HAUTES EPOQUES ITALIENITES. QI
Arnoifo di Lapo est considéré, à juste titre, comme le père de la Renaissance; mais dans la cathédrale de Santa Maria del Fiore, qui lui a valu cette gloire, au milieu d'une ordonnance presque antique et toute toscane, il employa Togive, dont sans doute Jacobo avait introduit le système en Italie, et qui exerça une influence décisive sur l'École de Florence.
Que serait-ce donc si je poursuivais ces recherches dans le nord de la Péninsule? La basilique de Venise et la cathédrale de Milan indiquent clairement, aux deux extrémités de la Lombardie, les deux origines principales de l'art de ce pays. Si le génie de Byzance brille dans les coupoles de Saint- Marc, celui des races tudesques s'élance librement vers le ciel avec les innombrables aiguilles du dôme des Visconti. Qui a donné le plan de ces élégants palais qu'on admire dans toutes les villes intermédiaires, jusque dans Venise même, et dont les ogives, enlacées aux balcons et aux fenêtres, semblent autant de fleurs gothiques épanouies sur une tige orientale? Assise aux bords de l'Adige, Vérone est demeurée jusqu'à nos jours une citadelle germanique à l'eqtrée du sol italien ; elle dut être l'arsenal des arts aussi bien que des armes de l'Allemagne. On y remarque en effet sur les murs delà basilique de Saint-Zénon qui date du xi® siècle, des peintures qui sont supérieures non seulement à celles deCimabué , mais peut-être à celles deGiotto
fll8 AB l'a AT SV ALLiUAGink
lui^onéme. Les ligtîefi de Ms p&l6» et mftigrei fre«^ qdetf ont toute la beauté délicate et élailcée dei couvres les mieux caractérisée» de là seconde épo« que du Moyen-AgCé Scipîou Maffei, qui a illuttré sa patfie au dernier siècle par les talents les plui divers et les plus élevés, a reconnu au bas de ces ouvrages la date de l'année ia38; et comme Cima* bué ne naquit que deux ans après f il en conclut qtie Vérone avait enseigné la peinture à Florence» Si Maffei avait considéré qu'en i338 Tempercur allemand Frédéric II était encore maître de Vérone et d'une grande partie de l'Italie ^ il aurait peut-* être Compris qu'il était plué important et plus sérieux de se demander si l'École de Vérone et celto de Florence n'avaient pa^ , toutes deux , r^çu TiDfluence commune d'un principe étranger^
La Germanie est poussée sur l'Italie par un mouveitient irrésistible et presque continu; elle y jetft les Cimbres dès le vu' siècle de là république romaine j elle y vomit ^ au v^ siècle de l'ère cbré* tienne, le déluge de baf'bares qu'elle tenait su»^ pendu dans ses flancs, et dont elle épaUcba les cataractel de siècle eti siècle» jusqu'à ce que Cbâk*lémagne lui*inéme descendit sur cette terre antique pour y restaurer la domination tudes* que au nom même de la civilisation de l'Antiquiléi Lorsqu'au bout de deux siècle^ le sang de oe grand homme s'y fut a£^ibli coinme eil Fmactff
HABTES ÉPOqmtB ITALlliriIBS. Atf
c'mX ell0 qui y reparut ded» la p^fBonn^ de i'itil* pereur Otboo^ lequel i'étant outeft uti chtmili par la possession de Vérone ^ réuliil au k* siècle la Péninsule à ses autres États; cesC elle qui^ pendant le xi* siècle , vit&t atedHefirilV y dis' puter à Orégoire VII le commaddemenC d^ Tiina^ ginaire empire auquel Cbarlemagne avait dOndé deux chefs} cest en tore elle qui» au xii* sièold y envoya ce Frédéric Barbetousse qiii diarqua son passage par de si terribles vengeances f par de si magnifiques fondations; c'est toujouiS elle qui » au commencement du %iu* siècle, y poussa Fréd4« rie il ; et qui « lorsque ce prince en fut I)ba8eé par la seconde ligne lombarde i y laissa ddds toutes léi provinces^ dans toutes les cités» dans toutes lee iamilks, ces Gibelins implacables, qui«conspi<» rèrent pour elle durant trois siècles, aU milieu du massacre de leurs concitoyens et de la ruine de leur patrie. Tant d armées , tant de princes^ purent"* ils descendre dans la Péninsule sans y jeter la ië* mence de leur esprit , et plus tard sans y porter le germe des arts qu'on cultivait au nord des Alpes? Pour suivre des plans si constants, pour soulever des passions si vivaces, ne fallait-il pas que l'Allemagne eût alors , au moins sous le rapport de l'autorité et des richesses qu'elle enfante, une civilisation supérieure à celle d'Italie, dont les petites villes, isolées dans leurs franchises particulières, n'avaient
Oâo DE l'art en allemaone.
