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le goût supplée seul à Fabscence totale du style. Deux élèves directs de Jean Yau Eyck m'ont confirmé dans ridée que leur maître avait été entraîné ^ par son amour pour la nature, hors des voies plus élevées de son frère. L'un est Pierre Cristophoro, qui florissait en i^^o^ et dont j'ai vu à Cologne et à Berlin deux pages où l'on trouve la finesse de la touche sans celle de l'expression; l'autre est Hugo Van der Gœs (1400-1480)9 dont Munich possède quatre morceaux et Berlin trois, et qui y par ses formes triviales et par ses airs épais, indique d'une manière plus positive encore le germe de la décadence.
Je voudrais pouvoir parler longuement d'Hemling, l'honneur suprême de l'école de Bruges. U y a quelques années déjà que, visitant cette ville avec un ami , le hasard nous fît entrer à l'hôpital de Saint-Jean. Là, dans une salle qui sert aux réunions do conseil, un gardien ouvrit devant nous les volets d'un tableau qui dans le même instant éblouit nos yeux et leur arracha des larmes. Au bas était écrit, avec une date du xv* siècle, le nom de Hans Hemling. Nous ne connaissions point ce nom ni rien de semblable à l'impression de la page qui le portait. Noos fumes réduits à consulter Férudition dri gardien ; il nous apprit que Han< Hemling était un pauvre malade qui avait été autrefois recfieî Ui à Vhospice ^ et qui n'avait pu payer
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les soins des infirmiers qu'avec les ouvrages de son pinceau. Qu'il fallait que la foi d'un tel artiste fut vive pour lui inspirer de si admirables images^ et pour le consoler des maux que l'indigence faisait peser sur lui! Notre guide ndus montra encore, dans la chapelle de l'hôpital ^ une petite châsse de sainte Ursule , décorée par la mêtne main , de peintures dont la délicatesse défie les plus fines miniatures, et dont l'expression égale celle des ouvrages les plus renommés. Dès lors nous n'avons plus parcouru de ville, ni de galerie, sans y chercher les traces d'Hemling. Maître pieux, en remuant au fond de mon cœur les secrètes tristesses qui nous viennent de Dieu et qui nous rappellent à lui, c'est vdus qui, le premier, m'avez fait sentir et comprendre l'art ! Étoile mélancolique de ma jeunesse , c'est vous qui m'avez conduit dans mes voyages et dans mes études! Après avoir connu la douleur^ il faudrait savoir se résigner au repos , pour se conformer à l'Idéal que vous avez réalisé dans vos figures souffrantes et calmes, ami secourableque je me suis fait dans l'éternité!
Les Allemands regardent Hemling comme le plus poétique de tous leurs anciens peintres ; j'ajouterai qu'on ne saurait le comparer qu'au Pérugin. Comme le maître de Raphaël , il donna l'exemple d'une forme parfaite revenant aux linéaments essentiels de la peinture ogivale, dans un temps où les
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autres artistes faisaient servir tous les perfectionnements de l'art à s'éloigner au contraire de la pure donnée chrétienne. Hemling a renoncé à ce que le naturalisme des Van Eyck pouvait avoir déjà de trop individuel , de trop riche et de trop charnel ; il n'en conserve que ce qui est nécessaire à la vérité et à l'effet qu'il veut produire. Il fait ses personnages en général moins gros, ses têtes moins carrées , ses parties moins détaillées ; il donne aux corps une stature déliée , pareille à celle des arbres gracieux et élancés qu'il place assez souvent auprès d'eux, comme ont fait aussi le Pérugin et Raphaël dans sa première manière ; il est rare qu'il ne forme pas les visages d'après une sorte d'ovale où la largeur du front, ainsi que dans les anciens ouvrages de la Grèce , contraste sans déplaisir avec la finesse du menton. Au lieu de multiplier la variété des couleurs et des traits, il accentue sans hésitation les lignes principales et étend sur le reste une pâleur générale qui est pourtant nuancée avec des délicatesses infinies. Du reste, dans la plupart de ses oeuvres qui appartiennent ati système des légendes, il sème les épisodes sans respect pour la loi de l'unité et pour celle de la perspective ; mais l'harmonie morale la plus élevée règne dans ce désordre apparent de la composition ; un sentiment profond delà nature, inconnu à ses successeurs plus encore
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qu'à ses contemporains , y accompagne toujours et y fait valoir l'expression humaine. Si jamais peintre mérita l'honneur d'être considéré comme un interprète privilégié du christianisme ^ c'est assurément celui-là.
