ORNE
(nom, âge, date et lieu de naissance, noms et âges de sa femme, de ses enfants, ete.), les mots usuels, les mots spéciaux ? Il faut faire très attention en causant avec le malade, de ne pas émettre les mots qu'il doit prononcer lui-même. Le meilleur moyen consiste à demander au malade de raconter l'histoire de sa maladie, comment elle a débuté. On a ainsi immédiatement des renseignements précis sur la richesse du vocabulaire dont le patient dispose. En même temps, on notera les troubles que le malade peut présenter dans la prononciation des mots (scansion, zézaiement), ou dans la construction de ses phrases (style nègre avec les verbes à l'infinitif ; style télégraphique, la phrase étant réduite aux mots essentiels à la compréhension). Enfin on se rendra compte sile malade emploie bien le mot qu’il désire, s'il lui donne son sens et sa valeur exacts, s'il n’emploie pas un mot pour un autre ; en d’autres termes, s’il existe ou non de la paraphasie. On reconnaîtra aussi si le malade forge des mots : jargonaphasie.
Après la parole spontanée, on étudiera la parole répétée, en suivant le même ordre d'examen : mots familiers, usuels et spéciaux, en notant toutes les particularités de la prononciation. On fera répéter des phrases d'abord courtes, puis longues, et on relèvera soigneusement le nombre des mots répétés, le nombre et la qualité des mots omis.
Le chant présente le plus souvent, — et c'est là une particularité bien connue — des différences très nettes avec la parole non chantée, la parole parlée. Les airs familiers au malade sont conservés en tant que musique et les paroles sont souvent assez nettement prononcées pour être reconnaissables. Si ensuite, on dit au malade de réciter les paroles sans le chant, la prononciation devient beaucoup plus difficile, sinon impossible. Les aphasiques chantent mieux qu'ils ne parlent. Nous avons vu à Bicêtre des malades qui, aphasiques presque absolus pour la parole spontanée, pouvaient chanter les premiers vers de la Marseillaise. Tel autre, que M. Dejerine a souvent montré à ses leçons, n'avait pour la conversation ordinaire qu'un assez petit nombre de mots à sa disposition, et encore parlait ii à l'infinitif ; le soir il donnait des concerts aux malades de sa division, et chantait très correctement et sans altérer beaucoup les paroles les romances de « Si j'étais roi » etde « Mignon ». Mais si on cherche à faire chanter au malade sur l'air qu'il vient de chanter précédemment, ou sur un
air connu, des paroles autres que les véritables, le malade n’y parvient pas. Il y a une association très étroite entre l'air chanté et les mots émis.
Il faut rechercher ensuite si la mise en jeu des images visuelles influence d’une façon quelconque les images motrices d'articulation. L'étude de la lecture à haute voix se fera d’après les mêmes règles que la parole spontanée et la parole répétée. On notera avec soin comment le malade articule les mots qu’il prononce et s'il a conscience de la valeur des mots qu’il émet.
Enfin on demandera au malade de montrer un objet dont on prononce le nom devant lui, où de donner le nom d'un objet qu’on lui présente. On cherchera à se rendre compte s’il a conservé la notion des objets et de leur usage, et de quelle façon, avec quelle peine, avec quelles fautes il prononcera, s’il le peut, leur nom.
Après cet examen de la parole, on étudiera la lecture mentale. On examinera successivement si le malade comprend spontanément les lettres (cécité littérale) ; s’il peut les rassembler en mots pour constituer les syllabes (asyllabie),les mots (cécité verbale),les phrases. Cette étude se fera successivement à l’aide de pages imprimées et manuscrites. On s’attachera à distinguer si le malade reconnaît l’ensemble du mot, la figure générale, l'aspect, ou s’il est capable de le décomposer en ses éléments constituants, syllabes et lettres, et à l’aide de ces lettres de reconstituer les syllabes et le mot. S'il ne peut dénommer par la parole le signe représenté, il devra indiquer qu'il en a compris le sens. On expérimentera successivement, comme pour la parole spontanée, les mots familiers, usuels et spéciaux. On répètera les mêmes examens pour les chiffres isolés, pour les nombres et on essaiera de faire exécuter par le malade une addition, une soustraction, multiplication ou division.
Assez souvent il arrive que le malade semble comprendre ce qu’il lit ; il n’y a pas trace de cécité verbale apparente, et cependant lé fonctionnement des images visuelles est altéré. Le malade est incapable d'évoquer spontanément ces images visuelles. On mettra facilement ces troubles latents en lumière en répétant les expériences si intéressantes de nos collègues et amis Thomas et Roux, que l’on trouvera exposées plus loin. ,
Enfin on recherchera l'existence ou l'absence de l’aphasie optique (Freund). Quand on présente un objet à un aphasique moteur ou
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sensoriel, il reconnaît cet objet ; il fait comprendre qu'il en sait l'usage. Suivant l'état de sa parole parlée, il peut ou non en prononcer le nom. S'il ne peut le dénommer spontanément, qu'il palpe, qu'il flaire, qu'il goûte l’objet, il sera toujours dans l'impossibilité de prononcer ce nom. Dans l’aphasie optique il n'en est plus de même: qu'on présente un objet au malade atteint d’aphasie optique, il le reconnaît et en sait l'usage, mais il ne peut, en voyant seulement l'objet, prononcer le nom. L'image visuelle ne réveille plus l’image motrice d’articulation. Mais, qu'il vienne à toucher l’objet, à le sentir, immédiatement il prononce le nom: A l’aide d’une mémoire autre que la vue, à l’aide de la mémoire olfactive, œustative et surtout tactile, il parvient à réveiller l'image motrice d’articulation. Cette variété d’aphasie n’existe que chez les sensoriels.
L'état de la compréhension de la parole parlée, l'étude de la surdité verbale, se fera exactement de la même manière, et comprendra la même série d'exercices que l'examen de la lecture.
L'écriture est plus difficile à étudier. Souvent l’aphasique moteur est paralysé de son bras droit, et se refuse à toute tentative d’écriture. Cependant avec un peu d’insistance il est exceptionnel qu’on n'obtienne pas du malade qu'il essaie d'écrire avec la main gauche; chez le sensoriel l'absence ordinaire de paralysie du bras droit rend l'examen plus facile. Autant que possible on cherchera à obtenir, par des lettres écrites anciennement des renseignements précis sur la façon dont écrivait le sujet avant sa maladie, plutôt que de s’en fier à ses affirmations. Règle générale, l’aphasique écrit toujours son nom sans oublier le paraphe, et peut malgré cela, n'en être pas moins agraphique absolu. La signature est un emblème qui appartient en propre à l'individu ; aussi voit-on tous les aphasiques dès qu'on leur demande d’écrire esquisser les lettres de leur nom. Pour se rendre compte exactement de l'état de leur ‘écriture spontanée, on leur demandera de raconter l'histoire de leur maladie, un fait donné de leur existence. Par là seulement on saura exactement si le malade est capable ou non de traduire son langage intérieur par l'écriture.
Le malade qui spontanément n'écrit que son nom propre, son prénom, et quelques autres rares mots (nom des enfants, du pays natal) est un agraphique. Celui-là seulement ne présente pas d’agra-