Tadé Czacki hésite du moins devant ce document
3. Cette charte est publiée dans Samuel Nakielski, Michovia, sive promptua* rium antiquitatum m^nasterii Michoviensis ; Crsiconse, 1634, in-fol., p. 176.
4. Il y a ici une légère inexactitude. En polonais comme en russe, szalascz signifie hutte, habitation sauvage, construction improvisée; et pour tente il y a tin autre mot ; mais le root hutte convient tout aussi bien.
terprétation est peu plausible. Le savant professeur Danilowicz examine le cas que Ton doit en faire, dan» une brochure sur les CyganSj publiée à Wilna vers 1820 ou 1825 (en polonais)... ; et pour conclusion il hésite entre deux hypothèses : il croit que la phrase en question se rapporte à des débris tatars, ou que la charte elle-même est fausse. Quoi qu'il en soit, un pareil document me paraît insuffisant pour prouver un fait si nouveau '. » Isolé, ce document était insuffisant en effet ; mais il acquiert aujourd'hui une assez grande valeur. Une observation que j'avais omis de présenter en faisant connaître ce document, et qui est importante % c'est que le mot salasch (en valaque sàldssû), mot slave d'origine ', est resté dans la langue valaque pour signifier presque exclusivement une famille de Bohémiens nomades *. C'est l'expression consacrée aujourd'hui. Nous venons de voir que ce mot, avec le même sens, était également en usage en Valachie vers 1370 : dès lors il ne serait pas étonnant que les étrangers auxquels les Polonais donnaient le nom de Szalassii un siècle auparavant, fussent des Bohémiens. 11 était naturel qu'on se montrât difficile sur ce texte, alors qu'aucun autre document parfaitement explicite ne prouvait l'existence des
1. Dans la Biblioth* de V École des ch., t. V, p. 445-446; tirage à part ^ p. lO-ll.
2. Ce rapprochement, M. Pott ne Ta pas oublié (t. II, p. 527); il trouve la coïncidence étonnante, mais purement fortuite : je ne serais pas étonné quMl changeât maintenant d'avis. Quant au mot szalasz^ qui sert évidemment d'étymologie au mot SzalassHf qu*il signifie, soit en polonais, soit en russe, tente— ou baraque^ comme me l'objecte M. Pott, — cela me semble peu important : dans TEarope orientale, les Bohémiens se servent presque autant de huttes que de tentes; et , en fin de compte, le mot, quelle que soit sa signification primitive, a paru bon dans la langue slavonne qui était autrefois employée en Valachie, pour désigner les Bohémiens; je ne vois pas pourquoi les Polonais, qui sont des Slaves, ne lui auraient pas donné la même valeur.
3. Ou tout au moins naturalisé dans les langues slaves, et d'importation visiblement étrangère chez les Romans.
4. Sàldssû (prononcez Salasch), au pluriel Sàlàssurï, exprime, en valaque, l'idée du foyer sauvage, du toit patriarcal; on s'en servirait pour désigner les habitations des anciens Hébreux, et généralement la tente ou la hutte de toute famille nomade ; mais on l'applique surtout aux familles des Bohémiens sans domicile. Il est d'un usage si habituel dans cette application , qu'il est à peine nécessaire d'ajouter le nom de Ciganif ou de Sc^avi, ou de Robi (esclaves), pour faire comprendre qu'on veut parler de Bohémiens. — Ceux-ci se vendaient habituellement par Sàlàssurï, c'est-àdire, étymologiquement, par tentes ou huttes, et, dans le sens vulgaire, par familles, plutôt que par individus, la plupart des maîtres ayant au moins Thamanité de ne pas séparer les membres de la même famille.