La biographie dUemhng a été en Allemagne le . sujet de beaucoup de recherches et de conjectures. Son nom même est écrit Hemmeling par quelques personnes y Memmehnck par quelques autres; celui d'Hemling a été rétabli par M. Schnaase , dans les Lettres néerlandaises. Selon la tradition commune, il naquit à Dammes, près de Bruges, au milieu du xv* siècle, eut une jeunesse fort agitée , fut soldat? et, étant tombé malade à Bruges, manifesta une vocation extraordinaire pour la peinture , par laquelle il avait sans doute débuté. On a pensé aussi qu'il avait achevé ses jours en Espagne sous le nom de Flammingo, qui le désigne peut-être dans le Diccionario pittorico de Céan-Bermudez. M. S. Boissérée, ayant retrouvé à Constance une famille du nom de Memlinck, a voulu en faire sortir notre peintre. J'ai découvert dans la collection des Chroniques allemandes rassemblées par Menckenius, une indication qui peut jeter un jour nouveau sur ce point débattu ; on Ht dans le catalogue des évéquès de Brème , dressé en 1 58o par Jean Othon, qu'en cette ville vivait, en 1420, un
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artiste novateur du nom de Jean Hemeling (i), qui avait le titre d'architecte du chapiire. C'est aux antiquaires de Brêrae à voir si cet architecte ne maniait point aussi le pinceau selon l'habitude assez générale de ce temps, et surtout s'il n'avait pas un fils qui serait l'artiste de Bruges. Pour nous, nous pourrions déjà supposer que dans les villes lanséatiques du Nord, le commerce avait développé de bonne heure un art primitivement tributaire des Byzantins, et dans lequel l'ogive ^'introduisit au commencement du xv* siècle; notre peintre serait naturellement sorti de cette seconde phase de l'école et l'aurait couronnée.
Les témoignages conservés sur les lieux mêmes ) et plujs encore les beaux paysages du Rhin qui ornent ses compositions, me donnent k croire qu'Hemling habita long- temps Cologne, et qu'il s'y retrempa k la source du style. Les Patrons des Médicis que j'ai vus au Musée de Francfort , et qut témoignent d'un progrès très marqué, n^'oi^t suffisamment prouvé qu'il avait visité l'Italie , et qu'il avait puisé, dans les écoles de ce pays, la noblesse et la gravité élevée qui respirent dans sea meilleurs ou^ vrages. J'avais déjà remarqué qu'il se peignait taur
(4) Quo tçmpore D. Johaanes ^elnelingus, arçliiiteçtai d^U^^i Bremensis, io medio cboro ecclesis cathedralis tumb^m in quâ sex reverendissimorum archiepiscoporum ossa et ciaeres condili eraat, eievarit et ioDovavit. Apud Mencken. tom. III , p. 800.
jours lui-même avec la barrette rouge et avec la longue robe des Florentins; on sait d'ailleurs que son maître direct, Roger de Bruges^ avait voyagé en Italie , et y avait sans doute porté l'invention des Van Eyck , avant qu'Antonello da Messina l'y propageât; enfin Hemling lui-même était célèbre à Venise, pour avoir exécuté les plus belles minia* * tures du bréviaire du cardinal Grimani. Parmi les compositions qu'on lui attribue à Cologne, j'ai distingué une madone assise sur son trône , qui trahit aussi l'influence italienne non seulement par la disposition générale , mais même par l'expression. A Nuremberg, dans la chapelle de Saint- Maurice, on trouve de lui une Résurrection , où les soldats ont cette aisance d'attitudes et de mouvements qui caractérise les peintres ultramontains. Au Musée de la même ville, on voit deux compositions origi« nales, dans lesquelles cet artiste a représenté des sujets moraux sous des formes symboliques qui annoncent une culture délicate de l'esprit.
