‹ De L'Aphasie SensorielleChapitre 14 sur 41 · LITE · texte numérisé non relu

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longue, difficile à suivre, ne présente absolument aucun sens. Le malade dont nous donnons plus loin l'observation très détaillée est un bel exemple de paraphasie avec jargonaphasie (Obs. 54).

En résumé, l'aphasique sensoriel est le plus souvent un verbeux, un prolixe ; la phrase se compose de mots détournés de leur sens (paraphasie) mélangés de mots forgés «le toutes pièces (jargonaphasie).

Dans le chant, le malade présente des troubles identiques. Chez l'aphasique moteur, l'intervention de la musique, de l’image auditive des airs, ravive le souvenir des images motrices d’articulation, et il est de notion classique que l’aphasique moteur articule mieux en chantant qu’en parlant. Il chante mieux qu'il ne parle. Chez le sensoriel au contraire le centre régulateur auditif n’existe plus; l'air reste conservé; mais les mots qui l’accompagnent sont ou forgés de toutes pièces ou détournés de leur sens. Le malade a de la paraphasie et de la jargon-aphasie en chantant comme en parlant. Notre malade (Obs. 54) en est un exemple très net.

Cependant chez un aphasique sensoriel que nous avons pu observer dans le service de notre Maître, M. Albert Robin, dans l’acte du chant l'articulation des mots était remarquablement mieux conservée que dans la parole spontanée; il chantait la Marseillaise de telle sorte qu'on pouvait reconnaître la plupart des mots; quelques mots seulement étaient forgés. Au contraire pour la parole spontanée, la paraphasie et la jargonaphasie étaient telles que le discours devenait complètement incompréhensible (Obs. 60).

Nous avons vu que le sensoriel reconnaît généralement son nom écrit ou prononcé devant lui, bien qu’il soit atteint de cécité ou de surdité verbale totale. Et cependant un tel malade ne peut prononcer correctement son nom. Il y a là une anomalie, mais en apparence seulement, et dont Freud a donné une explication très satisfaisante. Nous sommes tous habitués à entendre prononcer à chaque instant notre nom; c'est notre caractéristique, c'est depuis l'enfance le seul moyen qu'on ait pour attirer notre attention, pour s'adresser à nous. L'image auditive est donc très ancienne et très profonde. Assez souvent aussi nous avons l’occasion de voir notre nom écrit ou de l'écrire nous-même ; à chaque instant nous recevons des lettres ou des papiers où est inscrit notre nom. L'image visuelle du nom est donc fortement marquée et persiste le plus souvent. Au contraire, nous ne pronon-

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