‹ De l'art chrétien (volume 4)Chapitre 4 sur 39 · Morelli, Notizia, etc^ p · texte numérisé non relu

Morelli, Notizia, etc^ p

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très-ancien qui tombait en ruines', la hardiesse avec laifoieUe il présenta au sultan Mahmoud, dans son pitopre palais, Timage de saânt Jean-Baptiste, décapité par l'ordre d'un despote^^ mais surtout lesinacripdons fiieuses qu'on lit sur qœlques-uns de ses tableaux, tout oda révèle une âme accessible à tous les sentiments qoi peuvent exalter et honorer l'artiste chrétien.

Son voyage à CkMistantinople, entrepris en 1 479, snr la demande même du sultan, fut un grand évé« nenient pour lui, pour sa famille et même pour la RépnUique, qui lui avait confié, quatre ans auparavant, la tâche lapins honorable et certainement la plus enviée ; car il ne s'agissait de rien moins que de refaire les peintures de la salle du grand conseil, et de les entretenir, sa vie durant, en bon état €f dan^ leur frcAcheur ; le tout sans aucune rétribution ni charge^ excepté ^celle de pourwir h ï entretien de V artiste^ C'était lui qui en avait fait la demande et qui en avait réglé les conditions avec ce noble désintéressement où le patriotisme avait peut-être moins de part que le respect pour la mémoire de son maître Gentile da Fabriano dont l'ouvrage, comparativement récent, n'offrait déjà plus que des ruines. C'est sans' doute à cette délicatesse ou plutôt à cette piété filiale qu'il faut

i . iCe'pmrtniit de Dandolo, par Gentile Bdlini, n'est pins à Venue; on m^a dît qu'il a passé depuis peu en Angleterre.

S. Ce fat te suhim lui-même qui demanda un peintre à la ré* piâ>lique, et sur cotte demande on ilui envoya Gentile Bellini en i 479.

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attribuer les termes mitigés du décret qui ne parle que de restauration quand il s'agissait d'une tâche qui, après quatre années de travail, était loin d'être

terminée ^

L'un des fruits du séjour qu'il fît à Constantinople, se trouve dans la galerie du Louvre et a pour sujet l'introduction de l'ambassadeur vénitien devant le sultan, avec tout le cérémonial qui était alors en usage pour les réceptions diplomatiques. Celle-ci a lieu en plein air, et cette circonstance a permis au peintre de donner à sa composition, déjà si précieuse au point de vue historique, un intérêt pittoresque de plus, en y mettant pour perspective l'intérieur du palais, avec son jardin et ses terrasses.

Outre ce tableau, qui fut sans doute exécuté sur les lieux mêmes, Geutile rapportait des dessins de paysages et de costumes, des portraits à l'huile et en relief parmi lesquels figurait celui du sultan luimême, enfin des impressions locales qui se retrouvèrent plus tard sous le pinceau de Fartiste, quand il eut à traiter des sujets qu'on pourrait appeler orientaux, comme la prédication de saint Marc devant le peuple d'Alexandrie'»

1 . Voir les documents publiés par la Gazette des beaux^izrtSy dans le numéro du 1*' mars 1866.

2. Ce tableau y où les costumes turcs abondent, se trouye dans la galerie de Milan. Le portrait de Mahomet II , conservé dans le palais Zeno jusqu'en 1825, passa aïors en Angleterre. Un portrait de femme turque, énergiquement tracé d'après nature par la même main, est une des pièces les plus curieuses parmi les dessins du Musée britannique.

