‹ De l'art en allemagneChapitre 16 sur 31 · ECOLES HOLLANDAISES · texte numérisé non relu

ECOLES HOLLANDAISES

pinceaux à la représentation fidèle des accidents de la terre , dans lesquels on avait coQsi^éré jusqu'alors plutôt la scène que Técho des passions humaines. Lui • même il se borna à peindre de Tastes plaines , qu'il sentait si vides encore et si froides j malgré tout son aft , qu'il y faisait semer des groupes nombreux par ses élèves , par Philippe Wouv^ermans (i6t20- 1668) qui excellait à crpquer les chevaux^ par Adrien van der Velde (i639« 1668) qui avait la spécialité des troupeaux ^ par un Allemand Lingelbach( 1636-1687) qui donnait une tournure toute particulière aux personnages. Nicolas Berghem (16^4-1 683) a plus d'imagination et de charme que Wynantz ; ses eaux reflètent| à travers les fraîches vapeurs dont elles sont couvertes, je ne sais quels rayons d'une riante lumière qui fait rêver à de plus chauds climats } l'aspect souvent romantique de ses montagnes témoigne asse^ des vives impressions qu'il ressentit dans ses voyages^ et de l'heureux mélange qu'il fit de ses souvenirs* Jacques Ruysdaël (i 636-1 68 1 ) mourut à Harlem sans en être sorti ; on le devine assez à la tristesse de ses ciels , à la sombre couleur de ses terres et de ses bois. Mais quel long et profond voyage cet artiste sublime a isàx sous la surface de toutes les choses visibles I Un buisson , un chemin qui se détourne , un toit qui fume au loin lui servent à faire neutre* des rêveries sans fin. De l'étroit

et humble espace qu'il avait sous les yeux , il s'était composé comme un clavier sympathique dont toutes les touches éveillaient dans son cœur quelque note mélancolique. Sans rien ajouter à la nature, sans rien lui oter que ce qui est précisément nécessaire pour paraître la mieux imiter, il répandait dans ses paysages les nuances les plus déliées ou les plus énergiques de la douleur humaine. A Munich, combien d'heures j'ai passées devant ses toiles, croyant tour à tour lire les pages les plus amères de Shakspeare , ou entendre les plus plaintives mélodies de Wéber! Quel objet provoquait toutes ces sensations ? Une plage dont l'œil distinguait les moindres grains de sable, une forêt dont il aurait compté les feuilles. A Dresde, parmi plu* sieurs beaux ouvrages du même pinceau, j'ai admiré deux pages qui en éclaircissent les mystères : l'une, qu'on appelle le Cloître^ représente les ruines d'un couvent qu'une eau morne baigne au fond d'un vallon jaunissant , tandis que s'élève au-dessus d'elles une montagne opulente qui oppose, par l'effet d'une volonté indubitable, la force de la nature à la caducité des établissements humains; l'autre, plus composée encore et célèbre sous le nom de Cimetière des juifs , offre, dans une gorge étroite, enveloppée de noirs nuages , éclairée par les rayons rares et froids d'une lune invisible, quelques tombes

ÉCOLES BOLLANDAIsAs. Xyj

que dévaste une eau émue de ce sacrilège^ ^t sur lesquelles s'agite le tronc pelé d'un arbre battu par l'ouragan. Si tous les détails de cette scène sont de la plus expresse réalité, qui ne voit aussi que le peintre en a fait le rapprochement au gré de son génie et qu'il en a modulé les harmonies funèbres sur ses propres souffrances ? Que Ruysdaël ait eu un maître ou non , qu'il ait appris son art en s'éle* vaut dans l'atelier de son ffère Salomon (161 6-1 678), ou en étudiant les ouvrages de Berghem, ce n'est point la question; ce fut son âme qui lui révéla la nature. Un élève de Salomon Ruysdaël , Meindert Hobbéma (1 629-1 670J a de tels rapports avec l'illustre frère de son maître, que non seulement on Ta souvent confondu avec Jacques lui-même^ mais qu'on a encore voulu qu'il lui eût servi d'exemple et de conseil. Comme j'ai souvent remarqué qu'il avait plus de luxe dans son deuil , et de moins simples moyens d'émouvoir, j'inclinerais à penser qu'il se modela au contraire sur l'artiste qu'on voudrait lui donner pour élève.

Dans d'autres villes de Hollande brillèrent des paysagistes, qui, sans avoir un caractère aussi poétique, se distinguent cependant par des qualités éminentes. Paul Potter , né à Enkinsen en 1626, mort à Amsterdam en i654, prêta aux animaux une vie dont on a su imiter les formes, mais dont on n'a pu reproduire le soupir fré-

roissant J^ap Leduc, né en 161^6 à L^ H^ye , ou il lapurutan 1671, fut soq éièva Qt ^on ^utrçi luimême. Albert K^uyp (16061667), élevé à Dordreclit par son père , dpnpa k &e« topa une ct^alf mt, et à toute sa peinture un relief qu'on trouva rarement dans les œuvras dç se^ cpnip^triofes. Un disciple de Berghem 9 Garl Duj^rdin 9 né k Amsterdam ^n i64o f mort à Yeois^ en 1678 , f^\ représenté à Munich par quelques toites qui donnent une idée singuliè|:e de gon talent; cet $irti«te, qui ég^la F^ml PQttar, sentit se développer çn lui 1 tqr^u'U eut mis le pied sur le sol italien 9 d^s facultés (putes noiivelles; sa manière s imprégna d'un ^o\ii\^ (^9^* ment, qui se répandit même dans lies pl^s petits ouvrages et qui leur donna presque du ^tyle. S'il eut vécu, peut-être eût-il ravivé l'pcpje hollandaise, en l'entraînapt , parun Mroîqu^ effprt, vers W hauteurs de la peinture histprique. Mais cette École féconde avait déjà ^cçorapl^ sfi destinée î et elle devait bientôt avoir ^a dernière expression dans V^n Huysum (1682-1749) , le célèbre peiutrc dfî fleqrs- Elleavait çomin^ncë par metlr§ laréal^é a U place des divins synîbqles de Ig vie supérieure ; pui^, dans cette r^lilé n^êwet elle gv^it isolé l'homme pt l'avait écarté d^ tputes le^ circpn^t^qces qni pouv4i0nt faire briller d^ps ^es y^m de trop célestes étiqc^s ; puis elle ftvait éliminé l'homme ^ ^on (pur,

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pour ne s'occuper que de la demeure de rhomme . Dans cette nature si vaste et où elle avait fait de si belles percées , elle finit par ne plus voir qu'une partie et qu'un détail ; elle s'ensevelit dans les corolles d'une tulipe.

EmIm «• r Allemusn» ■tërtAoïmto.

