‹ De L'Aphasie SensorielleChapitre 15 sur 41 · RUE · texte numérisé non relu

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çons presque jamais notre nom ; il est relativement très rare, par rapport au mot entendu, lu ou écrit, que nous ayons l’occasion de prononcer notre nom. Aussi l'image motrice d'articulation du nom estelle relativement beaucoup moins profonde que l’image auditive ou visuelle et disparaît-elle beaucoup plus facilement. Un sensoriel qui reconnait son nom écrit où prononcé devant lui, est incapable de le prononcer.

L'aphasique sensoriel en prononçant ces mots sans aucun sens n’a pas le plus souvent conscience que les mois prononcés ne correspondent pas à l'idée qu'il veut émettre, et il se fâche de n'être pas compris. S'il s'aperçoit des troubles de son langage il entremêle assez souvent (Obs. 60) ses phrases de jurons qu’il articule nettement sans les altérer, parfaitement reconnaissables.

Parole répétée.— La parole répétée est très défectueuse chez le sensoriel. Les mots entendus ne sont pas compris et par suite ne sont pas répétés; ou si la surdité verbale est incomplète, ou sile malade a cru comprendre le sens général de la phrase, la lésion du centre des images auditives aura les: mêmes conséquences que pour la parole spontanée. La parole répétée présentera de la paraphasie et de la jargonaphasie.

Lecture à haute voix. — L’altération des images visuelles entrainera des phénomènes analogues. Les mots écrits ou imprimés placés devant le malade ne sont pas compris; il tourne la page en tous sens parfois à l'envers, et cherche à deviner le sens. S'il cherche à lire à haute voix, sa parole présentera tous les caractères de la paraphasie et de la jargonaphasie.

La prononciation des chiffres est souvent moins altérée que celle des lettres et des mots. Parfois mais rarement le malade donne exactement le chiffre demandé. Le plus souvent il se sert de périphrases. Ainsi le malade de Blueler disait pour 4 : « Un de moins que dans la main. » Enfin il peut y avoir ici comme pour les lettres de la paraphasie et de la jargonaphasie.

d) Écriture. — Chez les aphasiques sensoriels l'écriture est toujours très troublée à la période d'état. Il est beaucoup plus facile d'étudier l'état de l'écriture chez le sensoriel que chez l’aphasique moteur. Celui-ci est en effet presque toujours hémiplégique droit. Au contraire, les zones sensorielles du langage sont beaucoup plus éloi-

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gnées de la zone psycho-motrice et la coïncidence de l'hémiplégie est exceptionnellement rare. Règle générale, le malade a conservé la possibilité de tous les mouvements du membre supérieur droit et des doigts de la main droite. Pour tous les usages ordinaires de la vie, il s’en sert d’une façon absolument normale, absolument comme avant sa maladie. Les conditions sont donc très favorables à l'étude de l'écriture.

Écriture spontanée. — Assez souvent le malade ne peut tracer sur le papier que des lignes informes, irrégulières, sans aucun sens, où il est impossible de distinguer le moindre rudiment de lettre ou de mot.

Mais il arrive souvent que l'écriture du nom propre soit conservée. Le malade écrit parfaitement son nom, mais il n'écrit que ce seul mot, quoi qu’on lui demande d’écrire. 11 est, comme l’on dit, intoxiqué par le mot. Mais il n’en est pas moins agraphique total.

Il existe encore pour l'écriture du nom un point que nous devons mettre en relief. Le malade qui écrit son nom spontanément donne sa signature, d’une écriture rapide et facile, sans oublier le paraphe ; les lettres sont nettes et bien formées. Au contraire, fait-on copier à ce malade son nom, l’écriture est lente, pénible, les lettres tremblées et mal formées. Si on compare la signature spontanée à la copie du nom (Obs. 59) on voit immédiatement que l'écriture spontanée du nom est infiniment plus belle, plus parfaite que l'écriture d’après copie. Ce fait prouve bien que le malade possède son nom écrit comme emblème, et non comme assemblage de lettres; le nom propre est donc tout à fait différent des autres mots.

