‹ De l'art en allemagneChapitre 18 sur 31 · ÉCOLES FLORENTINES · texte numérisé non relu

ÉCOLES FLORENTINES

tient à une autre École, fut au nombre de ce\ix-ci. On compta aussi parmi eux Lorenzo Sciarpellioni (i453-i53i) àqui on donna le nom du Credi, dans Torfévrerie duquel il avait débuté. Lorçnzo di Credi eût pu être un peintre original , comme il est fa^ cile d'en juger à la magnifique page qui porte son nom au Musée du Louvre, et où l'on admire un mélange singulier des sculptures de son maître , du coloris déjà répandu des Flamands , de leur naturalisme, des formes élancées de l'art gothique, des figures correctes et souriantes de l'art païen. Dans la Sainte-Famille qui orne la galerie de Munich, dans l'Adoration des Mages renfermée au Musée de Berlin, le même artiste trahit l'imitation d'un de ses condisciples qui l'emporta dans son tourbillon.

Celui-ci est le grand Léonardo da Vinci (i445- 1620) dont Forence abrita le berceau. Milan le génie, la France le tombeau: artiste sublime qui résuma dans une forme nouvelle celle de l'époque cintrée et celle de l'époque ogivale ; qui réunit le grandiose à la grâce et les poïissd à la perfection; contenant en essence la force de Michel- Ange et la douceur de Raphaël; antique et philosophe avant eux et peut-être plus qu'eux ; mariant sans effort les inflexions les plus solennelles et les plus ligués aux lignes les plus ondoyantes, aux caprices les plus fins j mettant le sourire du Bacchus

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grec sur les lèvres de toutes ses figures, sur leur front une majesté souvent aussi terrible que celle des Byzantins; ayant substitué le preuïier à l'extase des types chrétiens ravis vers le ciel , la réflexion puissante de l'homme représenté dans le gouvernement et dans la possession de lui-même; du reste, universel et touchant par sa pensée à tous les mondes , par les formes de son talent à tous les arts, par celles de son pinceau à toutes les écoles. La Pinacothèque possède deux pages de cel illustre maître, une Sainte Cécile et une Madone, dont le délicieux coloris m'a fait regretter tout ce qu'ont perdu, par la mauvaise disposition des lieux ou par une incurie plus déplorable encore, les chefs-d'œuvre de notre Louvre; elle renferme aussi trois tableaux de Bernardino Luini (i46o- 1 63o) , que le Vinci forma à Milan , et qui quelquefois confondu aveclui, s'abandonne cependant plus entièrement à la grâce, et témoigne en cela de Imflnence de l'École romaine qu'il fréquenta. Si remarquable que soit l'Ecole milanaise ravivée par Léonard , qui vint mêler le dessin des Florentins aux traditions gothiques du lieu et à une certaine imitation du coloris vénitien, nous ne nous détournerons pas davantage de notre but pour la considérer. A Florence même, Baccio délia Porta (1/169-161 ô), connu sous le nom de Fra Bartolomeo , se forma sur les œuvres du Vinci. S'il rappelle seulement les

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procédés du maître, son coloris, son dessin, sa belle manière de draper, et non point son esprit, ni la profonde et voluptueuse ironie de son paganisme, c'est que, réveillé par le souffle puissant de Savonarole, le christianisme avait allumé au milieu de la ville des Médicis un bûcher qui faillit dévorer toute la Renaissance, les marbres et les idées antiques. La papauté , complice du siècle , en fit dresser un autre sur lequel, au nom du dogme, elle brûla l'homme qui venait ranimer la foi dégénérée. Inconsolable de la mort tragique de son maître, Baccio entra dans un couvent; mais lorsqu'il y reprit le pinceau , s'il évita de reproduire les types païens, impuissant à restaurer ceux du christianisme, il tourna ses yeux vers la réalité et essaya vainement de la diviniser. Le jeune Raphaël, qui vint alors visiter Florence, et à qui il communiqua la science de ses maîtres, lui révéla les traditions d'une école plus véritablement religieuse. Des trois pages de Fra Bartolomeo qu'on voit à Munich , la plus belle a été exécutée sous Tinfluence du Vinci , les deux autres appartiennent à son second style dont la gravité dissimulait mal le naturalisme; une Assomption qui est exposée au Musée de Berlin appartient à la même manière.