Les écoles établies dans les principales TÎlles de la Franconie, de la Bavière et de la Souabe ^ rq>osaient sur le principe de la peinture ogivale dont nous avons vu que l'école de Cologne donna les plus parfaits modèles à l'Allemagne. Elles éprouvèrent de bonne heure l'influence du mouvement imprimé par les Van Eyck à l'art germanique; par

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le caractère de la race énergique et pesante dont elles* étaient l'expression , par la condition du sol où elles avaient germé et qui n'avait gardé aucune trace du goût antique, elles étaient nécessairement appelées , comme l'école de Bruges , à développer le côté naturaliste de l'art byzantin ; mais à cet élément elles en joignirent dès l'origine un nouveau qui doit servir à distinguer leur style de tous les autres. A défaut de ce goût pur qui se plait à ajuster des lignes droites, les Allemands ont un penchant inné à faÇdrl^er des formes sinueuses f à ciseler de riches découpures. Aussi vit-on fleurir, dès le Moyen-Age, dans leurs plus riches cités, des orfèvreries dont nous retrouvons aujourd'hui les derniers vestiges dans les bimbelo* teries dd Nuremberg. €e fut le burin d'un orfèvre qui trouva la gravure, soit qu'on doive cette invention au' Florentin Maso Finiguerra^ soit que, d'après les Allemands, il faille Tattribuer à leur compatriote Martin Schœn. Les Ecoles de la Haute -Allemagne mêlèrent précisément au principe natuhiliste de l'Eirl flamand \ les fhnHiisiA familières à leurs jodilliers; la seiefacd des conlotff s Ct dek ombres engendrée {)ar leurs graveurs;

Martin Schoén ou Schœn^àuer^ connu en Franee MUS le nom du beau Martin^ faaquit ek i4sef à Kulmbaeh , en Franconie. Il eiit paur nialtr» Lupert Ruât dont on ne sait |^iièjh6 que le nom { il

icOhEB nn L'âLLEMACNE MlilIlOIONALE. {83

Toyageh dans le Brisgaw et dans TAlsafee qtti n'était point encore frahçaise; il à laissé à Colma^ des ehbfs-d'oeuvre qu'une administration plue yigilante s'empresserait de faire transporter à Paris; Il mou^ i'Ut en i486. Il était orfèvre , graveur et |>eintrë} la Pinacothèque de Muiiich possède quatre ta^ bleaux de lui dans lesquels on peut faire la part de son originalité et de ce qu'il doit aux Flàhiandsi La pliipHrt des pages qu'on lui attribue â Saint- Maurice sont peintes sur fond d'oi*; elles joignent au style doux de la traditioil gothiqde un natura* lismb pUis savant qu'on voit dégénérer bien vite dans les œuvres de ses élèves. Le musée dé Pari4 contient aussi un petit tableau dé la maitide Mârtifl Schœn, lequel représente les Israélites tëcueillant la manne; on |3eut voir comment la manière et la coulent* des Van Eyck s'y allie avec un artifice de composition et une finesse dé détâilà qui rap^ pellent les procédés de l'orfèvrerie.

La célèbre école de Nuremberg se conduisit d'après lés méines principes. A en juger par queli|ues tableaux qtii sont renfermés dadi le Musée dé fcette ville et dans celui de Berlin^ et qui portent la daté des premières années du xv^ siècle » elle débuta comme toutes les autres écoles allemandes, par la grâce fine et élanbéede ^a^t bgival. Le liiaitred'Albrecht Duerer^ Michel Wohlgemuth ( i434-)5ig) cohimença à altérer profondément celte douceur

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native. Le dessin ressenti des graveurs s'unit à ]a riche couleur des Flamands dans ses peintures plus grandes en général que celles des artistes gothiques, et en tout plus rapprochées de la nature. Aussi? bien qu'il ait un dessin plus conventionnel quecelui de son élève, un coloris plus clair, une composition plus simple et plus nue, une expression plus naïve et plus religieuse, il peut déjà être rangé sans difficulté parmi les peintres de la troisième époque. Il fait des emprunts choisis aux monuments des époques antérieures; dans un Jugement dernier que j'ai vu au musée de Cologne, il à peint le type du Christ byzantin avec son austère beauté; dans la grande Passion qui orne l'église de Saint-Séhald , et qui est datée de i/^SÔ, il a reproduit les expressions ascétiques de l'art ogival jusque dans la colère des persécuteurs. Dans les autres églises de Nuremberg, à Saint-Maurice, dans la Pinacothèque de Munich^ j'ai trouvé des ouvrages où le même maître, tout en consei*vanl l'empreinte encore visible du style, entre plus avant .dans la voie de l'imitation. Il partage ces qualités avec deux de ses contemporains, Martin Zagel et Jacob Walch qui a fait deux beaux portraits de l'empereur Maximilien»

Albrecht Duerer ( 1471-1628) est un de ces artistes fortunés qui viennent recueillir à temps de longues traditions, et qui , par la puissance de leur

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génie , donnent aux richesses » qu'ils prodiguent sans les avoir créées y l'apparence de ta fécondité et de l'invention. Né dans l'atelier d'un orfèvre , il y apprit le dessin et probablement la gravure; à dix-sept ans y il allait se mettre en route pour demander des leçons à Martin Schcen, lorsqu'il apprit la mort de ce maître; il étudia alors la peinture dans l'atelier de Wohlgemuth ; après y avoir passé trois ans , il entreprit un pèlerinage que tous ses pareils regardaient sans doute alors comme le complément nécessaire de leur éducation. Il visita les Pays-Bas et l'Italie j qui étaient les deux pôles extrêmes de l'art. Il était de retour à Nuremberg en 1 494 i ^6 plus longs voyages le ramenèrent ensuite tantôt à Venise , tantôt à Bruges. Son habileté dans la gravure , qui était la grande nouveauté du temps , le mit en relation avec Lucas de Leyde et avec Raphaël. Comme si ce n'était point assez de tant de partages , il cultivait encore la statuaire » l'architecture, les lettres. Épris d'un goût élevé" et délicat pour les idées de son époque, il s'approcha d'Erasme qui les avait conduites avec modération , etdeMélanchthonqui les défendait avec douceur. A l'exemple de sa ville, qui, bien que protestante, garda une sorte de neutralité dans les guerres religieuses de l'Allemagne , on dirait qu'il fut retenu , loin du gros des passions de l'époque , par je ne sais quel sentiment mêlé d'élégnncs et de scepticisme qui

fuyait le désordre etdeutdit du doute tnéihe. Rtéti éb c(B qui dccufia et troubla son existence né fal jlerdu pour soil gënie qiii s'iitimdHalisa en mêlant ftVec réSexibU le savoir qu'il acquit par l'étude el Iss imphessions qu'il reçut de sdn sièclei Capable de toutes les dpérationâ qui prouvent la finesse | il pbrtait cependant gravé dans soil âme comtoe dans sa personne le carabtère de la rUdeàse et de la force* Il l'a empreint aussi dans ses compositions \^ la dif* férence de bon maître qui ^ ati seuil de la troisième époque 9 conservait le style doux et allongé de la se^ conde^ il setnble être remonté, cJuoiqUe deplul loin^ jusqu'au style plein fet ausrère de la première. Ail musée de Cologne, on voit un petit pailneân où il a réprésisnté un tambdur et un trompette d'une tournure si terrible^ d'uh ajustement si étrange, qu'on dirait qu'ils recrutent pour ces légions de IV bîrne^ chantées plus tard par Mil ton datis Un langage qui n'a rien de plus énergique. Aussi quand il vou«iut représenter sUr une tnuraille de lHotel-de-^Vilte de Nuremberg le triomphe de l'etopereur Maximilieii , il y peignit des figures symboliques qui font beaucoup plus songer aux sombreë mystères de la tnort qu'à la cérémonie d'une réjouissance pilblique. A la méthode toute surnaturelle qui lui fit produire ces ré&ultats, aux fantaisies sanè lifiiitfes qu'il emprunta aux eiseleurâ, il joignit le soirl le plus exact de la nature. La merveille de l'imitation est

