Lcttere, etc., vol. IV, sept
3. Che fu sempre prnpizio e salutare ai biioni, e giuslu e tremendu pei rei, il ipiale è ora, pei suoi meriti, col/arato du Dio fra Davide e Giosnè.
3. La preuve du succès qu’obtint ce tableau, c’est que l’artiste eut à le reproduire plusieurs fois. Outre l'exemplaire du palais
0ONIFAZIO.
On comprend maintenant pourquoi l’artiste s’est surpassé lui-même dans cette composition qui a plus de droits à nos respects que tous les chefsd’œuvre qui l’avoisinent, ,1e serais tenté de placer sur la même ligne et d’attribuer à des inspirations du même genre, tes Penseurs chasses du Temple, autre tableau de Bonifazio, exécuté avec une verve qui ne lui est pas ordinaire, et signalé par Lanzi comme un titre suffisant à l’immortalité. La fuite et l’épouvante des changeurs emportant leurs trésors, l'expression énergique de la colère divine, la terreur de la foule éperdue qui se précipite sous le fouet menaçant du Christ, tout cela forme une allusion manifeste aux profanations et aux spoliations dont ce même Henri V III avait donné le signal; et s'il restait quelque doute sur l’intention de l’artiste, il suffirait de savoir que cet autre chef-d’œuvre appartenait à la famille Contarini, c’est-à-dire aux amis et aux consolateurs de Reginald Pôle, qui avaient voulu perpétuer, par cette œuvre d’art, le souvenir de leur sympathie réciproque.
Cette double agression contre l’objet de son culte dut laisser une profonde rancune dans le cœur de l’Arétin ; car il rompit toutes relations avec l’agresseur, et ne les renoua qu’en 1 548, c’est-à-dire un an après la mort du héros dont l’apothéose ne lui rapportait pas tous les profits qu’il avait espérés. Déplus,
Borghèse, il y en a un très-beau, avec quelques variantes, à Saint-Pétersbourg.
l'art chrétien.
fteginald Pôle et les deux patriciens , ses amis, qui étaient les patrons de Bonifazio , siégeaient dans le Sacré Collège, et l’Arétin nourrissait l’espoir d’y siéger bientôt avec eux! L’humble artiste devenait ainsi une puissance qu’il importait de ménager, et l'aspirant à la pourpre romaine lui écrivit une des lettres les plus curieuses qui soient jamais sorties de sa plume vénale :
« Quand j’ai vu des peintures de votre main, trèsaimable maître, j’ai senti la rougeur me monter au front eu me rappelant combien j’étais grossier de ne jamais vous rendre visite , et de manquer ainsi aux devoirs de l’amitié et aux égards que mérite votre renommée. Ma honte cependant ne m a pas empêché d’aumirer le bel ordre de vos petites figures, la
poésie et la grâce de vos inventions. .
Depuis que le très-illustre procurateur m’a entendu louer votre ouvrage avec cette compétence que me reconnaissent tous les maîtres de votre art , sa chambre est devenue pour lui le plus précieux des joyaux. Je sais bien que les tableaux que vous peignez chez vous , pour les églises , brillent d’un tout autre éclat , et c’est pourquoi je vous prie de me les montrer, sans rancune , et de permettre que j’aille demain, après Vêpres, vous confesser mes torts
J irai donc sans faute, et si vous m’envoyez contreordre, je me consolerai en allant au palais contempler vos belles frises. »
Ce document est précieux sous plus d’un rapport; il prouve que la renommée de Bonifazio avait grandi,
BONIFAZIO
que les tableaux qu il peignait chez lui étaient des tableaux d’église , que l’Arétin avait eu des torts, et qu’il n’était pas sûr d’obtenir la permission de les réparer. Quel contraste entre ce ton et celui de sa correspondance avec les dépositaires de tous les genres de pouvoirs !
