie par lésion des images sensorielies du langage.

Que doit-on entendre sous le nom d’aphasie sensorielle ? Doit-on décrire une ou plusieurs aphasies sensorielles ? Telles sont les questions que nous devons tout d’abord nous poser.

Sous le nom d’aphasie sensorielle, Wernicke décrivit (1874) un complexus symptomatique caractérisé surtout par la perte de la compréhension de la parole entendue et lue, avec paraphasie et agraphie.En outre, il lui assigna pour cause la destruction du tiers postérieur de la première circonvolution temporale gauche et de la partie adjacente de la deuxième. En 1876, Kussmaul dédouble ce syndrome. A la forme de Wernicke il attribue le nom de surdité verbale, et réserve le nom de cécité verbale à une variété d’aphasie caractérisée par la perte de compréhension de l'écriture avec paraphasie et agraphie, mais avec conservation de la compréhension de la parole parlée. Le professeur Charcot admit la distinction des deux formes cliniques, surdité verbale et cécité verbale; mais ils’écarte complètement de Kussmaul, en bornant toute la symptomatologie à la perte de la compréhension des mots parlés ou écrits ; pour lui les troubles de l'écriture et de la parole parlée ne sont pas indissolublement unis à la surdité ni à la cécité verbales. Il ne signale pas ces phénomènes comme partie intégrante des formes cécité ou surdité verbales. Les troubles de la parole et de l’écriture relèveraient d’une seconde lésion du centre des images graphiques ou motrices d’articulation, ou du type psychique (auditif ou visuel) du malade.

Pour trancher la question, examinons les faits publiés au double point de vue de la clinique et de l’anatomie pathologique. D'abord

er ou

dans tous les cas où on a examiné cliniquement toutes les modalités du langage, où la vérification anatomique a été faite, toujours on a vu la destruction de la première temporale ou du pli courbe du côté gauche, entraîner, outre la surdité ou la cécité verbale, des troubles de l'écriture et de la parole, L'agraphie et la paraphasie accompagnent toujours ces deux lésions. L’agraphie et la paraphasie sont des symptômes constants de ces lésions, et font partie intégrante, essentielle du cortège symptomatique. Le fait est aujourd’hui hors de conteste et admis par tous les auteurs.

En étudiant les observations au point de vue clinique, on peut les diviser en deux groupes. 1° Dans le premier se rangent les faits où on observe simultanément la surdité verbale et la cécité verbale, avec troubles de l'écriture et de la parole parlée. Ces faits constituent l’apha sie sensorielle de Wernicke, la surdité verbale de Kussmaul. 2° Le second groupe comprend les cas où la surdité verbale n’existe pas : ce sont les cécités verbales de Kussmaul. Wernicke a fait remarquer avec raison que dans ces cas l’absence de surdité verbale est plus apparente que réelle. La surdité verbale est atténuée, latente, mais un examen répété permet toujours d’en déceler des traces. Le malade comprend l’immense majorité des questions qu’on lui adresse ; mais surtout au début de sa maladie et aussi pendant toute son évolution, il a de temps à autre de la difficulté à comprendre les mots entendus et il est obligé de faire répéter les mots prononcés. En outre, dans ces formes il y a une difficulté ou une impossibilité d'évoquer spontanément les images auditives. En refaisant chez les aphasiques sensoriels les expériences que nos collègues et amis Thomas et Roux ont pratiquées chez les aphasiques moteurs corticaux (1895) on se rendra facilement compte de cette altération latente des images auditives. En résumé, de par la clinique basée sur l'anatomie pathologique, on voit que toujours une lésion localisée soit à la première temporale, soit au pli courbe, entraîne des altérations à la fois dans les images auditives et les images visuelles, avec prédominance des troubles toutefois du côté des images directement atteintes. Il n’y a donc, comme l'a bien montré Wernicke, qu’une seule aphasie sensorielle, dont les variétés surdité verbale et cécité verbale de Kussmaul ne sont que des stades d'évolution.

Aussi admettons-nous une seule aphasie sensorielle, telle que

l'avait décrite Wernicke et que l’a défendue M. Dejerine et caractérisée essentiellement par la perte de la compréhension des mots entendus ou surdité verbale, la perte de la compréhension des mots lus ou cécité verbale, la paraphasie et l’agraphie. Au début la cécité et la surdité verbales existent très nettement accusées ; mais, suivant que la lésion prédomine au pli courbe ou à la première temporale, on voit la surdité verbale dans le premier cas, la cécité verbale dans le second s'atténuer, rétrocéder, passer au second plan, sans jamais disparaître complètement. Le malade récupère le fonctionnement presque complet d'un groupe d'images, mais jamais le fonctionnement parfait. Il est d’ailleurs des cas où la lésion détruit complètement les deux centres d'images : la symptomatologie reste alors pendant toute l'évolution identique à ce qu'elle était au début ; surdité verbale avec cécité verbale : c’est le type de l’aphasie sensorielle, telle que nous l'aurons surtout en vue dans notre description.

Donc pour nous, et contrairement à la terminologie admise par le professeur Charcot, dire qu'un malade présente la variété d'aphasie dite « surdité verbale » c'est dire qu’il est en même temps alexique, paraphasique et paragraphique. Par contre, si la surdité verbale était le seul phénomène clinique présenté par lui, nous dirions qu'il est atteint de surdité verbale pure. Nous nous expliquerons plus loin d'une façon plus complète à ce sujet.

À. — Déeur

Le début de l’aphasie sensorielle est variable. Parfois elle éclate brusquement, sans cause apparente, au milieu d’une santé parfaite, par une attaque d’apoplexie. Le malade perd connaissance et quand il revient à lui, il est incapable de comprendre les questions qu'on lui pose, sa parole est bredouillée et inintelligible ; mais en général il ne présente pas trace de paralysie des membres, tout au plus parfois et pendant quelque temps seulement, une très légère hémiparésie droite.

D'autres fois, le début est encore subit, mais la perte de connaissance n’a pas lieu. Le malade tout à coup se trouve privé de la possibilité de comprendre ses semblables.

Dans certains cas l'affection s’installe lentement, peu à peu et le

RCE

malade assiste à la progression de sa maladie dont il se rend parfaitement compte.

Enfin plus rarementles troubles:se montrent d'abord intermittents, durant quelques heures, quelques jours, s'améliorent ensuite pour reparaître de nouveau; et ce n'est qu'après une série de pareilles intermittences que la maladie s'installe définitivement.

L'aphasie sensorielle affecte d'emblée et les images visuelles, et les images auditives. Elle peut présenter dès le début son maximum d'intensité et persister telle quelle pendant toute sa durée. Ou encore à une première attaque le malade ne présente que de la surdité verbale, à laquelle vient s’adjoindre soit progressivement, soit par une nouvelle attaque, de la cécité verbale. |

Quoi qu’il en soit du mode de début, l'aphasie sensorielle constituée est caractérisée essentiellement par l'impossibilité de comprendre les mots entendus et lus et par des troubles de la parole et de l'écriture.

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