•ans ràntredil le ppHrBÎt de Jérôme Hoizsehlibef ^ qd'on admire à Nuréliiberg ohes les dëseendanta de ee patricien^ et oui eans oihbre portée $ sâua reflet ^ sans lumière^ méine sans trait y par la seule puis* aancë d'ub modelé infini danà sd^ délieatesses y et irré|)rôchàble dans ses masses , l'artiste a fait vivre ^ respirer^ penser éou personnage &ur la téile. Si Ton en jiigë d'après les dix-huit pages qui lui sont at^ tKbuées dans la galerie de Munich i lenthouJsiàsme de sa jeunesse fut surtout employé à re^ lebercher ta trace de TÉcole de Bruges , dont il petfeetiorina le brilllmt coloris par des finesses toutes nouvelles! plus il avança en âge^ plus au contraire il s'efforça dé s'élever jusqu'au stjle italien; el e'est deux ans avant sa mort qu'il peignit ces fi^ gures d'apdtressi admirablement animées, drapées si largement qu'on voit à la Pinacothèque. Dans l'intêrvallè) il étudia les traditions les plus diverses et les plus lointaines y prenant à chacune des écoles de son pays les figures ^ les gestes mêmes qu'elles avaient trouvés, illustrant ses plagiats au lieu de les déguiser, cherchant jusque dans les manuscrits les anciens modèles byzantins et les reproduisant avec un sentiment profond de la Vie moderne, s'imprégnant intimement de la littérature classique, et en exprimant les pensées générales avec les allures tout individuelles de l'imagination allemande , commentant ainsi à plaisir l'esprit

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des vieux temps avec une intelligence tournée aux choses nouvelles, forgeant indistinctement avec les dogmes chrétiens j avec les idées païennes y témoi* gnages du passé , ces images symboliques qui résument sa vie et celle de son époque, transformé peu à peu par cet usage de la pensée^ comme les Italiens Pavaient été par le commerce de l'antique, élevant insensiblement sa manière de la réalité qui lui avait servi de base à l'Idéal que sa* nation et la mort lui défendirent d'atteindre entièrement, espèce d'homme mystique enfin , tel qu'il s'est représenté lui-même dans son portrait de la Pinacothèque, n'ayant qu'à mettre la main sur son cœur pour évoquer les puissances invisibles, mais désirant vainement les voir sous leur forme pure et typique, ne les apercevant jamais qu'à travers le déguisement des êtres particuliers et périssables.

Le caractère commun des élèves d'AJbrecht Duerer, c'est de représenter, comme leur maître, ce que j'appellerai la Renaissance allemande, en ayant soin d'avertir que par ces mots il faut entendre non pas une certaine invasion de la forme antique, mais l'introduction de l'esprit grec et latin dans la forme tudesqne elle - même. Bartholomé Beham (1496-1640), né à Nuremberg, y reçut les leçons d'Albrecht Duerer. Son tableau de Marcus Curtius qui est conservé à la galerie de Munich, est d'une belle couleur , d'une côm-

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position savante; mais les Romains y sont représentés avec la tournure et les costumes des Allemands du xvi" siècle Grégoire Peins, qu'on appelle George Pens (i5oo-i56o), naquit aussi à Nuremberg; il passa de l'atelier d'Albrecht dans celui de Raphaël ; les ouvrages de sa main qu'on remarque à la Pinacothèque, une Judith^ et Vénus et V Amour ^ trahissent évidemment l'influence italienne, bien que profondément empreints encore du caractère germanique. Albrecht Altdorfer( 1488-1 538) né en Suisse, à Altdorf, dont il avait pris le nom, arriva à Nuremberg, qui -était devenue la Florence de l'Allemagne; c'est le plus renommé des élèves d'Albrecht Duerer. Il a peint une bataille d'ArbelIes qu'on voit à Munich et qm passe pour un de ses meilleurs ouvrages; on imaginerait difficilement un art plus scrupuleux à rendre les moindres détails de l'immense cohue d'hommes et de chevaux qui se mêlent et s'entre-tuent dans sa petite toile; il est curieux d'y observer les traces de l'opinion qu'en l'absence des statues antiques , les artistes allemands se faisaient de la physionomie et du vêtement des anciens. Hans Schœuffelin (1498-1 5ôo) était né à Nordlingen , ville de Souabe, où florissait, dans le . courant du siècle précédent , un nommé Frédéric Herlin imitateur habile de l'Ecole de Bruges; pour lui il se forma auprès d' Albredit Duerer ; à Nurem-

berg çt à Munich il n'^t v^pré&mté que pip d^ p«ges §n généRl très «^ïy^ , d'un fsêi^^ct^re di^ui^y

d'MRP couleur çUaudp , ^\ ÇQUWçré^^ à ^91 fe«jrt^ 4§ Igintèt^t Sorti du iBêroe lûpu quei Martin Sph(^ri, §t surnom içip (Ju pom (Jpsftvil)^, {i£iQ« W$àgn«r 4^ ïj^wlinhach (i5pQ-i&45), sa rendit de hwm hwf^ ^ Nurenqbprg ; U pas^a dP i'^tcligr d^ Wftieb daps c^Uû d^ ï>u^rpn C^li^ d^ §^s eemvrfi^ qu'i>n trowe à la pinacothèque veprés^Qt^At des sujets pÎMiB: wiw im coloria l^rilla»! at mie gr&e^ saHPimta; cell^ qu'qn vpit h .Sai<itr:Ma!ir|(^ sont d^q» style p)us s^ustère,

La destinée de Fécale de Hureinherg fui de déter^ minûF dans l'art allemand uoe révolution qui substituât, d'une manière définitive ^ aux caractenBS de ja seconde époque , les principes de la iroisièpia. Déjà j'ai eu l'oficasiou d^ constater l'influence qu'elleavait exercée parmi les anciens miutres de la Flandre et de la Hollande; il faut maintenant indiquer rapidemwt le point où elle trouva les putres écoles de TAUemagne, et ciiui auquel elle les conduisit. En West« pbalte flarifisaient à la fin du i^>' siècle des peîa* très, dont on voit quelques tableaux au Musée de Serlin , et qui , dans les concUtions de la forme ogivale ; réunissaient qne expression énj^rgique à une rieh# couleur. L'un de ces artistes, laréaus, fN^i^nait, avee une coulaur olaire, des têtes rondes, kiur des Dorps élaoeés. Au svi^ sîèfile oette éeole

q^Ypy^ à NMremb^rg son dernier repré^^ntanl: fleiprich Aldegr^ver (iboa-iôGa), i^é 4 Sop^t, çt qui ^llg îipprendre pn Francqnie à peindre des pop- \n\lE, qu'on voit à Munich ^ e|; des saintetés qi^i phercheqt la noblesse à travers la manière.

