‹ De l'application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales; en apprécier les avantages et les inconvenientsChapitre 8 sur 16 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

L’auscultation et la percussion, ces deux moyens que j’ ai dits, dans ma première section , être d’une application heureuse et rationnelle dans les maladies de la poitrine, reçoivent souvent une application exagérée ; et il me suffira de citer la collection des mémoires du professeur Piorry, pour prouver la justesse de cette assertion à l’égard de la percussion. Il n’hésite pas, en effet, à faire l’application de ce moyen physique de diagnostic à la colonne vertébrale, dans toute son étendue (1).

Le thermomètre et la montre à secondes, ces deux instruments que j’ai signalés comme propres à donner toute la précision désirable à l’observation , en tant que celle-ci désire connaître le rhy thme de la circulation et les anomalies de la chaleur du malade, ne doivent pas dispenser le médecin de tenir compte des sensations particulières qu’il éprouve en explorant le pouls et en palpant le système tégumentaire. Si, en effet, il se contentait

(1) Traité pratique de la percussion , par L. Maillot; 18^6, p. 336.

de nombrer et les pulsations de la radiale et les degrés thermométriques, il pourrait confier ce soin à une personne quelconque , et ne pas se transporter chez le malade. Mais l’application de sa main lui rendant compte de la moiteur ou de la sécheresse , de la rugosité ou de la souplesse de la peau, cette application de la main révélant au médecin l’étendue ou l’étroitesse du calibre de l’artère , l’égalité ou l’irrégularité de ses battements , leur force ou leur faiblesse, l’application du thermomètre et la numération des battements du pouls ne lui suffisent pas. Il y aurait donc exagération à leur accorder plus de confiance que je ne l’indique ici.

La dissection des cadavres, cette application de l’anatomie dont j’ai reconnu les services dans ma première section, au triple point de vue de la connaissance de la structure normale de nos organes, des désordres pathologiques, et de la comparaison de l’organisation humaine avec celle des animaux, ou même en raison de l’analogie qu’il peut y avoir entre des lésions faites expérimentalement sur les animaux et celles qui surviennent chez l’homme; la dissection des cadavres n’a-t-elle pas été poussée, dans son application à la pathologie et à la thérapeutique générales , jusqu’à l’exagération? Et cette exagération n’a-t-elle pas été fâcheuse? Je n’hésite pas à répondre par l’afïïr-

mative. En effet, ne se contentant pas de chercher, dans l’ouverture des cadavres, la cause de la mort, comme le faisait Bonnet, Morgagni chercha, dans les nécropsies, la cause des maladies, et ouvrit la porte à l’erreur tant accréditée de nos jours, savoir : que le diagnostic des maladies doit être basé sur les lésions matérielles des organes; comme si l’expérience journalière ne démontrait pas que ces lésions matérielles sont d’autant plus grandes et plus graves, en général, que la maladie a été longue, et que, par conséquent, ces lésions matérielles doivent plus souvent être effet que cause de maladie. Bichat crut avoir trouvé la cause de la vie dans les propriétés des tissus, et Broussais fonda sur l’anatomie pathologique son système de l'irritation qui exerça une si funeste influence sur la pathologie , et réduisit la thérapeutique à celle de Sangrado. Il confondit tous les diagnostics en un seul, attribuant à l’irritation toutes les désorganisations morbides et toutes les créations de tissus anormaux, localisant la plupart des maladies générales dans la muqueuse , irritée , de l’estomac , et désessentialisant les fièvres, selon l’expression de M. A. Costes, professeur à l’École préparatoire de médecine de Bordeaux, qui a récemment apprécié à sa juste valeur la prétendue doctrine physiologique , dans un ou-

vrage couronné par la Société de médecine de Caen (1).

L’application de l’analyse chimique et microscopique au diagnostic des maladies n’a pas été moins exagérée dans ces derniers temps. M. Magendie, en effet , s’est écrié , du haut de la chaire du Collège de France, le 20 Décembre 1837: « en définitive, la plupart des questions de médecine se rattachent plus ou moins à l’étude physique, chimique et vitale du sang » ; et il ne s’est livré à l’étude de ce liquide qu’aux points de vue physique et chimique. Plusieurs chimistes ont recherché les modifications éprouvées par les principes constitutifs du sang dans divers états pathologiques; mais aucun n’a pu dire encore si les modifications constatées dans le sang sont les conséquences de la maladie, ou bien si elles en sont la cause. MM. Becquerel et Rodier déclarent même avoir des matériaux suffisants pour conclure que, dans la majorité des cas , les modifications survenues dans la composition du sang sont la conséquence du développement de la maladie et des phénomènes particuliers qui accompagnent tel ou tel état morbide. MM. Becquerel et Rodier ne signalent

(1) Histoire critique et philosophique de la doctrine physiologique; 1 vol. de 491 p. in-8°, 1849.

que deux cas dans lesquels les modifications du sang peuvent être, soit la source des maladies , soit la cause d’accidents spéciaux , sans que jamais, cependant, dans aucun de ces deux cas, ces modifications constituent elles-mêmes toute la maladie. Ainsi , dans la plupart des intoxications paludéennes , disent-ils, dans celles qui engendrent quelques grandes pyrexies , telles que la fièvre typhoïde, la peste, la fièvre jaune, il est probable que la matière morbifique , l’agent , si on veut ainsi l’appeler , qui est la cause de la maladie, pénètre d’abord dans le sang, et que c’est cette modification , qu’il ne nous a pas encore été donné d’apprécier , qui est le point de départ de la maladie. L’autre circonstance, que MM. Becquerel et Rodier regardent comme cause d’accidents spéciaux, est le fait même des modifications survenues dans le sang, et qui , à leur tour, peuvent déterminer de nouveaux troubles. Ainsi, disent-ils, la diminution des globules, qui suit un certain nombre d’états morbides divers, détermine, une fois qu’elle a eu lieu, une série d’accidents particuliers auxquels on a donné le nom d'anémie; la diminution considérable de fibrine détermine la production d’hémorrhagies (1). Comment, d’après ces

(1) Recherches sur la composition du sang dans l’état de santé et dans l’état de maladie ; p. 33 ; 1844.

aveux, pouvoir établir, dans l’état actuel de la science, le diagnostic d’un certain nombre de maladies sur l’analyse microscopique et chimique du sang, quelque restreint que soit ce nombre de maladies, d’après MM. Lecanu (1), Giberl (2), L’Héritier (3), Andral (4), et enfin MM. Becquerel et Rodier ? Il y aurait évidemment là une exagération lâcheuse , que je dois signaler , de l’application

des sciences 'physiques et chimiques à la pathologie générale.

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