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CHAPITRE XXIV

ECOLE BE BELUNI.

Pendant que Mantegna étonnait l'Italie centrale par la grandeur et la fécondité' de son génie, l'école vénitienne, représentée par la famille Bellini qui était devenue la sienne, avait mis en œuvre, avec un succès toujours croissant, les éléments nouveaux qui lui étaient venus de Padoue et qui, en se corn* binantaveclesélémentsombriensapportésparGentile da Fabriano, devaient produire cette riche moisson de chefs-d'œuvre qui signala les dernières années du quinzième siècle et les premières du siècle suivant. Gentile avait trouvé chez seshôtes des lagunes une sympathie qui avait monté graduellement jusqu'à l'enthousiasme. Le succès qu'il avait obtenu à Brescia en y peignant la chapelle de Pandolfe Malatesta, avait préparé celui qui l'attendait à Venise. Ses premiers tableaux d'autel, exécutés pour les églises de San

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Giuliano et San Felice, avaient produit une impression assez favorable pour qu'on le crût capable de traduire dignement, dans la langue de son art, la légende populaire que le sénat tenait le plus à graver dans la mémoire des citoyens, je veux dire la victoire des Vénitiens sur Barberousse et Thumiliation de cet empereur devant le pape Alexandre III dans la basilique de Saint-Marc ; en un mot on faisait de Gentile un peintre de batailles, comme si cette espèce de consécration avait été obligatoire pour tout pinceau employé au service de la république.

On comprend qu'une telle commémoration d'un événement qui rettiontait'atidauiâèaie siècle, était, de la part d'une puissance guelfe, une allusion politique d'autfiit^t plas sigtiifioative, qu'elle servait de décoration permanente à la salle du grand conseil. U faut qae Fartiste ait bien compris, bien partagé et bien rendu la pensée de ses patrons, puisque, pour honorer son talent^ ils crurent ne pouvoir moins fïnre que de lui accorder un duoat d'or ,par jour, avec le privilège de porter la robe de sénaleur. Une pa* reiUe récompense ne pouvait manquer de conduire à d -autres «accès auprès des familles patriciennes, et nous savons que, même après son retour à Fabrîano» il eut a peindre plus d'une fois les portraits d'iDustres personnages ^vénitiens ^

Mais sa conquête ik plus importante;, au point de

1 • L'anonyme de Morelli parle de deux portraits qui furent portés, de Fabriano même, dans le palais de Marc- Antonio. Pas»tjualino.

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vue «qui noM occupe^ fut celle de Jacopo Bellini qai s'intitulait îaMbt son disciple et tantôt :soii «erviteiir. L'un des fNremiers fruits de ce second apprentissage, Alt /de tracer, pour sa consolation future, Timage du mMtne dont il redoutaîl le départ ; cft, ijuand il fallut enfin «ubir l'épreuve de l'absence^ le vide qu'elle laissa (dams le coeur de i'ëleve se fit tellement sentir, qu'il ne put réfiSster au besoin d'aller passer quelque temps à itoreoce. Plus taixl il profita des prënrices de sa paternité pour resserrer un lien qm kri était dier à tant de titres, et le nom de Gentile, donné à son pnenser-oé, fut comme la consécration d'un sourmaîr qui se perpétua dans sa famille.

Vasari nous -dit opi'après le départ de Domenico Yeneeiafio pour Florence, Jaoopo fiellini se trouva être le plus grand et le plus réptrté entre tous les peînires vénitiens. MaHieui^asemenll les peintures citées par le fatc^rapfae ne subâ^ent plus aujou^ d'kui, et c'est à peisie si on peut signaler deux ou trois tableaux qu'on puisse lui attribuer avec quelque degré de œrtitude; Le plus iislécessant est sans contredit la Bataille du palais Comaro, comme preuve de k faveur croissante dotit jouissait ce genre de compositions auprès des familles patriciennes alors si fécondes en kéros. Hais il y a. dans le Musée Bri- Un.i^, «. doc»»« d-i «.«> pore <pi j«, un gnmd jour siu* le mode de conception particulier à l'artiste et sur le résultat des influences diverses qu'il avait subies^ C'est un recueil de dessins à la mine de ploflab, dont les uns furent tKacés kwtigten^