Parmi )es écoles gothiques instituées dans lebafisin du Danqbe, celle qui sortit des flancs de la c^* tbédraled'Ulm produisit une série de peintres ^^f IpsquelsJ'attention s'est portée dans cesderniéres années. SarthqloniéZeytbloomytravîiiilaitçn 1490^ et HiQurnt en 1 607. Les tableanx de pet artiste qui sont exposés à Saint-Maurice de Nurefnberg, pt dans la Pinacothèque de Munich , sont peints sur fon^ d'or, d'un style sévère, d'une couleur p41e b^i s'éloigne également des traditions byz4ntipç$ ef ^es brillantes innovations de Bruges. Cramer 9 dont Saint-Maurice possède deux panneau^ ^ se distingue anssi par les qualités élevées de la peinture ogivale ^ auxquelles il joint unis expression plu^ avancée. Martin Schaffner, dont Munich possède six morceaux 9 florissait vers l'année i534; il fut le principal honneur de l'école à laquelle il appartient, l\ se fait repaarquer par une dopceur.qui rappelle beaucoup plus l'onction des anciens ma^tr^s de Cologne qup les §rUfiçes des graveurs de B[Hremberg. Un artiste qui décpra l'église dp Fri- \^0WS ^^. Brisgaw, et qui était pé k Gj^wideiçt , d^ \^ patrie d^ principal arçjiite«t9 çie \^ C^tjiédrftlfi

iga DE l'art KN ALLEMAGNE*

de Milan , Hans Baldung Grûn (1470-1 645), conserva aussi , comme on en peut juger par trois tableaux exposés à Saint-Maurice, les fonds d'or, le caractère élancé , le coloris sobre de la tradition gothique. Dans les villes de la Ba-vière, l'école de Nuremberg exerça une influence plus prompte et plus entière. A Laudshut , Martin Ostendorfer , dont on voit deux pages de sainteté à Nuremberg, se séparait déjà de la manière antérieure , par la crudité de son naturalisme et par la chaleur de ses tons. A Ingolstadt , Melchior FeseIen,morten i538, imitait Albrecht Duereravec talent. Munich possède de lui un Siège de Rome par Pursenna, un Siège dAlexia par César^ dans lesquels on trouve tout le fini et toute la singularité de la manière de son maître.

A Augsbourg, Hans Holbein le Vieux représente la primitive école gothique arrivant, sous l'inspiration combinée des procédés flamands et du goût des orfèvres, à un résultat voisin de celui que produisit Michel Wohlgemulth. Né en i45o, il travailla jusqu'en i499; ^u musée de sa ville, dans celui de Nuremberg, à Saint-Maurice, dans la Pinacothèque de Munich^ on voit un assez grand nombre de ses peintures dont quelques-unes sont exécutées sur fond d'or, et qui toutes conservent d'ime manière remarquable les caractères du style ogival. Parmi ses élèves fidèles, il compta Christophe

*£COt£S l>£ l' ALLEMAGNE uiaiDIONALE. igS

Amberger (1490-1 663), qui se montre à la Pinacothèque à côté de lui.

Mais déjà le style de la troisième époque, grâce aux exemples d'Albrecbt Duerer, et à la reproduction des mêmes causes qui l'avaient fait prévaloir à Nuremberg , avait trouvé à Augsbourg un adepte fervent. Hans Burgkmaïr (i473-i549)# dont AlbrecbtDuerer était, à ce qu'il paraît, plutôt l'ami que le maître, approcha de sa supériorité dans la gravure, et égala dans la peinture ses meilleurs élèves. De la main de cet artiste, la Pinacothèque possède , outre plusieurs saintetés et deux portraits , une peinture de la bataille gagnée à Zama par Scipion l'Africain sur Annibal ; dans cette page l'impérieux souvenir de l'antiquité s'unit à la plus naïve ignorance de ses formes. A Nuremberg, où l'on trouve un assez grand nombre d'ouvrages de Burgkmaîr , quelques uns , comme la Présentation deMarie au temple, reproduisent les images consacrées par la tradition gothique; d'autres, comme le saint Sébastien, montrent ces figures étranges et rudementdéterminées qu'AlbrechtDuerer se plaisait à peindre; d'autres encore, comme la grande Viergedu cabinet de M. Hertel, laquelle n'est pourtant datée que de Tannée 1 5o8, semblent offrir, par le goût de leurs draperies tourmentées, par la réalité de leurs paysages, par la recherche de leurs airs de tête, le II. i3

19^ DB l'art feN ALL£MÂGirfi.

modèle acccmipit et le dernier terma de la Renais-

sance allemande.

Hans Holbeiii(i49S*-i554), le jeune, qui a usurpé toute la gloire de ce nom , conserva plus de sim* plicité tout en poussant son art dans une ^roie plus avancée; quoique les biographes le fessent assee communément naître à Baie , il vit le jour à Augsbourg ; il fut conduit en Suisse tout enfant , et passa , comme on sait, la plus grande partie de sa vie en Angleterre où il se rendit en i5a6. Moint dominé, sur la terre étrangère, par le goût des graveurs et des ciseleurs qui faisaiait la loi dans son pays, il put s'approprier plus intimement non seulement l'esprit , mais encore les formes clas* siques de la Rtînaissance ; de la sorte , il dépassa Albrecht Duereir dans la carrière que oelui«-ci avait ouverte. Les inspirations qu'il trouva au milieu des Écoles et des presses de Bàle , et dans la Êimiliarité d'Erasme , contribuèrent au progrès qu'il accom«> plit ainsi sur les dernières limites de l'art alfenaand. Cependant par l'exacte imitation de la nature que qaekpies ims de ses portraits semblent avoir piiussée k la perfection , souvent aussi par la tour» Bure de son imaginatioii dmit il donna un cuiicux eacempledans la CuiKuse Danse des morts, il rap* pelle les caractères esseatîeb de l'École mat^neUe, tin admire à la Pinacothèque, parmi d'autres o««

ÉCOLES DB l'aIXEMàI^ICE IBÉamiOSTALE. 105

vrages dus à son pinceau , une magnifique pein* ture datée de l'année 1617, et représentant avec une pompe toute vénitienne le comte Fugger^ qui ^tait alors le prince des banquiers d'Augsbourg; ce tableau m'a fait penser qu'à Tàge de dii:-neuf ans y Holbein avait reparu dans sa patrie, et qu'il venait peut-être alors de faire en Italie un voyage y dont la preuve est écrite dans ses peintures , mais dont je n'ai point vu qu'il aif été parlé ailleurs. Les deux belles pièces , conservées dans la galerie de Dresde, sont d'un artiste qui a eu des relations avec cette école lombarde , formée sous la double inspiration des dessinateurs de Florence et des coloristes de Venise. La Vierge célèbre devant laquelle est agenouillée la famille du bourgmestre de Baie se rattache visiblement aux pratiques ultramontaines parle choix du type, par la précision des contours, par la vigueur de l'empâtement, par le caractère même de la niche dans laquelle elle est placée; elle tient néanmoins encore à l'art allemand par la naïveté générale de l'exécution , et par le réalisme un peu superficiel de la physionomie des donataires. Quant au portrait , qui a été long-temps attribué à Léonard de Vinci , et qu'on supposait être celui du duc Sforze de Milan , je croirais bien plutôt , à en juger par les délicatesses un peu sèches qu'on finit par découvrir au sein de ses belles masses, qu'il marque le point le plus élevé où

ig6 DB l'art bn allemagite.

