‹ De l'apparition et de la dispersion des Bohémiens en EuropeChapitre 10 sur 11 · Voy. Pott, t. 1, p. 62 et · texte numérisé non relu

Voy. Pott, t. 1, p. 62 et

2. Dans le Journal asiate 3* série, t. XI et X)l (ann. 1841) et t XIV (ann. 1842). Cette publicatioD devait a?oir une suite que l'auteur n'a pas donnée ; mais M. Rei* uaud y a suppléé dans le Journal asiat. de 1844. Il arait été donné précédemment d'autres fragments du Modjmel (voy. le Mémoire de M. Reinaud sur l'Inde, p. 14*16) ; en sorte que cet ouvrage (mss. persans de la Biblioth. nation., ancien fonds, n*" 62, seul manuscrit connu) est aujourd'hui publié à peu près en entier.

3. Journal asiat. , t. Xll , p. 515. — Le même passage du Madjmel est reproduit, d'après M. Mohl, dans le Mémoire de M. Reinaud (cité plus loin), p. 112. M. Reinaud écrit Kousan comme M. Mohl, et non Kulan comme M. Pott.

4. Ueber die Zigeuner, dans Zeitschrift der Deutschen morgenlàndischen Gesellschaftf etc., 3' fiand, II und III Heft, Leipzig, 1849, p. 321-335.

5. L'auteur du Catalogus coda, mss. orientalium bibliothecœ regim Dresdensis. Lipsiœ, 1831, in-4°. — Fleischer est cité dans l'introduction de Gottwaldt pour avoir revu son travail avant l'impression.

6. Hamza était né à Ispahan; il était Âxabe, et son ouvrage, composé vers 940, est écrit en arabe, mais d'après les données persanes. Les dates précises de sa naissance et de sa mort et de la composition de son ouvrage sont inconnues; mais il parait certain qu'il vi?ait dans la première moitié du X* siècle (?oy . la publication de Gottwaldt, 1. 1, contenant le texte arabe, p. xvu de la Préface), et que, par conséquent, ses Annales furent composées avant le Schah-nameh de Ferdoussy. C'est à tort que M. Pott suppose lecontraire en disant à propos du mot Zuth : « Ces musiciens étant nommés luri dans le Schah-nameh, c'est une preuve que Hamza n'a pas simplement copié ce fait, »

publié et traduit par Gott waldt, 1 844 , racont^ encore que Bahram Gur , pour ramusement de ses sujets, fit venir de llnde douze mille musiciens, nommés Zuth. » Le récit de Hamza mérite d'être rapporté ; le voici en entier d'après la traduction latine de M. Gottwald * : « Il (Bahram- Gur) ordonna que les hommes travaillassent la première moitié du jour, et qu'ensuite ils se livrassent paisiblement aux festins, buvant et se délectant avec des danseurs et des bouffons. Ainsi les musiciens devinrent si chers, que le prix convenu d'une bande complète de bateleurs était monté jusqu'à cent drachmes. Ayant trouvé un jour des hommes qui buvaient sans musiciens : « Ne vous ai-je pas défendu^ leur dit-il, de négliger la musique? » Ceux-ci, après s'être levés et prosternés à terre, répondirent : et Nous avons cherché de la musique pour plus de cent drachmes, et cependant nous n'avons pu en obtenir. » Le prince alors, ayant fait apporter de l'encre et du papier satiné, demanda par lettre des musiciens au roi des Indes. Celui-ci en ayant envoyé douze mille, Bahram les distribua dans les villes de son royaume , où ils se propagèrent ; et leurs descendants y demeurent encore, peu nombreux toutefois : on les appelle Zuth. »

M, Pott, après avoir reproduit la note de M. Fleischer, extraite de Hamza , ajoute : « Fleischer m'explique en même temps ce nom de Zuth , qui était pour moi complètement énigmatique , et qu'on ne retrouve nulle part : « Le Kamûs * dit que les Zotth sont une race « d'hommes de l'Inde, et que la véritable prononciation de ce mot « est Djatt ', mais que les Arabes prononcent Zotth. Dans le Dic- « tionnaire français-arabe d'EUious Bocthor % on trouve : Bohémien,

1. Hamzœ Ispalianensis Annalium Lihn X : edidit J. M. E. Gottwaldt doctor pliil , Bibliothecae imper, publ. Petropolitanœ custos , etc.; 1. 1, Textus arab., Petropoli et Upsiae, 1844 ; T. II, Translatio latina, Lipsiae, 1S48 , pet. iD-S"*. Page 40 de la trad. — Cet ouvrage est publié d'après deux mss., dont un de Leyde, je crois. Il n'en existe pas de vas. à la Bibliothèque nationale de Paris.