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avant son sëjour à Padoue^, tandis que les autres portent l'empreinte manifeste d*un talent mûri par la réflexion et par la pratique. Dans sa manière de traiter les sujets religieux, et particulièrement V Adoration des Mages^ on reconnaît l'élève de Gentiîe da Fabriano ; mais dans sa manière de traiter les sujets mythologiques, non-seulement on ne reconnaît ni l'influence de Mantegna, ni celle des marbres antiques, mais on trouve des ébauches d'une naïveté presque puérile qui accuse, dans leur auteur, une inaptitude radicale. Au contraire^ sa verve déborde, pour ainsi dire, dès qu'il s'agit de sujets allégoriques ou militaires et particulièrement de la légende de saint Georges qu'il a reproduite jusqu'à quatre fois et qui était la légende favorite de tous les saints qui voulaient être braves et de tous les braves qui voulaient être saints. On comprend, d'après cette prédilection^ que l'artiste se soit plu à tracer, dans des attitudes variées, les plus fameux guerriers de son temps, et particulièrement ceux qui, par leurs récents services, avaient le plus de droits à la reconnaissance de la République et à la sienne.

L'espoir et le vœu de Jacopo Bellini avaient été que ses fils qui étaient en même temps ses disciples^ surpasseraient leur maître et que Gentile surpasserait sou frère Giovanni, pour être ensuite surpassé luimême par ceux qui viendraient après lui, ce qui sem»

i. On lit, sur la première page, la date de 1430, écrite de la main de Tardste; mais il est évident que la plapart des dessins contenus dans ce recueil sont d'une date bien postérieure.

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blerait indiquer que le père avait foi au progrès de son art.

li vécut assez longtemps pour voir réaliser le premier de ces vœux; mais Giovanni ne tarda pas à démentir les prévisions paternelles par sa supériorité, diaque jour plus manifeste, non -seulement sur Gentile, mais sur tous les peintres de Venise et des Etats de terre ferme, ce qui donna occasion aux deux frères de se faire admirer par leurs procédés de courtoisie réciproque; car, tout en travaillant séparément, ils restèrent unis de cœur, et celui de Giovanni, défendu par une abnégation qui s'élevait jusqu'à l'humilité, trouva dans cette vertu le plus sur préservatif contre l'enivrement des grands succès.

Mais Tunion des cœurs n'empêchait pas la divergence des vues et des aspirations. Giovanni, d'une âme plus méditative et plus exaltée, se préoccupait davantage de la recherche de l'idéal ; Gentile, sans être étranger à cet ordre de préoccupations, avait une imagination plus froide, plus facilement captivée par la beauté symétrique, et, tout en assignant à cet élément une place subalterne dans ses études, il admirait les fragments d'ouvrages antiques que Jérôme Malatini, leur maître de perspective, leur mettait sous les yeux. Il dessinait les bas-reliefs de la colonne Théodosienne pendant son séjour à Constantinople* ; et même il avait dans son atelier une Vénus très-

1 . Ces dessins se trouvent à Paris, et ont été gravés depuis en dix-huit tableaux.

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belle, quoique en grande partie mutilée. Cela faisait que Fadmiration publique se partageait eiïtre iei deux frères, suivant la diversité des goûts ; et, dans un ouvrage contempotrain dédié au doge Léonard Lorédan, rajuteur Francesco Negri parlant deee qui contribue à la gloire d'un bon gouvernement, dit q6e le sénat vénitien, outre « tous les gemmes de lus* tre qui rejaillissent sur lui, a le bonheur de posséder deux frères ministres de la nature, admirables^ Tun pour la théorie, l'autre pour la pratique, lesquels nonnseulement 'décorent le palais ducal de leurs magnifiques productioois, mais en remplisseiivt potor ainsi dire toute la ville ^ 2>

Ce précieux témoignage d'unconten^porain prouve que Gentile» tout en cédant quelquefois à l'ascendant frad^nel, conserva toujours un secret penchant pour les traditions de Técole de Mantegna, 4^'il cmt pouvoir combiner avec le but transcendental de Tart chrétien. I^a perspective linéaii-e et l'étude de r-antîque mirent toujours un certaifi charme pour lui, ce qui ne lempécha pas de chercher ailleurs la vraie nourriture de son âme et de son imagination, et de s'ÂDspirer au besoin des plus grands souvenirs et des plus ocmsolaotes promesses du cbristianisme. Son enthousiasme pour Dandolo, ce doge octogénaire et avcsugile, quai joua un si grand rôle dans la croisade des ktîns contre l'empire grec, le zèle qu^il mit à refaire le portrait de ce héros vénitien sur un original

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