Holbein ait été conduit par l'étude des procédés ita-

liensy et qu'il représente un riche joaiUier allemand ami du peintre, et vivant comme lui en Angleterre. Cependant les anciennes traditions se perpétuaient à Augsbourg, et on y vit encore briller dans le xvii* siècle J.-G. Fischer (i68o-i643) qui imitait Albrecht Duerer à dérouter les connaisseurs.

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fieoto iNixoime,

Dans les églises de Halberstadt, de Halle ^ de Mersebourg, de Naumbourg, les verrières ^ les sculptures peintes, quelques rares tableaux gardent les traces que l'art des deux premières épo<ques a laissées chez les peuples saxons. Mais parmi eux, au commencement duxvi* siècle, se développa une école qui plus complètement et plus vite que

igS DE L*ART EW ALLEMAGNE.

toutes les autres , rompit les lignes du style ogival et prêta au naturalisme des formes où l'ingénuité du caractère s'allie à la largeur de l'exécntion.

Lucas Sunder naquit en 1 472, près de Kulmbach^ dans la petite ville de Kranach dont il prit le nom; attaché de bonne heure à la maison électorale de Saxe , il suivit en Palestine Télecteur Frédéric le Sage, homme lettré et savant, qui eut soin , dit la chronique de Henri Pantaléon, de faire peindre les villes les plus remarquables qu'il visita , et de faire décrire les événements mémorables qui s'y étaient passés. De retour dans son pays, Frédéric fonda à Wittemberg, en 1609, la fameuse université que Luther et Mélanchthon devaient bientôt illustrer. Les études classiques de cette école, et l'enthousiasme de son fondateur pour tout ce qui appartenait à l'Antiquité, agirent vivement sur notre peintre. Frédéric, lié depuis l'enfance avec l'empereur Maximilien , ayant aidé ce prince dans son expédition contre les Vénitiens, il est difficile de croire que Lucas KranaCh nesuivit point son seigneur dans une campagne qui devait promettre des merveilles aux imaginations du Nord. Quoique je n'aie vu ce fait indiqué par aucun biographe , je le mettrais volontiers hors de doute ; Fun des caractères les plus évidents de la manière de Kranach, est en effet d'ajouter au natura*» lUme et au3( fantaisies de l'École allemande une

certaine imitation des Vénitiens^ et d'entrer par le coloris dans les formes de la Renaissance italienne, comme Albrecht Duerer y avait pénétré par le dessin. Peu après cette guerre de Venise, Luther donna le signal de la réformation dont Frédéricr^le- Sage fut y comme on sait , le premier protecteur^ et dont il confia la défense à sa race« Kranacb fut aussi un des premiers adeptes des doctri<nés nouvelles; lié avec Luther, il contribua beaucoup à son mariage avec Catherine Bora; après la mort de Frédéric-le-Sage il demeura auprès de l'électeur Jean-le-Constant; et ayant conservé de même l'intimité de l'électeur Jean-Frédéric le Magnanime , il donna un bel exemple de dévouement en partageant pendant cinq ans la captivité de ce prince , que la bataille de Miihlberg avait pais avec le luthéranisme aux mains de Charles-Quint. Presque en sortant de sa prison, il mourut en i553jj à Weimar qui était devenu la capitale des États amoindris de son souverain.

Oq n'en saurait douter, en déclamant contre le luxe du culte romain, Luther condamnait implicitement la peinture religieuse; en proclamant ses idées sur le salut , sur l'impuissance du libre arbitre , sur l'inutilité de l'intercession de la Vierge et des saints, sur tout ce qu'il appelait l'idolâtrie de la doctrine catholique , il ferma pour jamais à ses disciples le champ dans lequel les arts plastiques s'étaient jus-

qu'alors développés. Heureusement il avait appris dans sa jeunesse à jouer de la flûte, et il s'en servait souvent pour chasser sa mélancolie; ce fut sans contredit une des causes qui le déterminèrent à admettre dans les temples les accords des instruments et des voix, et à donner ainsi à la musique allemande cette impulsion dont nous avons vu les effets prodigieux. J'ai pu constater de mes yeux , dans quelques uns des tableaux d'Albrecht Duerer et de ses élèves, sur des figures émues par une étrange expression de doute, l'influence certaine du luthéranisme ; je la retrouve plus encore dans l'anéantissement presque subit où tomba l'art allemand, au milieu du xvî* siècle. Il faut remarquer toutefois que Luther n'a jamais banni formellement la peinture des églises, et que dans celles qui sont consacrées à son rite on conserva les tableaux qui s'y trouvaient; peut-être même Técole fondée par Lucas Kranach les aurait-elle ornées d'un grand nombre d'ouvrages nouveaux , si des opinions plus radicales que celles du père de la réforme n'étaient venu détruire les projets de son peintre.

Lucas Kranach comprit, dès les premières prédications de Luther, que le martyrologe et la litur gie, où les artistes antérieurs avaient puisé le sujet de tant de belles peintures, allaient être interdits aux artistes de la religion réformée ; avec une ad-

ECOLE sAxoinrE. sot

mirable intelligence il se jeta tout d abord sur les idées morales du christianisme , comme sur l'aliment qui pouvait entretenir la vie d'un art nouveau. On voit à Wittemberg , à THôtel-de-Ville et dans la cathédrale , deux compositions considérables qui sont le résultat évident de cette détermination. La première représente les dix commandements; la seconde , consacrée aux sacrements , offre j dans le milieu, la Cène des premiers disciples, source mystérieuse de tout le culte, puis, sur les côtés, le baptême admiAistré par Mélanchthon, la confession donnée par Bugenhagen , au-dessous enfin la parole annoncée du haut de la chaire par Luther luimême; les principaux actes de l'église évangélique et les plus célèbres commentateurs de l'Écriture sainte complètent cette grande image. On conçoit bien que cette manière de présenter le symbole de Wittemberg pouvait enfanter toute une série de compositions. Mais du vivant de Luther et de Lucas Kranach on arriva à nier, en vertu même du principe qu'ils avaient proclamé, ces commandements et ces sacrements , considérés par eux comme les moyens les plus simples et les plus augustes de mettre l'homme en communication avec Dieu. Leur doctrine morale ayant été ébranlée et transformée, l'École que Kranach avait pu rêver d'établir sur cette base s'écroula , comme les écoles fondées sur le catholicisme étaient tombées partout

B02 DR l'art BN AXLBMAGNE.