Ce fut probablement alors que Bonifazio fut chargé d’exécuter cette multitude d’ouvrages destinés à décorer certaines dépendances du palais ducal , et dont le plus grand nombre a été transporté dans l’Académie des Beaux-Arts. Comparés les uns avec les autres, suivant la différence des sujets et l’ordre présumé des dates , ils pourraient fournir la matière d’une étude curieuse, surtout si on les rapprochait des autres productions du même artiste , dis[>ersées dans les galeries étrangères, et qui avaient, pour la plupart , la même destination. La décoration de l’iiôtel de la Monnaie, de l’entrepôt du Sel , du bureau des Douanes, du Mont-de- Piété, de la direction des Revenus, et d’autres édifices alfectés à des services publics, dut occuper son pinceau pendant plusieurs années ; car son biographe ne parle d’au cun collaborateur qui lui ait été donné pour accomplir cette longue tâche. Il n’eu fut que plus libre dans le choix de ses sujets , et l’on dirait , en voyant tous ces saints , isolés ou accouplés, ou groupés autour d une figure centrale, qu'il a profité de cette occasion pour multiplier leurs images au gré de sa dévotion personnelle, comme s il avait voulu protester, à sa manière, contre les iconoclastes de
son temps, et composer, pour ainsi dire, des litanies en peinture.
Le seul ordre religieux qui ait encouragé ou partagé son goût pour ce genre de représentations , fut celui des Chartreux, dont le couvent supprimé a fourni à l’Académie des Beaux-Arts plusieurs des belles figures de saints qu’on y admire, et particulièrement celles de sainte Catherine et de saint Bruno, objets d’un culte spécial auquel une âme comme celle de Bonifazio n’avait pas de peine à s’associer.
Aucune des grandes confréries dont le patronage était si recherché, ne semble avoir été tenté d’employer sou pinceau; et, quand les confréries de second ordre , comme celles de Saint-Pascal et de Saint -Théodore , réclamaient ses services, c’était pour peindre , non pas une grande composition historique ou légendaire , mais un simple tableau de dévotion, comme la Vierge arec l'Enfant Jésus, ou f Adoration des Mages'. On ne se lassait pas de lui faire reproduire ce dernier sujet , à cause de la richesse de coloris qu’il avait coutume d’y déployer.
Son biographe ne fait mention que d’un seul ouvrage de longue haleine, dont la. trace s’e3t perdue
i . Cette j4 dorai inn des Mages est à l’Académie des Beaux- Arts, ainsi que celle qu’il avait peinte pour e Mont-de-Piété. Celle de l’hoiel de la Monnaie s’y trouve encore avec un autre tableau représentant la Heine de Saba devant Salomon. L!n trèsbel exemplaire de i Adoration des Mages fait partie de la précieuse collection du comte tochis, près de Bergame.
BONIFAZIO. 249
depuis longtemps et qui représentait, dans une série de sept tableaux, les Triomphes île Pétrarque. Si l’on était sûr que ce choix, entre toutes les œuvres du poète, eût été l’elTet d’une prédilection spéciale de l’artiste, on pourrait se livrer avec plus de confiance à l’appréciation de ses qualités intellectuelles et morales, et caractériser plus nettement les tendances qui lui sont propres. Nul ne peut nier la corrélation qui existe entre le génie de Dante et celui de Michel-Ange, et cette corrélation est encore plus manifeste entre les œuvres respectives de l’Arioste et de Titien. En admettant que Bonifazio ait traduit spontanément, dans la langue de son art, les plus chastes poésies de Pétrarque, on prononcerait en sa faveur une troisième corrélation du même genre, mais portant sur d’autres termes de comparaison. Jusqu’à présent, rien n empêche d’affirmer que le pinceau le plus pur de l’école vénitienne a été celui de Bonifazio. Non-seulement on ne connaît de lui aucune peinture mythologique, innocente ou licencieuse, mais pas même une nudité purement esthétique, dans le genre de celles que se permettait Palma lui-même. Cette abstention est d’autant plus étonnante qu’à l’époque où ce dernier terminait, en 1528, sa trop courte carrière, Pierre l’Arétin, fraîchement débarqué dans les lagunes, n’avait pas encore eu le temps de s’entendre avec Titien pour inaugurer, de concert avec lui, cette ère nouvelle qu’on pourrait appeler les orgies de l’école vénitienne, et dont certaines œuvres de Giorgione
«* • 250 l’art chrétien.
