‹ De l'art en allemagneChapitre 11 sur 31 · II · texte numérisé non relu

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Comme il importe de connaître l'origine des musées , et d'étudier les classifications qui y sont en usage , je veux tracer d'abord un tableau rapide des collections où sont renfermées les œuvres dont je me propose d'examiner les caractères communs.

A Cologne, il est peu d'églises qui ne possèdent de précieux monuments de la peinture gothique;

lOa DE L^ART Elf ALLEMAGNE.

dans les cryptes de Saînt-Géréon, on reconnaît des traces qui semblent rem on ter jusqu'à l'époque où les Latins étaient encore les seuls arbitres de Fart occidental. Saint-Cuiiibert contient, outre ses admirables vitraux de style byzantin , des pages où le style ogival est porté à une rare perfection On voit à Sainte-Ursule une série de dix tableaux sur bois, datés du xv* siècle^ et retouchés en 1 702, qui représentent, assez médiocrement il est vrai, la célèbre légende de la sainte et de ses onze mille compagnes. Qui n'a entendu parler des grandes verrières de la cathédrale, de l'ancien tableau de son maître-autel, despeinturesexécutéessurlamuraille de son chœur, de ses châsses fet de ses reliques ornées d'émaux? La belle collection que le chanoine Walraff avait formée, et qu'il A laisiée en mourant à sa ville, est devenue la base d'un musée un peu lent à se compléter. La première salle de cet établissement, assez mal logé dans un couvent qui s'écroule, est plein des productions de la vieille école du Bas-Rhin; la salle suivante, qui n'est guère moins intéressante, ett consacrée aux oeuvres des artistes qui, au xv* et au xvi' siècle, ont développé les-mémes traditions dan» les Pays-Baa et dans la Haute- Allemagne. T^a dernière fois que j'allai à Cologne, fy trouvai, dans une exposition faite par la Société des Amis d^ Arts, au milieu d'un grand nombre de pages remarquables des écoles modernes de l'Italie et de la HoK*

DB8GBIPTI<»r DBS GALSRlIi. io3

lande Jes plus beaux morceaux dea anciens maîtres de la ville. La plupart de ces peintures avaient été empruntées aux collections de MM. Fran^Zanolî, Kerp, J.-P. Weyer et Geerling.

La collection de M. Stœdel a fait le premier fond du musée de Francfort; elle était riche surtout en tableaux de l'école flamande. M. Philippe Veith, chargé de diriger les achats qui enrichissent cfaaqné année cette galerie, s'est attaché à y réunir des ouvrages des anciennes écoles de l'Allemagne et de l'Italie; il est déjà parvenu à remplir ainsi deux nouvelles salles, où Ton remarque des pages curieuses des élèves de Van-Eycket d'Albrechtlhierer^où Fon admire des morceaux choisis des peintres 'chrétiens de Venise , de Bologne, de l'Orobrie, de Rome. Les dernières acquisitions qu'il a faites sont deux chefsd'œuvre inestimables de Técole de Bruges : unéf Mort de la Vierge, par Jean Van-Eyck, qui n'a rien laissé de plus fin et de plus étudié, et xm tableau des patrons de la famille de Médicis, quiaétépeinf par Heraling, et qui jette un jour inattendu sDf la biographie de ce grand artiste.

 Nuremberg, le château impérial renferme de vieilles reliques qui suffiraient à tracer le tableau des révolutions de la peinture depuis Constantin jusqu'à Charles-Quint. Sur les deux rives de la Pe« gnitz, les deux paroisses jumelles de Saint*8ebald et de Saint-Laurent sont ornées des ouvrages de

104 DS l'art en ALLBSfAGNE.

Michel Wohigemuth, le fondateur de l'école locale; le tableau du maître-autel de Téglise catjiolique de Notre-Dame est de la main du même peintre. Au musée, dirigé par M. Reindel, graveur éminent, critique d'un goût éprouvé, on remarque des œuvres anonymes qui forment la transition du style des artistes de Cologne à la manière de ceux de Nuremberg ; on y trouve des pages capitales d'Hemling, d'Holbein le père, de Lucas Cranach, de plusieurs élèves d'Albrecht Duerer. Quelques portraits merveilleux, conservés religieusement dans des maisons particulières, sont presque les seules peintures de ce dernier maître qu'on puisse encore découvrir dans sa ville natale. Une belle collection de ses gravures est déposée dans le cabinet de la famille Merkel. Une vieille chapelle, fondée au xni'siècle par quelques patriciens, sous l'invocation de saint Maurice , et depuis long-temps abandonnée, a été convertie par le roi de Bavière en im sanc-tuaire de l'art allemand. Cent quarante-un tableaux qui y sont conservés offrent des renseignements importants sur les premiers maîtres du Bas-Rhin, de la Flandre, de la Hollande, et principalement sur les écoles de Nuremberg, d'Ulm, d'Augsbourg, d'Ingolstadt^ de Landshut, que Ton comprend ordinairement sous le nom général d'écoles de la Haute- Allemagne.

