ET GOLDING BIRD
Edouard K..., 35 ans, a séjourné dans les régions tropicales et en Egypte. Bien portant dans son enfance, il a eu la fièvre typhoïde à 17 ans.
En juillet 1891, il a une forte crise de diarrhée qui dure 3 semaines et s'accompagne de douleurs et de melæna. Le nombre des selles est de 6 par jour. Ces attaques se repètent assez souvent jusqu'en janvier 1893, s’accompagnant, lorsqu'elles sont fortes, de vomissements et de douleurs épigastriques.
De janvier à mars 1893, il a une courte période de bonne santé, puis la diarrhée réapparaît et il rentre à Guy'’s Hospital. À ce moment il a 5 selles par jour; elles sont quelquefois sanguinolentes.
Le toucher rectal ne révélait rien ; mais une fois, à l’occasion d’un toucher, le malade fut pris d’une crise douloureuse intense, les douleurs se faisant sentir au niveau du cœcum et de anse sigmoïde.
Pendant 5 ans, en dépit de tous les traitements médicaux, l’état du malade ne fit qu’empirer.
(1) Loc. citat.
En décembre 1898, il présente un aspect absolument cachectique ; son teint est jaune.
La diarrhée est presque continue; les selles sont incomptables; il n’y a pas de pus, mais assez souvent du sang. La défécation est douloureuse et, de temps en temps, le malade éprouve de véritables crises douloureuses au niveau du cœcum et de l’anse sigmoïde.
Le toucher rectal montre que la muqueuse est douloureuse et la palpation révèle de la douleur tout le long du gros Intestin, surtout au niveau des côlons transverse et descendant. Les selles sont semi-liquides, quelquefois sanguinolentes: elles ne contiennent ni pus ni membranes.
Le 31 décembre 1898, premier temps de la cœcostomie.
Ouverture du cœcum le 5 janvier 1899.
Deux jours après, on pratique des lavages à l’eau boriquée.
Comme les matières élaient très fluides, il en passait tous les jours dans le côlon ascendant, mais seulement en petite quantité.
Le 17 janvier, on agrandit un peu la plaie cœcale, dans le but d’empècher les matières de pénétrer dans le côlon ascendant; le résultat demandé est parfaitement obtenu.
Le passage dans le côlon et la défécation par l'anus ne se faisaient plus que très rarement et diminuaient à mesure que les matières devenaient plus solides.
Graduellement l’état général s'améliore.
Les douleurs et les hémorragies disparaissent complètement ; l'alimentation est parfaite.
Le malade désire s’en aller.
Depuis la communication de cette observation, on a, à deux reprises, tenté de fermer la plaie sans y parvenir: on n’a réussi qu'à diminuer l'ouverture cœcale. Cet insuccès est dû à la fluidité des matières.
OBSERVATION VI. — Scarassi, de Budrio (1).
Viola... 24 ans, de Budrio, présentait en octobre 1899, une affection de l’intestin survenant par accès ; ces accès étaient caractérisés par de la pesanteur et une tension diffuse dans tout l'abdomen, un météorisme prononcé, des vomissements alimentaires mélangés à du mucus, à des
(1) Loc. citat.
coliques assez violentes ; une diminution ou la disparition momentanée des douleurs survenait, lorsqu'elle pouvait, au prix de grands efforts, obtenirune évacuation quelconque. En même temps queles matières, elle rendait alors des produits caractéristiques muco membraneux qui ne laissaient aucun doute sur la nature de la maladie. On avait essayé, sans succès, tous les toniques, les bromures, l'hydrothérapie, l’entéroclyse.
Parmi les purgations, seule l’huile de ricin à doses très élevées réussissait à vider l'intestin. Il semblait par moment que l’on eût affaire à de l’occlusion intestinale.
Le 25 novembre 1899, après une incision paracæcale verticale, j'ai extériorisé l’appendice et une partie du cœcum.
J'ai réséqué entre deux ligatures le méso-appendice et, avec de la soie, j'ai fait un double plan de sutures, de façon à fixer à la paroi abdominale une portion circulaire de la partie du cœcum, de la grandeur d’une pièce de cinq francs, au milieu de laquelle s'insérait l’appendice. Celui-ci, privé de son méso, mais communiquant toujours avec le cœcum, fut entouré de gaze aseptique.
Huit jours après, comme il était prévu, l’appendice avait son extrémité gangrenée. Je le réséquai au niveau de son implantation sur l'intestin et, sur celui-ci, avec le thermo-cautère, je pratiquai une incision assez grande pour permettre l'introduction d’un gros tube de Faucher.
Alors je commencai, d'abord tous les jours, puis tous les deux jours, et enfin tous les trois ou quatre jours, à pratiquer des lavages abondants dans le segment d’intestin compris entre le cœcum et le rectum, de la façon suivante : je faisais d’abord un lavage rectal évacuateur, puis j’introduisais par l'anus cœcal une sonde molle de Faucher, dans le côlon ascendant; une autre sonde molle de Nélaton (sonde œsophagienne) étant introduite par l’anus dans le rectum ; puis, par le premier tube, je versais une solution chaude à 40 à 45°, de teinture d’iode à 1 °/, dans de l’eau distillée. Le liquide, après avoir lavé tout le gros intestin, sortait par le tube rectal. La quantité employée chaque fois variait de 4 à 6 litres.