2. The Kamoos, or arabic dictionary, by Mujdood-deen, Mohummoud-Oobno Yakoob, of Feerozabad. Calcutta, 1817, 2 vol. petit in-folio.

3. Ces mots sont en caractères arabes dans l'article de If. Pott. — Du reste, je donne ici la traduction un peu libre du passage du Kamous, d'après M; Reinaud (p. 13), de préférence à la traduction allemande de M. Fleischer, qui n'est pas trèsclaire : « Der Name sel ans der [persischen] Form Djatt arabisirt. »

4. M. Reinaud m'a mis entre les mains cet ouvrage, édiUcm plus récente : Dictionn. fr.-ar., par EUious Socthor, Égyptien, professeur d'arabe vulgaire à l'École si)éciale des langues vivantes, revu et augmenté par Caussin de Perceval, professeur — idem; Paris, 1848, —au mot Bohémien. M. Reinaud a eu l'obligeance de me convertir en caractères latins les mots arabes. Ce dictionnaire donne le nom des Bohémiens en plusieurs pays : '< En Egypte» Gadjarff ; dans le Kasraouan, Notirtf ; à Alep, Korbati ; à Damas, Zotty^ au pi. Zott. »

(0 Arabe vagabond, Tchinghiané, qui dit la bonne aventure » vole, etc., « se dit à Damas Zotty, au pluriel Zott *. »

Au milieu de ces observations n'oublions pas que ^\ez n'a pas de signe particulier dans les dialectes de Tlnde, et que le son du dj est prononcé de manière à tenir lieu de l'un et de l'autre. » (Reinaud, p. 43.)

Or voici un autre document qui ajoute encore à la lumière. Pensant retrouver le récit qui nous intéresse, dans le mémoire que M. de Sacy a publié sur la dynastie des Sassanides *, nous y avons recouru, M. Rei* naud et moi, et non-seulement nous avons trouvé un récit de Mirkhond qui renferme encore quelques détails intéressants ', mais M. Reinaud ayant voulu consulter le texte persan de Mirkhond , publié par l'École des langues orientales vivantes d'après les mss. de la Bibliothèque nationale *, nous y avons fait une remarque importante. Dans la traduction de M. de Sacy (p. 333), et aussi dans le texte publié (p. 217), les musiciens indiens dont il s*agit sont appelés A^Aant ou Kheny (au pluriel Kheniyan) ; mais les éditeurs de ce texte ont ajouté en note : «< Il y a des mss qui portent Djâtt (au pluriel Djattan) et Djatty. » Quant au mot Khany ou Kheni , on serait tenté d'abord de se demander s'il n'a pas quelque rapport avec celui de Kuli ou Kauli cité plus haut. M. de Sacy , sans avoir ce terme de comparaison , a donné (p. 333) une interprétation qui s'en rapproche'*. Mais la vérité est que ce mot parait être inconnu. Or M. Reinaud me fait remarquer que le mot Kheni ou Khany et le mot Djatty s'écrivent en persan avec les mêmes

1. M. Pott cite ensuite un témoignage intéressant, duquel il résulterait que, tout récemment, un missionnaire anglais yersé dans les langues de l'Asie, J. Wiison, et un Persan qui raccompagnait, ont pu, en parlant un dialecte liindou (qui, malheureusement, n'est pas spécifié), s'entendre avec les Bohémiens qu'ils rencontrèrent dans le Liban et aiUeurs.

2. Mémoires sur diverses antiquités de la Perse et sur les médailles des rois de la dynastie des Sassanides, suivis de Vhistoire de cette dynastie, traduite du persan de Mirkhond, par A. J. Silvestre de Sacy. Paris, Impr. nation., 1793.

3. Voy. p. 333, dans V Histoire de la dyn. des Sassanides, par Mirkhond. Cet auteur persan, qui vivait au quinzième siècle , a dépouillé le Schak-nameh avec critique et en débarrassant les faits de la forme pompeuse qu'ils avaient dans ce poëme. Toutefois, dans le récit qui nous intéresse, il parait avoir suivi Hamza — Voy. d'ailleurs l'article sur Mirkhond dans la Biogr. univ. de Michaud.

4. Paris, chez Fi rmin Didot, vers 1843 ou 1844, dans la collect. des Chrestomathies orientales, qui avait déjà donné, en 1841 et 1842, deux autres fragments de Mirkhond.

