ECOLES HOLLANDAISES
nifestes à raricien style des artistes de la Flaadre et de la Hollande. On compte parmi les élèveai de Schoorel , Jean van Mehlem , dernier rejeton de l'art antique de Cologne, et qui ' fondit , dans ses charmantes compositions conservées à la Pinacothèque de Munich, le vénérable souvenir de l'école du Bas-Rhin et le naturalisme plus prononcé des maîtres de Bruges.
Au milieu du xvi* siècle , le principe ogival est entièrement supprimé en Hollande. Ce petit pays a changé tout-à-coup ses croyances religieuses , sa condition politique; et il a suspendu le cours régulier de sa vie, pour défendre ce changement contre une monarchie qui règne sur la moitié du monde. Aussi serait-il inutile de chercher dans l'École hollandaise des transitions analogues à celles qu'on observe dans l'École flamande , et par lesquelles on descend insensiblement depuis les Van Eyck jusqu'à Rubens. L'action des graveurs et des ciseleurs de l'Allemagne méridionale, celle des sculpteurs et des peintres de lltalie redevenue païenne, se sont fait sentir sur ces deux écoles; mais tandis que ces influences combinées ont peu à peu modifié les traditions deS Flamands, elles n'ont point altéré celles des Hollandais, lesquelles subsistent à peu près intactes jusqu'au moment où elles disparaissent dans une révolution désespérée. Vainement on voudrait voir dans Corneille Cornelisz , dans son élève Lastmann , dans
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Jaeob Pillas et Geoiiges Schooten , les liens qui niltachent Rembrandt à la première École hollan^ daise. Rembrandt n'eut vraiment qu'un maître , ]b luthéranisme. Il ne conserva de ses prédécesseun que ce qui appartenait à la race et au sol , rimita«* tion des formes extérieures de la nature. Grâce à ce que contenait de sombre et secrète poésie la doo trine du premier maître de la rérorme y il prêta au naturalisme indigène une puissance qui approche souvent des effeb produits par les peintres tes mieux inspirés de lldéal chrétien et de Ildéal an-tique. Comme la raison semblait alors vouloir glorifier la terre en la dispensant des lumières du ciel , il éteignit l'or et la pourpre des Byzantins , et il emprunta sa couleur au limon. Des ténèbres mêmes il fit naître le jour; il illumina de cette clarté crépusculaire les récits des Écritures qui venaient de bouleverser l'Europe ; il épancha des lueurs douteuses sur le front de ses. contemporains qui portaient encore dans leur esprit la terreur de l'une des plus effroyables tempêtes de l'histoire; il sculpta 9 pour ainsi dire, sur la toile, avec une boue divinisée , la personnalité humaine « ce souverain nouveau que le protestantisme avait sacré.
C'est ainsi que Paul Rembrandt ( 1 606- 1 665) renouvela l'Ecole de Leyde au commencement du XVII* siècle. Parmi les dix-huit ouvrages qu'il compte
à la Pinacothèque d» Munich « îl y a de^ portraits et de6 compositions qui sont de sa plus riche manière, et qui vous font pénétrer au plus profond de son esprit et de son art. A Dresde, outre de beaux portraits, on voit de lui uo curieux essai de haut style appliqué à la Bible; à Berlin, on admire une scène étrange, douée des qualités les plus hardies et les plus lugubres du drame,et qui représente Adolphe, duc de Gueldre , menaçant du poing son père, jeté par ses ordres dans un cachot; il m'a semblé lire dans cette page le naturel symbole des discordes qui avaient retenti autour du berceau du peintre. Quelques élèves de Rembrandt suivirent scrupuleusement ses traces; Munich possède un ifoc/^^ ^^^ra Aa/7z de Ferd inand Bol ( 1 6 1 1 - 1 68 } ) , qui ressemble de tous points aux œuvres du maître; une toil^ due au même pinceau, conservée au musée de Dresde, et retraçant une des scènes de la légende de Joseph , montre à découvert quel^ sont les inconvénients de U manière de Rembrandt lorsqu'elle est appliquée à des tons clairs et dorés. Née des crises du doute moderne, cette couleur veut être environnée delà nuit et n'exprimer que le mystère. Govaert Flinck, né à Clèves en 1616, mort à Amsterdam en 1 660, mérita d'être confondu avec l'instituteur de l'école, et développa, autant que j'en ai pu juger , une tendance particulière à la mélancolie.N. Maas(i63a-i6g3) fut aussi un bon
disciple de Rembrandt. Gerbrand van der Eckhout (1621-1674) répand déjà plus uniformément la clarté dans ses tableaux.
