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Règle générale, la parole de l’aphasique sensoriel se distingue dès le premier abord de celle de l’aphasique moteur.
Le sensoriel est un prolixe, « un verbeux,un loquace, mais son langage estincohérent (Dejerine)».Pour exprimer ses idées, 1l accumule les mots, les répétitions de syllabes ; ses réponses sont longues, embrouillées, incompréhensibles ; il met vingt mots où il en faudrait un. Le moteur au contraire n’a qu’un registre vocal extrêmement restreint ; deux ou trois mots, parfois une seule syllabe constituent tout son vocabulaire, il ne peut articuler qu’un ou deux sons. Le sensoriel au contraire a conservé la possibilité d’articuler tous les mots, mais il les emploie à tort et à travers, à côté de leur sens, ou forme des mots sans aucun sens ; son centre d'images moteur d’articulation est intact, toutes les images sont conservées ; mais elles ne sont plus réglées, maitrisées par le centre de l'audition; elles se présentent sans ordre en tumulte, sortent sans direction, à tout propos, hors de propos, si bien qu'il est impossible de rien comprendre à cette abondance de syllabes rassemblées sans rime ni raison. Il y a ataxie du langage(D ejerine). Comme l'a fort bien dit Kussma ul : « Dans la paraphasie les idées ne correspondent plus à leur image vocale, si bien qu'au lieu de mots conformes au sens, surgissent des mots d’un sens contraire, complètement étrangers et incompréhensibles. La paraphasie peut être verbale ou littérale , le plus souvent il y a association des deux : c’est la jargonaphasie.
La paraphasie vraie, bien distinguée par de Fleur y et surtout par l’école anglaise de l’aphasie de Broca, est extrêmement rare. Le malade prononce facilement et sans faute d’articulation tous les mots. Chacun de ces mots pris en lui-même est un mot vrai, qui existe dans le langage courant avec un sens bien déterminé. Mais le sensoriel l’'emploie hors de son sens, il le rassemble à d’autres mots pareillement détournés de leur sens et forme ainsi des phrases, dont tous les mots pris en eux-mêmes existent comme termes du langage, mais dont le sens est complètement détourné.
Le paraphasique emploie les mots de sa langue, sans les altérer comme articulation, mais en les détournant de leur sens. « Il prononce correctement les mots, mais ces derniers ne correspondent pas aux idées qu'il veut exprimer (Dejerine). » Tel malade, si vous lui demandez comment il se porte, vous répondra : « il fait très beau
aujourd'hui » et ce sur le ton qu’il aurait mis à vous dire : « très bien, Monsieur, merei ».
La paraphasie pure est exceptionnelle. !
M. Dejerine n’en a observé qu'un seul cas chez un confrère atteint de cécité verbale avec agraphie. À la demande : « Avez-vous essayé d'écrire ? » le malade répondait : « Quand j'aurai montré tout le monde vis-à-vis de moi peut-être arriverai-je à parler moi-même ». « Avez-vous reçu des visites aujourd’hui ? » — « Un peu moins que les autres, c'est mon émission supérieure qui ne le veut pas. C’est que je ne puis répondre ce dont j'ai besoin. »
La paraphasie peut être variable suivant les circonstances ou suivant les idées que veut exprimer le malade. L'exemple de ce même confrère cité par M. Dejerine dans ses leçons de l'hôpital des Enfants, en est un bel exemple. « Un jour, dit M. Dejerine,ilme montrait son urine en cherchant à me faire comprendre qu'il désirait qu'on en fit l'examen. Je savais qu'il avait été autrefois diabétique et qu'il en avait guéri. Je lui dis alors : « C’est entendu, j'examinerai votre urine. » [1 me répondit : « Il est probable qu’il n'y aura rien du tout. Il n’y a rien à craindre. Cependant c’est à craindre car j'ai été longtemps comme cela. Mais maintenant il n’y a rien. Cependant je . désirerais savoir si cette fois il n’y a rien à l'infini. Je lai subi à un degré très avancé quand c’est arrivé. » [ci la paraphasie était déjà moins incompréhensible, et pour les choses ordinaires de la vie, les formules banales de politesse, elle faisait complètement défaut. C’est ainsi que lorsque, en entrant, je le saluais en lui disant : « Bonjour, docteur, comment allez-vous aujourd'hui ? », il me répondait et très correctement par les phrases suivantes : « Pas mal, merci. Prenez donc une chaise. Comment se porte madame ? »
Cet exemple est un fait très rare de paraphasie pure. Tous les mots sont parfaitement exacts, l'application seule en est défectueuse. Et l'on voit que les phrases banales de la conversation, celles dont les images motrices sont les plus intenses et par suite le plus intimement unies avec les images auditives par leur répétition fréquente, sont aussi les mieux conservées.
Dans l'immense majorité des cas, la paraphasie se lie à la jargonaphasie. C'est la forme typique de la parole de l’aphasique sensoriel. À côté des mots reconnaissables, le malade forge des mots sans sens aucun; il entreméle tous ces mots ensemble, si bien que la phrase