Il est un point à mettre en lumière, surla façon dont le malade écrit son nom. Si l’on compare cette signature à celle que le malade avait tracée avant le début de sa maladie, on est frappé par la ressemblance extraordinaire qui existe entre ces deux signatures. En effet, l’'agraphique qui signe son nom l'écrit en général d’une façon parfaite, et surtout il n'oublie jamais le paraphe qu’il trace avec autant de netteté et de certitude, avec les mêmes caractères qu'avant la maladie. En outre, bien qu'il ne puisse écrire spontanément une lettre isolée, il trace son nom rapidement et sans hésiter. Mais ne lui demandez pas de tracer isolément telle ou telle lettre de son nom. Il en est absolument incapable. Il trace l’ensemble du mot avec tous ses détails, mais il lui est impossible d'isoler un de ces détails. Il écrit donc son nom comme

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emblème et non comme assemblage de lettres. Ce qu'il a conservé c'est l'ensemble du mot, l'aspect extérieur, sans avoir conservé les éléments de cet ensemble. Aussi un tel malade doit-il être rangé parmi les agraphiques vrais.

Nos malades (Obs. 54 et 60) en constituent des exemples remarquables. Le premier (Obs. 54) est incapable d’écrire spontanément même son nom; à peine s’il ébauche la première lettre S. Dans les essais d'écriture sous dictée, d'après copie on retrouve toujours cette même lettre S vaguement esquissée et suivie de traits informes ne ressemblant en rien à des lettres. Notre second malade (Obs. 60) écrivait spontanément le: seul mot : Marce. Sous dictée, d'après copie, toujours il ne reproduisait que ce même mot. Nous avons essayé de le faire écrire à l’aide des cubes alphabétiques : L'agraphie a été tout aussi absolue ; mais, fait très intéressant, dès que le malade se trouvait en face de ces cubes, immédiatement il choisissait les lettres M et À et les plaçait l'une auprès de l’autre, mettant tantôt l'M devant l’A, tantôt après; exceptionnellement il rapprochait un R. Sous dictée, d'après copie, toujours il revenait à ces mêmes lettres A et M. Or c’étaient précisément les lettres qui commençaient Marce qu il reproduisait sans cesse par l'écriture ordinaire. Avec les cubes alphabétiques il ne pouvait donc qu’ébaucher le seul mot qu'il écrivait spontanément.

L'agraphie avec conservation du nom seul est l’état caractéristique de l’écriture chez les aphasiques sensoriels.

Exceptionnellement certains malade présentent du côté de l'écriture des troubles analogues à ceux de la parole. L'écriture est facile, courante; le malade écrit vite, couramment, sans difficulté ni peine apparente; les lettres sont bien formées, et nettement unies ensemble en syllabes eten mots. Mais ces mots ne correspondent pas à la pensée de l’auteur. Il avait dans l’idée tel mot, et il a tracé tel autre qui ne correspond pas le moins du monde. Parfois le malade saute une syllabe, ou redouble une syllabe. Enfin il peut écrire des mots sans aucune espèce de sens. On dit dans le premier cas que le malade a de la paraphasie en écrivant, et dans le second de la jargonaphasie en écrivant. Comme pour la parole, ces deux troubles sont le plus souvent mélangés et non pas isolés, purs. Il faut remarquer que dans ces cas, d’ailleurs exceptionnels, le malade écrit sans se rendre compte des mots tracés, en dehors du contrôle de la vue; il est incapable de

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relire ce qu'il a écrit. Les lettres sont plus grandes que normalement, et plus droites. Elle ressemblent à celles que l’on ferait avec un bandeau sur les yeux.

Dans l'immense majorité des cas, l’aphasique sensoriel a conservé. la motilité parfaite de ses membres; son bras droit jouit de l’intégrité absolue de ses mouvements. Aussi le malade fait-il ses essais d'écriture en écriture ordinaire. Si exceptionnellement le bras droit est paralysé, le malade écrit alors de la main gauche. Le plus souvent alors il emploie même dans ce cas l'écriture ordinaire. Rarement il écrit de droite à gauche, en miroir. Cette écriture spéculaire n’a plus d’ailleurs aujourd'hui aucune importance. Elle ne constitue pas, comme on le prétendait jadis, une variété spéciale d’aphasie; elle représente l'écriture instinctive normale de la main gauche (Durand).

Règle générale, l’écriture des chiffres est mieux conservée que celle des lettres et souvent un malade est agraphique total qui peut encore tracer les chiffres, les nombres de deux et trois chiffres, les reconnaître, les distinguer les uns des autres et même exécuter les opérations élémentaires de l’arithmétique.

