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Williams, en 1910, fit une étude des cas d’appendicite, sur . une grande échelle; il écrivit aux principaux médecins répartis dans les colonies anglaises, et constata que le développement de la maladie était loin de se faire parallèlement dans les diverses contrées du monde. |
Murray, en 1944, reprit la même question, usa du même procédé d'enquête, recueillit des témoignages nouveaux, et établit un rapport très net entre la fréquence de l’appendicite et l’alimentation carnée des divers pays. Ce rapport peut se résumer en une phrase : « l’appendicite est commune dans les pays européens et américains les plus civilisés, plutôt rare. dans les pays moins ouverts à la civilisation, très rare chez les primitifs (Jaunes, Noirs, Polynésiens) ».
Nous avons, à notre tour, rassemblé le plus d'observations et de témoignages possibles, et donnons ici un relevé-de la fréquence de l’appendicite dans les cinq parties du monde.
En Afrique. — Tous les médecins de la marine ou des colonies auxquels nous nous sommes adressé, n’ont fait que nous confirmer l’infime proportion des cas d’appendicites observés chez les indigènes du continent africain; nous nous permettons de remercier en particulier M. le médecin en chef Oudard, de Toulon, et M. le docteur Pervès, à Dakar.
Guegan, en 1902, fut un des premiers à remarquer que l’appendicite était rare chez l'Arabe; en garnison à Sfax puis à Sousse, vivant au milieu des tirailleurs indigènes, il n’avait pas relevé un seul cas en trois ans, ni même la moindre typhlite où paratyphlite qu'une erreur de diagnostic aurait pu faire étiqueter de ces noms. Or, en 1903, un an après l'apparition de sa judicieuse remarque dans le Caducée, Guegan reprit la question, enchanté d'avoir assisté à une crise d’appendicite survenue chez un Noir. En voici l'observation :
Hassein M.., cavalier au 4° spahis.
Le 13 octobre 4902, alors qu'il jouissait d’une santé en apparence parfaite, H M... fut pris brusquement des symptômes classiques de l’appendicite aiguë. L'intervention permit de donner issue à une collection purulente dont la quantité peut être évaluée à un demi verre de liquide; on ne crut pas devoir rechercher l’appendice au “milieu de ce pus, mais, cinq jours après, cet organe venait se présenter lui-même à l’orifice de la plaie où on n'eut qu'à le cueillir; il était long de 41 à #2 centimètres, accompagné d'un méso perforé en deux endroits et gangréné. Une amélioration notable survint et la
guérison s’affirma au bout d’un mois.-
ILest intéressant de noter que ce sujet était au service de son maître depuis près de sept àns, qu'il avait abandonné depuis lors la façon de vivre de ses coreligionnaires, et qu'il se nourrissait à la française. Jadis, avant le service, il ne mangeait qu'une fois par semaine des viandes bouillies ou du moins très cuites; depuis quelques années, au contraire, il se nourrissait.
LA
comme son maître de rôtis peu cuits. Et Guegan voit là une relation de cause à effet.
Il ajoute que l’appendicite paraît un peu moins rare en Algérie, OÙ l'indigène se rapproche davantage de l'Européen par sa manière de vivre, qu’en Tunisie où l’Arabe a conservé étroitement ses habitudes.
Brunswic le Bihan écrit à son tour (Semaine médicale, 1904) : «L'appendicite est rare chez l'Arabe, mais chez l’Arabe nomade et non citadin, lequel se nourrit de viande et n'en est pas exempt ». Le nomade, lui, se nourrit sobrement de légumes et fruits secs (dattes, figues, raisins). |
J. Oldfield, à Tunis (British med: Journal, 191%), s'étonne de la rareté des appendicites, rareté confirmée, dit-il, par 12 chirurgiens de l'Hôpital Sadicki, pur hôpital arabe au milieu des souks du vieux Tunis. :
Du Maroc émanent des renseignements analogues, comme : en témoignent Spick (Presse médicale, juin 1925), Martin qui relève À à 5 cas par an à Fez, Verdon qui cite 2 cas chez les naturels du pays en 16 ans de pratique (Lancet, 191%). Le docteur Satre, de Grenoble, étudiant la pathologie digestive au Maroc, explique l’immunité des indigènes vis-à-vis des affections du tube digestif, et surtout vis-à-vis de l’appendicite, par leur manière de vivre; et en effet, la sobriété de l’Arabe ou du Maure est proverbiale; il s’aventure dans le désert avec un petit sac de farine, une outre d’eau et quelques dattes; de cette farine, il pétrit cinq à six boulettes de la grosseur d'une
noix qu'il fait sécher au soleil, et leur ajoute quelques dattes | - pour composer son menu de la journée (Bordier).
