‹ De l'art chrétién (volume 3)Chapitre 22 sur 46 · SCHIAVONE · texte numérisé non relu

SCHIAVONE

par le seigneur de Collalto au pauvre Schiavone, pour la décoration extérieure et intérieure de son château de San-Salvatore, près de Trévise ; car ce personnage, dont les aventures romanesques pourraient fournir la matière d’une très-intéressante digression, s’était laissé captiver par les qualités superficielles de l’Arétin et avait été dupe, comme tant d’autres, de cette fausse jactance militaire dont il couvrait ses vices.

On devine d’avance que les peintures exécutées sur une telle recommandation et par l’ordre d’un adepte si docile, devaient offrir un curieux contraste avec celles qu’avait tracées, dans le même lieu, quelques années auparavant, le chaste pinceau de Pordenone. Il est vrai que celui-ci avait à décorer une chapelle, tandis que Schiavone avait à décorer une façade et un plafond, deux genres de décorations dans lesquelles il avait déjà fait ses preuves et pour lesquelles il avait, outre ses propres inspirations, celles qu’il avait puisées à l’école de Titien et dans ses ouvrages. Aussi les nudités mythologiques n’y furent-elles pas épargnées, et l’artiste, saisissant l’occasion d’olTrir un hommage indirect à son maître, reproduisit, non pour la première fois, l’éternelle histoire de la Danaé parée de tous les charmes qui motivèrent la pluie d’or, et l’histoire plus éternelle encore de la Vénus endormie sur les fleurs et sous les yeux d’un Satyre que l’Amour a blessé d’une de ses flèches.

Ceci ne prouve pas qu’Andrea Schiavone ait été un peintre plagiaire. Il eut, au contraire, son originalité propre, non-seulement pour le dessin et le

l’art chrétien.

coloris, niais aussi quelquefois pour l’invention des sujets tant religieux que mythologiques, et je signalerai, dans ce dernier genre, une riche et gracieuse composition où il s'est surpassé lui-même, et qui représente Jupiter nouveau- né servi par des nymphes qui cherchent aie distraire par leurS chants.

11 n’en est pas moins vrai qu il ne fit que des additions insignifiantes aux procédés de son maître, et qu’on peut dire de lui, comme de ses deux condisciples Bonifazio et Paris Bordone, qu’ils n’introduisirent aucune innovation importante dans l’école Vénitienne. 11 n’en fut pas de même des deux autres élèves de Titien dont il nous reste à parler, et sur esquels son influence fut bien plus courte et bien plus restreinte. Ces deux élèves privilégiés étaient Bassano et le Tintoret.

Bassano fut encore plus naturaliste que Titien , mais il le fut d’une tout autre manière. 11 le fut plus minutieusement, plus prosaïquement, mais aussi beaucoup plus innocemment; le premier resta toujours bien loin derrière son maître pour la reproduction pittoresque des magnificences de la nature, bien que celles qu’il avait sous les yeux dans sa ville natale, ne fussent pas inférieures à celles que le peintre de Cadore avait dans la sienne; mais il n’était pas doué de cette imagination synthétique qui fait saisir, entre les objets naturels, les rapports les plus propres à faire ressortir leur valeur poétique. 11 s’appliquait avant tout et même exclusivement, à les rendre tels qu’ils étaient, dans leur réalisme le plus vulgaire.

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