La Pinacothèque de Munich a été formée parle

DESCRIPTION DES GALÈEIES. lo5

cabinet des ducs de Bavière, par Fancienne galerie *de Dusseldorf^ Tune des plus riches de l'Europe en chefs-d'œuvre des grands peintres flamands et hollandais , par la collection gothique des frères Boissérée^ parles achats que le roi s^ctuel a faits en Italie. Elle se compose de neuf salles^ qui renferment cinq cent quatre-vingt-seize tableaux ^ et de vingttrois cabinets , qui contiennent six cent soixantetreize pages de moindre dimension. Il convient d'examiner rapidement l'ordre de ces douze cents pages en indiquant celles de la troisième époque, jfeir lesquelles mon intentipn est de ne point insister plus tard. •

Quand on a passé par la salle d'entrée , dans laquelle les princes de la Bavière font eux-mêmes^ du haut de leurs grands cadres , les honneurs de la galerie qu'ils ont fondée on arrive dans la première salle 7 où on n'aperçoit d'abord* que des pages de maîtres allemands ; toutes les gloires de cette école originale vous reçoivent sur le seuil; Albrecht Duerer y brille au milieu de ses devanciers et de ses contemporains. Dans la seconde salle on trouve déjà à coté des Allemands du xv* et du xvi' siècle , ceux qui ont mêlé aux traditions de leur pays une influence plus marquée de l'art ultramontain , ou ceux qui , comme Raphaël Mengs y sont allés raviver l'art italien par la sève native de leur génie.

Par des transitions bien ménagées | la troisième

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salle nous place au milieu des œuvres flamandes de grande dimension : de beaux portraits par Yan- Dyck, un portrait admirable par Rembrandt, un portrait plein de naturel et de finesse par Philippe de Champagne , un excellent tableau de Ferdinand Bol, Fun des élèves de Rembrandt , un tableau de Flinck , autre élève du même maître et dont la coupleur semble seconfondreaveccelledeM . Arry Schef* fier, de grands paysages deBei^hem, une composition très remarquable de Cari Dujardin , se font surtout distinguer dans cette salle. Rubens donne son nom à la suivante et y règne seul : un Jugement dernieif où la chair prend les formes les phis hardies et les plus luxuriantes pour affronter les terribles sentences du Christ, des esquisses enflammées, deux magnifiques portraits enlevés à la cour d'Espagne , d'autres portraits de la plus grande beauté, des sujets de sainteté où l'énergie n'est peut-être pas à sa place ^ mais où on ne peut se lasser de l'admiret*, un Christ en croix dont l'austérité rachète bien ded débauches de pinceau; telles sont les toiles qu'on remarque au milieu de ce déluge de feu qu'il semble que tous ces cadres de Rubens fassent pleuvoir Mf votre tête. La plupart de ces pages appartiennent à la grande manière du peintre d'Anvers, à celle dont les chefs-d'œuvre sont en Belgique, et dont nous n'avons à Paris qu'un seul exemple dans le tableau du Denier de César,

Dans 1> , l'École flamande et là

hollandaise te dans la troisième. L&

se troiiveni ;aux portraits de Vaii-

Dyck que j'aie vus; ils représentent un bourg' mestre d'Anvers et sa femme. Un grand tableau de Gaspard Crayer, le rival de Rubens , des paysages deKuysdaël à faire rêver des jours entiers, d'élégants paysages de Wynants , des portraits de la plus riche manière de Rembrandt complètent le nombre des œuvres tes pUis distinguées de cette salle.