Michel-Ange Buonarotti (i 474-1 563) fut moins frappé de la grâce et du coloris des élèves du Donatello, que de la vigueur et du dessin de ceux de

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Ghiberti, parmT lesquels nous avons compté Douienico Ghirlandajo , son maître. Si Léonard avait pu faire œuvre de génie en traduisant les statues antiques sur la toile, Michel-Ange aurait cru commettre un plagiat vulgaire en les reproduisant par le marbre; sa peinture, qui procéda de sa sculpture sortit , comme elle, et s'avança bien au-delà du cercle étroit de l'imitation. La matière qu'on l'accuse d'avoir adoré, ne le tint pas captif davantage. Il apprit de l'Antiquité à se soumettre la nature, et de la nature à échapper à l'Antiquité. C'est sa gloire immortelle et mal comprise encore. Comme les anciens, grâce à leurs exemples et aux études de ses prédécesseurs, il parvint à saisir l'essence des êtres vivants; grâce à son seul génie, il appliqua celte méthode antique à la physionomie moderne avec une audace inconnue avant lui. Phidias, plein de l'Idéal égyptien , Michel-Ange, pénétré de l'Idéal grec, généralisèrent tous deux les formes de leur temps, en omettant ou en amplifiant les détails de ces formes, d'après la conception nécessaire de l'être qu'ils voulaient représenter. Lorsque Phidias donna à toutes les parties de ses corps un mouvement particulier, une réalité véritable, il s'éloigna des Egyptiens, qui sacrifiaient les accessoires à l'ensemble jusqu'à les anéantir; mais il se rapprocha d'eux par la puissance de ses angles , et par le soin qu'il mit à ne laisser sentir les membres qu'à tra-

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vers le voile des draperies, ou, s'il les montra à découvert, en balançant leurs diversités de façon à les ramener à une unité évidente. Ainsi il emporta le prix de cette harmonie imposante sans dissonances qui constitue la beauté. Michel-Ange se distingua des Grecs en soulevant les draperies^ et jusqu'à l'épiderme humain, pour faire saillir sur les membres d'autres parties cachées, des os, des fibres, des chairs qui demandaient à révéler leur vie propre; mais il imita aussi les anciens, eu n'ouvrant les entrailles de l'homme que pour y manifester le principe secret de son existence , en présentant tous les détails de son organisation par leur côté nécessaire , en les faisant converger vers une unité d'autant plus puissante, qu'elle est le produit de quantités plus différentes et de rapportî^lus savants. La plupart de ses figures ressemblent à des paroles mystérieuses qui envelopperaient je ne sais quels oracles d'où dépendrait notre destinée. Elles possèdent ce don et leur rude majesté en commun avec les vieilles peintures byzantines , dont, à soii tour, l'école florentine reproduisit ainsi le caractère dans ses moments suprêmes. Comparable pour l'énergie aux monuments des époques les plus reculées, admirée pour la science entre ceux des plus avan-» cées, sublime au milieu de la décadence dont elle fut complice, l'œuvre de Michel- Ange ne pourra porter ses fruits parmi les modernes qu au- II. i6

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tant que Tintolligence aura repris ses droits sur la nature , et la saura faire parler à son gré.

Après ce géant, Florence produisit un homme capable de marcher dans la même voie avec des fecultes bien différentes, Vannucchi, plus connu sous le nom d'Andréa del Sarto (!488-t53o), commença par travailler dans une orfèvrerie , d'où il passa civet, Giovanni Barile, sculpieur sur bois, que Raphaël employait; il traversa ensuite Falelier dé Pîer di Cosimo, célèbre pour les grotesques dont il ornait les palais; en réalité, il se forma sur les fameux partons de l'éônard et de Michel- Ahge , qui furent l'école de tous ses contemporains , et auxquels il joignit le souvenir de Raphaël, l'étude de l'antique, l'inspiration de son tendre et triste génie. Au Musée dt Paris , sa Charité montre ce qu'il avait emprunté au style grandiose de Michel- Ange; au Musée de Munich, ses Saintes-Familles font voir comment il savait unir l'enjouement sévère du Vinci à la grâce plus délicate du divin Sanzio ; à Dresde, son Mariage de sainte Catherine le représente emporté au-delà même de la grâce souriante du Corrége ; il s'était cependant composé un type particulier , en soumettant la nature de son temps » à une analyse dans laquelle il fondit la puissance des Florentins et la beauté de l'école de Rome , sous l'impression de je ne sais quelle mélancolie irrémédiable ; il fit soupirer ses figures jusque âùM

