‹ De L'Aphasie SensorielleChapitre 39 sur 41 · EDIT · texte numérisé non relu

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Écriture d’après l’imprimé.

on retire le modèle le malade est incapable de continuer, il s'arrête immédiatement.

Chiffres. Le malade écrit beaucoup plus facilement les chiffres, spontanément et sous dictée, et les copie également mieux, mais pas cependant d'une manière absolument exacte. Il peut faire quelques additions très simples de deux chiffres, mais il est impossible de faire une opération arithmétique quelconque un peu plus compliquée.

Avril 1893. Parole : Il existe toujours un cerlain degré d'aphasie motrice. Le malade fait des phrases courtes, parle à l’infinitif. Il n'y a pas de paraphasie nette, quoique cependant le malade prenne parfois un mot pour un autre.

D. « Êtes-vous content à Bicêtre ? » « J'aime mieux travailler que ça »..

D. « Avez-vous fait du service militaire? » « Y a pas besoin. Mon frère était là, pas besoin avec »,

D. « Quel temps fait-il? » « Fait beau, J'ait beau, oui ».

D. « Quel jour sommes-nous ? » « Peux pas le dire, y a des moments, peux pas le dire ».

Surdité verbale. On ne peut pas dire qu'il existe nettement de la surdité verbale, cependant le malade parfois comprend mal les questions qu’on lui pose et qu'on est obligé de lui répéter.

Cécité verbale. Mème état.

Pas trace de cécité psychique. Reconnaît très bien les personnes et les lieux où il se trouve. Il reconnaît tous les objets qu'on lui montre et sait quel est leur usage. Par contre, quand on lui montre un objet quelconque, encrier, couteau, plume à écrire, porte-allumettes, mètre, montre, bonnet, bouquet, parapluie, il ne peut les dénommer par leur véritable nom. Il en donne la définition, montre à quoi ils servent sans se tromper, il a très nettement la notion de l'usage de l'objet qu'on lui montre, mais l’image visuelle de l’objet ne réveille pas chez lui l’image du mot correspondant à cet objet.

Il n’a pas d'aphasie optique ; si on lui fait palper, sentir les objets, il ne les dénonme pas mieux.

Même pour les objets qu'il connait le mieux étant donné sa profession, si on lui montre une paire de bottines, il ne peut les dénommer, même après les avoir maniées. Par contre, lorsqu'on dénomme un objet devant lui, il en répète le nom, puis quelques instants après il est de nouveau incapable de dénommer ces mêmes objets.

Répétition des mots.

D. « J'ai exercé toute ma vie la profession de cordonnier. » « Toujours j'ai travarllé cordonnier ».

D. « Vive la République française » « Peux pas ».

D. « Mes enfants sont à Carentan » « Oui mes enfants sont à Carentan. Ça va toujours ça ».

Chant : Le malade peut chanter un air, mais les paroles sont très altérécs.

En résumé la parole spontanée est tombée, mais beaucoup moins que la répétition des mots et le chant.

Hémianopsie homonyme latérale droite, avec conservation du sens chromatique.

Août 1894. — Parole spontanée. — Toujours même état. Registre des mots assez restreint sans paraphasie. Parle à l'infinitif, en phrases courtes, interrompues de temps en temps quand le mot ne vient pas Cependant, avec un peu de patience, et en répétant plusieurs fois la même question, il arrive cependant à se faire comprendre.

D. « À quel âge êtes-vous venu à Paris?» — R. « Je ne peux pas le dire ».

D. « À quel âge avez-vous quitté Strasbourg ? » — R. « Il y a longtemps, longtemps, j'ai travaillé longtemps là-bas ».

D. « Racontez-moi comment vous êtes tombé malade ? » — R. « Tout d'un coup.

avec ma femme. travaille avec moi. tu ne travailles pas. non, çà ne va plus. Oh, me dit-elle, ça reviendra. Je travaillais bien dans le temps. tout d'un coup jene pouvais plus. »

D. « Où est maintenant votre femme? » — R. « Hier, avant-hier… ici. avec moi, ù y a pas longtemps hier, boit avec moi et manger. »

D. « Je croyais que vous étiez brouillés? » — R. « Mais non jamais, elle m'aime bien, allez. seulement trop vieux pour moi ».

