‹ De L'Aphasie SensorielleChapitre 25 sur 41 · LE · texte numérisé non relu

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sérieux que leur a fait surtout Freud. D'abord dans certains cas, rares il est vrai, ils ne sont pas en complet accord avec la clinique et il faut admettre deux ou plusieurs lésions pour expliquer tous les phénomèes cliniques d’une seule observation. Ensuite ils prêtent trop à l'imagination et permettent la création de types cliniques hypothétiques avec lésions bien déterminées en théorie, mais que l’on n’a encore jamais rencontrés en clinique. Dans leurs grandes lignes ces schémas sont la reproduction fidèle de la clinique, mais certains faits spéciaux sont en désaccord avec eux.

Freud a insisté dans sa conception générale de l’aphasie sur un point jusqu'alors un peu laissé dans l'ombre : l'importance des faisceaux d'association qui unissent un centre à un autre. Déjà Lichtheim avait décrit les aphasies de conductibilité ; mais ce qui pour Lichtheim ne constituait que des formes d’aphasie, devient pour Freud toute l’aphasie. L’altération de la parole tient pour lui surtout à ce que le malade ne peut passer d’une image à une autre image. Les centres, placés à la périphérie de la zone du langage, ne sont que des points les plus éloignés des autres centres, où par suite les fibres d’association sont les moins abondantes et où une lésion localisée a le plus de chances de se cantonner à une seule modalité du langage. Si au contraire la lésion enlevait la partie moyenne de la zone du langage, là où s’entre-croisent toutes les fibres d'association, la clinique montrerait des altérations dans tous les modes de manifestations du langage.

En somme, pour Freud la lésion des faisceaux d'union occupe le premier plan, la lésion des centres passe au second. Cette conception, acceptée par M. Pitres, n’estencore jusqu'ici que théorique. L'auteur n’a apporté aucun fait personnel ou puisé dans la science pour en démontrer l'exactitude. Elle est donc encore à l'état d'hypothèse et manque de la consécration anatomo-clinique. Si la lésion des faisceaux blancs joue un grand rôle, si cette théorie semble contenir une grande part de vérité, on peut reprocher à Freud de l'avoir exagérée et d’avoir trop annihilé le rôle des centres d'images.

À notre avis, une conception du langage doit se baser uniquement sur les faits cliniques avec preuve anatomo-pathologique ; elle doit tenir compte et de l’existence des centres d'images démontrés et des faisceaux d'association qui les unissent. Elle doit donc reposer à la fois sur la clinique et l'anatomie normale et pathologique.

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La elinique et l'anatomie pathologique nous démontrent l'existence indiscutable de trois centres d'images nécessaires à la fonction du langage : le centre des images motrices d’articulation, ou centre de Broca; le centre des images auditives, centre de Wernicke ; et le centre des images visuelles. Ces trois centres sont admis par tous les auteurs et leur existence ne saurait aujourd’hui être mise en doute.

La situation de ces trois centres sur la corticalité cérébrale est aussi bien démontrée. Tous siègent dans l'hémisphère gauche ; le cerveau droit n’a rien à voir avec la fonction du langage (1). Le centre de Broca, centre moteur d'articulation occupe le pied de la troisième circonvolution gauche ; les deux centres sensoriels, centres de réception des images auditives et visuelles, siègent à la partie postérieure de la scissure de Sylvius dans la partie postérieure de la première circonvolution temporale (centre de Wernicke), le gyrus supra marginalis et le pli courbe.

Ces trois centres sont donc tous situés, comme l'ont fait remarquer Charcot et Freud, sur la circonvolution qui entoure en haut, en arrière et en bas la scissure de Sylvius, sur la circonvolution d’enceinte de cette scissure. Cette circonvolution bordante circonscrit de toute part la fossette sylvienne, et se continue par des plis de passage et surtout par des fibres blanches sous-corticales avec la corticalité voisine. Réunissant ces trois centres à fonctions déjà bien connues dans un groupement d'ensemble, Freud donna à cette région, qu'il eut le tort de trop étendre en arrière, le nom très logique et très expressif de zone du langage. De même que dans la corticalité cérébrale une certaine région est plus spécialement prédisposée aux mouvements volontaires, zone psycho-motrice, de même chez les droitiers, mais pour l'hémisphère gauche seulement, un territoire déterminé contient les centres des images du langage.

Cette réunion des centres du langage en une zone n'est pas arbitraire. Elle est commandée et justifiée et par la position de ces centres autour d'un des sillons primordiaux de l’encéphale, et par l'irrigation commune de tous ces centres par le même vaisseau, l'artère sylvienne.