5. « Khaniyan est un pluriel dont le singulier, qui se trouve employé dans cette même phrase, est hhaniy; il parait que c'est un mot arabe qui signifie obscenus in sermone. Je présume qu'on pourrait le traduire ici par le mot bouffon, comédien. Peutêtre le mot persan kkounia, qui signifie une chanson, et d'où vient khouniagher, un musicien, n'a-t-il d'autre origine que le mot arabe khaniy. » Note de M. de Sacy, p. 333.

lettres exactement , et que la différence des consonnances n'est ici déterminée que par les points diacritiques. Il est donc très-probable que Khany et Djatty ne sont qu*un seul mot^ qui, d'un côté ou de l'autre, a été mal orthographié, et qu'en somme il faut choisir entre ces deux formes. Or le mot Khany ne se retrouvant pas ailleurs , tandis que le mot Djatty est très-connu, il n'y a guère de doute que c'est celuici qu'on doit préférer*.

' Ainsi, par la communication de M. Fleischer et par l'observation qui précède, il est établi que les musiciens indiens dont la tradition fait remonter l'arrivée en Perse au cinquième siècle, et qu'au dixième ou onzième on appelait en Perse du nom de Loury^ qui s'applique certainement aux Bohéiiiiens , sont également appelés par un auteur arabe-persan du dixième siècle Zti^A, et par un auteur persan du quinzième Djatt, mot qui^ d'après le Kamom [Zotth), sert à désigner en arabe <i une espèce d'hommes de l'Inde, » et qui , d'après Eliious Bocthor, est précisément le nom des Bohémiens (Zott) à Damas ^. Ces rapprochements offrent déjà un grand intérêt ; mais on est tout

1. Voilà donc cinq auteurs (tous persans, à Texception de Hamza, qui était un Arabe natif d*Ispahan) , qui rapportent notre tradition : Hamza, qui écrivait avant 050; Ferdoussy, vers Tan 1000 ; Tauteur du Modjmel, vers 1 126 ; l'auteur du Tarikh- Guzydeh,yen 1329; Mirkhond, au quinzième siècle. J*ai eu soin de comparer les cinq textes, pour faire la part d'originalité de chacun. Hamza et Ferdoussy peuvent passer tous les deux pour originaux ; car le second donne des détails différents de ceux qu'on trouve dans le premier. Tous les autres paraissent avoir puisé à Tune de ces deux sources. L'auteur du Modjmel, qui, parmi les nombreux écrivains qu'il a consultés, cite Firdousi et Hamza, a visiblement préféré Firdousi , qui est pour lui « comme la racine , tandis que les autres sont comme les branches » L'auteur du Tarik-Gusideh et Mirkhond ont, au contraire, suivi Hamza; le premier toutefois, en replaçant le nom de Louri au lieu de Zutih, et en ajoutant que « leur race fait encore aujourd'hui en Perse de la musique » ; le second en n'introduisant dans le récit que de légères variantes comme celle-ci : qu'on travaillait « jusqu'à l'heure du diner du roi », et en ajoutant : « Les Persans s'unirent à ces étrangers et s'allièrent à eux par des mariages. On dit que c'est d'eux que descendent ceux que l'on nomme aujourd'hui Khaniyan (?) ; c'est pour cela que parmi ceux qu'on connaît sous ce nom , il en est peu qui ne soient musiciens. » La traduction de M. de Sacy est, du reste, peu littérale. Il est surtout difficile de s'expliquer comment il y est dit que c'est en « passant près d'un lieu où étaient rassemblés , pour se divertir, les habitants de la Syrie, » que Bahram vit qu'ils « dansaient» sans joueur d'instrument; lorsque le texte parle simplement « d'une réunion de gens de boisson (littér.) qui sautaient » en effet sans musique. — Quant au nombre des musiciens indiens que Bahram fit venir, tous nos

auteurs donnent le chiffre de 12,000, à l'exception de Ferdoussy, qui écrit 10,000

Il est probable que ce récit se rencontrera encore dans d'autres auteurs orientaux. Si on pouvait le retrouver à quelque source indienne, il acquerrait une nouvelle valeur.