La sixième salle rapproche à son tour la peinture espagnole et la peinture française , ces deux écoles intermédiaires placées entre le génie du Nord et 'e génie italien ; on y remarque d'une part quatre tableaux de Murillo , représentant des petits mendiants , de ta touche la plus brillante , des Ribéra d'une énei^ie sauvage, un portrait que Vélasquez a su foire respirer dans son cadre, une superbe tète de moine par Zurbaran, quelques Herrera, un ' Alonzo Cane; de l'autre ,. des Yalentin pleins de chaleur, des Poussin d'un sentiment élevé, des Claude Lorrain éblouissants de lumière, des Vander Meulen , des Bourguignon , des Sébastien Bourdon, des Lebrun, des Rigaud, des toilei» de tous nos artistes du xvn' siècle, puis des toiles de ceux du xviit' , de Lemoine , de Watteau , de Joseph Vernet.

La septième salle nous fiiit entrer dans l'École

108 TE l'aBT BIf A

italienne , k laquelle sont ; i hui-

tième et la neuvième qui s Mais

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des ouvrages qui se rapprochent le plus de ceux . de l'École française et de l'Étole espagnole, aux cheis^'œuvre qui portent la plus haute empreinte du génie italien. Les Carrache partagent la septième salle avec leurs élèves et avec les Vénitiens leurs maîtres; parmi les œuvres de ceux-ci, on distingue une belle figure par Giorgione , des portraits splendides par Titien et par Paris Bor> done son élève. Dans la huitième salle ce sont toujours les mêmes noms, Titien , Tintoret , Paul Yéronèse, Annibal Carrache, le Guide, te Guerchin, le Dominiquin, le Caravage. La dernière enfin renferme les merveilles de l'art moderne : mais ces ouvrages d'élite de l'École florentine et de l'École romaine, comme les pages allemandes au ' milieu desquelles nous avons passé légèrement, nous occuperont plus tard.

I.^ cabinets qui accompagnent, dans toute la longueur de l'édifice , les salles que nous Tenons de parcourir, sont classés d'après le même système, et forment , avec la première et la dernière salle , la plus belle partie du musée. Dans ceux qui sont près de l'entrée, on admire les plus anciennes* et les plus vénérables reliques de l'art allemand ; dans ceux du milieu , les petits chefs-d'œuvre de la Flan-

PESCRIPTION DES GAI^BRIBS. IO9

dre et de la Hollande ; dans ceux du fond j de pré-* cieux témoignages des origines de l'art italien.

Cet ordre me parait ingénieux et utile. Aller des œuvres de l'art germanique à celles de l'art italien, c'est imiter le travail naturel de l'esprit qui tend à s'élever de la réalité à l'idéal; c'est aussi offrir aux Allemands une image sensible des transformations que leur génie national doit subir pour atteindre au beau qui est le but suprême de l'art. La même idée avait présidé à la classification .du musée de Paris, où l'on part aussi des œuvres de l'École nationale pour aboutir à celles de l'École italienne, en rencontrant sur la route les écoles intermédiaires. Nous avons l'avantage de présenter peut-être une gradation ascendante mieux suivie ; mais les Allemands ont celui de montrer d'une manière plus manifeste les deux pôles de l'art moderne, le naturalisme du Nord et l'idéalisme du Midi.

Munich renferme , en outre, un grand nombre de cabinets, parmi lesquels je ne peux me dispenser d^ citer au moins celui du prince de Leuchtenberg qui posséda , sans aucun doute , la plus riche collection privée de toute l'Europe, Débris d'une royauté qui est sortie des flancs de la France, et dont le souvenir lui est toujours cher, cette galerie offre indépendamment de ses tableaux, une source particulière d'intérêt. Sur le seuil, les yeux rencontrent les meubles de la chambre que Napoléon oc-

110 D$ l'à^T BU ALLEMAGn.

cupait à la Malmaison , la table sur laquelle il tra* vaillait dans cette charmante retraite, auprès de Joséphine. Eugène Beauharnais les avait placés en cet endroit , pour dire aux visiteurs que ces témoins du bonheur de sa mère étaient ses trésors les plus précieux. Il y a peu de maîtres , même parmi lès plus rares et les plus anciens , en Italie, en Allemagne, en Flandre y en Espagne, en France, dont on ne retrouve le souvenir dans ce sanctuaire. Chacun d'eux y est rappelé , quelquefois par une seule page y toujours par un chef-d'œuvre; leur réunion y forme comme un abrégé inestimable de toutes les écoles européennes. Rangés au milieu de la salle y les groupes de Canova font penser à ce royaume dltaiie dont Eugène a voulu que sa tombe fût aussi voisine que possible. Si choisies et puis» santés qu'elles y soient, les impressions de l'art s'effacent dans ce musée devant celles de l'histoire, La galerie de Dresde, la seule qui, au commencement de ce siècle, rivalisait avec celle de Paris, fut , en grande partie, formée, il y a cent ans, par l'électeur de Saxe, Auguste III, qui acheta au prix de 1 20,000 écus la collection des ducs de Modène, et qui fit une foule d'autres acquisitions magni&ques en Italie et dans les Pays-Bas, Ce musée renferme aujourd'hui plus de dix^huit cents pages, pressées dans un local où elles manquent de lumière et d'or* dre. On y trouve les mitres français sur la porte 9