D. « Où sont vos enfants? » — « R. « À Carentan »

D. « Où est-ce? » — R. « Carentan?.… c’est loin d'ici. Je peux pas le dire. mais c’est loin. oui c’est loin d'ici ».

D. « À Paris chez qui travailliez-vous ? » —R. « Oh, de tous côtés... partout. Presque partout. j'ai travaillé bien loin ».

D. « Quel âge ont vos enfants?» — R. « Ils sont. oh mon Dieu. maintenant Je peux pas le dire... avec moi, là-bas aussi. ne peux pas le dire ».

En résumé, il existe un certain degré d'aphasie motrice sans paraphasie.

Parole répétée.

D. « Le père Dubuisson à toujours été un brave homme. » — R. « Oui Mon-

sieur. »

D. « Répétez ce que je viens de dire. » — R. « Oh Je peux pas le dire ». D. « Je suis né à Strasbourg. » — « Je suis. à n'y à pas moyen, c’est embé-

tant de parler comme ça, mon Dieu, mon Dieu. »

D. « J'ai toujours été un brave cordonnier. » — R. « Oui, sais bien, mais peux pas le dire, j'sais tout, mais y a pas moyen de parler, c'est-là (il frappe sa poitrine) ».

Donc répétition des mots : nulle,

Chant. — L'air est assez juste, mais les paroles sont altérées.

Allons enfants de la catrie.

Contre nous de la tycarnie.

Compréhension de la parole parlée. — À un examen un peu superficiel le malade semble comprendre toutes les questions; en réalité cependant, par moments, après une question quelconque il s'arrête étonné, regarde d’un œil interrogateur, et on voit qu'il n'a pas compris. En réalité on ne peut pas dire qu'il existe chez ce malade de la surdité verbale véritable, il y a plutôt par moments de la lenteur de la compréhension.

Cécité verbale. — Aujourd'hui le malade ne peut dénommer aucun des objets qu'on lui à montrés : tabatière, encrier, porte-plume, couteau, fourchette, boîte d’allumettes, bague, journal, lorgnon, clef, ete. 11 reconnaît parfaitement les objets, sait à quoi ils servent : il prend la plume et écrit son nom; prend le couteau et la fourchette et fait le simulacre de manger. Mais il n’y a pas trace d’aphasie optique : en s’en servant, il ne peut davantage nommer ces objets. « Je sais à quoi çà sert, mais je ne peux pas le dire, quelques jours çà vient ».

Pour la Jécture, même cécité verbale. Reconnaît certaines lettres O. N. M. Q. G; parfois S. F. Donc cécité littérale incomplète ; il reconnait son nom, son prénom, mais ne peut lire aucun mot. Le malade sauf ces deux mots (nom et prénom) ne comprend rien à la lecture, pas même sa profession.

Écriture. — Il écrit correctement el rapidement son nom. On lui demande d'écrire sa profession (cordonnier) il écrit « tasson ».

Intelligence. — L'intelligence est toujours un peu affaiblie; la compréhension de la parole parlée est lente et difficile, surtout certains jours. Il n’est ni dément ni gâteux. 11 s'émeut très facilement quand on lui parle de son état.

Il reconnait très bien les pièces de monnaie, par la vue seule; et en reconnaît la valeur.

Chiffre. — I reconnait tous les chiffres isolés, le 8 avec plus de peine. Pour le Oil dit : « çà ce n’est rien ». Il peut faire quelques additions.

Lorsqu'on lui fait tracer dans l'air avec le doigt des lettres, il n’en reconnaît aucune; de même si, en lui fermant les yeux, on le fait écrire passivement avec un crayon. Mais il reconnaît ainsi son nom; mais encore pour que l'expérience réussisse faut-il lui faire écrire de suite deux ou trois fois son nom : « çà c'est mon nom » dit-il.