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On peut se figurer sa joie, quand, à son retour, il reprit, avec l'assistance de son frère, la tâche patriotique interrompue par le caprice d'un despote que la République avait besoin de ménager. Depuis que Polygnote avait exécuté ses fameuses peintures dans le Pécile d'Athènes, jamais œuvre plus intéressante n'avait été entreprise dans des circonstances aussi favorables. Il ne faut pas oublier que Tinter^ vention des Vénitiens dans les démêlés du pape Alexandre III avec l'empereur Frédéric, avait eu pour résultat la pacification de l'Italie et le triomphe de l'autorité spirituelle, célébrés aux acclamations du peuple dans la basilique de Saint-Marc. Sur ce fond historique, déjà très-grandiose par lui-même, l'imagination populaire avait bâti, dans le cours des deux derniers siècles, un magnifique poème, dont tous les épisodes avaient fini par être regardés comme authentiques; de la fornpie légendaire sous laquelle il s'était conservé dans la mémoire du peuple, il avait passé à la forme plus élevée d'une composition épique en vers latins presque inintelligibles S et enfin il revêtit à plusieurs reprises celle de l'art, la mieux appropriée de toutes au goût nationsfl, et c'est sous cette dernière forme qu'on voit encore aujourd'hui ce sujet représenté dans la salle du grand conseil par des artistes d'un autre siècle, qui furent chargés de réparer les dommages causés par l'incendie de 1 577.

1 • Ce poëme épique en latin barbare fut composé par un certain Cftstello de Bassano*,

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Que le sujet fût légendaire ou historique, Fallusion à la miraculeuse déiiyrance de la patrie étail &cile à saisi^r. D'ailleurs les portraits des libérateurs étaient là, non moins faciles à reconnaître que celui de Miltiadedans le Pœcile. Les héros de la guerre de Chioggia, Victor Pisani et Carlo Zeno, receTai^ort leur brevet d'immortalité de la main d'un artiste qui se connaissait en héroïsme militaire. Celait le frère aine Gentile qui le leur décernait, ainsi qu'à beaucoup d'autres dont la mémoire était moins respleii*dissante. Giovanni, moins exclusif dans son a|kOthéose^ y faisait participer non-seulement tous ceux dont les services méritaient une commémoration publique, maïs afusi^ les j^us éminents entre ceux qui avaient illustré la grande patrie italienne, de sorte que les Vénitiens avaient sous les yeux de quoi entretenir ou réveiller dans leurs âmes tous les genres d'é* mulation à la fois.

Nous ignorons comment ces précieux portraits étaient distribués* dans les divers épisodes. Nous sa* vons seulement que les deux, frères avaient partagé entre eux les quatorze chants de cette épop^ patriotique. Le sujet du premier cl^mt était le DogeZiani, descendu du Bucentaure pour faire la soumission de la république an pape Alexandre III, qu'on venait de reconnaître sous son déguisement de mœbe dans le couvent de la Charité, celui-là était de Giovanni; mais les cinq autres étaient de Gentile, et on y voyait le pape qui présentait le cierge au doge, le départ des ambassadeurs vénitiens pour traiter de la paix

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avec Frédéric U^ leur arrivée en présence de rempereur^ le pape exhortant le doge et le» Vénitiens à s'embavqfoer sur la flotte, puis raecampagnant au départ et lui donnant sa bénédiction comme gage é'vsn. succès assuré. Venait ensuite le chef-d'cewre de^ Giovaenif la bataille navale entre le doge et le prince Otheoa, monument de patience aussi bien que de gésiey à racbèTeiment duquiri Tartiste avait consoicré sans regret plusieurs des plus belles années de sa vie ; et il avait laissé à son frère, pour matière de son dernier tableau, le retour du doge victorieux, à qui le souverain pontife remettait l'anneau, comme emblème de Fempire que la république était appelée à exercer sur les mers ^

A défaut de ce grand ouvrage, qui a été complètement détruit, nous avons celui que le même Geotile fiellini exécuta pour la confrérie de Sainf«*Marc% et ks trois compositions pk» magnifiques encore qu'il fit pomr la confrérie de Saint-Jean TÉvangéliste %

i . Tout ce qu'on a dît sur l'insolence du pape qui mit le pied sur le cou de l'empereur n'a pas le moindre fondement hbtorique, pas plus que la grande bataille navale, la captivité du prince OthoDy etc. Dara a manqué de critique dans le récit de ces évé* nements qui sont présentés dans leur vrai jour et réduits à leur juste valeur par Raumer, dans son bel ouvrage sur les Hobenstaufen, liv. IV, ch. 7.