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le ciel) comme si elles avaient à pleurer le bonheur perdu f la gloire inutile , la foi envolée ^ l'art s'ense*veliasant dans son triomphe même. Giorgio Yasari (ifiifi-id74)9 élève de Michel-Ange et d'Andréa del Sarto , marqua la décadence par ses peintures , qui rappellent l'anatomie de ses maîtres sans leur Idéal, #1 par son livre, qui fut une sorte de convoi un peu désordonné dé tous les artistes de l'Italie. Un autre disciple des mêmes peintres, Giacomt) Carucd (1499*1^^8)9 surnommé le Pontormo, dé^ buta avec asseu d'éclat dans la voie mixte d'Andréa *del Sarto , pour mériter à la fois l'admiration de Michel'^Ange et celle de Raphaël ; mais saisi au milieu de ses succès par le naturalisme que Buonarotti avait couvé sous ses puissantes ailes , et qui était ie vertige du siècle ^ il essaya , comme on peut i'«n convaincre en considérant un petit tableau conservé au Musée de Dijon , d'imiter Albrecht Duerer , dans lequel Tltalie voyait alors avec admiration le représentant le plus habile de ce système. Aussi ne légua-t-il aux trois générations des Allori, connus sous le nom de Bronzino , qu'un art réduit à la représentation de la nature , c'est-à-dire voisin de son dépérissement.

Cette grande école toscane ne veut pas être interrogée plus long-temps; elle commença avec la prospérité de Florence, elle finit avec sa liberté; elle naquit lorsque le bruit des armes de l'Allemagne eu^

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réveillé le sentiment de l'indépendance italienne ; elle s'éteignit lorsque la commune patrie, déjà déshéritée de son commerce par les vaisseaux des Espagnols, eut encore été privée de son état politique par leurs soldats, qui vinrent reprendre la querelle séculaire des Allemands. Dans cet intervalle, où nous n'avons pu noter toutes ses gloires , elle avait accompli trois grandes révolutions : durant la première, depuis Giotto jusqu'à Paolo Uccello, elle avait fait dominer l'art ogival sur l'art antique, et le principe^de celui-ci sur le naturalisme ; pendant la seconde, depuis Paolo Uccello jusqu'à Léonardo da Vinci , elle avait subordonné les traditions chrétiennes et les formes modernes à l'imitation de l'antique; pendant la troisième, depuis Léonardo da Vinci jusqu'au Pontormo , elle avait tenté de s'affranchir à la fois des traditions ogivales et du goût antique, pour idéaliser directement la nature, dont elle devint aussitôt l'esclave, ayant perdu presque en même temps l'enthousiasme de la foi , celui de la philosophie, celui de la liberté.

Écoles de l'Ombrie et de Borne.

Au commencement du xv* siècle, tandis que l'École florentine inaugurait le dessin animé et opulent de la Renaissance, un grand nombre d'artistes italiens demeurèrent fidèles au style doux et élancé de la seconde époque, dont la tradition se perfectionna et se maintint jusque vers le milieu du XVI* siècle. Long-temps accablés par le mépris

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OU par le silence , ces artistes archaïques ont reçu de nos contemporains une illustration tardive et méritée. Mais au lieu de les rattacher au principe général d'où ils procédèrent , on a cherché , hors de la donnée même de Fart, tantôt dans l'action physique d'un climat particulier, tantôt dans l'influence supérieure des croyances , la raison de leur caractère commun ; c'est ainsi qu'on leur a donné, selon le point de vue, tantôt le nom de maîtres ombriens^ parce que quelques uns d'entre eux résidèrent dans l'Ombrie , tantôt le dotn de peintres mysti^ ques , parce qu'en effet ils conservèrent plus purement et plus long-temps le sentiment ou les apparences de la religion. Ces deux dénominations me paraissent également insuffisantes , la première ne pouvant s'appliquer ^u Fiesple, qui donna l'exemple de la persistance dans les anciennes pratiques , quoique par sa naissance et par ses œuvres il doive être compté parmi les Florentins; la seconde ne convenant point au Pérugino,qui, bien que décrié par son caractère et par ses mœurs , fut la gloire suprême de l'École archaïque.