OÙ l'on avait rejeté la domination de Home* Le goût de l'apologue et de l'interprétation qui règne dans la plupart des autres pages du peintre saxon , son penchant à reproduire les personnages de la mythologie païenne , la façon tout allège* rique dont il les emploie , achèvent , ce me sem* ble , de démontrer avec quelle réflexion soutenue il poursuivait l'entreprise que les promptes révolutions de ce siècle firent échouer.

Au Louvre, en comparant deux ouvrages fort divers de Lucas Kranach , le Sacrifice- d A braham et le portrait de l'électeur Jean-Frédéric , on pourra prendre une idée exacte de la diflPérence profonde qui existe entre les œuvres presque entièrement gothiques de la première manière de ce maître , et celles qu'il exécuta lorsque Venise et Luther lui eurent révélé des voies nouvelles. Parmi les peintures^ presque innombrables du même artiste, qui sont répandues dans les galeries de l'Allemagne , il faut se borner à citer les plus remarquables. On distingue au Musée de Cologne les portraits si souvent répétés des électeurs de Saxe , et un beau et grand triptyque consacré au martyre de saint Sébastien. Le Musée de Nuremberg possède la plus précieuse des compositions mythologiques de l'auteur , une Vénus de grandeur naturelle, à peine couverte par un voile transparent , peinte sur un fond noir, avec une couleur rose qui, malgré sa

délicatease, faitinToiontairement penser aux déesses de Titien. Les contours et le modelé de cette figure sont d'une finesse rare; les yeux fendus, le née pointu et petit , le coin des lèvres relevé, les ch*e«< veux roux appartiennent au type qu'il semble que l'artiste ait invariablement reproduit, mais qu'il n'a jamais autant embelli. A Saint-Maurice , on voit le portrait de Christian II, roi de Danemarck , belle tête souffi:ante et spirituelle; une petite Descente de Croix 9 dont l'expression est très élevée et l'or-» donnance presque classique; une scène de bouge, dont ridée semble empruntée aux peintres hollan* dais et la tournure à Giorgione.

La Femme adultère , qui est exposée à la Pinacothèque de Munich, n'est probablement qu'une copie faite par G. Fischer. Le Christ qui oc» cupe le milieu de cet ouvrage est un ressouvenir suprême et adouci du type byzantin; l'adultère est une gracieuse femme allemande , dont les traits^ empruntés à la nature, ont été ornés par l'ar* tiste des airs de la poésie ; les autres personnages appartiennent au système de l'exacte imitation. Dans le coloris presque fauve qui revêt également les éléments si divers de cette page , il est imposai* ble de ne pas reconnaître l'influence très marquée de l'École de Giovan Bellini. Une Lucrèce du même pinceau , qui semble faite pour rivaliser avec une Lucrèce d'Albrecht Duerer, se distingue de celle*-ci

904 1>S l'art en ALLBlfAGlfE.

autant par ses teintes plus rousses, que par sa beauté plus naïve. Les autres tableaux de Kranach qui sont à la Pinacothèque^ si on en excepte les portraits des deux réformateurs de Wittemberg, représentent des sujets de la bible et des évangiles. Dresde renferme dans sa galerie quelques portraits curieux, entre autres celui de Maurice de Saxe, e^ plusieurs saintes de la première manière de l'auteur. D'autres villes de la Saxe possèdent des morceaux plus importants de l'artiste national. La cathédrale de Weimar est ornée d'un très grand tableau moitié réel et moitié symbolique , où , aux pieds de la croix sur laquelle le Rédempteur expire, Kranach s'est peint lui-même, en noir costume vénitien , remplissant avec Martin Luther et Sainte Jean l'un des deux côtés de la composition, tandis que de l'autre côté, le Christ lui-même , descendu de l'instrument du supplice , et répété deux fois dans la même page , terrasse les puissances du mal au milieu des fleurs d'une prairie verdissante; sur les volets sont représentés l'électeur Jean-Frédéric, sa femme et ses trois enfants. Dans la sacristie de la même église on voit un triptyque , composé de trois portraits où Luther est représenté dans trois grandes phases de sa vie , tonsuré et fervent au couvent des Augustins; puis en gentilhomme, coiffé du feutre , grondant et méditant au château de la Wartbourg ; enfin vêtu de la robe de docteur , te-

nant, à Timitation du Christ oriental, le livre de vie dans sa main , et tendant avec audace cette tête de taureau qui renversa les barrières dans lesquelles le catholicisme avait parqué son troupeau de peuples. A Erfurt et à Halle on voit d'autres beaux tableaux de Kranach. L'église de Saint- Wenceslas, à Naumbourg , contient un Sinite parvulos uenire ad /n<?, qui m'a paru être son chef-d'œuvre; le Christ y est représenté embrassant les petits enfants et les réchauffant dans son sein avec une ineffable tendresse; la beauté suave des mères semble modelée sur les types purs de l'Italie et fait un heureux contraste avec la sévérité grondeuse des vieillards; une douce couleur dorée, semblable, j'imagine, à celle que Giorgione et Titien employaient dans leurs premières fresques, couvre toute cette page , où la grâce du Corrège semble s'unir à la chasteté du Pérugin. On trouve dans là cathédrale de la même ville deux grands volets où sont représentées sur fonds d'or , de belles saintes, dont l'expression est pieuse sans archaïsme , le caractère doux sans manière, le modelé scrupuleux sans bassesse , l'^ustement magnifique avec naturel , la couleur brillante avec simplicité.

Le Musée de Berlin possède des tableaux où l'on peut suivre les principales transformations qu'a subies la manière du maître. La Prière au Jardin des Oliviers rappelle la naïveté et la richesse des Van

d06 DE l'a&T Ur A]:.L8MàGNE.

£yck , avec quelque chose de plus large et de plas froid. La Fontaine de Jou\^ence est une allégorie exprimée avec l'apparence &inilière du costume allemand. Apollon et Diane , \ Amour et sa Mère sont dans le genre léché dont la Vénus de Nuremberg est le modèle; une autre Yéuus plus belle s'approche davantage des œuvres opulentes de l'École vénitienne.

Le fil$ de Lucas Kranach (i 5 1 5-1536) l'aida daDs presque tous ses travaux ^ et continua littéralement ses manières diverses et jusqu'à son nom ; à Saint- Maurice on voit de lui un David au désert dont les tons bleus et les lignes naïves appartiennent au style gothique , une Conversion de saint Paul^ dont \es anachronismes semblent empruntés à l'école d'Albrecht Duerer, deux" symboles de la Chute et de la Rédemption qui se rattachent au genre allégorique mis en usage par son père; ainsi, sans avoir rien ajouté au patrimoine héréditaire 9 cet artiste emporta dans sa tombe l'Ecole saxonne^ qui n'avait compté que deux générations et revêtu qu'une seule forme.

Cependant , à ne considérer les choses qu'extérieurement, on pourrait dire que l'École saxonne eut une descendance dans toqs les peintres qui se précipitèrent , après elle, dans l'imitation de la seconde École vénitienne. Ces. artistes eurent deux centres principaux , l'un à Munich , l'autre à Franc-

fort prèacïes bords du Rhin qui étaient restés catholiques comme la Bavière.