Les neuf compositions d'Hemling qui sont conservées à la Pinacothèque de Munich sont au nombre de ses plus belles. Je citerai d'abord sa célèbre Tête du Christ, qui passe pour être l'image véridique et traditionnelle du fils de Marie. Touchée avec une finesse extraordinaire , elle a le don singulier de s'animer sous le regard , et de jeter une mystérieuse clarté qui vous force bientôt
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à baisser la paupière. Madame Johanna Schopenhauer prouve longuement que cette 6gure ressemble au portrait tracé par la lettre apocryphe du consul Lentulus. Parmi les autres ouvrages d'Hemling qui ornent les cabinets de la Pinacothèque , on remarque surtout les deux volets de son tableau de la Nativité. Sur le premier , saint Jean-Baptiste est peint, seul, à l'entrée d'une gorge déserte; la ville qu'il fuit, et tout le mouvement de la société humaine, se laissent apercevoir dans le fond , sous un horizon nu, sur une terre dépouillée; mais à mesure que le saint marche vers h solitude , la végétation devient plus serrée et plus riche, l'eau vive sort du rocher, au milieu des larges herbes, comme pour rendre sensible la source où le précurseur va désaltérer son âme; un lis élégant s'élève à ses pieds, et un arbre svelte, placé au niveau de sa tête, continue l'aspiration indicible de tout son être vers le ciel. Quant à la figure qui anime et résume cet admirable paysdge, il faut renoncer à la décrire. Sur le second volet , on voit la belle légende de saint Christophe; cet homme sauvage , dont le tempérament violent fiit dompté par la charité, s'avance dans le fleuve, entre deux rives dont la magnificence est empruntée aux paysages du Rhin. Le temps est lourd et orageux ; la lune ensanglante le bord des nuages qui viennent de verser des torrents de pluie; le flot se
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courrouce et écume entre les jambes du saint ; toute la nature est émue par une puissance supérieure y comme l'intelligence à l'approche d'une révélation qui doit lui découvrir de nouveaux cieux. Christophe a dans ses traits la rude majesté du lion et du peuple; la tête du petit Jésus, qu'il porte sur les épaules , semble comme un phare de douce lumière suspendu entre la terre et le ciel. Des deux pages que possède le musée de Berlin , l'une est le tableau même de la Nativité peint avec une finesse extrême, l'autre montre le foyer bizarre et pieux d'une Ëimille juive célébrant la Pâque. La première salle du Louvre contient un petit panneau attribué à Hemling, où l'on retrouve bien le type et la disposition de ses figures , mais où l'on cherche vainement la pureté ordinaire de son goût.
La puissante école instituée à Bruges par les Van Eyck, à la fin du xiv* siècle, exerça une influence immense sur toutes les écoles de l'Europe , même sur celles de l'Italie; elle en fit naître çà et là un assez grand nombre , elle en renouvela complètement beaucoup d'autres; mais avant de considérer ces résultats extérieurs, j'ai hâte démontrer ce que devint son propre principe dans le lieu où il s'était révélé , et de marquer les déviations que les influences étrangères lui firent subir à leur tour.
