‹ De l'application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales; en apprécier les avantages et les inconvenientsChapitre 4 sur 16 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Autant est restreinte l’application usuelle des sciences physiques et chimiques à Pétiologie, autant cette application est multiple par rapport au diagnostic. Non-seulement, en effet, les incommodités qui proviennent d’un dérangement dans quelque partie du mécanisme, telles que les luxations, les fractures, les hernies, se laissent reconnaître par la seule application de connaissances physiques constituant Y anatomie des formes extérieures , sujet sur lequel mon savant ami le professeur Gerdy a publié, en 1836, un livre fort intéressant pour ceux qui cultivent les arts ; mais encore cette application des connaissances physiques est trèsimportante pour éclairer le diagnostic de liquides anormalement accumulés dans les plèvres , le péritoine, le scrotum. Ainsi, Delpech n’a pas craint de dire (1) que l’auscultation et la percussion peuvent seules fixer toutes les incertitudes touchant le lieu où il convient de pénétrer dans la poitrine pour vider un empyème. Tous les praticiens se servent de la percussion pour constater le flot hydropique du péritoine ; et les chirurgiens distinguent les cas

(1) Mémorial des hôpitaux du Midi; t. I, p. 497.

douteux d’hydrocèle par la transparence du liquide, qu’ils constatent à l’aide d’une lumière. Ce dernier moyen a également servi, à Purkinge et Sanson , pour diagnostiquer la cataracte de l’amaurose , en leur faisant voir dans l’œil trois images qui indiquent la transparence normale du cristallin, et dont l’absence révèle son opacité. Ce moyen diagnostique a même été confirmé par des expériences que MM. Pigné, Bardinet et Sanson luimême ont faites sur des objets en verre : une lumière convenablement placée devant leur convexité, y a réfléchi les images que réfléchit le cristallin normal de l’amaurotique, et les trois images ont cessé d’être aperçues du moment où les verres ont été dépolis (1). Le toucher et l’emploi du spéculum ne sont pas moins utiles au diagnostic des maladies de 1 utérus. Bien plus, l’application des sciences physiques a eu une heureuse influence sur le diagnostic des diverses maladies du poumon et du cœur , et même dans cet état du sang généralement dit appauvri , et où les micrographes constatent, en effet, moins de globules.

(1) Ces expériences , dont je ne puis donner ici que le résumé, sont parfaitement détaillées dans les leçons orales de clinique chirurgicale, faites à l’hôpital de la Charité, par le professeur Velpeau, et publiées par le docteur Pavillon; t. I., p. 342.

Je ne puis pas détailler ici les services rendus par Tauscultalion et par la percussion au diagnostic de ces trois ordres d’états morbides; mais il n’en est pas moins vrai que ce diagnostic a heureusement été influencé par ces moyens physiques d’observation, puisque ces moyens physiques précisent souvent le lieu où est l’état morbide, et le genre et même le degré de cet état morbide. Ces moyens physiques d’observation sont d’ailleurs susceptibles de grands perfectionnements; car, depuis Laënnec, ils en ont reçu de plus ou moins importants que la science doit aux professeurs Piorry et Bouillaud, ainsi qu’aux docteurs Fournet, Beau, Maillot et autres. L’auscultation a même été appliquée à la constatation de la grossesse et même du point d’insertion placentaire , ce qui est du plus haut intérêt pour éviter d’abord la confusion si fâcheuse de divers états morbides utérins avec l’état physiologique de gestation, et ensuite pour indiquer la source de l’hémorrhagie, quelquefois si alarmante à l’heure de l’accouchement.

Plus difficile à manier, et, par conséquent, plus susceptible de fournir des données trompeuses, le microscope peut cependant être rationnellement appliqué à la recherche de la constitution atomistique de nos humeurs , comme l’ont déjà fait une foule d’expérimentateurs, parmi lesquels je me con-

tente de citer le professeur Sédillot, parce qu’il a fait l’application du microscope à l’étude du sang dans l’un des états morbides qu’il importe le plus d’éclairer : je veux parler de l’infection purulente. Les recherches du professeur Lallemand sur les zoospermes , ont également assez éclairé le diagnostic de la maladie connue, depuis Hippocrate, sous le nom de consomption dorsale , pour que l’application du microscope , à l’aide duquel il a confirmé ses premières observations, soit encouragée. A plus forte raison ne faut-il pas négliger l’emploi de la loupe, instrument d’un usage plus facile, et qui, ayant déjà suffi à prouver l’existence de l’insecte de la gale, en 1834 , peut rendre d’autres services au diagnostic de diverses éruptions cutanées.