, n’avaient été que le prélude; mais à l’époque dont nous parlons, qui était celle de la jeunesse de Bonifazio, ces tendances, déjà très-fortes par elles-mêmes, reçurent une impulsion nouvelle, et il fallait, pour » lutter contre elles, joindre à une volonté ferme et à * un désintéressement peu compris, des traditions pui- . ' ’ sées à des sources non suspectes. Nous avons vu la fière attitude qu’avait prise Pordenone vis-à-vis de son rival devenu le favori de la fortune. Sans mettre dans sa résistance une fierté aussi bruyante, Bonifazio, religieux observateur des leçons de son maître Palma, put traverser les trente années qu’il avait devant lui sans contracter aucune souillure. Mais cette indépendance ne resta pas impunie, et quand Vasari fit son premier voyage à Venise, pour recueillir les matériaux de ses biographies des pein- ‘Jf très, non-seulement il ne tint aucun compte des ouvrages de Bouifazio, mais il ignora même son existence.
' Il n’en fut pas de même de Paris Bordone, qui
avait des titres non-seulement à son attention, mais . même à sa sympathie. C’était tVm gentilhomme tré- * visan qui avait souvent troublé les jouissances de l’ombrageux Titien par le succès même avec lequel il reproduisait les brillantes qualités de son pinceau.
Nou content de l’admiration qu’avaient excitée les peintures dont il avait décoré sa ville natale et celle de Vicence, Paris Bordone était venu se poser, à Venise même, en rival et même parfois en rival • heureux de celui qui, apres avoir été son maître,
PARIS BORDORK.
l’avait bassement supplanté, quand il n’avait que dix-huit ans, pour l’exécution d’un tableau destiné à l’église de San Niccolo dei Frari. Celui qu’il peignit plus tard pour la confrérie de Saint-Marc, et qui représente la légende du pécheur présentant au doge l’anneau miraculeux, était une revanche d’autant plus complète que, sous le rapport de l’ordonnance, de la dégradation des plans et surtout du coloris, il pouvait, sans trop de désavantage, soutenir la comparaison avec les plus belles compositions légendaires de l’école Vénitienne. La touche, à la fois suave et ferme, produit des effets inattendus et presque magiques d’ombre et de lumière, et l’architecture, dont les lignes sont combinées avec un grand art, paraît comme baignée dans un fluide d’or.
Le succès extraordinaire qu’obtint cet ouvrage, était le sûr indice d’une vocation spéciale que l’artiste aurait probablement suivie, si sa fierté de gentilhomme avait pu s'abaisser à certains manèges auxquels Vasari, qui le connut à Venise, fait une mystérieuse allusion, en évitant soigneusement de se compromettre. Il n’est pas difficile de deviner la haute puissance ou plutôt les hautes puissances devant lesquelles Paris Bordone refusait de s’incliner. Outre son grand succès comme peintre légendaire, il en avait obtenu d’autres, non moins marqués, comme peintre de portraits, et cette concurrence menaçait de devenir dangereuse, surtout pour les portraits de jeunes femmes dont la carnation fine se
prêtait davantage à l’empâtement plus doux de ses couleurs. On peut se faire une idée de sa supériorité en ce genre, en voyant le beau portrait qui est au I .ouvre, et en le comparant avec ceux de Titien dans la même collection. Mais il faut se tenir en garde contre l’illusion que produit cette comparaison, si elle est superficielle. 11 y a, dans le coloris de Paris Bordone, une sorte de fascination qui, pour les âmes non initiées à la fantasmagorie des couleurs, donne un faux air de mysticité à ses compositions religieuses, à son Paradis, par exemple, la plus importante de toutes et la plus propre à faire comprendre cette espèce de transfiguration prismatique par laquelle il cherchait à suppléer à l’absence ou à l’insuffisance des inspirations ascétiques
Ce n’étaient pas les leçons qu’il avait reçues de Titien, qui auraient pu remplir celte lacune dans son éducation esthétique. Ce maître dédaigneux qui, au rapport de Vasari, n aimait pas beaucoup à instruire ses disciples, n’en exerçait pas moins sur eux une influence très-prononcée, tant par le choix des sujets que par sa manière de les traiter; et cette influence, renforcée par le succès dont ils étaient témoins, se prolongeait bien au delà des années d’apprentissage. Or il y avait dans le caractère de Paris Bordone, d’après l’esquisse que nous en a tracée son biographe, un ingrédient d’épicuréisme mitigé qui lui donnait
1 . Ce tableau du Paradis, peint pour le couvent d’Ognissanti, à Trévise. on la fille de l’artiste avait pris le voile, se trouve aujourd'hui à l'Academie de Venise.
