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série de lettres formant des mots sans sens cauun, ou encore un mot très rare, que l’on n'a jamais l'occasion de rencontrer dans la lecture courante, ow enfin un mot de sa langue maternelle, mais employé dans une science spéciale qui lui soit peu familière, immédiate= ment vous verrez cet homme, qui jouissait cependant du centre visuel le plus autonome et le plus prépondérant, s'arrêter devant le mot, hésiter, le décomposer en syllabes, le prononcer à voix basse ou en lui-même, et, après cette analyse, le prononcer, et lentement, avec soin, en écoutant sa parole, en vérifiant par l'ouie si les mots prononcés correspondent bien à l'image visuelle. Ce fait nous arrive souvent en présence de termes chimiques compliqués et peu familiers.
En d’autres termes, ce visuel redevient enfant. La série des actes inconscients de la lecture courante redevient alors manifeste, et les images auditives, reprenant la prépondérance qu'elles ont reçue de l'éducation, surveillent et dirigent les images motrices d’articulation et les images visuelles. Les actes du langage étaient donc les mêmes identiquement que chez l'enfant; mais leur répétition fréquente avait rendu si faciles les voies de passage d’une image à une autre, et avait assuré si parfaitement les relations entre les deux images correspondantes que ce passage restait inaperçu, inconscient. Un artifice l’a remis en pleine lumière et montré son existence.
Ceci établi, on ne peut admettre que la surveillance de l'esprit manque dans l'écriture courante. Bien entendu nous pouvons écrire machinalement, comme nous pouvons le faire pour toute chose : lire, marcher, siffler, etc... Quand nous exécutons ainsi un mouvement sans y penser, nous n'en avons nulle conscience. Il est arrivé à chacun de nous de parcourir des yeux une page écrite, machinalement, en songeant à autre chose, et de se demander en arrivant à la fin ce qui est contenu dans la page lue. De même pour l'écriture. Mais quand nous écrivons, quand nous lisons d’une façon consciente, en sachant ce qu'on écrit ou lit, l'esprit surveille constamment notre écriture ; notre langage intérieur est excité dans toutes ses images constituantes, et s’il faut moins d'attention pour écrire avec la main droite qu'avec un autre procédé, l'habitude seule l'explique, et en est l'unique raison.
Enfin, la clinique vient à l'encontre de cette conception psychologique. Si on admet l'existence d’un centre prédominant, variable
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suivant les individus, il doit en résulter qu’une même lésion doit entraîner des phénomènes variables suivant le type intellectuel de l'individu atteint. La destruction du centre de Broca entraînera des modifications considérables de tous les modes du langage chez un moteur d'articulation, tandis qu’elle n'aura que peu d'importance chez un visuel ou un auditif. La perte du centre des images auditives affectera beaucoup plus un auditif qu'un moteur d'articulation. De sorte qu'une même lésion présentera un aspect clinique différent suivant la formule psychique du malade. Or, c'est le contraire que la clinique nous démontre chaque jour. L’altération du centre de Broca entraîne dans tous les cas l’aphasie motrice avec agraphie et cécité verbale manifeste ou latente; la destruction de la première temporale a pour conséquence l’aphasie sensorielle : surdité et cécité verbales, paraphasie et agraphie. Comment une lésion du pli courbe entraînet-elle toujours, ainsi que l’a montré M. Dejerine, et c'est là un fait admis aujourd'hui par tous les auteurs, l’agraphie ? Devra-t-on admettre que tous les cas de destruction du pli courbe, publiés dans la science, ne se soient produits que chez des visuels? La similitude des cas cliniques relevant d'une même lésion démontre indirectement la similitude de fonctionnement des organismes et par suite est en contradiction avec cette théorie psychologique du langage.
Jusqu’à présent il n’a pas été rapporté une seule observation favorable à la théorie des moteurs, auditifs, visuels, etc. L'observation de Hitzig (1887), invoquée par MM. Marie (1888) et Blocq (1893) à l'appui de cette manière de voir, et dans laquelle une destruction des images auditives n'aurait eu aucun retentissement sur le langage articulé, n’est point en effet favorable à cette théorie.