Pas de trace de cécité psychique. Il reconnaît les gens, les objets, se promène dans Paris et revient à Bicètre sans s’égarer jamais.

OBSERVATION 60 (PERSONNELLE). — Recueillie avec notre excellent collègue et ami KUSS dans le service de notre Maître, M. le Dr ALBERT ROBIN.

Surdité verbale incomplète. — Cécité littérale presque complète; cécité verbale absolue. — Agraphie totale: n'écrit même pas son nom ; spontanément et sous dictée n'écrit toujours que les mêmes lettres & Marce ». Le résultat est le même avec l'écriture spontanée et avec les cubes alphabétiques. — Copie du manuscrit um peu meilleure. Paraphasie extrêmement ‘marquée avec jargonaphasie, — Pas d'aphasie optique, ni de cécité psychigne. — Impossible de se rendre compte s'il existe de l'hémiopie. — Légère parésie du bras droit ; paralysie du facial droit.

Marie-Étienne A..., àgé de 48 ans, cordonnier, entre salle Serres, lit n° 34, * le 25 février 1896. — Impossible d’avoir aucun renseignement sur le malade, sur ses antécédents, le mode et la date du début de sa maladie.

État actuel, 9 mars 1896. — Parole spontanée : La parole spontanée est extrêmement troublée. Le malade articule nettement les syllabes, il en prononce un très grand nombre, un nombre exagéré, par rapport à la question qu'on lui pose. C’est un verbeux. Des mots qu’il prononce, quelques-uns sont reconnaissables, mais détournés de leur sens (paraphasie); d’autres sont absolument incompréhensibles et complètement forgés (jargonaphasie).

« Comment vous appelez-vous ? » Répond des mots incompréhensibles.

« Vous appelez-vous Aufray ? » « Oui Auffrène, frène, Aufray ».

« Etienne ? » « Oui, oui, Cotel, c'est moi. »

« Quel âge avez-vous ? » « Quarante et un, quarante-neuf, quaritantinof. »

« Où êtes-vous né? » « Je ne suis pas d'important, car, mais du carantin, je ne peux pas. »

« Depuis combien de temps êtes-vous à Paris ? » « Ma foi oui, je n'ai plus que gà, je dois parler, oui, ü y a quart d'heure, cinq, sept, Mais oui, mais ça, ça, s'impodel au cent. »

€ Quel métier faisiez-vous ? » « Quadrant, du quatrevant, »

€ Chez qui travailliez-vous ? » € Uno conte je connais bien. »

« Êtes-vous marié? » « Oui. »

C Avez-vous des enfants ? » « Oui, non, je n'ai pas usé, pal, passin. »

€ Que fait votre femme ? » « Mais sérieux, oh non, je connais bien. »

« Où sont vos enfants ? » « Non, ü n'y en a plus que à moi non rien. »

€ Où habite votre femme ? » « Jene sais pas, sil, sil, pal parent, pas du tout. »

« Buviez-vous beaucoup ? » « Il y a bien du saur, en y est ».

Prononce nettement un grand nombre de jurons quand il ne peut trouver ce qu'il veut dire : m..…., n.. d. D..…., sacré nom d’un chien.

Il existe donc pour la parole spontanée, une paraphasie avec jargonaphasie extrêémement marquées, rendant le discours du malade incompréhensible, Il est impossible de tirer du malade aucune espèce de renseignement.

© Parole répétée : « Fougères » : « Aentol. »

« Ille-et-Vilaine » « Dot, Il à zi des hôpitaux. »

« Cordonnier » : « Martier » puis « condotier. »

« République » : « Du huipedur. »

« Française » : « François, franzès. »

Il y a donc pour la parole répétée la même paraphasie avec jargonaphasie que pour la parole spontanée. :

Chant: On fait chanter la Marseillaise au malade. L'air est bien conservé, exact et reconnaissable. En le chantant, le malade prononce les paroles suivantes :

Allons d'enfant j'en la patrie, Le jour de var est arrivé.