point encore Fémulation et les débouchés d'où vinrent bientôt leurs rapides accroissements.
Mais est-ce dans le sein de rAllemagne qu'a été constitué le système ogival dont je cherche les traces en Italie? Est-ce rAllemagne même qui l'a transmis la première et directement à la Péninsuie? Lorsque Vasari appelle tedeschi les artistes qui traversaient les Alpes et les Apennins au xiii* et au XIV* siècle , veut-il dire qu'ils venaient réellement des provinces germaniques , ou bien seulement que le sang tudesque coulait dans leurs veines? Ne se sert-il pas du nom de gothique, comme Jules II employait celui de barbare , pour désigner collectivement toutes les races vivant au nord de l'Italie? Questions difficiles , que l'amour-propre des nations complique encore, et sur lesquelles j'espère cependant répandre quelque jour. En ce moment, toutefois, il suffira de les avoir réservées, et de rappeler que je me propose ici d'étudier non pas l'origine du système ogival , mais son influence sur la peinture italienne.
Ecoles WÈmwewktÈmmm*
On nous peint Cimabué (i a4o-i3oo)9 comme un fils de noble famille , entraîné vers la peinture par une vocation irrésistible, formé successivement par les Grecs qui travaillaient à Florence, et par des arlisles de Pise, tournant un beau jour son regard de ses modèles vers la nature, s'îndignant de
aia DE LA.RT EN ALLEMAGHZ.
ne la point retrouver dans les pesants symboles que son pinceau avait appris à tracer, prenant alors l'héroïque résolution de b'approcber d'elle , mais écrasé par cetle forme byzantine, la seule qu'il connût, ne pouvant en secouer le fardeau, et aboutissant tout au plus à dessiner des yeux, des lèvre» et des nez plus vrais, dans les contours inéluctables de l'art oriental. Nous acceptons entièrement cette interprétation : la Vierge peinte sur fond d'or que la Pinacothèque possède , et celle qu'on peut voir au Louvre n'ont rispai'i s'écarte sensiblement des types de la première époque byzantine.
Giotto paraît et change la face de l'art italien. N'eut-il donc point d'autre maître que le Cimabué? Les biographes ne nomment que celui-là , et nous réduisent à chercher dans la vie et dans les œuvres du véritable foMklMip d* la peinture florentine, les secrètes origines de son génie. Angélus di Bondone, c'est le nom véritable de notreartistc, naquit en 1276, d'un laboureur, à la villa di Vcspignano, à quatorze milles de Florence. Paire, il fut révélé par un hasard à Cimabué , qui le prit dans son atelier, I) coiriinença à se aignalsr dans la ville méme> r dan» l'église d'Atsùa des prine lui avqit inspiré le deHiH,et (lulieu lui dicta Je style. Avec un w l'intelligence revendique m lit des coupofittons syniboliqu«»
ieoti» non^mu* «a?
