LA GLYPTOTHÈQUE DE MUNICH
parce quon les a étudiés , en des temps différents , d'une manière toute contraire , et sur des monun^ents divers. Les modèles quon puise dans le passé veulent être vus à leur place , dans leur époque , entourés de leurs précédents et de leurs conséquences ; si on néglige de les comparer à ce qui s'est fait avant et après leur création, il est impossible d'avoir une idée juste du point de leur perfection et de la valeur particulière de leur beauté. Winckelmann avait admirablement compris cela ; aussi est-ce sous la forme «de l'histoire qu'il a présenté ses théories esthétiques.
Cependant c'est en son nom et en croyant développer sa thèse , qu'on a émis, au sujet des Grecs, les opinions les plus propres à faire prendre le change sur leur génie. N'ayant vu l'antiquité qu'à Rome, Winckelmann n'a pu ad mirer que les œuvres de la troisième et de la quatrième époque de Fart , c'est-à-dire celles où la grâce l'emporte sur la force et sur la majesté , et qui ont véritablement donné le signal de la décadence. Il est facile néanmoins de se convaincre que son esprit élevé assigna la première place aux productions de la sculpture antique qui lui restèrent inconnues, ou dont il n'eut que des témoignages incomplets. Les contours accusés, le dessin dur et ressenti des écoles primitives excitaient en lui un enthousiasme dont son livre offre des marques nombreuses; et quant à la secondeépo^
que, celle de Phidias et de Scopas, on peut juger de l'estime qu'il en fait par les noms de grande et sublime école qu'il lui donne. Malheureusement, par Teffetd'une réserve qu^on devrait imiter davantage, il n'a cité pour exemples que les morceaux qu'il avait sous les yeux ; et , comme ceux-ci étaient presque tous du temps de Praxitèle, ses disciples ont cru que C'étaient là les modèles quHl voulait offrir à l'i^paitation des modernes. La plupart des académies de l'Europe ont long-temps vécu sur ces fausses idées; la grâce de l'Apollon du Belvédère leur paraissait être la plus haute expression de l'art , et Phidii^ n'était guère pour elles qu'un sublime inconnu qu'elles adoraient sur la foi de Ts^ntiquité, tout en le soupçonnant au fond ^e l'âme d'un peu de bar-^ barie.
C'est donc parce qu'elle; est incomplète, que l'histoire de Winckelmann a enfanté ces préjugés ; si elle cite Phidias avec les éiqges les moins douteux, ce n'est toutefois qu'en passant et en un seul paragraphe , qu'elle essaie de le juger. Les sculptures du Parthénon ne sont même pas citées nominative ment dans les trois volumes dont elle est con^posée. Depuis lors , le cercle de l'observation s'est singu-? lièreraent étendu. Les reliefs du Parthénon ont été transportés à Londres ; de là les épreuves de ces admirables fragments se sont répandues chez les principales nations de l'Europe , que le vol de
l'Angleterre avait scandalisées ^ et dpqt ses lîbéra-r lités opt élgrgitputesi les études* La Grèce elle-r^éme, autrefqis inabordable 3, a été sillonnée dans tqus les sen^ par des savants et par des artistes} sçs golfes et ^es îles ont laissé interroger leurs ruiner ; ^t Farçhéplogie , après s'être mise eq possession de répo(jue de Phidias , a pu , grâce à la découverte des marLires d'Égine, toucher en quelque sorte du dpigt les origines ignorée^ dç l'art grec. C'est aur jourd'bui seulement qu'on peut commencer à jviger le^ anciens avec quelque certitude; c'est aujourd'hui que Winckelmapn aurait dû naître,
Pétermiper, dans la série des époques de l'art antique , celle qui renferme le plus de germes de grandeur , et qui a produit les ouvrages les plus dignes d'être étudiés , tel est le problème qui s'offre à l'esthétique moderne. Pour pouvoir le résoudre , il est éyidei^t qu'il est d'abqrd nécessaire de faire une b.Qpiîe çlassiûcation de toutes les oeuvres qui ont été eiçéçutées dans les différentes périodes» de l'antiquité ; cette classification , d'où dépendent la clarté et la justesse ç|es idé^s qu'on doit se faire de l'art grec , on est en droit dp \di demander non seulement aux ar^héograpl^es qui veulent écrire l'histoire^ mais encprp aux musées qui en représentent ayx yenx yn vivant abrégé. On ne saurait trqjj regretter le désprdre déplorable dans lequel se trouvent les antiques de notre pabin^t. Tous )es tentpS|
tous les débris, les originaux, les copies et les imitations sont confondus dans un péle-méle qui n'est pas propre à encourager l'étude , ni à éclaircir les opinions. Il semble qu'on n'ait pensé en accouplant ces morceaux qu'à une certaine symétrie faite pour le regard et non pour l'esprit. Le même système a présidé à la distribution des tableaux dans nos galeries de peinture. Les intendants de notre musée devraient enfin songer à réparer l'ignorance de leurs prédécesseurs ; sous le rapport de la méthode, les autres collections de l'Europe sont d'une supériorité que nous ne pouvons tolérer plus long-temps. Certes , l'édifice qui est affecté au British muséum ne saurait être comparé au Louvre ; mais dès que vous avez pénétré dans ses vieilles salles informes, vous y trouvez du moins un ordre qui double le prix des trésors qu'elles contiennent; l'Egypte y sert , comme dans l'histoire , d'introduction à la Grèce , et la date des chefs-d'œuvre de celle-ci se lit facilement dans leur succession. On en peut dire autant du musée de Berlin, qui a l'avantage d'avoir été construit par M. Schinckel , et qui passe pour être l'un des mieux classés de l'Europe; il fautadresser les mêmes éloges à la Glyptothèque de Munich. Mon dessein n'est pas de faire une analyse com* plète de tous les morceaux que renferme cette galerie ; les étudier en détail ce serait reproduire la description que M. L. Schorn en a donnée. Je vais