M. le professeur Hitzig a bien voulu nous donner l'indication de cette observation et son opinion, ce dont nous lui sommes particulièrement reconnaissant. Voici ce qu'on lit dans cette observation. Une vieille dame présente des signes de ramollissement cérébral. « El lui manque pour la parole un certain nombre de mots ; elle présente pour certains mots une paraphasie peu importante, de sorte qu’à ce point de vue il ne s’agit pas d’une forme absolument pure ; mais cependant, elle pouvait s'exprimer d’une façon très suffisante, pour qu'à uu premier examen on ne remarque pas ce trouble: de la parole. Elle était complètement hors d'état de comprendre ce qu’on lui disait. Enfin,
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après qu'elle se fût un peu améliorée, elle réagissait quand on prononçait certains mots, mais je crois qu’elle ne les comprenait pas, mais qu’elle reconnaissait plutôt l’analogie de son de ce qu’on lui disait, d’après les expériences faites antérieurement. Il faut remarquer qu'elle avait conservé très complètement la compréhension de la musique ; elle comprenait le chant, le sifflet ; elle chantait et répétait les mélodies, pas très exactement d’ailleurs. Enfin elle montra des symptômes faisant admettre l'existence d’un nouveau foyer de ramollissement de l'hémisphère droit. L’autopsie montra un ramollissement de l'hémisphère gauche, occupant surtout le lobe temporal, et particulièrement la première temporale, dans ses deux tiers postérieurs. Ce ramollissement de date ancienne était probablement la cause de la surdité verbale. À droite, il existait un foyer symétrique de date récente dans le lobe temporal. »
Cette observation, ainsi que nous l'écrit M. le professeur Hitzig, n'est donc pas une forme pure de surdité verbale. La parole spontanée était fortement altérée, et on ne saurait l’invoquer comme preuve de l'absence de troubles de la parole dans le cas de destruction des images auditives.
2° Arguments expérimentaux. — On a invoqué à l'appui de l'existence d’un centre des images graphiques ce fait que chez les hystériques hypnotisables, dans la période somnambulique, on peut produire de la cécité verbale sans agraphie et inversement de l’agraphie sans cécité verbale ou sans aphasie motrice. A cet argument, on peut objecter que l'hystérique est tout suggestion ; à un hystérique on peut faire exécuter tout ce que l'on voudra, comme mouvement simple ou complexe, faire décomposer un mouvement en ses éléments essentiels, sans qu’on puisse admettre par ce fait l'existence d'un centre. Une hystérique suggestionnable voit une choréique et imite ses mouvements. Dira-t-on qu'il y a un centre des mouvements de la chorée ? Non, bien évidemment. La suggestion chez les hystériques ne saurait avoir de valeur.
On a aussi invoqué en faveur du centre de l'écriture, ce fait que certains malades, incapables de lire un mot, peuvent arriver à cé résultat en suivant avec le doigt le tracé des lettres. M. Dejerine a montré, et nous l’avons déjà dit, que cette expérience ne réussit que
chez un petit nombre de malades; elle ne réussit que chez les malades qui ont conservé l'écriture spontanée. On ne saurait donc l'invoquer comme démontrant un centre graphique. Nous avons fait cette expérience sur les aphasiques moteurs corticaux et les aphasiques sensoriels par la lésion de la zone du langage que nous avons pu étudier, et toujours les résultats ont été identiquement les mêmes.
3° Arguments cliniques.— Nous n'avons en vue ici que les faits cliniques publiés sans autopsie, nous reviendrons plus bas sur les observations avec autopsie.
L'existence de cas démonstratifs d'agraphie sans autre trouble de la parole, d’agraphie pure, n’a jamais encore été bien démontrée.
Le professeur Charcot a publié l’histoire clinique d'un général russe, qui subitement perdit la faculté de s'exprimer en allemand et en français, ce qu'il pouvait faire jadis très facilement; il comprenait encore ces deux langues, mais ne pouvait les parler. Peu à peu, le malade récupère la possibilité de parler assez bien en français, mais l'allemand reste perdu. Sur ces entrefaites, le malade s'aperçoit qu'il lui est impossible d'écrire un seul mot, bien qu’il ne soit pas paralysé. La paroie en français se faisait exactement et couramment ; il pouvait lire le russe, le français et l'allemand, mais ne pouvait écrire dans aucune de ces trois langues, pas même en sa langue maternelle, le russe. Cette observation ne prouve en rien l'existence d’un centre graphique. Le malade a été aphasique moteur pour deux des trois langues qu'il parlait couramment. Il s'agissait donc d’aphasie motrice partielle ensuite améliorée. En outre, l'agraphie n'était pas totale, le malade pouvait écrire quelque mots spontanément. Quand on lui demande son adresse, il répond : Je demeure Hôtel de Bade, boulevard des Italiens; il ne peut écrire que « Je dem. », mais il écrit, bien qu'avec peine, le reste de la phrase sous dictée. Il peut écrire le nom de Charcot sans grandes difficultés en russe, avec plus de peine en français; il ne peut l'écrire en allemand. La copie enfin était conservée. L’agraphie était donc incomplète et au prorata de la parole spontanée dont le malade récupérait l'usage.
Dans le cas de M. Pitres, le malade était agraphique de la main droite, il écrivait de la main gauche; pas trace d’ailleurs d’aphasie motrice, d’alexie, ni de surdité verbale. M. Pitres le consi-