8. €e tableau curieux est à la galerie de Milan. Les femmes qui éecuient saint Mavc prêcher porteur le costume tare, et Véglise deSaii^-Euphémîe sur la place d'Alexandôe, n'est autre chose que celle de Saint-Marc à Venise.

3. Ces trois grands tableaux sont à l'Académie des Beaux-arts à Venise.

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et dans chacune desquelles il représenta un miracle opéré par un fragment de la vraie croix , qu'on y conservait précieusement. Dans la première, c'est un jeune homme de Brescia, blessé dangereusement à la tête , et guéri miraculeusement par suite d^an vœu fait par son père pendant qu^on portail cette relique en procession , et pour montrer que les dispositions du cœur étaient en parfaite harmonie avec l'occupation du pinceau, l'artiste a mis au bas cette simple et touchante inscription :

Gentilis Bellinus amore inccnsus critcis i496.

£t quand il peignit plus tard un autre miracle ar-* rivé le jour où la même confrérie allait en procession à l'église de San Lorenzo avec la même relique qui tomba dans le canal, et après de vaines tentatives faites par* des mains profanes , ne put enfin en être retirée que par le pieux André Yendramini, en traçant cette belle légende sur la toile, le cœur du peintre fut encore plus vivement ému que la première fois, et pour exprimer sa dévotion croissante pour le signe sacré de la rédemption, il voulut renforcer le sens de ses premières paroles :

Gentilis Bellinus pio sanctissim» crucis affectu lubens fecii i^OO.

Le troisième tableau formait le digne complément des deux autres; il s'agissait d'y représenter un membre de la confrérie guéri miraculeusement de la fièvre quarte et contemplant l'instrument de sa guérison avec un air d'extase et d'adoration profonde. Ce

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fut encore un exercice de piété pour l'imagination du vieux Bellini 9 peut-être même fut-ce son dernier ouvrage, car il mourut peu d'années après Tavoir terminé, et l'on peut bien supposer qu'il revenait souvent sur cette pensée consolante, et qu'il attendait aussi lui la guérison de toutes ses infirmités par la croix.

Cependant ce n'était pas pour cette confrérie qu'étaient ses plus tendres affections, c'était pour la confrérie de Saint-Marc , qu'il appelait, dans son tes^ tament, ma confrérie , et à laquelle il léguait , en mourant, un de ses plus chers trésors, une image de la Vierge en mosaïque, qu'il avait probablement rapportée de son voyage en Orient. Une preuve encore plus forte de la prédilection dont nous parlons, se trouve dans une autre clause du même testament, par laquelle il enjoint à son frère Giovanni d'achever une peinture commencée par lui pour cette même confrérie, sous peine d'être frustré de la portion la plus précieuse de son héritage, c'est-à-dire du volume de dessins qu'avait possédé leur père et dont nous avons déjà parlé plus haut. Quant à son grand tableau de la Vierge, qu'il avait placé sous le portique de sa maison, il en faisait don à son église paroissale de San-Gimignano, comme rétribution anticipée des messes quony célébrerait pour le salut de son âme^ en T honneur de la bienheureuse f^ierge Marie et de saint Grégoire *.

i • Dans le même document, récemment découvert et daté de

jG6 I^'aBT GB<EÉTIEEr«

U est probable que Genlile Bellini se défiait de son frère Giovanni, à cause de son peu de goût pour les compositions cycliques. Il savait que son imagination plus mystique s'accommodait mieux des simples lar bleaux de dévotion alors très-recherchés par les .fiamilles patriciennes et même quelquefois par les souverains étrangers, par exemple, par Louis XI qui se procurait des ouvrages de sooï artiste favori par l'entremise du chevalier de Montjeu, son agent officiel auprès du gouvernement vénitien.