don# lot orci bysaotin» de la chapelle inférieiirajii encadrât dana les ogivea du aanctuaire tiupériaurt dea wèn^ lég^ndoir^a où la vie ae produisit aotia des formes à la foi» pUia réellea et plua élancéea» Ayant ainai fermé le cliamp de Tépoque Aniérieure, et ouvert celui d*uf)e ère nouvelle » il fut nppelé k Piae, et employé à décorer Campo-Santo; il put y rencontrer les artiates tude»quea que Giovanni Pitiano avait ocçuelllia) il dut lea retrouvèrent core c^ Rome, où il orna la tribune, la sacristie et le pourtour de Saint^Pierre. Pe Home, il fut em« mené par le pope Clément T à Avignon, dana ce paya de France qui renferme les plua beaux et les plua nombreu?( ouvrageade Tarcbiteciure ogi« vale» et qui devait avoir ausai sea peinturée gotbi* quea- 11 lut ensuite convié par lea Scaligera à peindre une cbapelle de Pndoue» et à aéjourliera Vérone, où il a^aboiu^ha avec l'école locale qui conaerva jusque vers la Un du ilw siècle quel» que chose de son germoni^me primitif; il fut attiré à Havennes par le Dante ^ qui ne tarda pas d'y terminer aon double exil. Bientôt à I^aples, il peignit des sujets de TApocalypse dont le Dante lui avait probablement aussi indiquâtes sujets. Ceat à cette époque, s'il en laut croire Yasari, que le génie de Oiotio prit son entier développement* A Rome, à Rimini, à Revenues, à Florence où il séjourna queU quca onnéea , à Padoue et A Vérone oà U retourna.
!^q4 I>^ ^ ^^'^ ^^ ALLEMAGNE.
à Milan où il parut, il exécata alors ses plus beaux ouvrages. Il est donc à penser qu'il tira un grand fruit des inspirations et des modèles qu'il rencontra dans ses nombreux voyages.
Si l'on pouvait douter du caractère des modifications qu'il subit, on en trouverait un indice certain dans le campanile de la cathédrale, que deux ans avant sa mort, en i334, il fut chargé de construire aux frais de la république de Florence. Dans quel style conçut-il cet édifice célèbre? C'est Vasari qui répond : dan^ le style tudesque de Vépoque. Il y avait alors prèis de cent ans que l'Allemand Lapo s'était établi à Florence; il y avait près d'un demi-siècle que son fils Arnoifo di Lapo avait dessiné le plan de la cathédrale; mais le mo«> nument de Giotlo est plus gothique encore que celui d'Arnolfo; et l'on sait quel étonnement éprouva à sa vue Charles-Quint, qui était pourtant habitué à refflorescence de l'architecture des Arabes et de celle des Flamands.
Quelle hésitation pourrait rester dans l'esprit de celui qui a vu à Padoue les peintures de la chapelle de \ Annunziala? Les figures tracées sur les murs de ce sanctuaire offrent sans doute une harmonie qu'on ne retrouve dans aucune œuvre du génie germanique, je ne sais quoi de coulant, de souriant, d'élégamment animé, qui trahit déjà l'étude et l'imitation de lantique; mais où ont^elles
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pris ces formes svelteset déliées qui contrastent si fort avec les lourds fantômes des Grecs et de Cimabué? cette expression rêveuse et profondeque l'Antiquité ne connut jamais? ces types consacrés par rimagination des peuples du Nord, et qui furent dès lors adoptés par l'imagination italienne? TantqueCimabué n avait en sous les yeux que les formes de l'art byzantin et celles de la nature, ne connaissant pas d'intermédiaire entre ces deux termes , il était demeuré captif dacs ses antiques liens, avec le douloureux et stérile sentiment de leui gêne. Tant que les Siennois et les Pisans n'avaient eu, pour s'affranchir des types orientaux, insuffisants au gré de leurs sensations nouvelles, d'autres exemples que ceux de l'antique, ne trouvant pas de transition immédiate pour passer de l'un à l'autre de ces deux systènaes, ils étaient aussi demeurés les esclaves du premier. Mais lorsque Giotto eut découvert dans la peinture ogivale un dérivé de l'art oriental, il s'en servit comme d'une voie qui le conduisit facilement, et par des changenients ménagés , à l'étude de la nature et à celle de l'antique, double désespoir de ses devanciers. . Je l'ai montré, l'Allemagne a extrait du sein de l'art byzantin le naturalisme qui y était contenu; mais avant de pousser cette méthode aux conséquences qui remplirent la troisième époque, elle avait, dans la seconde, par un effort naturel de H. i5
