‹ De l'art chrétien (volume 4)Chapitre 6 sur 39 · End · texte numérisé non relu

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3. 11 y a, dans la collection du palais Manfrînî à Venise, une antre Adoration des Mages bien supérieure à celle qui était dans r^gliae de la Trinité. Le paysage smlout en est ravissant. La figure de la Vierge, le costume des Mages et plusieurs autres détails, se ressentent un peu de T influence des gravures allemandes sur lesquelles il aimait à imiter et à varier ce même sujet de ilÀ.doration dans la crèche, qu'il répéta souvent et qui fut évidemnient son âième favod. Un antre tableau de lui, représea* tant saint Laurent et saint Etienne, se trouve à la galerie de Milan, et a été gravé. Mais le plus remarquable de tous, du moins pour rétude du nu, et pour la science des raccourcis, celui en un mot qui se rapproche le plus du style moderne, est une

Parmi les élèves immédiats de Bellini, il en est ud qui, malgré son mérite tout spécial, a été beaucoup moins apprécié que les autres, et qui n'a été tiré que de nos jo\irs de l'espèce d'oubli auquel il avait été condamné \ C'est le peintre-graveur Moceto, dont le burin ofTre une frappante analogie avec celui de Mantegna et qui semble avoir puisé ses premières inspirations à la même source que lui; car il s'est fait son imitateur non-seulement dans la gravure où il a représenté l'exploit patriotique de Judith, mais aussi dans celles dont le sujet était emprunté à des bas-reliefs antiques et qui doivent appartenir à la première période de la carrière de l'artiste, qu'on pourrait appeler la période pacifique, par opposition à la période militante, durant laquelle il produisit plusieurs ouvrages de circonstance qui n'ont pas été assez remarqués. La grande composition dans laquelle il a représenté un général , entouré d'une foule reconnaissante,, offrant aux dieux, sur la place même de Saint-Marc, un sacrifice solennel avec tout l'appareil des sacrifices antiques, n'est pas une simple fantaisie suggérée par un auteur classique, mais la célébration de quelque glorieuse journée dont le héros, vu de profil et très-énergiquement caractérisé, n'était nullement déguisé par son costume romain. Cette intention est encore plus manifeste dans la gravure qui a pour sujet le combat des Israélites

Descente de Croix qu'on voit à Bergame, et où il s'est peint luimême montrant la sainte croix par allusion à son propre nom. i . Voir rintéressant opuscule de M. Galichon sur Moceto.

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contre les Amalécites, c'est-à-dire des Vénitiens commandés par Petigliano^ contre les Allemands commandés par leur empereur Maximilien, dont le portrait, facile à reconnaître, offre un contraste pVesque grotesque avec le regard fier et la pose héroïque du général vénitien, déjà sûr de la victoire; mais, pour expliquer cette assurance, il y a derrière les combattants un groupe au centre duquel Moïse, qui est également un portrait, se fatigue à lever ses bras vers le ciel, comme pour donner une idée de ce que peut la force de la prière jointe à la force des armes. Cétait là, sans doute, ce que Fartiste avait en vue, et l'intérêt qu'excite cette double verve religieuse et militaire, fait facilement oublier certaines incorrections techniques qui n'affaiblissent en rien Teffet général.

On voit que ce n'était pas seulement au point de vue de l'art qu'il y avait sympathie entre Mantegna et Moceto. On pourrait même soupçonner ce dernier d'avoir eu plus de droit que son devancier à la qualification de soldat et de l'avoir prise beaucoup plus au sérieux. Une de ses gravures, représentant la Calomnie d^Apellcy sur l'emplacement même où l'on avait érigé la statue équestre de Coleone, n'est autre chose qu'une espèce de libelle tracé par un burin hardi pour venger la mémoire de ce héros envers lequel le sénat lui semblait avoir été trop peu ' reconnaissant.