Bohémiens dans TËurope orientale à une époque fort antérieure à 1417, et avant qu'on eût remarqué la coïncidence particulière du mot Szalassii avec celui de salaschy qui servait tout spécialement, dans un pays peu éloigné de la Pologne, à désigner l'élément primordial des hordes bohémiennes. Maintenant le doute ne me parait plus guère être permis. Puisque l'on trouve les Bohémiens esclaves en Yalachie au milieu du quatorzième siècle, et qu'on a tout lieu de supposer qulls y existaient déjà depuis un temps plus ou moins long, il n'est point invraisemblable qu'un certain nombre d'entre eux se fussent répandus un siècle auparavant jusque dans la womodie de Krakovie '. L'état dans lequel on les y rencontre n'a plus rien non plus qui doive surprendre: ils ne sont pas indépendants et indisciplinés, comme on a coutume de se représenter les Bohémiens ; ils sont dans une condition^ qui» bien que plus libre que celle de leurs
1 . Notre charte, donnée par Boleslas Y, duc de Pologne {dux Cracoviœ et SandO" mirisBf suivant les termes de la charte), confirme les droits et privilèges du monastère deMiechow,qai est situé dans le duché de Krakovie. — De la Moldo-Yalachie au duché de Krakovie il n'y a guère qu'une centaine de lieues.
2. Attendu, dit la charte de Boleslas, qu'il est constant pour nous que tous les villages (villas) du monastère (domus) de Michow, du saint sépulcre de Jérusalem , établis dans le diocèse de Krakovie par nos prédécesseurs, les illustres ducs Kazimir, notre aïeul, et Leskon, notre père, de glorieuse mémoire, ont été dotés de telles libertés , « ut omnes coloni ipsarnm villarum et tam ipsius domus. . . . qnam prœdictorum colonorum aratores ac mercenarii et advenœ qui vulgariter Szalassii vocantur a servitute exactionis custodiae, quœ stroza in vulgari nuncupatur, et a pensione mensurœ, qoœ srezna œque vulgariter appellatnr , et a perangaria quae a vulgo podwoda nominatur, sint in perpeluum absoluti, praefatas libertates ratas habemus et acceptas.... » Les colons dont il est ici question sont les paysans propriétaires à certaines conditions et sauf certaines redevances ; il pourrait se faire que le root advenu eût également on sens particulier, qu'il ne signifiât point des étrangers en général , mais des étrangers à la seigneurie, des gens qui ont changé de seigneur on qui ne dépendent d'aucun^ et qui portent leurs bras là où ils croient trouver du travail On comprendrait que ces mercenaires nomades, ou certains d'entre eux, habitassent des trates ou des huttes, et qu'on leur eût donné en conséquence le nom de Szalassii. Le noot advenx ainsi entendu serait moins favorable à notre interprétation, parce qu'il n'indiquerait pas nécessairement <les étrangers à la nation polonaise; toutefois, dans cette acception même, il ne les exclurait pas : la question serait de savoir si les Szalassii sont des advenx d'une espèce nouvelle et particulière, ou si les deux mots sont simplement synonymes. Or, ce qui me fait douter fortement de la synonymie, c'est que si le mot Szalassii avait eu un sens aussi étendu , s'il avait été l'expression consacrée pour désigner toute une classe de personnes, il devrait se rencontrer fréquemment dans les anciens actes > et être connu de tous les Polonais versés dans l'érudition nationale , comme le sont chez nous les mots albani , eo-
frères de Valachie, la rappelle à quelques égards, tjians une condition qui parait se rapprocher beaucoup de l'état où se trouvaient quelques Bohémiens de Chypre au temps de Lusignan.
A la vérité le mot Szalassii pourrait, d'après son étymologie, s'appliquer à des débris tatars à peu près aussi bien qu'à des bandes bohémiennes. Mais les Tatars n'étaient que trop connus en Pologne, et Ton s'expliquerait difficilement pourquoi le rédacteur de la charte serait allé chercher pour les désigner cette périphrase : advenœ qui vulgariter Szalassii vocantur. Cela se comprend beaucoup mieux des Bohémiens, race mystérieuse, qui, suivant toute apparence, ne s'était montrée dans le pays que depuis peu, advenœ \ et qu'on ne savait trop comment appeler.
