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CHAPITRE VII Conception générale de l’aphasie. Zone du langage

Comment devons-nous concevoir le mécanisme du langage ? Quelle idée devons-nous nous faire de l’aphasie ? Tous les auteurs qui se sont occupés de ce sujet ont donné successivement des Opinions dissemblables, basées sur leur conception générale de l’aphasie et sur l'état clinique et anatomo-pathologique de la question au moment où ils écrivaient.

Tout le monde connaît la conception de Charcot, classique en notre pays. La fonction du langage comprend quatre centres d'images Correspondant aux quatre modalités du langage de Harttley : Deux moteurs, centre d'images motrices d’articulation, centre d'images motrices graphiques ; deux sensoriels : centre d'images auditives, centre d'images visuelles. Ces centres bien que réunis entre eux, présentent une certaine autonomie. L'éducation peut donner à l’un de ces centres une prédominance absolue et suivant que, en pensant on met en jeu plus spécialement tel ou tel centre, on est dit visuel, moteur, graphique, auditif : les indifférents se servent aussi bien et Sans prépondérance d’un centre que d’un autre. La théorie du professeur Charcot repose sur l'indépendance relative des centres autonomes basée sur une conception psychologique du langage. Cette théorie est sujette à de nombreuses objections que nous avons discutées. La psychologie ne peut suffire à établir une théorie médicale ; rien ne prouve l'existence d’un centre de l'agraphie, tout s'accorde à en démontrer l'absence ; si les hommes étaient si dissemblables au point de vue du mécanisme du langage intérieur, une même lésion devrait donner des phénomènes cliniques dissemblables suivant le type psychologique de l'individu. Or toutes les observations cliniques publiées avec autopsie démontrent que dans tous les cas une même lésion a

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toujours donné les mêmes symptômes (nous avons discuté précédemment toutes les observations, exceptionnelles d’ailleurs, qui semblent au premier abord contraires à cette règle). Enfin, la présence de la paraphasie et de l'agraphie dans l’aphasie sensorielle, démontre les connexions intimes entre les trois centres d'images et est incompatible avec la théorie des centres autonomes. |

Les auteurs allemands Wernicke, Lichtheim ont donné successivement des schémas explicatifs basés sur l'existence de ces trois centres d'images, l'écriture n'étant que la reproduction sur le papier des images visuelles et n'ayant pas d'images spéciales. Ces schémas ont un point commun. Ils admettent que pour le langage intérieur les hommes utilisent tous les mêmes images, de la même manière, avec la même prédominance. De par l’éducation les images auditives se forment les premières, elles sont les plus profondément gravées et dirigent toujours le fonctionnement du, langage intérieur, au moins dans sa plus grande partie; les images motrices d’articulation se forment ensuite très rapidement, leur union avec les précédentes est intime, précoce, et l'union de ces deux images constitue la base première, toujours présente, du langage intérieur; chez les illettrés, elles existent seules, et les individus de cette catégorie pensent uniquement à l’aide de ces deux images. Chez les lettrés vient s’adjoindre, mais au second plan, à titre secondaire, le centre des images visuelles. Ces trois centres sont intimement unis entre eux, toute lésion de l’un retentit sur tous les autres, mais toujours de la même manière pour une même lésion, suivant une loi préétablie par le mode d'éducation commun à tous les individus et non variable avec chacun de nous (1).

Ces schémas, très utiles pour les démonstrations et l'explication des phénomènes, sont cependant susceptibles d'un reproche très

(1) Chez les sourds-muets et les aveugles de naissance le mode d'éducation et d'acquisition des images du langage est différent. Les sourds-muets privés des images auditives et motrices d’articulation, ont les images visuelles prédominantes ; les aveugles complètent les images auditives et motrices par le tact. 1l serait très intéressant d'étudier l’aphasie dans ces cas et de voir les conséquences cliniques entraînées par une lésion de l’un des centres ordinaires du langage. Malheureusement nous n’avons pu trouver chez les auteurs aucune observation d’aphasie chez les sourds-muets ou les aveugles. Cette question serait cependant d’un haut intérêt et mériterait d'attirer l'attention des médecins placés à la tête des établissements spéciaux d'éducation des sourds-muets et des aveugles.

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