BSSCItlPTION DES GAMBISS. 111

les anciens Allemands à gauche, à droite les Fia* mands servant d'introduction à l'école des Carracbe et à celle de Venise qui occupe un espace infini* Au milieu des interruptions de toute espèce que la mauvaise distribution des salles et des tableaux fait subir à ce plan général ^ on rencontre , comme une sorte d'épisode, une chambre qui renferme des chefe-d'œuvre de Raphaël et du Corrège. Il n'est pas besoin d'entrer dans plus de détails pour mon* trer le vice de cette classification que personne ne songe à défendre y et à laquelle on ne pourra mal* heureusement remédier qu'en construisant une Pinacothèque nouvelle. Du reste , en Allemagne il n'y a pas de galerie qui possède autant de pages renommées de la grande époque. Dans les salles consacrées aux œuvres allemandes , on voit des Lucas Kranach, des Lucas de Leyde^ des Quintin Messys , des Mabuse, des Porbus , des G, Pens; mais toutes ces œuvres sont éclipsées par la fameuse Vierge d'Holbein , où l'art tudesque , parvenu à son dernier développement , sans dépouiller encore son propre caractère, se confond presque avec les formes de. la Renaissance italienne. Parmi les Hollandais , Rembrandt et toute la suite de son école sont représentés par de vastes compositions; d admirables chefs-d'œuvre vous font pénétrer dans les plus intimes secrets du génie de Ruysdaêl. Les plus anciens maîtres ultramontains ^ Giotto, B€^

lia DE l'art Eir allemagite.

nozzo Gozzoli , ceux qui ferment le seuil de la seconde époque, Squarcone, Mantegna, Bellini, Cima da Cogneliano, Francia, Garofalo, ont fourni de rares témoignages de leur génie; mais ils disparaissent presque dans l'innombrable multitude des Italiens de la troisième époque. Nulle part, pas même à Venise, on ne peut voir de plus beaux ouvrages de Titien et de Palma Vecchio; beaucoup de Véronèse d'un moindre mérite, des Carrache divers, des Guerchin pleins de vérité et de noblesse, des Guide de toutes les manières, des Ribéra de la manière la plus élevée , des Zurbaran qui unissent la fougue à l'ascétisme , remplissent les plus vastes salles. Dans celle qui est consacrée aux cbefs-d'œuvre d'élite, il suffîra'de nommer la Madone de saint Sixte par Raphaël , la Crèche, la Madone , la Madeleine, plusieurs grandes madones du Corrège, une Sainte-Famille et le Mariage mystique de sainte Catherine par André del Sarto, enfin un portrait si extraordinaire qu'on hésite pour savoir si on doit l'attribuer à Léonard de Vinci ou à Holbein.

Le musée de Berlin, formé en 1839, est le plus jeune et le mieux classé de l'Europe. A l'inverse de ceux qui ont été fondés au dernier siècle, il est peu riche en œuvres de la troisième époque, et présente un résumé fidèle de l'histoire des époques supérieures ; sous ce dernier rapport, et particulièrement pour ce qui concerne les origines de l'art italien ,

BESCRtPTiON DES GÀLERIKS. 1 l3

il est beaucoup plus complet que la pinacothèque de Munich. Il est composé de l'ancien cabinet des rois de Prusse, de la galerie Giustiniani acquise en 181 5, de la collection de M. Solly, achetée en iSai, enfin , des tableaux récemment rassemblés par M. de Rûmohr. Les ouvrages provenant de ces différentes sources sont au nombre deprès de douze cents, et ont été distribués en trois sections.