Quant à ^suspecter l'authenticité de la charte, à cause de ce mot Szalassii auquel on ne pourrait trouver d'autre sens que celui de Bohémiens, je crois que personne n'y songera plus maintenant. Des auteurs polonais remarquent qu'on ne trouve nulle part (en Pologne) ces nomades ainsi désignés ; mais c'est justement ce qui me semble mettre hors de doute la sincérité du document. Il est certain que le mot a cessé, dans les siècles suivants, d'avoir cours en Pologne. Or, si la pièce avait été fabriquée après coup, ce sont au contraire des mots nouveaux, trop nouveaux, que les moines auraient pu avoir la maladresse d'y introduire. Ou ils se seraient dispensés de parler des Bohémiens, ou ils les auraient désignés par un nom qui fût connu alors de tout le monde.
J'ai remarqué ^ que l'ancienneté de la race bohémienne en Pologne était un préjugé historique assez répandu dans ce pays.
lonif etc., qui ont un sens analogue. La nouveauté, au contraire , les a étonnés au point que quelques-uns ont mis en doute l'authenticité de la charte; il est donc particulier, accidentel. Dès lors à qui le rapporter, si ce n'est à des Bohémiens qui se seraient offerts comme mercenaires, et qui auraient été quelque temps connus dans cet endroit sous le nom de Szalassii, soit parce qu'ils avaient eux-mêmes apporté ce nom de la Romauie , soit parce que les habitants auraient appris que ces étrangers étaient ainsi désignés à cent lieues de là , soit enfin parce que l'équipage de ceux-ci aurait suggéré aux Polonais, comme aux Romans, cette dénomination à défaut d'autre.
1. A la vérité, la charte de Boleslas confirme d'anciens privilèges ; mais elle entre dans certains détails dont l'objet peut être récent.
2. Biblioth. de l'École des chartes, t. V,p. 446-447; Hrage à part, p. 11-12.
Quoiqu'il se présentât dénué de preuves, je suis porté à croire aujourd'hui que ce préjugé n'était pas sans fondement: je renonce donc à cette idée trop accréditée, qu'ils ne se seraient répandus en Pologne que vers la fin du quinzième siècle. Si le document que nous venons d'examiner laisse encore quelques doutes sur la présence des Bohémiens en Pologne au milieu du treizième siècle, je crois du moins qu'il n'est plus possible de s'en tenir à une opinion contraire *. La question de l'apparition des Bohémiens en Pologne semble devoir^être rattachée désormais à la question encore obscure de l'apparition de ces nomades dans l'Europe orientale. Tout fait présumer qu'il en sera de même pour la Russie, au moins pour la Russie méridionale.
Gela serait-il également vrai de la Silésie et de la Suède? C'est ce que tendraient à faire soupçonner les documents suivante.
Les Reliquiœ manuscriptorum de J.-P. de Ludewig, ouvrage que nous avons déjà eu à citer, contiennent (t. VI, p. 484-485) deux pièces de 1344 et 1394 ^, dans lesquelles une rue de la ville de Schweidnitz (dans la régence de Breslau) est appelée Czichener-gasse {gasse, rue). L'éditeur a noté sur la marge « Ztgeunerrgasse ^ » rue des Bohémiens. Von Heister % qui cite ces documents d'après Grâberg de Hemsô ^, n'est pas disposé à admettre l'interprétation de Ludewig. « £n supposant même, ditil, que ces étrangers fussent déjà en Silésie au quatorzième siècle, il est souverainement improbable qu'ils eussent donné leur nom à une partie de la ville,, sans qu'aucune chronique les men-
1. U n'est pas vrai du reste, comme je le rapportais timidement d'après Czacki , que le roi de Pologne Sigismond V^ ait donné des passe-ports aux Bohémiens : ainsi que je le soupçonnais, Czacki avait confondu ce roi avec l'empereur Sigismond , et il a reconnu son erreur dans une petite dissertation sur les Cygans (que je n'ai pu encore me procurer); c'est ce que m'assure M. J. Leiewel dans une des lettres qu'il a eu la bienveillance de m'écrire. — Laurent Palmirenus , cité par Grellmann ( 2« édit. allem., p. 217 ; trad. française, 219), avait commis la même erreur.