Ceci se passait à une époque où la pacification générale de 1 454 avait déjà porté ses fruits et donné au génie national une impulsion décisive dans toutes les directions^ impulsion à laquelle chaque nouveau doge se faisait un point d'bonneur d'ajouter quelque chose. De là ime émulation d'autant plus heurreuse dans ses effets que cette période fut précisément celle où les électeurs ^conférèrent avec le plus d'intelligence la suprême dignité de l'État, en tenant, dans leur choix, autant de compte des vectus religieuses que des vertus civiques. Quand Giovaiuii£elr Uni peignait, pour une des salles du palais ducal, cette pieuse et pathétique composition représentant le Christ mort, soutenu par la Vierge d'un ^ôté^ .^ par saint Jean de l'autre, c'était le doge Nicolas Iran qui faisait placer cette image, comme une (prédîca<tion permanente, devant les yeux de ses conseillei^

i 505, il est fait mention de dessins rapportés de Rome et que le père partage également entre ses deux fils. Voir la Gazette des beaux^arts^ de septembre 1866«

ÉCOUB JE BEU.IKI. fi7

^<|ui étaient auvent ses mallres. // ^tait libéral et (wait Pâme grande^ dit la chronique, et son extrêne ]aideor lœ l'empêchait pas d'être très-imposant, pas plus qu'elle n'empêcha le sculpteur chargé de l'exé- ^culâosi de soq tombeau dass l'égUse des Frariy «de ^noer à sa statue un caractère israiment nKMiumen-

C'était un homme de moeurs antiques, tendre de 43œur, malgré sa rudesse apparente, ardent, même dams sa vieillesse, pour les projets de croisade, toujiOAirs en deuil de son fils Jean qui était mort bramement «devant Mégrepont, ami des lettres dont il tradosmit le goût à son aulxe fils Philippe, lequel enchérit encore sur le goût de son père : car ce fut lui qui voulut, à tout prix, avoir pour belle-liUe, la célèbre Laura fironzone, la merveille de Vérone, également versée dans les lettres grecques et latines, et dont son futur beau-père avait admiré la ferveur et la beauté, pendant qu'elle priait devant lui dans une église. On comprend qu'une famille où de telles impressions avaient des conséquences si sérieuses, devait avoir le sens esihéticpie sîngvilièreniefitdéveioppé.

Son successeur, INicolas Marcello, fut élu, malgré son grand âge, à cause de son humanité, de sa piété et de son amour de la justice et des pauvres. A quoi il faut ajouter que ce fut lui qui fit commencer par les frères Bellini les peintures du palais ducal.

Après lui vient Pierre ]\locenÂgo dont le monument funèbre, dans l'église de SS. Jean et Paul, se fait

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remarquer par cette inscription fière et concise : ex hostium manubnsiU76.

André Vendraœin, son successeur immédiat^ avait été, dans sa jeunesse, le plus beau, le plus riche, le plus heureux et le plus envié des patriciens, quoique tous ces dons fussent couronnés en lui par une piété presque ascétique. Son monument funèbre, qui a été transporté de l'église des Servites dans celle de SS. Jean et Paul, est un des plus magnifiques chefsd'œuvre de la sculpture vénitienne au quinzième siècle, et l'inscription qu'on y lit, est plus magnifique encore; on serait même tenté de la trouver trop magnifique pour un tombeau chrétien :

Felia: insigni proUj impletis omnibus et fortunx et natures et virtutis numeris.

Après sa mort, qui eut lieu en 1478, le Sénat voulant rendre un hommage spécial à la plus précieuse de ses vertus, fit mettre, au-dessous de son portrait, dans la salle du grand Conseil, cette inscription si honorable pour sa mémoire :

Domi justitiam adeo colui ut proprio nec pepercerim filio* .

Après lui, parait une famille qui s'était donné la mission spéciale de représenter les anciennes mœurs et qui joua, dans la république de Venise, un rôle analogue à celui de Caton dans la république romaine. Cette famille est celle des Barbarigo et c'est

1 . Son fils fut banni pour avoir tué, par mégarde, un ofBcier de galère.

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