I^ première section , consacrée aux écoles d'Italie et à celles qui en sont dérivées , est elle-même partagée en six classes : dans la première de ces subdivisions, on trouve les diverses écoles vénitien nés , depuis l'époque du développement de leur caractère dislinctif jusqu'au commencement de leur déclin , depuis Antonelloda Messinaet Antonio Vivarini , jusqu'au Tinloret et au Bassan , ou de 1 45o à 1ÔÔ0; dans la seconde, les écoles de Lombardie, depuis leur origine jusqu'à leur apogée, depuis Afnbrogio Borgognone jusqu'au Corrège, ou de 1490 à 1Ô40; dans la troisième , les écoles de l'Italie moyenne, depuis leur naissance jusqu'à leur couronnement, depuis Giotto jusqu'au Bagnacavallo, l'imitateur de Raphaël, ou de 1276 à i54o; dans la quatrième, toutes les écoles réunies de l'Italie à l'époque de la décadence qui signala le milieu du XVI* siècle, depuis les élèves de Michel- Auge jusqu'à ceux de P. Véronèse; dans la cinquième , l'école éclectique des Carrache , l'école naturaliste de II. 8

« Garavage et cdle des Espagnols formés aux tnémefe pl*incipes; dans la sixième , les artistes de la France et de l'Allemagne qui ont reçu le surnom d'académiciens f pour avoir été façonnés sous l'impression d'un sentiment tardif de l'antique.

La seconde section réunit les écoles flamande, hollandaise et allemande ^ en trois classes, dont la première ^st consacrée aux maîtres de la Flandre et de l'Allemagne ) depuis Hubert et Jean Van Eyck, jusqu'à Holbein et aux élèves d'Albrecht Duei^r (1430-1ÔÔ0); la seconde, aux artistes des mêmes écoles qui ont imité les Italiens ( 1 6 1 o- 1 600) ; la troisième, aux écoles de Rubens, de Rembrandt, et des peintres de paysage et de genre qui se sont développés autour d'eux et après eux (1600-1740).

La troisième section , réservée aux écoles primitives , est aussi subdivisée en trois classes , une pour les oeuvres de Byzance et de l'Halie moyenne , une Autre pout* celles de la Lombardie et de Venise, une derâîèr^ pour les plus hautes antiquités de l'Allemagne;, de la Flandre et de la Hollande.

Cette dassificatioB et la manière dont on l'a réalisée, ne sont pas exemptes de reproche. La pîirtie la plus importante du Musée est formée par une longue galerie dessinée en fer à cheval , repliée sut dl^mém^ aux deux extrémités, et divisée en utie foitle de compartiments par des doiftons qui tombent obliquement sur l'embra-

DCSCBimOIT DES fiAtEItlXS. Il5

«ure dM fenêtres, l'autre, un passagi un flot de lumière ( moyenne diniensiot denx premières sec telle façon que les a:

Venise se touchent, toyen, à mesure qi Tautre , on pénètre j italienet dans celled

qu'on fait dans ces deux régions ne sont guère, comme vous l'avez pu pressentir, que des progrès géographiques ou chronologiques. Ainsi on traverse les États de Venise, ceux de laLombardie, pour marcher vers l'Italie moyenne , sans égard pour la filiation même des écoles, qui exigerait qu'on plaçât le point de départ au-delà et non point en-deçà des Apennins. Le vice radical de cette classification toute matérielle se montre bien dans l'espèce d'embarras qu'on a trahi , en mettant les écoles primitives hors de ligne, dans des salles séparées , qui ne s'ouvrent que sur une demande expresse. On a craint de choquer, par TinsoUte apparence des œuvres rudimentaires delà peinture, le public qui est partout fort en arrière des érudits. Mais si , au lieu de lui présenter des caté> gories , fondées uniquement sur les qualités extérieures des œuvres , on lui en avait offert qui dé-

11 6 J>E l'art £N ALLEMAGlîB.

rivassent des grands principes de l'art, et qui pussent les lui inculquer, on n'aurait pas été forcé de le traiter avec tant de ménagements , et on aurait facilement appelé son intérêt sur des monuments qui n^ont besoin que d'être définis pour être goûtés.

i^ni

Dca Pelnturefi lÊjmmmtÊmmm.