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l'esprit occiflental, composé tout un ensemble de figures où l'imitation était encore soumise à certains caractères générau3^ et préconçus. Par cette subordination qui est la source du style, par la maigreur même de ses galbes, l'art gothique a des rapports évidents avec l'art grec; par l'expression de ses visages, il s'en éloigne et s'élève au-dessus de lui. Giotto avait des modèles de l'un et de l'autre de ces deux arts , et il trouva le point où il pouvait les unir pour satisfaire les penchants déjà complexes de son siècle. Sa gloire et les immenses progrès qu'il fit faire à la peinture couçistent donc en ce qu'il détermina, dans la péninsule, le passage de lepoque dorienne à l'époque ionienne j et qu'il composa le principe de celle-ci par la fusion de l'élément ogival, avec une moindre part de l'élément antique qui devait prévaloir peu à peu en Italie, et y amener insensiblement une révolution dernière. Cette interprétation explique non seulement toute l'histoire des écoles ultramontaines, mais encore la merveille de ces Allemands qui, de nos jours, sont allés réveiller dans son tombeau l'art chrétien de l'Italie, et qui en ont si bien mêlé les images avec celles qu'ils avaient empruntées à l'art de leurs ancêtres , que je ne voudrais j as, à la rigueur, d'autre preuve deJa fraternité des vieux peintres de Cologne et des vieux peintres de Tlorence.
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Les inusées de rAliemagne offrent des témoignages éclatants de la transformation que Giotto opéra dans la peinture italienne. La galerie de Serlin renferme beaucoup d ouvrages antérieurs à ce changement , beaucoup de ceux qui en portent la trace. Les premiers, qu'ils appartiennent à l'École de Pise ou à celle de Florence, sont encadrés dans des compartiments carrés, quelquefois ronds; ils sont presque entièrement exécutés avecTor qui brille toujours dans les fonds, et qui reparait dans les figures pour former le# traits du dessin et les plis de la draperie. Si par^ fois, à défaut du paysage qu'on n'y voit jamais, ils admettent une décoration monumentale, ils Yem^ pruntent à l'architecture cintrée, dont les propor* tions se retrouvent ordinairement dans les corps des personnages, toujours dans les têtes graves et fortes. Les seconds, au contraire, sont entourés de cadres découpés en ojgives; ils ont banni l'or non seulement de la circonscription des figures, mais encore de la plus grande partie du fond, qui commence à recevoir quelque décoration naturelle. S'ils ne font pas servir l'ogive au plan fondamental des édifices, ils l'emploient toujours comme ornement de détail, surtout dans les trônes des Vierges, où ils la mêlent aux trèfles; quant aux personnages, ils leur prêtent des formes élancées, des têtes ovales , des yeux fendus, une expression
a^S DE l'art en allkmagnk.
douce et souriante. Les premiers tableaux appartiennent au XIII* siècle ; les seconds datent du XIV'.
Ce n'est même qu'a la fin de ce siècle que Fogive semble avoir tout-à-fait entraîné TÉcole siennoise dans les voies nouvelles. Né à Sienne, Simone Memmi (1284-1 344) vécut, comme Giotto son contemporain et sans doute son ami , dans de con tinuels voyages; par la vérité de ses portraits, par l'élégance de ses figures, il se range au nombre des artistes distingués de la seconde époque. Ambrogio di I^renzo , qui florissait à Sienne vers Tannée i342i, compte au Musée de Berlin une scène légendaire qui se distingue par la naïveté de l'imitation , par la candeur des airs de tête , par la virginité du style. Barna, qui florissait en 1870, et qui est mort en i38o, est représenté, dans la même galerie, par une Madone dont le trône est tout brodé d'ogives , et qui joint encore à la finesse giottesque un élément plus terrible et plus ancien. Taddeo di Bartolo , qui était élève de Bartolo di Fredi, et qui florissait en i4oi , peignait la Vierge sous les formes popularisées par Giotto ; le Christ sous celles que les Byzantins avaient consacrées. lies deux frères Sano et Lorenzo di Pietro, qui vivaient au commencement du xv* siècle, annoncent déjà, par leur caractère plus dur et plus commun, la décadence de l'École natale; comme
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si la 6n de cette École voulait en rejoindre les commencements, Matteo da Siena, qui travaillait de 1469 à 1491 9 revenait volontiers à la gravité de Cimabué.