Après avoir défini j comme je l'ai fait, le prjopipe ogival, apr?s avoir esquissé l'histoire de la révolu-^ tion qu'il occasionna dans la peinture italiei^n^ , i{ n'est sans doute pas besoin que je range , sous de$ classifications factices , les ouvrages qu'il produisit à Florence, à Sienne, à Urbin, à Pérou^e, dans

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toutes les paontagnes des États-Romains ^ à Bologne, à Ferrare, à Venise , d4ns la plupart des villes du nord deTltalie » tandis que la Renaissance poursuivait, dans les mêmes contrées, le développement parallèle et souvent moins heureux de ses richesses. Je veiix néanmoins détacher ici, de la souche conimune^ sous le nom déjà accrédité d'Ecole ombrienne, quelques maîtres renpmmés sur la tradition desquels Raphaël assit les fondements de l'Ecole romaine.

L'École de l'Ombrie, celle de Rome, qui se tiennent par les liens les plus étroits^ résument les deux tendances contraires du monde moderne. La première, ay^int eu son siège principal à Pérouse, en face de la montagne d'Assise , fut naturellement la plus naute expression de Tart chrétien de l'Italie } la seconde, fondée au milieu des monuments et des chefs-d'œuvre de la ville éternelle , représente au plus haut point la rénaissance de la beauté païenne. Voilà les divergences, voici les similitudes. Ces deux écoles s'abstinrent également du naturalisme, pour poursuivre , celle-là l'Idéal chrétien , celle-ci ridéal antique. Mais évidemment le goût de l'Antiquité soutint la première dans son essor, tandis que la chasteté du christianisme préserva la seconde des excès du principe païen qu'elle développa; ensor^e que la mère annonçait déjà les passions de la fille ^ et que la fille conservait les vertus de sa mère.

A peu près vers le temps où, sous l'influence de Ghiberli , Panicale et Masaccio conduisaient la peinture vers l'imitation de l'antique et de la réalité, il y avait à Florence , dans un couvent des Dominicains , un saint homme qui s'appelait Santi To* sini avant d'y entrer, qu'on nommait Fra Giovanni da Fiesole depuis qu'il avait fait sa profession, qu'on nomme Fra Beato Angelico depuis qu'il a été canonisé par l'Église. La miniature, cet art tout monastique sur lequel il faudrait faire une étude spéciale, fut sa première école, et lui inculqua sa naïveté, son zèle minutieux , ses angéliques expressions ; Fra Giovanni quitta ce genre sans en répudier les qualités; à Florence, à Rome, où l'appela le pape Nicolas V, et où il mourut en- 1 455, il peignit des fresques qui portent la trace délicate des célestes visions de son esprit , et devant lesquelles les artistes païens du siècle suivant étaient encore en admiration. Le Louvre contient un de ses plus beaux tableaux , semblable à une grande enluminure, qui offre les signes de la perfection même de l'art à côté de ceux de son enfance. On croirait voir la grâce pure , vêtue de sa robe immaculée , apparaître au milieu de splendeurs du ciel byzantin, et laisser tomber sur la terre son premier sourire tout empreint encore des ineffables délices de l'extase. Le Musée de Berlin renferme, entre autres pages d'une élégance exquise, Un Jugement der-

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DÎer que la même main a tracé dans une triple ogive, et où elle a répandu ses ravissements familiers sur de beaux anges bleus qui m'ont involontairement rappelé ceux de meister Stéphan. Auprès de Fiesole se forma Benozzo Gozzoli (1400-1478), qui acheva sa carrière à Pise, où il peignit une des plus vastes et des plijs belles parties du Campo- Santo. De cet artiste , Berlin conserve quelques figures de saints qui présentent aussi les caractères de Técole de Cologne. Dresde possède im tableau de la Manne dont le beau dessin fait pressentir Rapbaè'L Sous le même maître étudia Cosimo Roselli , qui vivait encore en 1 496 , et qui , comme on peut en juger d'après les nombreux tableaux exposés dans la galerie de Berlin , tout en restant fidèles aux types et aux proportions consacrés , fut souvent séduit par le luxe ei par le naturalisme de la Renaissance. Le fils et l'élève de celui-ci , Pier di Cosimo (1 44 1" lôâi), est représenté à Berlin par une Vénus qui montre l'École du Fiesole conservant , jusque dans les sujets de la mythologie, quelque chose du dessin délié et de la chaste manière des gothiques.