La position de ces centres, par rapport à la corticalité générale de l'hémisphère, n’est pas livrée au hasard. Ce n’est pas sans raison que

(1) Sauf chez les gauchers, où toute la zone du langage est comprise dans le cerveau droit.

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le centre de Broca s’est développé à la partie antérieure de la zone du langage, le centre de Wernicke à sa partie postéro-inférieure et le centre des images visuelles à la région postéro-supérieure. Examinons la situation de ces centres par rapport au rôle connu des parties voisines de la corticalité et nous allons voir, comme Freud l’a indiqué, la question apparaître sous un Jour tout nouveau. Le centre de Broca, centre d'emmagasinement des images motrices d’articulation, centre moteur, est situé au contact immédiat de la zone psychomotrice générale, à la partie inférieure de cette zone, dans le voisinage même des origines corticales des nerfs du grand hypoglosse, facial et masticateur. Le centre des images motrices d’articulation est donc immédiatement accolé au centre moteur des muscles qui innervent la face, les lèvres, la langue, le voile du palais, le larynx et le pharynx, c'est-à-dire des muscles dont les mouvements assurent le mécanisme moteur matériel del’articulation des sons. En d’autres termes, le centre des images motrices d’articulation, centre des souvenirs des mouvements nécessaires à l'articulation des mots, est immédiatement en contact avec les cellules cérébrales qui matériellement assurent l'exécution des mouvements d’articulation des mots. Le centre des images visuelles des cellules et des mots, comme l'a montré le premier M. Dejerine, occupe la région du pli courbe. Si nous examinons la corticalité voisine, nous Voyons que ce centre se trouve en contact intime avec le centre de la vision générale qui comprend, ainsi que l'ont montré les recherches remarquables de v. Monakow, de Henschen et de notre regretté collègue Vialet, les bords de la scissure calcarine, les lobules lingual et fusiforme ; par sa face profonde ce pli courbe est en rapport immédiat avec le faisceau de la vision générale : radiations optiques de Gratiolet. La situation de ce centre des images visuelles du langage est donc dans les mêmes rapports avec le centre de la vision générale, que le centre d'images motrices d’articulation avec la zone de motilité générale. Enfin le centre de Wernicke, centre des images auditives, occupe la première circonvolution. temporale gauche, partie supérieure de la région que l'on considère comme le centre de l'audition générale.

Si nous résumons en quelques mots ces rapports, nous voyons que chacun des centres d'images du langage est immédiatement en rapport avec la portion de corticalité cérébrale qui emmagasine les impressions

générales de la même catégorie : centre moteur près de la zone motrice, centre visuel près de la zone visuelle, centre auditif près de la zone auditive. Chacun de ces centres n’est, en quelque sorte, qu'une portion de cette zone générale, différenciée, appropriée à unefonction spécialisée, le langage. Chacun de ces centres occupe en outre l’extrémité, la périphérie de la zone générale motrice, visuelle ou auditive, et précisément la portion de cette zone générale qui est le plus immédiatement en contact avec la zone générale voisine : c’est le pli courbe, partie de la zone visuelle la plus rapprochée de la zone auditive et de la zone motrice qui emmagasine les images visuelles du langage. La partie postérieure de la première temporale, point de passage entre la zone auditive temporo-sphénoïdale et le pli courbe, point extrême de la zone visuelle, est uniquement en possession des images auditives du langage. Enfin le centre des images motrices d'articulation occupe le point le plus rapproché et de l'origine des nerfs qui président à l’acte matériel du langage, et des centres des images visuelles et auditives différenciées pour le lanage. La conception de la zone du langage est donc parfaitement logique au point de vue purement anatomique.

La clinique vient de son côté confirmer cette conception, en montrant que toute altération de cette zone entraîne des altérations de toutes les modalités du langage.

Le langage comprend trois centres d'images, intimement unis entre eux, de telle manière que toujours une altération quelconque de l'un de ces centres retentit sur les autres, en troublant leur fonctionnement. Après Trousseau, Gairdner et d'autres auteurs, nous avons étudié avec notre maître M. Dejerine l'état de la lecture mentale chez les aphasiques moteurs vrais, corticaux. Chez tous ces aphasiques moteurs corticaux il existe une altération plus ou moins accusée de la lecture mentale, et cela pendant une période plus ou moins longue et variable d’ailleurs suivant les cas. L'étude de la lecture mentale chez les aphasiques exige un examen méthodique, Il est indispensable de se défier des affirmations du malade. En général il soutient qu'il lit parfaitement et comprend tout ce qu'il lit, alors qu'il n’en est rien, tout comme il donne une page écrite de sa main, mais copiée sur un modèle, comme étant d'écriture spontanée (H.Ja ckson). L'aphasique souffre de son infirmité, il semble craindre qu'on

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