2. Peut-être n'est-il pas sans intérêt de remarquer ici que les Bohémiens s'appellent en Boukharie Djaii : Georgi's Beschreibung aller Vôlker des Russischen Reichs , Pétersbourg, 1776, in-4", p. 146, cité par Grellmann, 2* éd. allem., p. 21.

de suHe désireux de savoir quelque chose de plus sur les Zulh, Djati ou Zo/^, que M. Pott ne retrouve nulle part *. Ouvrez le savant mémoire que M. Reinaud vient de publier sur l'histoire de Flnde depuis les temps les plus reculés Jusqu'au onzième siècle \ et vous les trouverez en plusieurs endroits '• Les Zath ou Djath ^, peuplade nombreuse et peu civilisée, généralement adonnée à la pêche et à la navigation, et les Meyd ou Mend^ qui, sans être étrangers au même genre de vie, se livraient plutôt à l'élève des chameaux et du bétail, sont les premiers habitants qui apparaissent aux époques les plus reculées dans la vallée du bas Indus. Après avoir eu de longues querelles, ces deux peuples se soumettent à un prince de la famille de Hastinâpoura , qui continua, ainsi que ses descendants, de régner dans la vallée de Tlndus, après la grande lutte desKoravas et des Pandavas (deux branches de la famille Hastinâpoura). Beaucoup plus tard, à l'époque de l'invasion des Arabes dans la vallée de l'Indus, c'est-à-dire dans le septième siècle de notre ère, nous voyons que les DJath ou Zath et d'autres populations Indiennes avaient formé des colonies sur les côtes de l'Arabie et de la Perse, comme les Arabes et les Persans l'avaient fait sur les côtes de Flnde. Mais la masse principale de ce peuple habitait toujours la vallée de l'Indus; et lorsque les Arabes s'y établirent, les Zath et les Heyd, ayant pris parti pour eux, contribuèrent à leurs succès. En 834 et 835, les DJath firent une descente sur les bords du Tigre aux environs de Bassora, et répandirent la terreur dans toute la contrée. Il fallut, pour abattre ces barbares, mettre toutes les forces du khalifat en mouve-

1. Il est pourtant parlé des DJaites, Jates, Jautesou Tchattas (Katties?) ôslm MalfebruD, éd. de 1837, en 12 toÎ. in-8^,'t. IX, p. 562, et dans beaucoup d*anteurs.

2. Mémoire géographique , histor, et scientifiqne sur VInde, antérieurement au milieu du onzième siècle de Vère chrétienne^ diaprés les écrivains arabes^ persans et chinois, par M. Reinaud, membre de l'Institut de France, professeur d*arabe, etc. (conservateur-adjoint à la Biblioth. nation.)» dans les Mémoires de V Académie des inscriptions, Paris, 1849. — Ce Mémoire est composé en partie d*après les Fragm^ents arabes et persans inédits relatifs à VInde, publia par M. Reinaud dans le Journal asiatique de 1845, auxquels il sera utile aussi de recourir. — Bnfin on trouvera , sur les Djath , des détails très-intéressants dans un mémoire que je n*ai pas eu le temps d'analyser : Les Huns blancs ou Sphthalites des historiens byzantins, par M. Vivien de Saint-Martin; ce mémoire a paru dans les Nouvelles Annales des voyages de 1849, et a été tiré à part.

3. Voy. p. 43, 50, note 3 de la p. 81, p. 169, 176, 187, 188, 200, 233-235, 272-273. — Voy. aussi p. 15 et 50-54 des détails sur la lutte des Koravas et des Pandavas, et sur le règne de ces derniers; l'épisode final <p. 51-52) est à rema[rquer.

4. C'est précisément ici que M. Reinaud (p. 43) remarque que le z n'a pas de signe particulier dans les dialectes de l'Inde. Il cite en même temps le passage du Kamous rapporté plus haut ; et il ajoute que c'est la première prononciation (Djatt) qui a prévalu dans les relations européennes.

ment, et ceux d'entre-eux qui furent pris vivants furent envoyés à Anazarbe, dans l'Asie Mineure, sur les frontières de l'empire grec. Auprès des Meyd ou Mend et des Bodhas, nous trouvons encore, au dixième siècle, les Zath établis vers Tembouchure de Tlndus, dans les marécages qui s'étendent entre Mansoura et le Mekran : les familles zath qui habitent près du fleuve se construisent, comme les Berbers , des cabanes de roseaux, et vivent de gros poissons et d^oiseaux aquatiques; celles qui demeurent loin de l'Indus, dans les campagnes, vivent à la manière des Kurdes, se nourrissant de lait, de fromage et de pain de dorra. Au commencement du onzième siècle , les Zath ne craignirent pas de se mesurer contre Mahmoud ; mais leurs bateaux ne purent tenir contre les navires du sulthan : les Djath furent défaits. « Cet échec porta un grand coup à la puissance des Djath, mais ne l'abattit pas tout à fait. La race se conserva dans le pays, et se propagea même au dehors. Lors de Texpédition de Tamerlan dans le nord de Flnde, il y avait une tribu de ce nom établie aux environs de Dehli. Cette tribu se ménagea une position très-forte dans cette province, dans la ville de Bhartpour ; et, à partir du milieu du dernier siècle, lors de la décadence de l'empire mogol, elle se constitua en principauté. Plus tard , elle brava la puissance anglaise, et il a fallu les plus grands efforts pour la dompter. Maintenant, il existe encore des Djath, non-seulement dans la partie inférieure de la vallée de Tlndus, mais dans le royaume de Kaboul et sur le territoire des Sikhs. «