2. Dans la première, leséchevins de Schweidnitz confirment la donation, faite au couvent deGrissau ou Grissow, d'une maison, d'une cour ou d'un manse d'espèce quelconque (cnriam), situé in platea qtus Czichener-gasse dicitur. Dans la seconde, qui est en allemand, il s'agit d'une rente appartenant au même couvent, laquelle est inscrite sur une maison de ladite rue Czichener-gasse. — « D'après la communication bienveillante de M. le professeur et bibliothécaire Stenzel à Breslau, le Czichener-gasse existe encore aujourd'hui à Schweidnitz. Dans toute la Silésie il n'y a plus actuellement de Bohémiens. » r^ote de Yon Heister, p. 85.
3. Ethnographische und geschichtliche Notizen ûber die Zigeuner; Kœnigsberg, 1842, in-8", p. 85.
4 Voy. la troisième note en suivant.
tionnàt. Probablement la rue en question a pris son nom des tisseurs du coutil qu'on appelle Zichenkiwand » (toile rayée pour faire des oreillers, des matelas, etc.), « ou des tisseurs d'étoffes {Zengwebern). >» Ludewig et Grâberg de Hemso ont, à mon sens, tranché beaucoup trop légèrement la question. Mais, d'un autre côté , je ne saurais adopter les observations de M. von Heister. Son objection principale est sans valeur : Fignorance où nous sommes des commencements des Bohémiens dans l'Europe orientale et septentrionale le démontre assez. 11 y a d'ail« leurs par le monde bien des rues des Bohémiens ; on en trouve jusqu'en Amérique *. Sans sortir de la France actuelle, nous rencontrons une rue des Bohémiens à Perpignan , et nul document connu n indique l'époque à laquelle les Bohémiens commencèrent à la fréquenter. 11 y a aussi à Saint-Jean*de-Luz (près de Bayonne) un quartier des Bohémiens; Giboure, qui touche à cette petite ville, est en grande partie peuplé de cette espèce de gens ; et, bien que leur établissement y soit assez récent, on a quelque peine à en fixer la date précise. Les étymologies proposées par M. von Heister ne me paraissent pas non plus merveilleuses. En supposant que le mot de Czichener ne se rapporte pas aux Bohémiens, je crois qu'il faudrait le rapporter aux Tcheks, c'est-à-dire aux Bohèmes, qui s'appellent eux-mêmes Czech (prononcez Tchek), que les auteurs du moyen âge appelaient en latin Tzechi^ et dont le nom allemand peut bien être Czechenery au moins à l'adjectif. Les Tcheks devaient avoir dès cette époque de fréquentes relations avec la Silésie, qui est un pays slave comme la Bohême, et tout voisin. Je m'étonne que notre auteur allemand n'ait pas fait ce rapprochement, qui me parait de nature à faire douter beaucoup de l'identité de Czichener avec Zigeuner. Du reste, en admettant même que les Cjztchener ne soient ni des Bohémiens ni des Bohèmes, je n'en serais guère mieux disposé à admettre les interprétations données par von Heister, surtout la seconde; j'aimerais au moins autant supposer que le nom de Czichener a une origine incertaine ; qu'il vient peut-être d'un nom propre, d'un nom de ville • ou d'un
1. Il y a à Rio- Janeiro une rue des Ciganos. Voyez Gazette des Tribunaux du 24 avril 1844.
2. Il y a, par exemple, en Mazovie, une ville du nom de Cziechanow, et je me rappelle vaguement avoir rencontré aussi sur la carte d'Allemagne des noms de lieux qui se rapprochaient beaucoup de Czichener, et même de Zigeuner, — Que de rues à Paris ont reçu tel nom de ville, sans qu'on en puisse dire exactement la raison !
nom d'homme. En résumé, sans vouloir décider la question, qui me parait douteuse^ je remarque» d'une part , que l'identité des mots Czichenerei Zigeuner (chez les anciens auteurs, Zigeiner^ chez Corner, en latin , Secani, etc.) est très-contestable, et notamment que le mot CzicA^ner paraîtrait s'appliquer encore mieux aux Bohèmes qu'aux Bohémiens ; mais, d'autre part, que la Silésie est bien près aussi du duché de Erakovie, où nos Szalassii étaient déjà établis un siècle auparavant.