A Munich il y avait eu au xv* et au xvi" siècle une École barbare qui suivait de loin les traditions gothiques et flamandes. Gabriel Mœchselkircher y florissait vers i^'jOy et Ulric Fûterer de Lândshul dix ans après ; en 1 5oo , Jean d'Olendorf était peintre du duc de Bavière. Hans Miélich (lôiô-iôya) a orné de figures plus correctes les beaux manuscrits d'Orlando Lasso , le célèbre musicien de la même cour. Christophe SchwartZ| né à Ingolstadt en 1 55o f mort à Munich en i Ô94 1 est, je crois y le pre« mier qui rompit âCvec cette tradition ; il fut élève direct du Titien. J. Rottenhamer, né à Munich en i594> alla étudier à Rome, puis à Venise chez I0 Tintoret ; il revint se fixera Augsbourg, où il mourut en 1 6o4- Charles Lo ih , né à Munich en 1 63^ , mort à Venise en 1698, fut une des merveilles de son siècle; élève de son père Ulric Loth et du Vénitien .Piétro libéri, il fut recherché de son vivant par toutes les cours de VAlleiûagne. Fr. JoachimBeisch^ né en i663, mort à Munich en 1748, imita Salvator Rosa dans le paysage et dans l'histoire.

A Francfort on vit paraître le paysagiste Adam Elzheimer (1574-1620), qui visita l'Italie et y forma le Hollandais Cornélius Poëlenburg (1686-1660); le fameux Joachim Sandrart (1606-1688), qui après avoir été comblé de faveurs en Angleterre par

!208 DE l'aBT en ALLEMAGNE.

Charles P% çn Italie par le pape Urbain VIII, vint mourir dans son pays, où on Ta comparé, quelquefois même préféré au Titien; la famille des Roos, tribu nomade d'artistes qui campa dans toutes les cours de l'Europe durant le xvii* et le xviii" siècles, qui embrassa plusieurs genres et prit plusieurs manières au gré de ses protecteurs ; le peintre de fleurs Abraham Mignon (1640-1679), qui tressa ses guirlandes, comme c'est partout la coutume, pour couronner la décadence. Il serait inutile de pousser plus loin cette recherche des dernières productions de l'art germanique. Les peuples, qui représentaient en ce temps-là le véritable génie allemand, étaient protestants et sans images; d'un côté ils ne voyaient plus rien de leur vie percer à travers les formes italiennes qui dominaient dans leur patrie; d'un autre côté ils avaient un esprit trop élevé et une condition politique trop indécise pour enfanter quelque chose d'analogue à cette peinture élégante et positive dont la richesse du commerce * et l'activité d'une révolution avaient doté le calvinisme hollandais.

Hautes époques italiennes.

L'Italie, mise en possession des œuvres antiques par les flottes de ses républiques raarchan* des et par les fouilles pratiquées dans son propre sol, se trouvait naturellement disposée à développer Télément idéal dont nous avons constaté la présence au sein de l'art byzantin; ainsi elle acqtiit 11. i4

210 DE l'art Eir ALLEMAGNE.

promptement une supériorité irrécusable sur les nations du Nord , qui s'approprièrent au contraire rélémcîït réel contenu dans le même art; je crois cependant pouvoir montrer qu'elle subit, dans les époques supérieures, Tinfluence marquée des races tudesques, chez lesquelles le principe ogival avait élé érigé en système, et qui, en le transmettant aux artistes ultramontains, les aidèrent non seulement à se débarrasser des langes de la tradition byzantine, mais encore à composer, simultanément avec l'aplique, le caractère de leur style nouveau. C'est pour celte raison que j'ai dû placer en dernier lieu, dans ce tableau de la peinture moderne , les Écoles italiennes qu'on a l'habitude de mettre au premier rang.

Des deux époques que j'ai précédemment signalées, de l'époque byziAnline cloDt le pUm cintre fut le principe, de 1 époque gothique correspondante au règne court et peut-être trop vanté de l'ogive, la première seule a été jusqu'à ce jour bien reconnue dans la péninsule. Si on en croyait les critiques qui ont agité ces problèmes , le génie italien aurait substitué, presque sans transition , fes propres types aujt majestueuses et pesante^ figure^ qui caractérisent la première époque d« l'arl cbré» tien. Une inspection superficielle des écoles ultrft^ monlaines justifie cette opinion j et Ipno^t porté à se demander si la persistftnçç de la peintura iiy<v

HAUTES ^POQrES ITALTCTf]fe6. 911

unfine parmi les peuples méridionaux ne tien» cirait pas à celle de rarchitecliire cintr<!^e qui se foaintinr assee gén/*raleinent, sans intetTn('/(ion , aurdclndes Alpes , et surtout au dd.ides Apennins. Cependant Togive fleurit ansdi sur le sol italien; si les moniunents qu'elle y a formés ont été jusqu'à co jour négligés, voici venir le temps où ils attireront )ieut être une admiration qui aura besoin d'être contenue. La seconde époque do Fart moderne a du laisser des traces parnû les peupirs du Midi comine parmi ceux du Nord ; mais chez les pre« miers, non plus que chez les seconds, elle ne doit point dérober la vue det» deux autres époques, Ijs grand problème qu'elle présente est celui de savoir •i l'ogive qui Ta constituée eHt née en Italie par la force même des choses, ou bien si elle y a été apportée du dehors. Le Christ ogival qu'on admire dans les sculptures de la cathédrale de Reims se r^etrouve dans les peintures de TÊcole de Florence, et jusque d^ins celles de Raphaël. Faut-il expliquer WUe merveilleuse rencontre par une concordance nécessaire » ou par imo transmission réelle?

Il y a vingt ans, quand on avait prononcé le nom du Florentin Cimabué, on avait satisfait la curiosité des esprits les plus désireux de connaître les origines de l'art moderne. Depuis lors, on s'est avisé que l'ise et Sienne, qui avaient devancé Florence dans la voie "ducommerce et de la politique, avaient bien pu aussi

1213 DE LAAT EN ALLHMAGITE.

la précéder dans celle des arts. Ce fut le point de départ de recherches nouvelles qui se sont concen* trées dans la Toscane, et qui ont abouti à montrer dans Sienne le berceau de ]a peinture itaUenne, dans Pise celui de la sculpture. Je ne pense pas qu'on ait eu tort d'enlever ainsi à la ville des Médicis l'initiative évidemment exagérée qu'on lui attribuait autrefois; mais a-t-on poussé assez loin les investigations? Pourquoi les avoir bornées à la Toscane? Pourquoi ne les avoir pas continuées dans le nord de l'Italie? Puisqu'on avait pris l'histoire pour guide , pourquoi ne s'être pas souvenu que c'était là qu'avait battu pour la première fois le cœur de ce beau pays? Pourquoi ne s'être pas rappelé que deux fois la ligue lombarde donna le signal de la liberté et de la civilisation italiennes?