Je ne dois pas terminer ces citations sans rapporter une note de M. Reinaud qui complète les rapprochements d'une manière d'autant plus heureuse, qu'elle a été écrite sans aucune préoccupation à l'endroit des Bohémiens : « C'est probablement des Djath que Jean Thévenot veut parler dans les détails qu'il donne sur les pirateries des Zinganes. Voyages de Thévenot^ éd. d'Amsterdam, 1727, t. IV, p. 627 et suiv. » (Reinaud, p. 273.)

La question de l'origine des Bohémiens est une question trop délicate et trop complexe pour que je la regarde comme définitivement résolue par les rapprochements que je viens d'exposer. On ne peut nier, du moins, qu'ils aient une apparence très- séduisante. C'est M. Reinaud qui m'a mis à même de les communiquer sans plus de retard au lecteur, en me montrant l'article de M. Pott que je ne connaissais pas encore, et en me renvoyant à son Mémoire sur l'Inde ; il a bien voulu , d'ailleurs, me fournir tous les éclaircissements dont je pouvais avoir besoin : je lui en adresse mes sincères remercîments.

C'est dans l'extrait qui nous a été conservé , par le Modjmely d'un

traité sanscrit fort ancien *,que M. Reinaud a tronvé la première mention des Zatti ou Djath , mention qui se rapporte aux temps antéhistoriques. Maisà partir du septième siècle de notre ère, il les rencontre dans un grand nombre d'auteurs ; et il ne serait sans doute pas difficile de recomposer leurs annales plus complètement que ne le comportait l'étendue des matières traitées dans son Mémoire. M. Reinaud ignorait d'ailleurs, ainsi que tous^ le passage de Haiàza et celui de Mirkhond, qui paraissent être un trait de lumière. Il avait bien^m'a-t-il dit, un vague soupçon de l'identité des Zath et des Bohémiens ; mais, à défaut d'aucun indice précis, il n'avait pu s'y arrêter. Aujourd'hui l'histoire des Zath ou Djath mérite bien de faire l'objet d'une monographie , que M. Reinaud se trouve naturellement appelé à traiter. Ecrire l'histoire des Zath, ce sera peut-être recomposer, au moins en grande partie, les anciennes annales des Bohémiens. Mais avant de pouvoir l'affirmer d'une manière définitive, il sera nécessaire de pénétrer plus profondément dans les mœurs des Zath', tels qu'ils nous sont révélés par l'histoire, et tels qu'on les trouve encore dans le Sindhy ; il faudra tâcher de se rendre un compte plus exact des migrations des anciens Zath, et de se procurer des échantillons du dialecte que parlent ceux d'aujourd'hui ; il sera Important aussi de ne pas négliger les Zingani, que Thévenot et d'autres ont prétendu trouver sur les bords de l'Indus, et de ne pas perdre de vue les rapprochements que plusieurs auteurs ont voulu établir entre les Bohémiens et diverses peuplades de Tlnde. Enfin, il ne sera pas sans intérêt de rechercher si les Bohémiens, tels que nous les connaissons, ne se rencontrent pas ailleurs qu'à Damas, et surtout, dans quelques documents anciens, sous le nom de Zath.

Quelque satisfaisants que puissent être les résultats de ces nouvelles recherches^ j'ai tout lieu de croire qu'il restera un point difficile à éclaircir : c'est précisément le point de transition entre l'histoire des anciens Zath et celle des Bohémiens, c'est la destinée des émigrants au point de jonction de l'Asie^ de l'Afrique et de l'Europe. Comme je l'ai déjà dit, je suis porté à croire que, pour éclaircir complètement les origines des Bohémiens, il faudra étendre les investigations jusqu'en Afrique. Si je ne puis suffire à cette tâche, je m'attacherai du moins à faire connaître les traditions et les divers indices qui appellent l'attention de ce côté.

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