Écriture sous dictée. — L'écriture sous dictée est impossible. Le malade, étant atteint de surdité verbale, ne comprend ce qu'on lui ordonne, ni ne reconnaît les mots qu’on lui dicte; il est donc incapable de les tracer sur le papier. Parfois s’il croit avoir compris, et s’il s'essaie à traduire par l'écriture les mots qu’il a cru entendre, on remarque alors pour l'écriture sous dictée les mêmes altérations que pour l'écriture spontanée : ou bien le plus souvent il ne trace que des lignes informes ne ressemblant en rien à des lettres, ou bien il répète indéfiniment son nom, ou bien encore il dénote de la paraphasie en écrivant, En d'autres termes, on observe un parallélisme complet entre l'écriture sous dictée et l'écriture spontanée. ]

Écriture d'après copie. — Chez tout aphasique on doit rechercher successivement l’état de la copie d'un imprimé et l'état de la. copie d'un manuscrit. L’aphasique sensoriel présente exactement les mêmes troubles, quel que soit le modèle d'écriture qu'on lui donne à copier. Il copie le modèle comme un dessin, trait pour trait, s’efforçant de rendre exactement ce qu’il a devant les yeux. Il copie comme homme normal Copierait des hiéroglyphes, de l’hébreu, du sanscrit ou du chinois (Gairdner). 11 copie mécaniquement, servilement (Dejerine). Il transcrit donc la cursive en cursive etl’imprimé en imprimé, Si on

lui enlève le modèle,il est incapable de continuer, Pour exécuter cette copie il lui faut un temps fort long ; pour copier quelques mots, V’aphasique sensoriel met une demi-heure,une heure et plus, En copiant l’imprimé, les lettres majuscules en particulier, il trace d'abord le squelette des mots, les lignes qui forment le dessin des mots, puis il noircit l'intervalle de ces traits. La fatigue arrive vite et il cet difficile de prolonger longtemps la copie.

L'existence de l’agraphie sensorielle, autrefois trés discutée

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niée même par certains auteurs (Bernard), est aujourd'hui admise par tous les auteurs. Les faits cliniques vérifiés par l'autopsie sont venus dans ces dernières années démontrer d'une façon absolue que la destruction du pli courbe et de la première temporale entraîne outre les troubles de la lecture et de l'audition, la perte compléte de l’écriture, malgré l'intégrité parfaite du pied de la deuxième frontale,

Les autopsies de M. Dejerine, de Berkhan, de Sérieux, de Banti et de Souques ont définitivement jugé la question. M, Pitres a admis son existence au récent congrès de Lyon (1894). 1 est donc inutile d'insister sur un fait aujourd'hui démontré et indiscuté.

e) Hémiopie. — L'hémiopie homonyme latérale droite constitue un symptôme fréquent, presque constant de l’aphasie sensorielle, Quand on examine au campimétre le champ visuel du malade, on s'aperçoit que la moitié droite du champ visuel a complétement disparu. Fxceptionnellement il n'existe que la moitié gauche du champ visuel, et la limite droite extrême passe exactement par le point de vision; le plus souvent à la partie centrale le champ visuel empiète trés légérement sur la moitié droite du champ.

L'étude de l'hémiopie est particuliérement difficile à faire chez les sensoriels. Il est en effet trés difficile de se faire comprendre de ces malades, puisqu'on ne peut communiquer avec eux ni par la parole ni par l'écriture, Pour se rendre compte de cette altération du champ visuel, il faut étudier soigneusement ces malades dans leurs actes journaliers, ou encore faire pénétrer, sans qu'ils s'en doutent, un objet dans leur champ visuel, et rechercher avec soin à quel moment ils l’aperçoivent.

Ce symptôme a été vu dans l'aphasie par Sander, Bernhardt Cohn, Huguenin; mais ce n'est que depuis la connaissance de la

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cécité verbale que son étude a vraiment attiré l'attention des observateurs.

Les auteurs se sont très divisés sur la fréquence et la valeur de l’hémiopie dans la variété dite cécité verbale de l’aphasie sensorielle. D'’aprèsBernard, «nil’hémiopie,ni,en son absence ,un symptôme équivalent, tel que le rétrécissement concentrique du champ visuel, n'ont encore fait défaut dans aucun cas de cécité verbale où l'examen de la vue a été convenablement pratiqué » ; J.-L. Prévost admet que lon peut citer des observations de cécité verbale sans hémianopsie. La question est aujourd’hui définitivement jugée. La cécité verbale et l’hémiopie ne sont pas dépendantes l’une de l’autre et peuvent ou coexister ou être isolées. Dans les observations de Sérieux (1891), de Bernhardt (1874), on trouve signalé expressément l’absence d’hémiopie.