Quel est le caractère de cette école de Sienne dont la critique actuelle a revendiqué les droits méconnus? La Pinacothèque de Munich possède une tête de Vierge et un ange Gabriel de la main de Guido Senese, le plus ancien de ces artistes retrouvés, celui qui concourut à la décoration de la cathédrale , celui dont le nom se rattache à une peinture datée de 1 22 1 , achevée par conséquent prés de vingt ans avant la naissance de Cimabué. Ces deux morceaux sont peints sur fond d'or et portent tous les signes de la manière byzantine , dont ils ne se distinguent que par une douceuf

HAUTES JÉPOQUES ITALIENNES. 21 3

naissante, et par un premier effort tenté pour rapprocher de la nature italienne les rudes et sombres types des Grecs. Telle fut , en effet , la marque distinctive de Bonamico, de Parobuoi, de Diotisalvi , de Duccio enfin qui couronna celte génération, et qui fut, pendant la dernière moitié du XIII* siècle , le rival de Cimabué. La seconde génération des peintres siennois, qui embrasse le XIV* siècle, et qui compte Taddéo di Bartolo , Âmbrogio, Pietro di Lorenzo, Simone Memmi enfin, sa plus grande gloire, développe la douceur native de Técole , sous des formes toutes nouvelles qu'elle a empruntées au Giotto.

Au xir siècle , à Tépoque même où naissait Guida Senese, en creusant les fondements de la cathédrale de Sienne, on trouva le groupe des trois Grâces qu'on voit encore aujourd'hui dans la sacristie de celte église: ces déesses présidèrent à l'enfantement de l'art de l'Italie moderne, comme elles avaient réglé le développement de celui de la Grèce antique; elles communiquèrent aux maîtres siennois une aménité inconnue aux Byzantins , et cette grâce pittoresque qui, tout en faisant pressentir un type de beauté universelle, a encore le charme piquant d'une forme particulière. Le byzantinisme modifié par les premiers et naïfs reflets de la grâce antique, voilà le point de départ de l'École de Sieniiej mais dans Simone Memmi comme dans

fil4 OB II' ART BV ALLtMAOVB*

Oiôtto < i) y d diifrô ëbOâé qU§ Ifl rêflaisSflttdê dé l'Antiquité.

L'École clé Pisé n dtîe ot^igiiié analogue. Lés O^ lotines anti(|ttes, les bas^-ieliefs (;f6(?s ûvéù lësqtteb ]ës Pisàn^ lestaiéht leurs vaisseaux mt les côté§ de l'Asie^MitieurCj leur fournirent les thatéridUM et Titléè de la cathédrale qu'ils firent életer, ftil eommenceitietit du ji^i' siècle, par un ardntectt nommé Bllschettd, né datis rtlô dd Dulychiutti« ' Ce Grec amen.i^ sans ddcurt doiite, avéd Itit de* peintres de soil pàys^ qui n'eurettt potiHant pôitlt^ il ce qu'il parait, dé nouibreiDt imitateurs et) Ml endroit; mais les sculptures antiques qu'il sut efl^ chasser dans sou mouuiricnt toruièrent îi f.l longue des élèves i*emarquablés. Au cdmttièfiôetnétit dti xtli' siècle, avant la naissntiec de Cimnbu^, NiCôldl de Pise s'était i\é}k î*eridu célèbre par les sGuIptni«* et par les coilstrudtidus dont il était l'auteut*, et dti Toli retrouve des IvatPi d'une imitation flâislinte derorttlquejson fils Oiovdnni, qui bâtit le Cîltlipô* Santo dân§ les premières artuées dU xrv* Siècle^ se monircl le digne héritier des tateUts et du gdûf de son père. Vasari ajouté dssez légèreniefit ([iii d«ihs quelques utis de ses ouvrages^ GiôVAtttii feitt» ploya plusieurs Alleirtauds îl qid le pape Dotli' face VIII confia ensuite de nombreu* travduil i\9 sculpture et d'architecture a Saint-Pierre et H Ci vîtS' CasCellaiia« Les petites ogives qui séâl iii^Htei

HAUTES iPQQUES ITÀLIËKNBS. Û\5

dans les pleins cintres duCaropC^Santo ne seraient^* elles pas Tôeuvre spéciale de ces Alleinatids? Dans le monument lui-même ^ qui autour de la teri^e sépulcrale rapportée d'Orient, jelte ses arcades romaines ornées de broderies gothiques, il me semble voir une excellente image de la diversité des éléments qui entrèrent dans la formation do Tart italien.

Yasari est plein d*indications , peu remarquées jusqu'à ce jour, sur l'iuûuence exercée en Italie par les artistes allemands durant le Moyen- Age. Il parle de Buono^qui, après avoir enrichi Ravennes de constructions au milieu du xu* siècle, parait successivement à Naples, a Venise , à Fioreiice, à Pistoia, à Arezzo, laissant ça et là des édifices et des statues gothiques. Il attribue le meilleur goût qui parut ensuite dans les monuments de la Toscane, à un Allemand nommé Guglieimo, qui corn*mença en l'an 1174 lerection du campanile de Pise,sur un terrain qu'il ne connaissait pas bien^ et dont l'affaissement détermina bientôt Tindinai^ sop de 1 édifice. Au st^le qui règne dans les constructions de ces maîtres, il est aibé de juger qu'ils appartiennent à la première époque de l'art moderne; mais je croirais volontiers qu'il est question du principe de la seconde époque dans le passage où le biographe raconte que Giovanni de Ti.^e, appelé à I^istoia pour y sculpter une chaire , avait à

2l6 DE L*ART EN ALLEMAGme.

lutter contre un Allemand qui venait de terminer, dans l'église de San Gioi^anni^Evangelista ^ une chaire , objet d'étonnement pour les Italiens.

Poursuivons à travers Tbistoire de l'architecture cet art qui renferme et règle tous les autres, les obscures origines de la peinture. Quel est le véritable fondateur de Fart florentin? C'est maestro Jacobo, qui, après avoir erré aussi par toute la Péninsule, construisit, sur la montagne d'Assise, foyer des dévotions et de l'art du Moyen-Age italien , cette double église de Saint-François, où il éleva sur un rez-de-chaussée byzantin un premier étage ogival , afin de rendre témoignage aux deux époques entre lesquelles il était comme suspendu. Rendu célèbre par ce magnifique ouvrage, il fut attiré à Florence, où il mourut en 1262, après avoir vu son nom changé pour celui de Lapo, par l'usage du diminutif toscan. On sait, dit M. Quatremère de Quincy , que ce maestro Jacobo était Allemand d'origine. Arnoifo di Lapo, c'est-à-dire Arnolphe fils de Lapo, apprit, au dire de Vasari, à iiessiner chez le Cimabué, ce qui signifierait qu'il était un grand architecte avant de connaître le dessin; car, à la mort de son père, et n'étant âgé que de trente ans, il jouissait déjà d'une haute réputation, et, à cette époque, Cimabué , plus jeune que lui de huit ans, et n'en ayant par conséquent que vingt-deux, était sans doute encore l'élève timide des Byzantins.

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