A Florence même, Taddeo Gaddi (i3oo-i366), élève direct de Giotto, affermit la révolution que son maître avait faite; il acheva le campanile de Santa-Maria del Fiore , et se distingua par l'expression qu'il sut donner aux physionomies. Il est représenté, dans la galerie de Berlin, par trois panneaux où les ornements et le caraclère de l'art ogival sont répandus à profusion. Il forma Agnolo Gaddi (13127-1389), .son fils, qui imprima un grand caractère à ses figures. Les deux Orcagna, disciples du Dante autant que de Giotto, portèrent la nouvelle manière floreritine dans ces fameuses peintures du Campo-Santo de Pise, où respire encore l'énergique et sombre sentiment de la période byzantine. Spinello (i3o8-i4oo), de la petite ville d'Arezzo, à qui l'on donne pour maître Jacopo da Gasentino, offre, dans six compositions conservées au Musée de Berlin , tantôt le caractère de l'époque cinlrée, tantôt celui de l'époque ogivale. Antonio le Vénitien (m. i383) transporta l'ardente couleur des mosaïstes de son pays dans l'École de Giotto , que la fresque avait habituée à un coloris plus pâle et plus blond. Stephano de Florence, faisant un autre pas vers le naturalisme,
a3o DE l'art bu AtiisMAôirE.
proisentit le besoin de la perspective. Stephatio ToitiQSd (i3q4-i356) fut surnommé le GiottinOj pâfce que , clans Li féconde époque qui suivit la mort du Giotto , il reproduisit avec habileté les qualités de cet artiste éminent. Gherardo Starnitia (1354- 14^7) se rendit remarquable par une science de dessin inconnue avant lui, et annonça tout ce qui allait suivre. Quiconque aura pu voir les cftuvres de l'Ecole que ce dessinateur couronna j et les comparer à cellesqui signalaient au même temps rÉcole du Bas-Rhin , ne doutera ni de leur simili^ tttde^ ni des rapports de leurs origines.
A la fin du xîv' siècle, s'éleva à Florence une gé* nération qui subordonna et sacrifia de plus en plus à des principes nouveaux les traditions du style ogival* L'architecte Brunelleschi (i377-i44i)> formé par les professeurs de mathétnatique qui s'étaient établis dans sa ville, par les ruines de Rome qui détenaient dès lors un objet de curiosité et d'étude j donna d'admirables modèles où le génie de l'Antiquité brillait dans des formes majestueuses et libres. Le sculpteur Donatelio ( 1 383- 1 466 ) trempa son art aut mêmes sources, sans pourtant lui rien faire perdre encore de sa simplicité. Un autre sculpteur. Lorenzo Ghiberti (1378-1456), qtii aux leçons de Starnina avait joint celles des orfèvres répandus aussi dès lors en grand nombre à Florence j s'avança davantage vers l'imitation de l'antique ^ et eterça
uneihfluence plus décisive. Les Méditis enfin , qui cotî)niençatenl à de placer par le négoce, pai* lé foste> par le goût, à la tête de la république, et qui deitialidaient pour leurs palais des peintures en rhôUneur derAntîqiûté partout renais5?inte, contribuèrent à modifier les lendatices de Tart. Lorsqu'au hiîlieu du tv* siècle^ les Grecs échappés à la prise de Constantinople, offrirent k Tllalie leur» manuscrits et leur science, pour prit de Thospitallté qu'ils imploraient, ils ne donnèrent point, comme on le croit généraleuieni, le signai de la Renaissance; le Dante et Giotto l'avaient inaugurée , dès le commencement du )civ« siècle, sous des formes propres ûti christianisme; et avant que ce même siècle fût arrivé à son terme, Brunelleschi, Ghiberti et les Médicis l'avaient rendue maîtresse absolue 4 en ouvrant pour Tttalie le seuil de la trotiième époque.