Contre nous de la terannie L'étendard sanglant est levé, L’étendard tolé est levé, Entendez-vous dans la Chapelle, Mugir solitan des soldats.

Il existe donc une grande différence antre la prononciation des mots dans la parole spontanée, et dans l'acte du chant. Ici les mots sont presque tous reconnaissables.

Lecture à haute vois. — On donne au malade à lire la phrase suivante : Si j'avais du temps de reste, je m'apitoicrais. Le malade, qui d’ailleurs ne comprend pas Ce qu'il lit, prononce : « Zi dam du davin toi evaté, je l'ai du stolas oh. » La prononciation des mots est ici encore plus défectueuse que dans la parole spontanée.

Surdité verbale, — Incomplète, mais encore très accentuée. Au commandement, il tire la langue, ferme les yeux, se lève, s'assied; mais ne donne pas la main, ne lève pas la jambe. En causant avec lui, il faut répéter les questions pour qu'il en devine le sens. La compréhension des mots parlés est donc très imparfaite.

Cécité verbale complète, absolue. Le malade ne comprend pas un seul mot. Quand on lui donne un ordre par écrit, il le regarde, essaie de l'épeler et bredouille des mots incompréhensibles, mais il n'exécute aucun des ordres donnés. Il ne reconnait même pas son nom, ni sa profession; mais il reconnaît son prénom « Marie ».

Cécité littérale presque totale. Le malade ne reconnaît que l'e, parfois l'o, l'#, la plupart du temps quand on lui montre une lettre, il bredouille des syllabes incompréhensibles.

Ne reconnaît pas les chiffres ni les nombres et est incapable de faire un calcul quelconque.

Reconnaît les objets, mais ne peut dire leur nom, ou bredouille des mots sans aucun sens : porte-plume, encrier, violette ; cependant quand on lui montre une épingle il dit « pointe ». Il montre d’ailleurs parfaitement qu'il sait l'usage de l’objet.

Ecriture spontanée. — Le malade écrit de la main droite. Spontanément il n'écrit que les lettres « Mace » parfois « Marce »; les lettres sont bien formées et reconnaissables ; mais quoi qu'on lui demande d'écrire, son now, l’histoire de sa maladie, sa profession, ce sont toujours les mêmes lettres qu'il trace.

Ecriture sous copie. — Quoi qu’on lui dise d'écrire, il trace toujours les mêmes lettres (Warce). Il est incapable d'écrire aucun autre mot.

Copie du manuscrit. — Nous lui donnons à écrire son nom « Aufray ». Il écrit « Muffais ». Il copie le mot bonjour, et quelques autres mots d'une façon assez correcte.

Copie de l’imprimé. — Nous essayons vainement de lui faire copier un modèle imprimé ; il écrit toujours les lettres « Mac » ; impossible de lui faire comprendre qu'il doit copier.

Nous avons essayé de faire écrire le malade avec des cubes alphabétiques. Il a été incapable d'écrire spontanément, sous dictée, d'après copie d’un manuscrit ou d’un imprimé le moindre mot. Cependant, il faut noter que dans tous ces essais le malade rassemble immédiatement les lettres A et À, mettant tantôt J'M devant l'A, tantôt après. Il est très important de relever que précisément avec un crayon, le malade n’écrit que le mot « Marce ». Il n'’écrit donc spontanément et sous dictée avec les cubes que les premières lettres du mot qu’il écrit spontanément et sous dictée, le crayon à la main.

Il nous a été impossible de nous rendre compte s’il existe de l'hémianopsie homonyme latérale droite.

Quand le malade est entré dans le service, il présentait des traces évidentes d'une hémiplégie. Actuellement, le malade marche facilement, monte et descend les escaliers, se promène dans le jardin; le bras est parésié, le malade s’en sert pour tous les mouvements, mais les mouvements se font sans force ; le malade serre moins fortement de la main droite que de la main gauche. Le facial droit et la moitié droite de la langue sont le siège d’une paralysie nettement accusée.

La sensibilité est bien conservée.

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