Che volendo rnntinuare con tanto ralore, jo mancherei di
MICHEL-ANGE
Restait encore une double ressource à l’adorateur, à la fois artiste et poète ; c’était d'édifier et d'immortaliser l’objet de son culte par des compositions qui fussent en rapport avec le principe et le but de leur amitié réciproque. L’histoire de l’art ne présente pas de spectacle plus touchant que celui de ce vieil athlète, réchauffant sa verve pittoresque presque éteinte , pour offrir à celle qui lui tenait lieu de Muse , l'hommage d’une main débile, mais d’un cœur vivace qu’elle seule, avec l’aide de Dieu , avait eu la puissance de régénérer. Cet hommage, reproduit plusieurs fois, avec quelques variantes , était la représentation du grand mystère de la Croix, parce que l’artiste savait que c’était là , dans le dogme de la Rédemption par le Christ , que Vittoria Colonna puisait, depuis son veuvage, ses plus fermes consolations. Dans un de ces tableaux , on -voyait le corps mort du Sauveur, soutenu par deux anges, et sa mère, abîmée par la douleur, les yeux et les bras levés pathétiquement vers le ciel, comme si on entendait sortir de sa bouche ces paroles inscrites sur l’instrument du supplice de son divin Fils :
Non vi si pensa quanta sangue Costa ' /
Et cet instrument était une copie exacte de la croix que les Pénitents blancs avaient portée en procession
store la sera con le suore ne lia capella di sanla Caler ina, e voi di andare di buon'ora a lacorare a San-Pietrn; c cosi T una manchertbbe aile s pose di Cristo , e t altro al vicario.
i. On ne sait pas au prix de quel sang on est racheté.
‘ 412 l’akt chrétien.
pour désarmer la colère de Dieu, pendant la fameuse peste de 1348, comme si les prières que ce signe de salut avait provoquées jadis , eussent pu communiquer à sa simple image une sorte de vertu expiatoire.
Un autre tableau du même genre, et composé dans le même but, était celui où l’on voyait le Christ en croix, eucore plein de vie, et tordant ses bras sanglants et lacérés, au moment ou l’excès de la souffrance lui fait pousser le cri déchirant qui est comme le point culminant de sa passion ; Eli, EU, Lamma Sabaclani! Pour juger ces deux compositions à leur véritable point de vue, il faut ne pas oublier dans quelles circonstances et dans quelle intention elles furent produites , et faire un effort d'imagination pour les apprécier avec les yeux et avec le cœur de celle qui les inspira. Il faut pardonner l’ampleur, excessive des formes, en faveur de l’intensité de l’expression, et savoir gré à l'artiste d’avoir enfin cherché à exciter la componction plutôt que la stupéfaction '.
A cet hommage, très- imparfait , de son pinceau, il joignait celui de son génie poétique qui, par une sorte d’affinité mystérieuse avec son affection dominante, semblait braver la décadence qui gagnait insensiblement, sinon ses facultés intellectuelles, du moins ses facultés mécaniques. Con-
2. Il y a un exemplaire de ce tableau à Rome, dans le palais Doria, et un autre dans la galerie des Uffizi, à Florence.
MICIIEf.-ANGE.
divi parle d’un grand nombre de sonnets que Michel-Ange composa pour elle , et qui ont eu , pour la pluoart, le même sort que les lettres qu’il lui adressa ; mais il en reste assez pour constater l’essor que son àme avait pris sous l’influence de cette femme extraordinaire. A force d’envisager ses perfections , il en était venu à se laisser troubler par le sentiment de sa propre indignité, de la même manière que l’œil humain, bien que né pour jouir de la lumière, se trouble en regardant trop fixement le soleil'. Il était encore plus troublé par le sentiment de sa responsabilité devant Dieu, et il se demandait avec effroi quel châtiment serait le sien, si ce moyen de régénération lui avait été envoyé en vain ; car il aimait à insister sur la vertu régénératrice de cette affection , pour lui sans pareille , et il se comparait à une œuvre plastique qui, après avoir été un simple modèle en terre , est devenue, sous la main habile qui l’a façonnée, un marbre vivant et immortel’.
Avec de telles obligations, si vivement senties, on comprend le désespoir du vieillard plus que septuagénaire, quand l’objet de ce culte tardif lui fut enlevé par la mort. Depuis qu’il avait connu Vittoria Colonna, la certitude de ne pas lui survivre avait