Voy. deuxième partie, Additions et corrections
3. Esquisse sur V histoire, les moeurs et la langue des Cigains. . ., par Michel de Kogalnitchan (Moldave) ; Berlin , 1837, brochure in-S** (en français), p. 14.
4. laRoumaniey Paris, 1845, 1. 1, p. 183. M. Vaillant accepte ici Topinion commune sur l'arrivée des Bohémiens en Europe en 1417 ; et à la fin du même volume (p. 394, en note) il fait ses réserves. C'est que, tandis que son premier volume était sons presse (commencement de 1844), des doutes lui étaient venus. Vers cette époque, M. Vaillant m'avait fait espérer des preuves de Tancienneté des Bohémiens en Roumanie (voy. t V de la Biblioth., pag. 444) ; mais, ainsi que je le remarque dans mon tirage à part (p. 10) , les preuves lui ont manqué : M. Vaillant a fait paraître dans la Revue de V Orient (cahier de juin 1844) un article sur les Bohémiens ; le document principal qu'il invoque en faveur de son opinion nouvelle, le seul direct et précis, est le mot Gingarorum , dans Ludei/?ig , qui mérite peu de confiance, comme je t'ai montré.
après avoir battu, le 13 jaillet 1260, sur les bords de la Morawa, Bêla lY, roi de Hongrie, et son fils Etienne, écrivit ane lettre au pape Alexandre lY, pour lui annoncer sa victoire. Dans cette lettre sont énumérés les peuples et les peuplades qui servaient comme auxiliaires dans larmée ennemie ; et si Ton s*en rapportait au texte de ce document tel qu'il est donné par le chroniqueur bohème anonyme, que Ludewig a publié dans ses Reliquiœ manuscriplorum , parmi ces auxiliaires figureraient des Gingari, c'est-à-dire, suivant toute apparence, des Cingari, des Bohémiens. Mais George Pray , qui raconte la guerre des Hongrois et des Bohèmes avec beaucoup plus de détails, a donné aussi la lettre de Przemislas, et ici, à la place de Gingaroruniy se trouve Bulga^ Torum. Or, la leçon du chroniqueur anonyme est généralement détestable, comme il est facile de s'en convaincre en comparant les deux textes de notre pièce. Je suis donc autorisé à penser qu'il a mal lu en cet endroit ainsi qu'en beaucoup d'autres, et je crois que l'on peut rayer sans scrupule le mot Gingarorum. n Yoilà ce que j'écrivais il y a cinq ans ; et mon jugement n'a pas changé : je vois toujours cent chances contre une pour qu'il y ait dans l'original Bulgarorum au lieu de Gingarorum *. Cependant la vérification sur l'original, en supposant qu'il existe
1. Je vais mettre le lecteur à même de jager combien la leçon du chroniqueur anonyme est généralement mauvaise, et l'autre préférable , en citant seulement rénumération des auxiliaires du roi de Hongrie d'après les deux textes. Mais avant cela il importe de faire connaître tons les textes de ce document. — Balbinus {Miscellanea histor. regni Bohemiœ, decadis 1, liber VIII , Epistolaris, vol. /, Vetero-Pragœ^ 1688, petit in-fol., formant la deuxième partie du troisième volume des MUcell. ^histor. de Bohême de Balbinus, p. 11-14} avait déjà publié avant Ludewig (Reliquiœ manuscriptorum, Francof. et Lipsiae, 1720-1740, en 12 vol. in-8% t. XI, p. 300-303) la lettre du roi de Bohême; et tandis que Ludewig, simple éditeur d'une chronique anonyme, reproduit textuellement la copie contenue dans cette chronique manuscrite, Balbinus avait donné ce texte sous sa responsabilité , et en indiquant la source originale : « Ex codice capitulari S, Ecclesiœ Pragensis; » ce qui offre plus de garanties. Or, c'est d'après Balbinus, comme il l'indique, que Pray (AnnaL regum Hungariœah an. Ch. 997 ad an. 1564; Yindobonœ, 1764, in-fol., p. 305-309) a donné la lettre. Tels sont les textes, tous trois complets , de cette pièce , qui est fort longue. (Pray ajoute dans sa note : *< Habet easdem litteras in Chronico continuator Cosmœ Pragensis, sed non intégras. ») Je les ai coUationnés tous les trois, dans la partie qui nous intéresse. Ceux de Balbinus et de Pray ne présentent que de rares et insignifiantes différences d'orthographe ; voici donc le texte de Balbinus et de Pray, avec les variantes de Ludewig entre parenthèses :
Ottocare II fait savoir au pape qu'il a eu à combattre « adversus Belam, et natum ejusdem Stephanum, Hungariae reges illustres; et Danielem Russise regem, et filios
encore, aurait aujourd'hui plus d'intérêt ; car si, contre toute attente, le mot Gingarorum s*y trouvait, il acquerrait une force nouvelle des connaissances que nous possédons maintenant ' , aussi bien que de considérations puisées danii Thistoire des colonies étrangères en Hongrie.