Gérard Dow ( 1 6 1 3- 1 674) formé à la même école, y fit une révolution nouvelle qui me parait analogue à celle que le pays lui-même avait subie auparavant en passant du luthéranisme au calvinisme. N'y a-t-il point en effet entre Rembrandt et Gérard Dow la différence qu'on a signalée entre l'apôtre de Wittemberg et le réformateur de Genève? Rembrandt est un homme biblique à sa façon , d'une force pleine de tristesse, d'une réalité qui garde mille secrets; Gérard Dow est tout clair , tout net , tout exact , tout fini , précis dans sa manière d'imiter d'autant qu'il borna l'objet de son imitation, égal à la nature sous la condition de ne voir en elle qu6 quelques parties, et de ces parties, que leur surface. La vie privée , décorée avec une minutieuse élégance, mais dépourvue de toutes les ouvertures qui font sa grandeur et sa poésie, tel est le domaine dans lequel il se circonscrit, n'y prenant même souvent qu'une figure et qu'un meuble , réduisant tout à cet honnête positif, attribut particulier des sectateurs de Calvin. Une semblable manière convenait trop à la Hollande du xvii* siècle, pour n'y pas prospérer; Pierre van Slingeland (1640-1691) s'approcha si près de Gérard Dow , qu'on Ta souvent confondu avec lui. L'artiste qui est regardé comme son
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meilleur élève, c'est François Mièris (i635-i68i); il surpassa le maître par le fini de son exécution, à la condition de restreindre encore et le cercle des objets qu'il peignait et la dimension même de ses peintures , ce qui fit que tout en poussant ce genre à sa perfection , il en démontra mieux que personne l'impuissance. Gabriel Metzu ( 1 6 1 5- 1 869), moins fini que Gérard Dow , plus vrai que Mièris parce qu'il raffinait moins sur la vérité, est remarquable par un meilleur goût de dessin et par une harmonie plus heureuse. Gérard Terburg (1608- 1681) se donna plus de licence dans le choix de ses sujets qu'il prenait assez largement dans les scènes de l'existence domestique. Un élève de ce dernier, Gaspard Netscher (1639-1687), appliqua au portrait toutes ces délicatesses. C'est sous l'influence des ménies idées qu'Adrien van Ostade (16 10-1 685) vint de Lubeck à Amsterdam, où il s'inspira de Téniers, en ajoutant à la manière de son modèle la couleur plus éclatante et l'imitation plus étudiée des Hollandais. Adrien van der Werf , né en 1669 à Rotterdam où il mourut en 172a, introduisit dans les formes et dans les proportions de l'École deLeydeune sorte de convention froide et doucereuse qui fut le dernier terme de son naturalisme.
Dans l'École de Harlem , le même principe pro-
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duMit des efTets plus heureux k mon gré; au lieu de ces intérieurs dont Bembrandt avait donné l'exemple aux maîtres de Leyde , on y vit ^ dans le même temps y le paysage devenir un sujet nouveau d'études et d'émotions. Là se trouva la source d'un art qui^ tout en restant fidèle aux lois de la plus scrupuleuse imitation^ sut faire parler l'âme de la nature ; ainsi s'exprimèrent les sentiments doux et profonds que les Hollandais nourrissaient «DGore au milieu de leurs eaux et de leurs pâturages. A la suite de la révolution que les Van £yck avaient faite dans l'art , en substituant aux fonds d'or des Byzantins les perspectives de la nature 9 on avait commencé à voir en Flandre , dès les premières années duxvi<^ siècle, des peintres qui, réduisant de plus en plus dans leurs ouvrages l'importance des personnages y et augmentant celle des paysages en proportion » donnèrent naissance à un genre tout entier de compositions. Parmi ces artistes se distinguèrent Joachim Patenier^ né à Dinant en 14^7 9 et David Winckebooms (1678-1645), de Malines; dans leurs tableaux, la nature, peinte d'une couleur de convention et sous des formes fantastiques, paraît encore à moitié enveloppée dans les langes de l'art religieux. Jean Wynantz (1606-1670), le premier, se rendit célèbre à Harlem en consacrant ses