Le but poursuivi était :
1° De mettre au repos la portion d’intestin malade ;
20 D’en’traiter directement la surface muqueuse.
Dès les premiers jours du traitement, il semblait que la malade ressuscitât: plus de météorisme, plus de vomis-
sements, plus de douleurs. Bientôt elle commença à s’alimenter avec abondance, à bien digérer et à jouir, en somme, d'un bien-être très satisfaisant. Les matières fécales sortaient en grande quantité par l'anus cœcal, mais, comme il n’y avait pas issue de gaz (?), elles ne causaient aucune gêne au malade: elles étaient retenues par un bandage qu'il suffisait de changer deux fois par jour.
La malade garda le lit quelques jours seulement; la fistule resta ouverte jusqu'à la disparition complète des muco-membranes, ce qui eut lieu environ neuf semaines après, et c’est de l'absence totale des mucosités, tant dans les matières fécales que dans les liquides de lavage, que je conclus à la guérison de la muqueuse colique. Je fermai alors la fistule par un triple plan de sutures.
A partir de ce moment, le gros intestin s’est repris à fonctionner d’une façon physiologique.
Il se vide régulièrement tous les jours et, depuis huit mois, il n'émet aucune production muco-membraneuse et n’est le siège d'aucune douleur.
La malade a augmenté notablement de poids.
b) Colite ulcérée chronique
OBSERVATION VII. — SwiINDFORD EDwaRDS d’après Dawsox B. (1).
Un porteur de poissons âgé de 26 ans a eu ? attaques de dysenterie aiguë alors qu’il était soldat en Afrique (1900), et dans l'Inde (1906). Il présente 6 à 8 selles par jour, sanguinolentes, glaireuses et douloureuses. Pas d’amaigrissement, l’état général est bon. L'examen au sigmoïdoscope montre un œdème considérable des tissus sous-muqueux, avec inflammation chronique de la muqueuse et ulcérations superficielles, surtout marquées dans les régions exposées aux frottements, notamment sur les bords des plis du rectum. L’Appendicostomie est pratiquée le 23 juillet 1907 par M. SWINDFORD EDWARDS. Quatre jours après on commence les lavages, en faisant passer dans le cæœcum, à travers la sonde introduite dans l’appendice, 6 pintes de solution boriquée faible. Un tube de caoutchouc est introduit dans le rectum pour faciliter la sortie du liquide. L’écoulement est suffisamment lent pour ne pas produire de distension exagérée du côlon; on fait en même temps des massages sur toutes la longueur du gros intestin. Au bout de 6 minutes, la solution commence à être évacuée par le rectum, entrainant avec elle des fragments de féces. Avant que la sortie du liquide ne commencât et tandis que l'abdomen du malade était manifestement distendu, on retira la sonde de l’appendice. Il n’y eut cependant aucun reflux de liquide, le sphincter de l’orifice cœcal de l’appendice étant suffisant pour empêcher tout retour en arrière de la solution introduite. :
Au bout de 4 jours, cette solution estremplacée par une solution de bicarbonate de soude et, ? jours après, par une solution de protargol (4 gr. pour une pinte).
Le malade reste à l'hôpital un mois et apprend bientôt
(2) Loc. citat.
à pratiquer son lavage lui-même. Au bout de quelques jours, le tube rectal est supprimé, le malade évacuant spontanément la solution, sitôt quele côlon est modérément distendu.
Le malade est renvoyé chez lui avec un pansement maintenu par une ceinture abdominale. Après un traitement de ? mois consistant en lavages quotidiens avec 6 pintes de la solution de protargol, le malade est examiné au sigmoïdoscope le 29 octobre 1907.
La muqueuse est encore légèrement enflammée ; un peu d’anémie des tissus sous-muqueux, mais pas trace d'ulcérations. Le malade constate lui-même que son état a subi une grande amélioration et commence à travailler. Il consacre chaque matin une demi-heure à son irrigation et n'éprouve plus aucun trouble pendant le reste de la journée.
Pendant toute la durée du traitement, son régime fut le régime ordinaire, et la seule médication employée fut 0.12 centig. de calomel 3 fois par jour, pendant son séjour à l'hôpital.
OBSERVATION VIII. — RawzinGs, d’après Dawson (1)
Il s’agit d’un homme âgé de 42 ans qui présente des symptômes identiques à ceux du cas précédent, mais avec une diarrhée plus marquée (19 à 20 selles par jour) : lamaigrissement et la faiblesse sont plus considérables.
L’appendicostomie est pratiquée et le côlon est irrigué chaque jour avec une solution astringente.
Au bout de 2 mois, le patient ne présentait plus aucun symptômedouloureux,continuantsesirrigations lui-même. Chaque lavage était suivi d’une ou deux évacuations. Il se déclara enchanté du résultat et se remit avec une très grande rapidité.