OBSERVATION X
(Paul Reynier, Société de Chirurgie, 1903)
Ch... 28 ans. Depuis six ans il ressentait un point de côté à droite et avait de temps en temps une petite barre dans la région épigastrique, barre qui disparaissait-après le renvoi de gaz. Depuis un an, il était en puissance de syphilis et se soignait.
Le vendredi24 juillet, il venait d'aller à la garde-robe lorsque revenu à son bureau, 1l fut pris de coliques et de douleurs vives dans le ventre. Il alla voir un pharmacien qui lui donna une polion, probablement de l'élixir parégorique, car il devail en prendre un certain nombre de gouttes, 15 à 20.
Mais la douleur continuant, 1l alla chez un second pharmacien, qui lui donna une seconde potion qui ne le soulagea pas plus ; il alla alors, avant de rentrer chez lui, chez un troisième
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pharmacien, qui était docteur, et qui lui conseilla de se coucher, de prendre-un lavement et de se purger.
À la suite de toutes ces visites chez les pharmaciens, la confiance de notre malade, au lieu de s'accroître, semblait avoir diminué vis-à-vis d'eux. Car, se défiant, il ne prit, heureusement pour lui, ni lavement, ni purgation, et se décida à ve-
nir à Lariboisière, Il y entrait le samedi dans la journée,
vingt-quatre heures après le début des accidents. Il avait eu, malgré les potions, des vomissements le vendredi ; le samedi, il n’en avait plus eu. Sa température, prise une heure après, donnait 38° 3 ; le pouls était à 96. Le malade se plaignait de douleurs, surtout à la pression, s'irradiant du côté de l’ombilic. Le ventre n'était pas ballonné et assez souple.
On ui mit, comme c'est la règle dans mon service, une large vessie de glace sur le ventre, et on lui ordonna la diète absolue. Le lendemain matin, le pouls était à 104, la température à 38° 6. Le faciès était bon, la respiration bonne. Le soir, la température montait à 39° 2, le pouls à 110. La respiration restait bonne, le ventre était moins sensible. Le malade ne vomissait pas, ne se plaignait pas.
Je le voyais le lundi matin pour la première fois. Je le trouvais avec un bon faciès. Pas de douleur spontanée, le ventre reste souple, une sensibilité pas très exagérée au niveau du point de Mac-Burney, pas de contracture. Il avait rendu des gaz par l’anus et ne paraissait pas avoir de paresse intestinale. Les symptômes locaux étaient donc plutôt bons et faisaient que mon interne considérait ce malade comme en bonne voie. Je ne partageai pas cependant son optimisme. La température, malgré la glace, restait à 38°, le pouls à 90. Je ne trouvais pas que la température, après vingt-quatre heures de glace avait suffisamment baissé : le malade était gras, il avait eu la syphilis, et je m'en allais en disant à mes élèves de continuer la glace, mais de se tenir tout prêts à m'appeler si, le
A DUES soir, il y avait une nouvelle ascension de la température, malgré la diète et le repos absolu.
En effet, le soir, on m'appelail ; la température s'était élevée à 39° 6; le pouls était à 108. Le faciès s'était un peu altéré, prenait une coloration ictérique. Le ventre n'était pas plus ballonné que le matin, restait aussi souple et il n'y avait pas de localisation. Je pratiquai le toucher rectal el ne trouvai rien de ce côté, comme Je n'avais rien trouvé par le palper de l'abdomen pour justifier cette élévation de température.
C'est alors que devant cette discordance des symptômes louaux el généraux, devant cette persistance de la fièvre, malgré la glace et le régime de la diète bien observé, et devant celle courbe de température rappelant celle des septicémies, élévation le soir avec chute le matin, je portai le diagnostic d'appendicite gangréneuse : et ce diagnostic porté, je faisais porter le malade sur la table d'opération et l’opérais.
Je fais l’incision de Roux ; je tombe sur un pannicule grais-" seux sous-culané très développé. J'arrive dans la cavité péritonéale et je tombe sur le cœcum et l'appendice gros comme le doigt, entouré d’épiploon très gras, rattaché par un mésolui aussi très gras el très friable.
Cet appendice était libre dans la cavité, sans adhérences, et avait une coloration lie de vin. Autour de lui, il y avait un peu de sérosité rousseâtre.
Je sectionne et lie cet appendice à sa base, et je termine en draînant largement avec deux gros drains. Les suites de l’opération ont été très bénignes. Le malade quittait quinze jours après le service.
L'appendice fut examiné et fendu après l'opération. Il contenait une bouillie rougeâtre excessivement fétide. La muqueuse gris noirâtre élait presque entièrement sphacélée et à l'extrémité de l'organe la surface présentait une plaque grisâtre de sphacèle débutant. L'appendice toutefois n'était pas perloré.