L'artiste qui, le premier, appliqua ceà nouvelles dispositionsh la peinture, se nommaitPaolo Ueeello (i389-i47îx\Elève d'Antonio le Vénitien,ilavaltapprisde l'Helléniste Manetll les lois dé la perspective linéairedont il passe communément pour l'inventeur; par cette découverte, il acheva de faire descendre sur terrect d'asstijettir à la réalité Tart qui avait jusqu'alors poursuivi ses rêves et inscrit ses symboles dans le ciel éclatant et indéfini des Byzantins. Du reste, il avait sans cesse sous les yeux le portrait de
Brunelleschi et celui de Donatello; il orna le palais des Médicis de peintures d'animaux , dont il avait des volières pleines , et dont il tira son surnom. Son contemporain Massolino da Panicale (iSyS^i^iS)» élève de G. Starnina et deL. Ghiberti, était orfèvre, sculpteur et peintre, comme le second de ses maîtres ; avec lui commença , au sein de FÉcôle florentine une tradition particulière que nous allons voir se développer sans interruption jusqu'à Michel- Ange. Elle consista, comme celle de Nuremberg, dont les adeptes ont de singuliers rapports aveclessiens, dans ce sentiment accusé du dessin qu'enfante l'orfèvrerie, et dans cette distribution plus savante des clairs et des ombres que la pratique de la gravure dut enseigner ; elle ajouta à ces deux qualités une intelligence et une imitation plus habiles de l'antique. Massolino alla à Rome, y étudia les chefsd'œuvre que la terre restituait tout à point au génie humain , revint à Florence, aida Ghiberti dans la confection de ces fameuses portes du baptistère auxquelles tous les grands talents de ce siècle touchèrent, et entreprit, dans l'église des Carmes, les peintures de l'histoire de Saint-Pierre, qui, lorsque Masaccio les eut achevées , décidèrent la révolution annoncée par Paolo Ùccello. Thoma di San-Giovanni, surnommé le Masaccio (i4oi-i443), recueillit, comme il arrive souvent, le fruit des travaux de Panicale, son maître. Il emprunta quelque chose à
icOLKS FLORENTllTES. s33
toutes les formes de son temps, à l'architecture son goût et sa grande ordonnance, à la sculpture et à l'orfévrerie leurs reliefs, leur dessin ressenti, le jeu riche de leurs lumières, et il composa avec ces éléments un ensemble parfait qui est demeuré jusqu'à ce jour comme le type même de la peinture moderne. La Pinacothèque de Munich possède quatre pages de celle main que le poison glaça avant l'âge.
Alessio Baldovinetti (1426-1499), dont j'ai vu des pages curieuses à Mimich et à Berlin , avait été élève de Paolo Uccello avant d'être celui de Masaccio. Au plaisir qu'il prend à dessiner des commencements de paysage dans ses fonds, à sa manière encore rude, on reconnaît que les leçons du premier maître n'ont point été effacées en lui parcelles du second. Il eut pour élève un orfèvre , Domenico Corradi ( 1 449"^ 493), que son goût pour les fleurs de son premier métier fit surnommer le Ghirlandajo. Celui-ci, dont on peut voir au Louvre une page admirable , est représenté à Munich et à Berlin par de nombreux ouvrages, où l'on distingue le beau caractère de la Renaissance mêlé à de fréquents souvenirs des époques antérieures, et la double tendance de ce noble style florentin qui ne redoute ni l'apreté ni la vie. Ghirlandajo fut un des grands artistes du xv' siècle; il appartient, on peut le dire, à la plus glorieuse génération
2l34 DE li'ART Elr ÀtL£MA<^flE.