La Suède est plus éloignée; mais, comme nous n'avons aucune notion sur l'apparition des Bohémiens dans la Bussie, qui sépare seule ce pays de la mer Noire et de l'Asie , rien ne pourrait contredire les preuves qui seraient fournies de la présence de ces étrangers en Suède à une époque reculée. Or, Gràberg de Hemsô \ cite , d'après Laurent Babenius % un édit du roi Birger (ou plutôt de son tuteur Thorkel Knutson), en date du 12 mars 1303, qui bannit plusieurs espèces de vagabonds , et entre autres « des gens de rien, appelés Sculuara , et des étrangers qui ne sont au service de personne, lesquels sont connus pour avoir commis en beaucoup de lieux des meurtres occultes, dits mord ^, des vols et des larcins, et une foule d'autres méfaits *. >» L'ordonnance déclare que tous gens de rien qui, un mois après la publication des présentes, seraient trouvés dans le royaume à Tétat de vagabonds, et ne pourraient désigner le seigneur auquel ils appartiennent, seraient punis par la perte de tout ce qu'ils possèdent , par la flagellation et par la mutilation des oreilles. La récidive quintuple la peine corporelle. Cet édit ressemble beaucoup aux ordonnances qui ont été rendues plus tard dans presque tous les pays contre les Bohémiens, et von Heister ne le nie pas ; mais, selon lui, il n'en résulte pas une identité nécessaire entre les Bohémiens et les vagabonds qui sont désignés ici. Cette analogie ne suffirait pas, je le
1. Mémoires de VAcad. impér, des sciences, etc., de Turin, 1813, t. XXI, Âppeud. Doutes et conjectures sur les Bohémiens et leur première apparition en Europe, par M. Grâberg de Hemsô (Suédois).
2. L. Rabenii Observationes histoHam Zigeunorum illiistrantes ; Upsaï , 1791. Thèse soutenue à l'université dlJpsal (Suède).
3. Mord signifie simplement meurtre en allemand. Les homicidia occulta sont des meurtres commis par le moyen de la magie.
4 Quod ipsius regni incolœ propter clientum et cursorum et garcionum
vagorum dictorum sculuara, et prsecipue ac maxime extraneorum nulli serventium crebros transitas praegraYantur, qui in multis locis homicidia occulta , mord dicta , ftirta et latrocinia ac alla plurima fora facta dignoscuntur intolierabiiia commisisse.