Les rêves du jeune homme contiennent toute la suite de son existence y et pour bien connaître ce qu'il est dans les moments de sa maturité et de sa force , il faut savoir ce qu'il a été à cette heure solennelle, où,rintelligence éclairant de ses premières clartés Tenthousiaste ivresse des sens, il a conçu de

Il8 DE l'aBT en ALLEMAGNE.

la vie et de sa fin une idée qui le conduit jus qu'au bord du tombeau et encore au-delà. De même c'est en remontant à l'origine d'un art, qu'on y peut démêler les véritables principes qui président à son développement , et auxquels la fantaisie des plus illustres artistes ou la raison des critiques les plus habiles ne saurait faire subir une déviation sensible. Le byzantinisme est le rêve qui a bercé l'art européen dans son enfance.

Ce rêve , qu'on a pris trop long-temps pour la bizarrerie d'une humeur barbare et déréglée, renferme dans ses vagues aspirations et dans ses durs contours, le germe des différentes beautés que le génie moderne a réalisées dans la suite des siècles. Les premières images qu'il offrit aux yeux de nos pères, scellées dans les mosaïques d'or des basiliques, ou inscrites dans les arcs lumineux de leurs vitraux, avaient la sombre grandeur des apparitions, sur lesquelles on ose à peine lever le regard; grossièrement dessinées pour les sens, elles étaient douées , par les esprits qu'elles frappaient , d'une vie et d'une puissance surnaturelles. Dans leur jeunesse, les peuples comme les hommes lisent, à travers les écorces les plus informes, les plus sublimes splendeurs de la pensée et du ciel; dans cet âge heureux, les surfîices les plus monotones , les angles les plus obtus réfléchissent mille clartés éblouissantes sur notre visage illuminé par l'espérance ; quand nous vieillissoos

notre iotagittatiou plus l^iHe çt plus épreuve? » en^r tend plus rien à demi^^mot; elle veut qu'oi) lui diM tout, qu'on lui peigne tout, qu'on lui explique et qu'on lui justifie tout ; puis 3i le feu que l'âme et l'esprit lui prêtent , vient à défaillir tout'à-fait, elle déchoit au point de transporter , à ce qui n'était d'abord pour elle qu'un signe tout extérieur, l'adoration qu'elle adressait 'aux réalités elles-tnémes; elle rencontre alors des serviteurs complaisants qui façonnent industrieusement la matière qu'elle ne suit plus animer de son propre souffle; et c'est ainsi que l'art, allant du simple au composé, et se chargeant d'ornements autant qu'il perd de $a vraie puissance, voit ordinairement Tépoque de ^9, perfection plastique se confondre avec celle de squ

abaissement moral.

Si gK)âsiers qu'ils fiissent, les types primitife du byzantinisme procédaient euit-mêmes d'une origine complexe : les Grecs qui, dans l'Antiquité , avaient donné les modèles et les règles de Tart à tput l'occident, reprirent cette haute fonction k l'égard de l'Europe moderne, lorsque la première ci^» vilisation qu'ils lui avaient transmise eut été détruite par la barbarie ou épuisée par sa prppre décrépitude. Les grandes invasions du cinr quième siècle n'avaient point effacé toute cplturç dans les provinces romaines; long temps après qu'elles les avaient déviistées, et jusqu'après le

130 DE l'art en ALLEMAGNC

règne de Charlemagne qui essaya d'en réparer à Jamais les désastres , on trouve en Italie, en France, en Allemagne, des traditions encore reconnaissables de Fart antique; on les y voit entièrement disparaître au X* siècle , soit que les invasions hongroises, enveloppées dans l'obscurité de ces temps incertains, aient été les plus terribles de toutes, soit que la nouvelle société , fondée sur Talliance du christianisme et de la féodalité , ait laissé tomber d'elle-même en désuétude des formes surannées qui n'allaient plus à son génie. C'est alors que les artistes grecs paraissent avoir obtenu , dans le monde chrétien, l'universelle suprématie que leurs ancêtres avaient exercée sur les nations païennes ; Jls durent ce curieux retour de fortune aux derniers procédés de l'art ancien, conservés parmi eux lorsqu'ils avaient péri partout ailleurs, et à la prédestination de leur race plus capable qu'une autre de contraindre cette vieille forme a devenir le symbole et l'expression de la religion nouvelle. Jje Jupiter olympien de Phidias , que Constantinople possédait encore au xie siècle , et qui probablement ne fut détruit, avec les derniers chefs-d'œuvre helléniques , qu'au xiii, siècle , par Baudouin et ses croisés , fut jusqu'à cette époque sous les yeux des Byzantins un inévitable modèle de puissance et de grandeur. Une nouvelle idolâtrie faillit naître de la contemplation de ces beaux

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