Déjà en 1891, M. Dejerine donnait la raison anatomique de la présence ou de l’absence de l'hémiopie dans les cas de cécité verbale. L'hémiopie tient à la section des radiations optiques de Gratiolet. Par sa face profonde, le pli courbe est en rapport immédiat avec ces radiations optiques, qui venues des lèvres de la scissurec alcarine. centre de la vision générale, vont rendre à la couche optique et au corps genouillé externe. Que la lésion reste localisée à la corticalité du pli courbe, la symptomatologie observée sera celle de la cécité verbale : perte de la compréhension des mots lus, paraphasie et agraphie ; le champ visuel sera intact ; l'hémianopsie n'existe pas. Que la lésion au contraire gagne les couches profondes, qu'elle atteigne et sectionne lesradiations de Gratiolet, immédiatement l'hémiopie en sera la‘conséquence et viendra s'ajouter à la cécité verbale. L'hémiopie ne constitue donc pas un symptôme de la cécité verbale par lésion du pli courbe ; elle nerelève pas de la même lésion eorticale que la cécité verbale ; elle représente un phénomène qui peut où non coïncider avec elle, plus fréquemment l'accompagne, et indique que la lésion a franchi la corticalité pour couper les fibres blanches sous-jacentes.

En général, l'hémiopie ne gêne guère les malades qui n’en ont pas conscience. (Voir-obs. 54). Le patient remédie à cette ‘perte d’une moitié du champ'visuel‘par des moüvemerits inconscients de la tête.

Le plus souvent, c’est par hasard que le malade la découvre. L'observation de Charcot'en-est un exemple bien remarquable. C’est en jouant au billard'que M. P... découvrit son hémiopie.Il ne voyait que

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la moitié du billard et la moitié des billes. Parfois le malade en a parfaitement conscience et attire sur ce sujet l'attention du médecin.

L'hémiopie peut s'accompagner de perte de la sensation des couleurs dans la moitié du champ visuel atteinte. À l'hémiopie se surajoute l’hémiachromatopsie (Landolt, Dejerine, Vialet) qui relève de la même lésion.

Pour Vialet l’hémiachromatopsie apparaîtrait la première. Le malade perdrait d’abord la faculté de reconnaître les couleurs dans une moitié du champ visuel, tandis que la perception lumineuse est conservée. De l'étude clinique il conclut « l’'hémiachromatopsie relève d’une perturbation fonctionnelle du début, de phénomènes d’ischémie consécutifs à la thrombose de l'artère occipitale et surtout du rameau calcarien de cette dernière, tandis que l'hémiachropsie est la conséquence de la nécrose consécutive, puis de la sclérose du territoire cortical nourri par cette artère ».

[) Motilité. — Les aphasiques sensoriels jouissent de l'intégrité de leurs mouvements. Toutes les fois que la lésion est nettement localisée au siège de ce trouble aphasique, toujours la motilité est intacte. La force musculaire est conservée, parfois cependant très légèrement diminuée dans les quatre membres et également des deux côtés. (Voir obs. 54.) |

L'aphasique âgé est en effet le plus souvent un athéromateux. Mais il n'y a pas de paralysie vraie, d’où la facilité de l'étude des troubles de l’écriture chez ces malades. Lorsque la paralysie apparaît, elle indique que la lésion a gagné en avant les zones psycho-motrices et le plus souvent alors à l’aphasie sensorielle vient s’allier l'aphasie motrice, donnant lieu ainsi à une aphasie complète, totale.

g) Intelligence. — 7° Ordinairement l'intelligence de ces malades est assez fortement touchée. Par la perte simultanée de l'audition, de la lecture, de la parole et de l'écriture, ils se trouvent séparés de tout commerce avec leurs semblables. En outre, la lésion détruit les images sensorielles des mots, les plus anciennes et les plus importantes. Aussi l'affaiblissement intellectuel est-il généralement plus accusé que dans l’aphasie motrice.

h) Mimique. — Ce déficit intellectuel se traduit dans la mimique. Le langage mimique, naturel, est en rapport avec l'intelligence du

sujet. Par sa mimique l’aphasique sensoriel parvient à faire comprendre ce qu'il veut, ordinairement celle-ci est assez expressive; elle ne fait défaut, il n’y a amimie que lorsque l'intelligence a presque complètement disparu. Mais si on compare la mimique de l’aphasique sensoriel dont les images auditives et visuelles ont disparu, à celle d’un aphasique pur,sous-cortical, dont toutes les images du langage sont intactes, on est frappé de la différence. Chez l'aphasique pur la mimique est autrement rapide, variée et expressive. Chez l’aphasique sensoriel par lésion des images du langage; la mimique est toujours moins expressive que chez l'homme sain.

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