l‘AKIS BORDONE.
une certaine aptitude à peindre les nudités mythologiques, et les succès obtenus par Titien et par d'autres dans l’exploitation de cette mine inépuisable, ouvraient à ses imitateurs une séduisante
perspective de gloire et de profit, surtout s’ils se conformaient à la maxime fondamentale qui, dans les œuvres d’art, faisait la part aussi égale que possible à la dévotion et à la volupté. Paris Rordone, trouvant sans doute trop peu de débouché à cette marchandise dans les familles patriciennes, chercha fortune dans les pays étrangers où l’influence de l’Arétin, renforcée par celle de ses complices, dont plusieurs étaient couronnés, avait propagé Ce goût comme un
signe non équivoque d’émancipation intellectuelle. Une de ses premières stations dut être à Augsbourg, chez le banquier Fugger, qui aurait cru manquer à plusieurs devoirs à la fois, en n’obéissant pas à l’impulsion que donnait à l’art contemporain le chef même de l’Empire. Il faut que l’artiste ait répondu dignement à l’attente de son patron, d’abord parce qu’il en reçut une gratification de 3000 écus d’or, ensuite parce que l Arétin, après avoir vu les peintures si généreusement rétribuées, adressait à leur auteur, en 1 548, dans une lettre destinée :t devenir publique, des éloges qui le mettaient sur la même ligne que Raphaël, éloges qu’il ne lui aurait certainement pas décernés s’il ri’avait pas trouvé, dans l'ouvrage en question, le triple mérite qu'il désigne vaguement par trois mots dont l’acception, bien qu'indéterminée, se laisse facilement entrevoir {va g-
254 * l’art chrétien.
hezza, aria, novitade ) Ce fut probablement d’Augsbourg que fut envoyé au roi de Pologne le tableau tant admiré dont parle Yasari et qui représentait les amours de Jupiter avec une Nymphe.
De là, le missionnaire se rendit à la cour de France où il était déjà connu comme gracieux peintre de portraits et comme peintre plus gracieux encore des aventures amoureuses des dieux et des déesses. Les dames n’emplovèrenl son pinceau que pour le premier de ces deux genres d’ouvrages; mais le duc de Guise, appliquant, pour son propre compte, le principe d’équilibre dont Titien avait été le premier apôtre, se fit peindre un très-beau tableau d'église (un quadro du chiesa bellissimo ) auquel servait de pendant une attrayante nudité mythologique représentant Vénus avec Cupidon. Celle qu’il peignit pour le cardinal de Lorraine, était plus attrayante encore, plus conforme au goût et à la formule de l’Arétin ; elle représentait les amours de Jupiter et d’Io, et elle avait pour pendant l’image du Christ avec sa couronne d’épines! Il est probable que la jeune reine, qui était Marie Stuart, n'avait pas fait les progrès nécessaires pour goûter ce genre de profanation ; car l’artiste ne reçut d’elle aucun encouragement direct ; mais elle avait un médecin Milanais, nommé Candiano, qui eut l’idée ingénieuse de faire peindre pour elle une Madeleine pénitente, avec un cortège d’anges légèrement vêtues, et une Diane chasseresse, avec