de Florence, à celle qui fut complice dé la splèfi* deur de Médicis, et qui alla révéler à Rome» soumise à d autres traditions , la puissance d'un art nouveau. Pour lui, il eut encore un autre honneur, il fut le maître de Michel-Ange;
Parmi les élèves directs de Masaccio se distingua f raFilippo Lippi (1400-1469). Ce moine fougueux, non content d'avoir enlevé une novice du couvent des Carmes, eut encore l'audace de substituer le portrait de sa maîtresse au type de la Vierge que l'art avait jusqu'alors transformé sans le profanéf . Berlin possède de lui deux pages où l'on voit l'ex* pression s'amoindrir considérablement, le contour gagner en finesse , le paysage acquérir de la pompe et de l'étendue. Alessandro Botticelli (1437-1616), avant d'entrer dans l'atelier de Filippo Lippi , avait été orfèvre, comme le Ghirlandajo, avec lequel il travailla à la première décoration de cette chapelle Sixtine, qui sembla être, dans Rome, une propriété héréditaire du genre florentin; comme le Ghirlandajo il se fit aussi remarquer par une vigueur qui n'excluait pas l'habileté , quoiqu'elle fût poussée presque à la rudesse* Il est représenté à Dresde par une Adoration des Mages dont le dessin et les draperies , modelés sur les travaux de son premier métier, ressemblent aux œuvres de la troisièttie époque allemande; à Berlin , par une Vénus qui rappelle celles de Lucas Kranach. Il forma l'enfant
né dès pâàsiotts de soh mattfe , Fillppitio Lippl (i46o'i6o5)j qiiî, plus sec encore dans sd couleur, pkié affecté dans ses expressions, donna un soin particulier* à ses paysages. Un autre imitateur de FilippD Lippi, grand attiafeiir de grottes, de mers et de montagnes, Andréa di Castagno (i4o6-i48o), que son humeur noli'e fit surnomer dtW intpicati \des pendus}, couronna par un crime odieux un progrès important qu'il effecrua au sein de rÉcole florentine. A cette couleur pâle, et quelquefois crue, que l'habitude des fresques, peut-être aussi l'exemple des vases antiques, avaient maintenue depuis Giotto, il fit succéder im coloris plus vif et plus chaud. Antonello da Messina ( i /!i47* i ^96) est, à ce qu'on croit , le premier Italien qui apprit d'un élève des Van Eyck , de Roger de Bruges , le procédé de la peinture à Thuile ; il l'enseigna à Venise où il l'enflamma encore au feu des mosaïques grecques; un Vénitien qui s'appelait Domenico rapporta à son tour à Florence, où il ne le fit connaître qu'au Castagno, et où bientôt il mourut assassiné. A sa dernière heure, le Castagrto avoua le meurtre qui l'avait fait l'uniqtie dépositaire d'un secret, grâce auquel les derniers Florentins recoilquirent cette brillante pourpre byzantine dédaignée parles fondateurs de leur École. Son principal élève Antonio PoUajuoIo (1427-1498), était â la fois peintre, sculpteur et graveur. Il comttiekiça à joindre l'étude
q36 de l'art en ALLEMAGlfE.
de ranatomie à celle de l'antique , et donna ainsi une grande importance au nu. Sa science et sa vi gueur impressionnèrent vivement Michel -Ange; cependant les trois tableaux qu'on lui attribue à la Pinacothèque, qui sont tous sur bois, dont l'un est même peint sur fond d'or avec des compartiments, annoncent un artiste plus tourné vers les anciennes traditions que vers les nouvelles méthodes. Au Musée de Berlin on voit un Saint Sébastien qu'il a peint d'une couleur très pâle, comme s'il n'avait point encore profité des crimes de son maître. Voilà ce que produisit, durant le xv*" siècle, Tinfluence de Ghiberti.
De l'atelier de Donatello sortit une autre suite de peintres. Andréa Verrochio (i43si-i488), son élève direct, est surtout célèbre pour avoir travaillé le bronze avec une perfection inconnue à ses contemporains. Son chef-d'œuvre, la statue de Bartolomeo Colleoni, qui orne la place de Saint- Jean et Saint-Paul à Venise, allie toute la simplicité du génie antique à cette fierté rude et intime qui caractérise le génie moderne. Le Verrochio excella aussi dans la musique et dans la peinture. Berlin conserve une Vierge dans laquelle il unit, à la grâce naïve de la seconde époque . une austérité nouvelle ; Munich possède deux tableaux de sa main, remarquables par le sentiment sculptural qu'il transmit à ses disciples. Perugin , qui appar-