Tous ces ouvrages de circonstance eurent sans

doute un grand succès auprès des contemporains;

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et cependant ils sont bien inférieurs aux gravui«s exécutée par le même artiste^ d'après des tableaux religieux, où l'on reoonnajU: sans peine la main et le oœor de fieilini. Il était impossible que ce dernier trouvât un plus digne interprète, même dans Mimtegna qui passait alors pour le premier graveur italien et avec qui Moceto avait eu jadis des affinités dont la trace s'effaça peu à peu sous l'influence de son nouveau maître.

Peut-être faudrait-il ajouter à cette longue liste de disciples et d'imitateurs le nom de Francesco Vecellio, le propre frère de Titien , mais doué d'aspirations bien différentes^ et auquel il ne manqua, pour être un grand peintre, que d'avoir des qualités moins héroïques ; car la guerre de délivrance , en 1 509, interrompit son apprentissage en lui faisant quitter son atelier pour les champs de bataille, et il s'y distingua par des prouesses qu'on n'aurait pas attendues de sa première vocation. Quand il la reprit, après la paix, ses ouvrages se ressentirent si bien du métier qu'il venait de faire, qu'on aurait pu les confondre, dit EUdoIfi, avec ceux de Giorgione lui-même. Cette ressemblance était surtout frappante dans une figure de saint Théodore armé, peinte pour l'église de San Salvalorcj à Venise, Ce sujet convenait à sa verve militaire qui avait besoin de trouver une issue. Les bannières triomphales lui convenaient encore mieux, surtout celle qu'il eut le bonheur de peindre pour la compagnie des bombardiers, et qui représentait la sainte Vierge les prenant

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SOUS sa proteclî<»i. Malheureusement pour l'artiste, il «^aventura sur un terrain que son frère regardait comme son domaine exclusif. Il peignit, avec un succès très-inquiétant pour ce dernier, saint Jérôme dans le désert, et, pour ne pas avoir l'aîr de marcher servilement sur les traces d' autrui, il eut ridée de revêtir le vieil athlète d'un costume militaire qui ne déparait pas son caractère énergique, et de lui donner un cortège de figures accessoires, qui étaient en parfaite harmonie avec la figure principale. Cette nouveauté audacieuse eut un tel succès et alarma tellement le grand Titien, qu'il se hâta d'obtenir, pour son frère, de Ferdinand, roi des Romains, une charte de privilège à vie pour le commerce des bois; et son pinceau fut dès lors condamné à une inaction presque complète.

Assurément voilà un cortège imposant de disciples et d'imitateurs, et l'on peut dire que jamais fondateur d'école n'en eut un pareil, surtout si l'on ajoute à tous ces noms ceux de Titien et de Giorgione qui suffiraient à eux seuls pour immortaliser leur maître, même en supposant que ses œuvres fussent tombées dans l'oubli. On aura beau remonter bien haut dans l'histoire de l'art et suivre ses- progrès sous l'empire des circonstances les plus favorables, jamais on ne trouvera une floraison si riche alimentée par une sève si pure dans sa source et si expansive dans ses effets. Pour produire les merveilles que nous avons signalées et celles que nous signalerons encore, il a fallu autre chose que l'initiation

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traditionnelle à des procédés techniques ; il a fallu la triple vitalité qui forme la base de Tidéal dans rhomme, la vitalité des âmes par la foi, la vitalité des caractères par le patriotisme et les vertus militaires^ la vitalité des imaginations par la poésie, et particu'^ lièrement par la poésie religieuse ou légendaire. Or il serait difficile de trouver dans l'histoire des peuples une période pendant laquelle ces conditions aient été mieux remplies qu'elles ne le furent par les Vénitiens pendant le demi-siècle dont nous parlons. La république était alors à Fapogée de sa gloire et de sa force, et les arts reflétaient instinctivement Tune et l'autre. L'astre approchait de son méridien, et, quand il l'eut «dépassé, sa lumière était encore tellement resplendissante, qu'il eût été difficile à l'œil le plus perçant de découvrir les premiers symptômes de décadence.

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