Nous faisons remarquer que l'Arabe n’est pas de race noire, et que nous donnons simplement ici une esquisse de la répartition de l appendicite dans le monde pour montrer et expliquer sa rareté dans la race noire.
Mais voici des HAS qui intéressent plus particulièrement celle-ci.
Rengenbach et Guyomarc'h, en 1912-1913, envoyés en mis-
sion sur les frontières de l’Afrique équatoriale et du Cameroun, |
notent que l’appendicite n’a jamais été signalée dans la région.
Robert, Motais et Janot, en juin 1914, concluent d’une expédition organisée dans le Ouadaï pour relever la géographie médicale de ce pays, que l’appendicite n’y existe pas.
Au Nyassaland (Afrique Australe), A. Barclay écrit en 1914 (Lancet), qu'il n'a jamais vu d’appendicite chez les naturels du pays, et le docteur Coverhill qui. est resté dix ans dans la région ne peut que confirmer la chose.
À Zanzibar, H. Waller (Journ. of trop. med. et hyg., 1919), cite comme. exceptionnel un cas d’appendicite aiguë chez un swahili pur sang, mais souligne que ce sujet était engagé - comme nurse dans une famille anglaise, et vivait comme elle à l’européenne.
À Luxor (Haute Egypte), W.-E. Dunn n'a pu relever que 2 cas d'appendicite en six ans de pratique; encore les sujets atteints étaient-ils des habitants de la ville, le pauvre noir étant à peu près exempt de cette affection à cause de la frugalité de sa nourriture composée de fèves cuites, de dattes et de poissons du Nil (Lancet, 1914).
Enfin, à Madagascar, dans la province de Betsiléo, où la nourriture des indigènes consiste surtout en riz et herbes, Géo Peake donne la proportion de 3 appendicites pour 2.000 malades (British med. journal, 1914).
En Abyssinie, toutelois, l’appendicite est aussi rare, mais la viande est consommée en assez grande quantité, surtout celle de bœuf; nous nous trouvons là en présence d’un fait assez contraire à notre théorie; nous le signalons cependant, mais en ayant soin d'ajouter que les indigènes consomment en outre de grandes quantités d’hydrates de carbone sous forme de graines d’une céréale appelée « teff » et qu'ils usent d’ingestions massives et répétées de kousso, anthelminthique et purgatif. RER :
En Asie : Chine. —:Les maladies du tube digestif sont très fréquentes, mais l’appendicite fait exception à cette règle; elle est presque inconnue; or, l’on sait que le riz est la base de l'alimentation dans la Chine méridionale, et que le‘ millet
est fort en honneur dans la Chine du nord. Matignon s’est intéressé à la sobriété de la nourriture, composée de « farine de maïs avec laquelle les indigènes forment des sortes de galettes à la pâte non levée et cuite à la vapeur, de mauvais riz, millet bouilli à l’eau, patates, choux, navets et ail en abondance »; la viande, elle, est un aliment de luxe. : Dans le sud de-la Chine, le docteur H. Thompson n’a Jamais oui parler d’appendicite, et dans l’ouest, R. Wolfendale en a vu 4 seul cas en seize ans (Lancet, 1940 et 1914). À Hanoï, Le Roy des Barres n’en avait jamais vu, en 1903. En Mandchourie et dans l’Inde, même rareté de l'affection. En Perse, de même qu’en Chine, alors que les maladies digestives sont communes, surtout les dyspepsies, l’appendicite est exceptionnelle; c’est que le Persan, s’il est gros mangeur et s'il
se fatigue le tube digestif, consomme du moins une forte pro-
portion de fruits (melons, raisins, dattes) et de lait, à l’exclusion de viande. - à.
En Mésopotamie, 2 appendicites sur 6.800 malades, avec un régime végétarien farouche; mêmes remarques en Turquie et ‘Asie Mineure.
Enfin, aux Philippines, les Américains reconnaissent avoir « importé » l'affection, en apprenant aux indigènes, jusque-là végétariens, à manger de la viande.
En Amérique. — Les Noirs sont une forte proportion, principalement dans les Etats du Sud. Or, H. Kelly, dans son livre, L'appendicite vermiculaire, écrit : « La race noire paraît être relativement exempte d’appendicite; j'ai écrit à plusieurs chirurgiens pratiquant dans les villes du sud, et les réponses ont été unanimes. Le docteur Hill, de Montgomery (Alabama) où vivent 9.000 noirs, n’a pu réunir que 4 cas, et à Booker, les médecins de la Washington’s school, qui comprend 1.400 étu: diants de couleur, n'ont jamais diagnostiqué Faffection; mais dans cette dernière école, la nourriture est simple, alors qu'à l’Institut polytechnique d’Alabama situé à 20 kilomètres, les élèves mangent aux divers restaurants de la ville, avec une proportion de 8 cas d’appendicite par an pour 800 élèves » :