La ruine de la ligue hanséatique entraîna celle de Bruges; l'importance commerciale et politique
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ayant passé peu à peu. à Anvers et à Bruxelles , ces d^ux villes attirèrent dans leur sein les artistes qui faisaient autrefois l'ornement de leur rivale. Mais les peintres, formés aux traditions de Bruges, ne les gardèrent point fidèlement dès qu'ils furent transportés sur ce nouveau théâtre ; et dès la fin . du xv' siède, des communications plus fréquentes et plus étendues s'étant établies entre les nations de r£urope , ils s'en allèrent chercher en Allemagne et en Italie des formes et des idées nouvelles, Toutefois pendant près d'un siècle encore, le cachet de Té*cole primitive persista malgré ces innovations. L'un des plus anciens artistes d'Anvers, ce forgeron dont l'amour fit un grand peintre , Quintin Messys (i 450-1529), se rattache à l'école des Van £yck par son naturalisme qui, dans tous sas Peseurs d'or\ ne se donne déjà plus d'autre but que lui-même. Avant de tracer ces longues figures d'avares qui peuplent les galeries de l'Europe , il avait payé son tribut à l'art gothique. On trouve dans la chapelle de Saint-Maurice, à Nuremberg | une Trinité et un Crucifiement représentés parlui» avec tout l'appareil des formes ogivales et avec un^ couleur légère , rosée , transparente , qui n'a point d'analogue dans cette époque. Au musée de Berlin 1 on voit une belle et grande Madone , que le même . artiste a peinte d'une couleur encore claire, et qu'il sk déjà entourée d'ornements d'architecture où les
f)eur$ gothiques 99 ipéle^t aux lignes dq la Renaissance. Le va$tç triptyque, qui est conservé au mu- 3^e d'Anvers , réunit à la npïveté du style gothique, au brillant coloris de l école de Bruges, \\ne puissance d'expression, un goût d'arrangement, une science de mouvements qui semblent n'appartenir qu'aux œuvres de l'école italienne. Dans sa dernière manière, qui est la plus connue , Quintin Messy^ se fit remarquer par une sécheresse due aux habitudes de son ancien métier et à ses affinités avec les écoles de l' Allemagne méridionale, instituées ellesmêmes par des ouvriers qui façonnaient les métaux. Ainsi, il détermina les bases de la première école d'Anvers, qui érait destinée à transformer le principe de celle de Bruges par une réaction du goût ^lemand que j'aurai bientôt lieu d'expliquer.
On remarque ce caractère mêlé dans les Breughel, dont les troi^ générations embrassèrent plus d'un siècle (1610-1642), et qui , originaires de Bréda en Hpllande, passèrent par l'école d'Anvers pour aller finir au milieu de celle de Bruxelles ; l'un de çeuxçi, Pierre Breughel, surnommé cTEn/er^ tenait de son père un penchant à peindre des scènes comiques, auxquelles il donnait souvent un sens éleyé et presque toujours une tournure germanique; après lui les peintres, auxquels il ouvrit en quelque ^orte la voie, négligèrent les allégories et se bornèrent à une observation de plus en plus exacte ,
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mais de plus en plus superficielle des formes grotesques ; et c'est alors qu'on vit sortir, de cette même école d'Anvers, David Téniers (1610-1694), qui apprit, dans l'atelier de son père, à éviter la dureté du style allemand , et qui égaya l'Europe entière avec ses fidèles représentations de la nature flamande. J'ai distingué cependant à la Pinacothèque, parmi les quatorze toiles de ce maître, quelques scènes où le vieil esprit des Breughel se retrouve ; ce sont des travestissements de singes et des métamorphoses de chats qui feraient envie à Decanips et à Grandville.