Gentile da Fabriano, qui avait pris son nom d'une petite ville del'Ombrie où il était né, et qui, selon toute apparence, était dans la fleur de son talent vers l'an 1426, a été considéré tantôt comme l'élève , tantôt comme le condisciple de Fra Beato Angelico. Moins tendre, moins doux par Texpres-

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sion que le Fiesole, il règle avec plus de décision toutes ses lignes sur le style ogival , en même temps qu'il modèle de plus près ses airs de tête sur la nature. Fra Giovanni est le représentant de Farchaisme de l'Italie moyenne, où la forme ogivale est toujours plus ou moins subordonnée à la forme cintrée. Gentile da Fabriano a puisé un caractère plus franchement tudesque dans les voyages qu'il a faits au-delà des Apennins. Il visita Venise , Brescia et sans doute aussi Vérone , avant d'aller exercer à Rome une sorte de domination. Soq affinité avec les écoles gothiques de l'Allemagne est incontestable pour qui a visité le musée de Milan ; c'est à elle assurément qu'il dut l'enthousiasme de Roger de Bruges qui apporta dans la Péninsule le secret de la peinture à l'huile , et qui le proclama le premier maître italien. Une autre ville de l'Ombrie, Foligno, produisit Niccolo Fulignate qui travaillait en 1 465, et qui, avecFiorenzo di Lorenzo (fl. 1487), paraît avoir frayé de plus près les voies au Pérugin. Pietrô Vanucci (1 446-1 524), appelé Je Pérugiq du nom de la ville qu'il illustra, fit accomplir une nouvelle transformation à cette école en l'abouchant avec le génie antique. Nous avons vu qu'il avait reçu à Florence les leçons d'Andréa Verrochiô; il n'est pas moins certain , qiioi qu'on ait dit de nos jours, qu'il étudia à Pérouse d'abord sous Benedetto Buonfigli, qui participait au naturalisme

flprentip, ensuite sous Pietro délia Franççsc^ (i 397-1484)» qiû lui enseigna la perspective. S'il fut un temps ou le caractère chrétien des œuvres de Pérugin empêchait qu'on eu sentît la beauté , faudra-t-il aujourd'hui commettre une injustice semblable en refusant de reconnaître l'influence de l'Antiquité dans ces admirable» peintures? hsi Pinacothèque de Munich en possède trois ^ k côté desquelles , je l'avoue , les Vierges mêmes de Raphaël m'ont paru perdre de leur divinité, yart produit rarement des impressions aussi profondes, aussi exquises i aussi sûrement adressées au plus tendre et au plus pur du cœuri que celles qu'un homme impartial est capable de récer voir à l'aspect de ces êtres suaves » mélancoliques et ravis, vases pétris d'une matière angélique qui élèvent au ciel le parfum des douleurs et des adorations de la terre. Sans doute au:$si , lorsque la ré^exion peut se faire jour à travers le saisissement d'une telle vue, elle découvre facilement que ces corps élancés, que ces têtes tournées en haut et assez souvent penchées sur l'une ou l'autre épaule, que ces expressions de tristesse et de béatitude, que cettç composition dont toutes les lignes sont ordinairement verticales et parallèles, qu'enfin tout cet ensemble qui aspire directement à Dieu par chacune de ses parties, appartient à un ordre d'idées et de formes que l'Antiquité a ignorées et qui se sont dé-

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veloppées à l'ombre des ogives du Moyen-Age. Mais qtii a changé la roideur des gothiques en la suavité de Pérugin ? Qui lui a appris à assouplir des contours jadis si arrêtés , à marier d'une si merveilleuse façon ses angles et ses lignes droites ^ à faire paraître l'émotion même de la grâce là où l'on ne voyait autrefois que son sourire , à idéaliser surtout les montagnards de l'Ombrie, au point de pouvoir substituer impunément leurs figures aux types consacrés? qui lui a enseigné, en un mot, les ressources du dessin? Je dirai plus, qui lui en a transmis la manière? Dans Florence , livrée à toutes les passions ardentes , à toutes les recherches pro- Êmes , la Renaissance avait dû aboutir à Léonard et à Michel-Ange; mais c est elle aussi qui produisit le Pérugino, sur la montagne de Pérouse^ au milieu de ces belles solitudes apennines que le sanctiiaire d'Assise remplit de sa religion.

Parmi les élèves de Pérugin , Paris Alfani , Gérino de Pistoia, Louis d'Assise, se distinguèrent par leur fidélité à l'enseignement qu'ils avaient reçu. Si j'en juge diaprés les tableaux que j'ai vus à Berlin, Tibério d'Assise, qui vivait en i5a4, amoindrit l'expression du maître; Marco Zoppo , qui florissait en 1 ôoo, se livra davantage au luxe de la Renaissance, et donna à ses draperies le style riche et dur des orfèvreries allemandes ; Gianicola ( 1 478- 1 544) porta dans sa couleur plus argentée que celle de

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