reconnais ; mais il y a dans ce document un mot qui pourrait avoir de l'importance : c'est le mot Sculuara. M. Gràberg de Hemso remarque , avec Babenius , que Tun des noms des Bohémiens en Suède est celui de Skojare \ qui vient de skoja, courir, et qui veut dire vagabonds, rôdeurs, coureurs, maraudeurs, et, par similitude , maquignons ; et il prétend que Sculuara n'est que. le même mot un peu altéré, ainsi que le prouvent les expressions cursores et garciones vagi , dont il est donné comme l'équivalent dans la charte latine. « La leçon de Sculuara au lieu de Scujara , ajoute-t-il , dérive de l'ignorance du copiste ou du traducteur, qui a voulu latiniser un mot qu'il ne savait pas traduire. » Je nose me prononcer * ; mais je dois remarquer, contre von Heister, que le silence des chroniques suédoises du quatorzième siècle, en supposant qu'on eût bien compulsé celles qui restent de cette époque, ne prouve rien, et laisse au contraire toute latitude ^ Ce qui serait un argument véritablement fort contre la présence des Bohémiens en Suède au quatorzième siècle, ce serait
t. En Suède on les appelle aussi Tattare et Ziguenare, d'après Griberg de Hemsô. Pour moi, je n'ai pas de renseignements particuliers sur les Bohémiens de Suède. Je sais seulement qu'en Suède, comme en Norwége et en Danemark, leur nom classique est celui de Tater. . . Quant aux noms populaires, il y en a plusieurs dans ces deux derniers pays, d'où me sont venus quelques renseignements : le plus répandu, en Danemark surtout , est celui de Tater-pak ou Skceier-pak, employé collectivement (pak signifie foule, cohue, réunion, toujours dans un mauvais sens; et [skoiery coureur, bruyant, tapageur, libertin, et, par extension, voleur, vaurien). Dans la province de Bergen ( Norwége ) , le peuple appelle les Bohémiens Splinter ou Splinte-pak {splint signifie brin, fétu, écharde, esquille, mais a dû signifier aussi lambeaux, guenilles, et c'est probablement là l'étymologie.) D'après Dorph ( De Jydske Zigeunere og en rotvelsk Ordbog^ Kjobenhavn, 1837, p. 8-9), on les appelle aussi en Danemark KJeldringer (qui parait signifier raccommodeur de chaudrons), et NatmœndS' folk (natf nuit, mœn, hommes, folk, gens, foule, masse) ; ces deux noms ne sont pas usités en Morwége, excepté le premier, dans ce mot composé Kieldringsprog, qui sert à désigner la langue des Bohémiens, tandis qu'on ne dit pas Splinter-sprog,
2. Une question serait de savoir si le nom qui sert aujourd'hui en Suède à désigner les Bohémiens, et, je crois, les Bohémiens seuls, a eu autrefois une acception plus
* générale, et a pu s'appliquer à d'autres vagabonds. Von Heister renarqoe que, d'après les observations consignées par Graberg lui-même {lococit., p. 39), on confondit de bonne lieure dans le Nord (en Danemark) des jongleurs et des devins avec les Bohémiens. On ne les confondit certainement pas à l'arrivée de ceux>*ci ; mais certains noms auraient pu être appliqués aux uns et aux autres, ou passer des uns aux autres. Depuis, les Bohémiens, dans cette contrée, doivent s'être bien mêlés avec les autres vagabonds et les voleurs ; car, en Danemark, la langue bohémienne et l'argot sont presque confondus.
3. C'est ce qu'on vient de voir pour la Valachie et d'autres pays.
le témoignage d'un chroniqueur plus récent racontant leur apparition toute nouvelle. Mais je ne connais rien de pareil. Messenius, que j*ai cité dans mon précédent mémoire ' , vivait au commencement du dix-septième siècle (il est mort en 1637) ; ce n*est pas un chroniqueur, un témoin; c*est un compilateur et un historien, qui a pu se tromper. Son assertion n*a de valeur que jusqu*à preuve contraire.
S'il était prouvé que Tordonnance de 1303 se rapporte, entre autres vagabonds, aux Bohémiens, peut-être faudrait-il ajouter que ce ne fut pas la première qui les concernât ; car il est dit dans cette ordonnance que le père de Birger en avait déjà rendu une semblable ^
Je comptais, du reste> qu'on pouvait espérer d'avoir prochainement quelque lumière nouvelle sur les Bohémiens de ces contrées. Un Norwégien , M. Eilert Sundt , a reçu , Tan dernier, de son gouvernement , la mission de parcourir la Norwége pour y recueillir les traditions des Bohémiens et pour étudier cette race singulière. M. Sundt lui-même vient de me faire Thonneur de m*écrire une longue lettre^ qui renferme des détails d'un extrême intérêt ; mais, pour ce qui concerne l'arrivée des Bohémiens dans la Péninsule du nord, il n'est pas beaucoup plus avancé que moi. La plus ancienne mention qui soit connue des Tatern en Norv^ége, se trouve dans une loi de 1589 ; et il ne parait pas que la Suède fournisse aucune indication certaine antérieure à celle