Je disais encore dans mon précédent mémoire : « Il existe un document d'où quelques auteurs ' ont voulu tirer la preuve que les Bohémiens étaient déjà en Pologne vers la même époque. Dans une charte de 1256, émanée de Boleslas Y, dit le Chaste, roi de Pologne, se trouve la phrase suivante : « ... et advenœ qui vulgariter Szalassii vocantur^ a servitute exactionis custodiœ... sint in perpetuum absoluti ^. Le nom de Szalassii provient évidemment du mot polonais szalasz (prononcez schalasch)^ qui veut dire tente^; et les Bohémiens étant une race nomade qui vit volontiers sous des tentes, on a cru les reconnaître à travers cette dénomination. Mais comme ils ne sont ainsi désignés nulle part (en Pologne), et comme dans les textes polonais on les appelle toujours Cygani ou Philistœi ; comme d'ailleurs il n'est pas fait mention d'eux dans les titres polonais avant 1501, cette in-
ejus, et cœteros Ruthenorum ; acTartaros, qui eidem (eisdem) in auxilium veneraiit (venerunt) ; et Boleslauin CracoYiensem et Lestcouem (Lazkoneni) juvenem (Simonem;, Lusiciae (Lanesatiab) duces ; et iDuumerain (innumerabilem) multitudinem inhumanorum bomiDum,Cumanornin,UDgarorum etdiYersorum SclaYonim (SlaYorum), Siculorum quoque (que) et V^alachorum (Vasallorum), Bezzerminorum , et Hismahelitarum, scbismaticorum (scismaticorum) etiam , ut pote (ut etiam) Grœcorum , Bulgarorum (Giogarorum), Rusciensium (Bassieradorum) et Bosnensium (Bastrensium) haereticorum. » — Pour ne prendre que les mots les plus importants, Walachorum parait eu effet bien préférable à Vasallorum, Bosnensium à Bastrensium, et probablement Rusciensium à Bassierndorum. Dès lors, à l'endroit des mots Bulgarorum et Gingarorum , le texte de Balbinus et de Pray doit inspirer à priori plus de confiance ; à plus forte raison, quand on considère qu'il serait vraiment étonnant que les Bulgares ne figurassent point dans cette énumération, qui mentionne tous les peuples importants de la Hongrie et des pays voisins.
1. M. Pott, 1. 1, p. 61 y a ajouté foi au mot Gin^arortim , parce qu*il ne connaissait pas le texte de Balbinus et de Pray; mais il a mis en doute l'identité des Gingari et des Cingari. Si le mot existe , ce que je ne crois pas, je ne saurais être aussi difficile. Je présenterai ailleurs des observations qui expliquent comment les Bohémiens auraient pu faire partie de l'armée de Bêla IV.