Quoique la clinique ait déjà donné quelques démentis (1) aux prétentions micrographiques sur

(1) « Nous avons eu, depuis quelques mois, l’occasion d’examiner, dans le service de M. Velpeau , un certain nombre de tumeurs dites épithéliales ou épidermiques . Autrefois on rangeait ces tumeurs parmi les cancers; aujourd’hui, grâce aux travaux de la microscopie , on en fait une étude à part, une classe spéciale sur laquelle M. Velpeau a cru devoir entrer dans quelques considérations.

» Les tumeurs épithéliales ou épidermiques, a dit ce chirurgien, présentent, en effet, dans leur structure,

la cellule caractéristique du vrai cancer, indiquée d’abord par Muller, et décrite plus lard par Vogel,

quelque chose qu’on ne trouve pas dans les cancers, et réciproquement. Il y a 8 ans, il eut l’occasion de donner des soins à un officier de santé qui portait à l’angle de la mâchoire une énorme tumeur ayant les caractères du cancer, à ce point qu'on l’avait déclarée incurable, et qu'on s’était refusé à en faire l’extirpation. M. Velpeau ne partagea pas cette opinion. Après un examen attentif de la tumeur , il crut y reconnaître de la fluctuation , et l’incisa. Les parois en étaient dures , lardacées , et, au centre, se trouvait une sorte de bouillie qui fut soumise au microscope , et dans laquelle M. Donné crut reconnaître des cellules ou paillettes d’épiderme. M. Velpeau se décida dès lors à faire l’ablation de cette tumeur , qu’il n’aurait certes pas attaquée s’il avait cru à l’existence d’un cancer. Il alla plus loin : il racla l’os maxillaire, et conserva pendant quelques semaines l’espoir d’une guérison radicale ; mais , trois ou quatre mois après l’opération , la tumeur repullulâ , et le malade succomba aux suites d’une véritable affection cancéreuse.

» Il y a peu de mois , la clinique a présenté un fait du même genre. Traitée par le caustique sulfo-safranique , la tumeur s’est reproduite au bout de quelque temps. Ces deux exemples prouvent donc malheureusement qu’il faut accepter avec réserve les dires de la microscopie , et ne pas conclure que les tumeurs épithéliales ou épidermiques sont exemptes de récidive. »

( Journal de médecine et de chirurgie pratiques , année 1845, art. 3140.)

âî

l’Académie nationale des sciences venant de décerner un prix de 1800 fr. à M. Lebert pour ses travaux microscopiques , parmi lesquels figure la dite cellule, encourageons la vérification de son aptitude à devenir signe diagnostique du vrai cancer, puisque d’ailleurs c’est un nouveau moyen d’observation.

Quoique l’habitude de l’observation médicale donne au tact du praticien assez de délicatesse poup» distinguer si la température des malades qu’ils explorent est en deçà ou au-delà de l’état normal, il n’en est pas moins vrai que le thermomètre seul peut préciser le degré de ce plus ou de ce moins. L’application du thermomètre au diagnostic des maladies est donc rationnelle, et vient augmenter le nombre des moyens de constatation. L’application du thermomètre est même nécessaire pour préciser les contrastes de température perçue par les malades, d’une part, et , d’un autre côté, de la température vraie (1).

L’application d’un chronomètre quelconque n’est pas moins rationnelle pour savoir au juste quel est le nombre de pulsations, soit de l'artère radiale,

(1) M. A. Girbal, chef de clinique médicale, vient de publier, dans la Revue thérapeutique du Midi ( p. 141), sur ce sujet, un premier article fort intéressant.

soit des battements cardiaques eux-mêmes, que Double (1) recommandait d’examiner, et pour le comparer à celui de la veille ou du lendemain.

Il mesemble aussi rationnel d’accueillir les moyens d’analyse chimique, soit pour connaître, un jour, les variations que présentent les éléments constitutifs du sang, dans diverses maladies, soit pour retirer de la coagulabilité de l’urine des signes propres à distinguer divers étals morbides, soit encore pour savoir quelle est la composition des calculs urinaires, et puiser, dans cette connaissance, des données propres à faire préférer la taille ou la lithotritie.

Quoique les lésions matérielles de nos organes soient souvent le résultat des modifications vitales qui constituent la maladie, leur étude a tellement fixé l’attention de certains médecins , qui en ont fait une science à part, toute physique , et qui est connue sous le nom d’anatomie pathologique , que je ne puis me dispenser, ce me semble, d’en mentionner l’heureuse application au diagnostic des maladies. En effet, en se familiarisant avec cette étude, dans les amphithéâtres, et en étudiant les rapports de chaque altération pathologique , ma¬

lt) Séméiologie générale *, 1. 1 , p. 124.

térielle, avec les désordres fonctionnels , ou symptômes, qui ont été observés pendant la maladie, on s’habitue à se servir de cette corrélation , au lit des malades ; et , à l’aide d’une marche opposée à celle qu’on a suivie dans l’amphithéâtre, on a des probabilités plus ou moins grandes pour arriver , d’après les symptômes , à la connaissance des lésions organiques.

Page 1