Une autre famille d'Anvers, celle des Van Bruyn , continua, avec plus de respect, pendant tout le XVI* siècle, et au-delà, les exemples de l'ancienne école de Bruges. C'étaient d'habiles graveurs qui s'étaient probablement formés en Hollande à l'école fondée par Lucas de Leyde. Le Musée de Cologne et la Pinacothèque de Munich renferment des tableaux de Bartholomé van Bruyn qui, au milieu du XVI* siècle , réunissait encore , dans Cologne même, aux pratiques locales, celles des frères Van Eyck.Cet artiste avait été précédé sur les bords du Rhin par un autre flamand, Israël (i44<5-i5o3), surnommé Van Meckenem , parce qu'il était né à Mecheln (Malines). Celui-ci, dont on rencontre de très nombreux tableaux à Munich , à Nuremberg et à Cologne, avait conservé les fonds d'or et les dra-
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peries de l'école de meister Wilhelm; mais il s'é* loigne de la douceur gothique par une gravité pesante , par une imitation vulgaire empruntées au naturalisme de Bruges, et qui laissent pourtant surnager quelquefois des détails charmants de la tradition antérieure, comme la petite Vierge à la mule montant les degrés du temple.
A Bruxelles, l'école de Bruges s'allia surtout avec le goût italien. Bernard van Orley (i 490-1660) partit fort jeune pour l'Italie ; il étudia à l'école de Raphaël ; revenu dans son pays , il y fut généreusement traité par Charles- Quint et par le duc de Nassau. La Pinacothèque de Munich renferme un tableau qu'il dut composer avant son voyage, et qui peut être compté parmi les plus charmantes productions de l'ancienne école flamande. Après avoir reçu les leçons du divin Sanzio, il renonça sans doute à la manière de ses premiers maîtres, mais il conserva toujours leur coloris brillant et quelque chose de leur naïveté. Il forma un admirable élève, Michel Coxcie, de Malines (1497-1692). Il le fit pénétrer si avant dans le sentiment et dans les secrets de l'Ecole romaine, qu'une sainte Barbara touchée par ce pinceau flamand, et conservée à la Pinacothèque, pourrait à la rigueur être prise pour un Raphaël; dans une madone de Michel Coxcie , que j'ai vue aussi à Munich , le caractère italien et le caractère allemand sont mêlés en de si
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hêUréusès proportions qu'on ne saurait rien voit qui flatté plus Timagination. Le fils de Michel Coi'* déf, qui s'appelait Raphaël^ fut le maître d'un jeune hoitittïe d'Anvers noitimé Gaspard de Crayef (1682-1669). Celui-ci doit être considéré comme le promoteur d'une seconde invasioiJi italienne^ qui substitua en Flandre, à Fimitatioli de Ra-« phaél, celle d'une matjière empruntée aux derftiers maîtres de Florence et de Venise} c'est lui qui produisit Cette forme puissante bien que lourde ^ dans laquelle Rubens jeta tout le feu de son gétiie. Mais déjà l'influence italienne s'était fait pleine^ ment sentir à Anvers. Franc Floris (i52o-i6^o)y fut surnommé le Raphaël flamand^ compta cent cinquante élèves dans son atelier, et jouit delà pro* tecfion de Charles-Quint et Philippe IL Les page9 de cet artiste sont excessivement rares ; dans celte que la galerie d'Anvers possède, et qui représente la Chute des anges rebelles, on peut distinguer un dernier reflet de la vieille école de Bruges ; l'imagination allemande y brille aussi par certaines formes mystérieuses et hardies ; mais c'est évidemment le goût italien qui a inspiré le moiive-* ment animé et savant de cette composition. Frano Floris est un de ces artistes qui se sont trouvés an point de rencontre de tontes les traditions rapprochées et fondues ensehible à Finstant le plus décfsif A^ la HenâfSSftâCe; c'est MA peirsonM» qu)i |mpeoti-
icoLEs flamaubes. 1Ô9
rent la Hollande et l'Espagne à rechercher les traces de ses tableaux et à mieux éclairer celles de son talent. Le maître direct de Kubens , Octavius van Yeen^ qu'on appelle ordinairement Ottovenius, naquit à Leyde en 1 546 , et mourut à Bruxelles en i634; il sortit de l'École hollandaise pour passer dans celle qui s'était formée dans la capitale des Pays-Bas sous rinflnence de l'Italie. Munich ne possède de lui que quelques petites toiles dont la sécheresse ne laisse point pressentir l'ampleur et la fougue de Rubens« Ce dernier était né à Cologne en 1677^ et mourut à Anvers en 1640, comme pour toucher a la fois au berceau et à la tombe de l'art flamand. En lui le naturalisme, que Jean Van Eyck avait dégagé des flancs de l'école du Bas- Rhin , rencontra son dernier terme. Ce système, après avoir aspiré avec Hemling tout ce que les croyances chrétiennes pouvaient lui donner de poésie et de charme , après avoir invoqué avec Quintin Messys et les Breughel le secours de l'énergie allemande, après avoir puisé avec Van Orley, Michel Coxcie et Franc Floris aui sources du goût italien, arriva enfin, vers le commencement du xvii' siècle, à être livré à lui-même; et c'est alors que Bubens , non pas le chef des Famands , comme on le répète tous les jours, mais leur héritier su* préine , enfanta ces merveilles et ces excès où l'on rtconnittt la force de k noarriltire qu« l'Eciole des
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Pays-Bas avait prise, et les inconvénients dû principe sur lequel elle avait été établie. A l'exemple des gens qui recueillent, pour la dissiper, l'immense fortune d'une longue suite d'ancêtres prudents , le grand peintre parcourut l'Europe, fêté par tous les princes ainsi qu'un égal et par tous les artistes ainsi qu'im souverain. Capable de s'empreindre de l'esprit de toutes les nations et de satisfaire tous les goûts de son temps , il peignait des sujets de sainteté en Italie, en Espagne, en Flandre ; des sujets d'histoire et de mythologie pour la France , des portraits pour l'aristocratie anglaise ou pour la bourgeoisie d'Anvers , des chasses pour les gentilshommes qui vivaient à lombre des forets de l'Allemagne. Il y avait deux points par lesquels toutes ces oeuvres si diverses et si profanes rappelaient celles de ses devanciers les plus lointains et des Byzantins eux-mêmes; c'étaient une sorte d'imitation robuste de la nature, et cette couleur ardente que le peintre d'Anvers n'avait pas eu besoin de dérober à Venise, mais dont il avait trouvé la tradition vivante dans l'école qu'il couronna.
Deux de ses principaux disciples , Jacques Jordaens (1594-1678) et Diepenbeck (1607-1675) figurent à côté de lui dans les musées de l'Allemagne. Van Dy ck ( 1 699- 1 64 1 ), dont Rubens fut aussi le maître , y est représenté par quelques uns de ces admirables portraits qui furent la conséquence né*
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cessaire et^ sans cloute, la plus heureuse , d'une école condamnée , par son institution , à descendre toujours plus de l'Idéal au réel et du général au particulier.
A.Bruges abandonnée , une famille d'artistes hollandais vint méditer pendant le xvi* siècle les chefs-d'œuvre de ses vieux maîtres. Pierre Porbus, né à Gouda en^iôio, se fixa dans la ville illustrée par le génie des Van Eyck et d'Hemling ; son fils François Porbus y naquit en i bl\o ; tous deux ils y peignirent des sujets de sainteté et des portraits avec une finesse de touche, une suavité d'expression et un éclat de coloris qu'ils durent aux exemples de l'ancienne école et qui en rappelèrent les beaux, jours* Le fils de F. Porbus, qui se nommait François comme son père, naquit à Anvers en 1670 et mourut à Paris en 1622; on peut admirer au Louvre dans ses beaux portraits d'Henri II et de Guillaume Duvair, les derniers effets d'une tradition à laquelle on n'a pas encore suffisamment rendu justice. Après ces artistes , Jacques van Ost, qui reçut la vie à Bruges en 1 600 , et qui l'y perdit en 1 O7 1 , imitait si bien Annibal Carrache,. que les Italiens eux-mêmes, témoins de ses prouesses, ne pouvaient, dit-on, faire la différence du maître et du copiste.